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The King — Anthologie Intégrale de Johan de Koning
Encyclopaedia Scaccorum Digitalis
Anno 2026

The King - Johan de Koning

L'Épopée Intégrale de Johan de Koning : Du Silicium à la Légende

I. Rotterdam, 1965 : l'enfance d'un roi

Il est une coïncidence que les historiens du jeu d'échecs informatique auraient pu inventer si elle n'avait pas existé : la ville qui a donné naissance à Johan de Koning est aussi la ville qui a accueilli TASC, l'entreprise qui allait transformer son programme en légende mondiale. Rotterdam, 1965. La ville reconstruite de fond en comble après les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale — ville de ports, d'ingénieurs, de gens qui construisent des choses avec leurs mains et leur tête.

On sait peu de choses de l'enfance de Johan. Ce que la communauté des échecs informatiques a appris, dans les rares moments où il s'est livré, c'est que l'intérêt pour les échecs et pour la programmation naît simultanément et très tôt. Dès 1982 — il a dix-sept ans — il se passionne pour l'échecs informatique. Pas encore pour en jouer, mais pour comprendre comment une machine peut jouer. La question l'obsède : qu'est-ce qui se passe à l'intérieur ?

Ce n'est qu'en 1986 qu'il acquiert son premier ordinateur personnel. Un an plus tard, après avoir appris le langage C en autodidacte — "avec lequel il développe encore ses programmes aujourd'hui" notera la presse spécialisée allemande vingt ans plus tard —, il écrit son premier programme d'échecs. Il l'appelle, avec une modestie royale ou une ambition à peine dissimulée : The King.

Une note sur les sources biographiques : Les deux références les plus fiables sur Johan de Koning divergent sur son année de naissance — 1964 selon Chessprogramming.org, 1965 selon Schachcomputer.info. Cette divergence illustre l'effacement volontaire de l'homme derrière son œuvre. Johan de Koning n'a jamais accordé de longues interviews, n'a jamais tenu de blog personnel ni publié de mémoires techniques. Ce que l'on sait de lui passe presque entièrement par ce que son programme a accompli.

La scène néerlandaise : un terreau d'exception

Pour comprendre la trajectoire de Johan de Koning, il faut mesurer à quel point les Pays-Bas constituent un terreau absolument exceptionnel pour la programmation d'échecs dans les années 1980. Ed Schröder (Rebel/Gideon) développe à Venlo. Frans Morsch (Nona/Quest/Fritz) programme depuis sa région. Les tournois néerlandais (DOCCC — Dutch Open Computer Chess Championship) sont décrits par la presse internationale comme "les plus forts du monde" : un jeune programmeur qui y débutait affrontait d'emblée l'élite mondiale. C'est dans ce contexte que Johan arrive avec son tout premier programme en 1987.

Le résultat est immédiat : 4ème place au DOCCC 1987 pour une première participation. La presse spécialisée note le fait avec surprise — "pour un newcomer, c'est sensationnel" — mais Johan, lui, voit surtout ce qu'il lui reste à faire. Il repart, code, teste, améliore. La motivation d'un programmeur de son espèce n'est pas de finir quatrième, c'est de comprendre pourquoi il n'est pas premier.

II. L'offre de TASC : de l'amateur au professionnel (1989–1991)

À Rotterdam, une entreprise est en train de naître qui va changer le destin de Johan. Wil Sparreboom, ingénieur électricien et joueur d'échecs actif dans la Rotterdamse Schaakbond, fonde TASC (The Advanced Software Company) en 1989. Son pari est audacieux : le futur des échecs informatiques n'est pas dans les processeurs 8 bits qui animent encore la plupart des Mephisto, mais dans les processeurs RISC — rapides, efficaces, conçus pour exécuter peu d'instructions, mais très vite.

Le premier produit de TASC, la Final Chesscard (1989), est une carte d'extension pour Commodore 64. Mais Sparreboom voit plus grand. Il veut une carte ISA pour PC IBM, animée par un processeur ARM2 RISC 32 MHz — et il veut les meilleurs programmeurs néerlandais pour l'habiller. Il en a déjà un : Ed Schröder, dont le programme Gideon va devenir le champion du monde WMCCC 1991. Il lui en faut un second, pour enrichir la ChessMachine d'un deuxième programme aux qualités différentes. C'est là qu'il contacte Johan de Koning.

La proposition est simple : devenir programmeur professionnel à temps plein, au sein de TASC, après la fin de ses études. Johan accepte. Ce moment — un jeune programmeur de Rotterdam, formé en autodidacte, recruté par l'entreprise la plus audacieuse du secteur dans sa propre ville — est la charnière de toute l'histoire de The King.

La rencontre avec Ed Schröder : Johan de Koning et Ed Schröder se retrouvent ainsi collègues chez TASC. L'un vient de Venlo, l'autre de Rotterdam. L'un écrit Gideon en assembleur 6502, l'autre code The King en C. Leurs programmes sont aux antipodes stylistiquement — Gideon est le champion du monde, solide et précis ; The King est le prédateur tactique, imprévisible et agressif. Les deux programmes sont commercialisés ensemble dans la même ChessMachine, comme deux armes dans le même fourreau. Ed Schröder racontera plus tard cette période comme l'une des plus stimulantes de sa carrière : "La compétition interne entre nos deux programmes nous a tous les deux poussés à progresser."

Le portage sur ARM2 : la naissance d'un champion

Chez TASC, Johan restructure entièrement The King pour l'architecture ARM2. C'est un travail colossal : le programme est réécrit avec des éléments sélectifs — des extensions de recherche ciblées sur les positions tactiques — et partiellement en assembleur pour maximiser la vitesse sur le processeur RISC. Il introduit des phases d'évaluation distinctes (ouverture, milieu de partie, finale) avec des transitions fluides pondérées, une approche documentée en détail dans les rapports techniques de l'ICCA.

Le résultat dépasse les espérances. Lors du DOCCC 1990, The King sur ARM2 prend la deuxième place — la presse néerlandaise commence à parler de lui sérieusement. Le Grand Maître John Nunn, analysant le programme à cette époque, estime sa force en blitz à 2400 Elo — un chiffre qui fait sensation pour un programme sur ordinateur dédié de salon.

III. Le Manifeste Algorithmique : philosophie d'un prédateur

Alors que l'école allemande (Mephisto/Lang) prônait la rigueur positionnelle, et que Fritz de Morsch construisait tout autour du Null-Move, The King naît d'une vision hétérodoxe. Johan de Koning conçoit son moteur non pas comme un solveur d'équations positionnelles, mais comme un chasseur de cases — un programme qui cherche à être actif avant tout.

Les innovations algorithmiques de The King :
  • Évaluation tri-phasée à pondération dynamique : The King utilise trois termes d'évaluation distincts (ouverture / milieu de jeu / finale) avec des coefficients dont la somme fait toujours 100%. La transition entre les phases n'est pas brutale mais progressive — une approche qualifiée par les rapports de l'ICCA de "fuzzy definition of the phases", qui donne au programme une cohérence de jeu remarquable dans les positions hybrides.
  • Extensions d'échec et règles spécifiques : The King utilise des extensions de recherche déclenchées par les échecs, ainsi que des règles statiques spécifiques aux échecs pour identifier les positions méritant une recherche plus profonde. Les extensions singulières ne sont pas utilisées, mais des bornes inférieures limitent la recherche dans la phase sélective.
  • Scores positionnels "excessifs" : Contrairement à la plupart de ses contemporains qui plafonnent la valeur positionnelle à une fraction de pion, The King laisse ses scores positionnels "facilement dépasser plusieurs pions". Cette audace évaluative est la source directe de son style combinatif — le programme n'hésite pas à sacrifier du matériel si son évaluation positionnelle le justifie.
  • Pénalité de passivité : Le code pénalise sévèrement les pièces sans mobilité utile, forçant le moteur à chercher des ruptures dynamiques même au prix de concessions matérielles.

Ce qui frappe les commentateurs humains face à The King, c'est une qualité rare chez les programmes de l'époque : l'impression que la machine veut jouer. Pas qu'elle calcule la meilleure option — qu'elle cherche activement la confrontation. C'est l'effet direct de l'évaluation positionnelle exubérante et des pénalités de passivité : un programme qui préfère créer un déséquilibre plutôt que consolider, attaquer plutôt que défendre.

IV. L'Odyssée du Matériel (1991–1995) : The King habille les plus belles machines

La ChessMachine : une révolution dans un slot ISA

La TASC ChessMachine (1991–1995) est l'un des objets les plus fascinants de l'histoire des échecs informatiques. Ce n'est pas un ordinateur dédié ordinaire : c'est une carte d'extension ISA qui se glisse dans le slot d'un PC IBM standard. Le PC sert d'interface et d'écran ; la carte ARM2 à 32 MHz devient le cerveau indépendant. Deux programmes sont chargés dans la carte via le logiciel hôte : Gideon d'Ed Schröder et The King de Johan de Koning. L'utilisateur choisit lequel faire jouer.

En 1991, cette combinaison représente le summum de ce qui est disponible pour un particulier. The King sur ChessMachine est distribué comme programme "bonus" avec la carte — une générosité commerciale de TASC qui lui assure immédiatement une diffusion massive. Des milliers d'acheteurs de ChessMachine découvrent ainsi The King sans l'avoir cherché, et beaucoup le préfèrent à Gideon pour son style plus spectaculaire.

The King au WMCCC 1991 de Vancouver : le baptême du feu

Le 11ème Championnat du Monde de Microchess (WMCCC) se tient à l'Université de Colombie Britannique à Vancouver, du 1 au 9 mai 1991. C'est l'événement fondateur pour The King sur la scène internationale. Le programme se comporte remarquablement bien — il bat notamment Mephisto, le programme de Richard Lang qui régnait sur le championnat depuis des années, ainsi que MChess. Mephisto perdra les rondes 2 et 3 face à The King et MChess, une défaite retentissante pour le champion sortant.

C'est Gideon/Schröder qui remporte le titre avec 6/7 points. Mais The King, dans son premier grand championnat mondial, s'impose comme une force à compter. Les experts présents notent unanimement son style offensif et sa "spielweise active" — une façon de jouer agressive qui enthousiasme les spectateurs. La communauté des programmeurs commence à prendre Johan de Koning très au sérieux.

La 4ème Computer Olympiad de Londres (1992) : la médaille d'or partagée

La 4ème Computer Olympiad se tient au Park Lane Hotel de Londres, du 5 au 11 août 1992 — et non à Madrid, qui accueillait la même année les Olympiades d'échecs humains. La confusion entre les deux événements est fréquente mais il s'agit de compétitions entièrement distinctes. Dans le tournoi d'échecs de cette Olympiad, ChessMachine The King est co-vainqueur — une médaille d'or partagée qui consacre officiellement The King parmi les tout meilleurs programmes du monde.

Le R30 et le RISC 2500 : l'ère d'or des dédiés

La renommée de The King sur ChessMachine conduit naturellement à son adoption par les fabricants d'échiquiers dédiés haut de gamme. Le TASC R30, avec son processeur ARM6 à 30 MHz, son élégant affichage graphique et son plateau SmartBoard à reconnaissance de pièces par inductance, devient l'échiquier dédié le plus convoité de sa génération — un objet de collection autant qu'un adversaire redoutable. The King l'anime en version 2.2, puis 2.5 sur le R40.

Le Saitek RISC 2500, avec The King 2.0, s'impose dans un registre plus abordable. Vendu à un prix accessible pour l'époque, il met entre les mains du grand public un programme dont John Nunn avait estimé la force à 2400 Elo en blitz. Des milliers de joueurs de club, en Europe et en Amérique du Nord, font leurs armes contre lui dans leurs salons. Le Mephisto Montreux et le TASC R40 complètent ce palmarès d'appareils dédiés.

V. Chroniques de Guerre : les tournois Aegon et les victoires humaines

Le Massacre du Tournoi Aegon (1993–1994)

Le tournoi Aegon à La Haye est le laboratoire le plus fascinant de la confrontation homme-machine dans les années 1990. Chaque année, les meilleurs programmes s'y mesurent à des joueurs humains de niveau maître à grand-maître dans un tournoi à cadence de jeu normale. C'est un test de brutalité : pas de faveurs, pas d'interface de confort, juste du jeu.

En 1993, The King réalise une performance extraordinaire. Il termine premier des programmes avec un score spectaculaire et une performance Elo de 2590 — un chiffre qui stupéfie même les observateurs les plus optimistes. La presse allemande spécialisée note que début 1993, The King occupe souverainement la première place de la liste Elo suédoise (SSDF), et commente : "Ce fait a plus de poids qu'un titre de championnat après cinq rondes en Suisse."

La victoire contre le GM Jeroen Piket — l'un des meilleurs joueurs néerlandais, futur vainqueur de plusieurs tournois internationaux — reste dans les mémoires. Dans une position tactiquement complexe, The King déroule une attaque à long terme que Piket ne voit dans toute son étendue qu'au moment où son roi est dans l'étau. En 1994, The King récidive en battant le légendaire David Bronstein, l'homme qui avait failli être champion du monde en 1951 face à Botvinnik, inventeur de la défense qui porte son nom. Que même un génie du jeu créatif humain comme Bronstein puisse être surpassé par l'agressivité du code de Johan — c'est une image qui frappe l'imagination.

Le palmarès DOCCC : champion national à quatre reprises

Sur la scène néerlandaise, The King domine avec constance. Il remporte le DOCCC 1991, 1993, 1995 et 1998 — quatre titres de champion des Pays-Bas dans l'un des championnats nationaux les plus relevés du monde. Chaque titre est remporté contre Ed Schröder (Rebel/Gideon), Frans Morsch (Quest/Fritz), et les autres grands noms du jeu d'échecs informatique néerlandais. Dans ce pays où la concentration de talent en programmation d'échecs par habitant est sans équivalent mondial, être quatre fois champion n'est pas une formalité.

ICT 2003, Leiden : le dernier grand titre

L'ICT 2003 (International CSVN Tournament) à Leiden marque la dernière grande victoire de The King en compétition entre programmes. Johan de Koning remporte le tournoi — une consécration de plus de quinze ans de développement continu. La photo de Stefan Meyer-Kahlen (Shredder) et Johan de Koning côte à côte au tournoi, deux programmeurs solitaires dans un sport encore pratiqué comme un artisanat, illustre mieux que tout discours l'esprit de cette époque.

VI. La Conquête des Masses : l'Ère Chessmaster (1993–2007)

C'est en 1993/1994 que survient le tournant commercial le plus important de l'histoire de The King. Mindscape (qui distribuera sous la bannière Ubisoft) cherche un nouveau moteur pour sa franchise Chessmaster, qui existe depuis 1986 mais dont les versions précédentes utilisaient un moteur maison moins compétitif. The King — champion néerlandais, performeur Aegon, vainqueur sur ChessMachine — s'impose comme le choix évident.

Avec Chessmaster 4000, The King passe d'un programme connu des initiés à une icône mondiale. Chessmaster est alors la franchise d'échecs la plus vendue de l'histoire — elle dépassera les 5 millions d'unités vendues. Des millions de joueurs qui n'ont jamais entendu parler de la DOCCC, de TASC, ou de Rotterdam, jouent contre The King sans le savoir.

La révolution des Personnalités

L'innovation qui distingue Chessmaster de tous ses concurrents — et qui reflète directement la philosophie de The King — est le système des Personnalités. Les fichiers .CMP permettent de paramétrer en profondeur le comportement du moteur :

  • Material Value : ajustement de la valeur relative des pièces
  • King Safety : agressivité ou prudence autour du roi
  • Pawn Weakness : tolérance aux structures de pions défavorables
  • Randomness : introduction d'une part d'imprévisibilité humaine
  • Mobility : pondération de l'espace et de l'activité des pièces

Combinés, ces paramètres permettent de créer des centaines de profils distincts — de Stanley le singe jouant presque au hasard jusqu'à The Chessmaster, personnalité la plus forte du jeu, représentant The King à pleine puissance. Chessmaster 9000 en proposera plus de 150, dont des imitations de Fischer, Alekhine, Botvinnik et Karpov.

Le Duel Christiansen (septembre 2002) : le vrai score

En septembre 2002, Larry Christiansen — Grand Maître américain trois fois Champion des États-Unis (1980, 1983 et 2002), Elo 2559, l'un des tacticiens les plus redoutés du circuit — affronte Chessmaster 9000 dans un match de 4 parties diffusé en direct sur Chessclub.com, commenté par Joel Benjamin, Susan Polgar, Jennifer Shahade et Josh Waitzkin.

Le score final est 2,5 – 1,5 en faveur de Chessmaster — et non 4-0 comme une version simplifiée de l'histoire le colporte parfois. Christiansen gagne la 1ère partie (personnalité Alekhine), perd la 2ème (Fischer) et la 3ème (Botvinnik), et fait nulle la 4ème contre la personnalité par défaut "The Chessmaster". Un résultat serré, disputé, largement commenté — et qui aurait pu basculer autrement : dans la 3ème partie, Christiansen a sacrifié une tour pour lancer une attaque dévastatrice, et 55…Th5! aurait probablement retourné la partie en sa faveur. Il ne voit pas le coup. The King s'en tire, consolide, gagne. La "méchanceté tactique" du programme — l'expression est de Christiansen lui-même, qui commentera ses propres parties pour Chessmaster — est bien réelle, mais la victoire est acquise à l'arrachée, pas par écrasement.

Version / Produit Année Plateforme Événement ou performance clé Elo SSDF/indicatif
The King 1.0 1987 PC (C) Débuts DOCCC — 4ème place ~1800
The King ARM2 (ChessMachine) 1991 ARM2 / ChessMachine TASC WMCCC 1991 — bat Mephisto ; DOCCC 1991 champion ~2350
The King 2.0 (R30 / RISC 2500) 1992 ARM2/ARM6 dédiés 4ème Computer Olympiad Londres — Médaille d'Or partagée ; Nunn : 2400 Elo blitz ~2400
The King 2.2 / 2.5 1993 TASC R30/R40 DOCCC 1993 champion ; AEGON perf. 2590 ; N°1 SSDF début 1993 ~2480
The King (Chessmaster 4000) 1993–1994 PC Windows / DOS Entrée dans la franchise la plus vendue de l'histoire ~2250
The King 2.61 1998 PC DOCCC 1998 champion ~2480
The King 3.23 (CM 9000) 2002 PC Windows Christiansen 2,5–1,5 ; ICT 2003 champion 2715 SSDF (Athlon 1200)
The King 3.50 (CM 11e) 2007 PC Windows 64-bit multi-thread Dernière version Chessmaster (The Art of Learning) ~2854
The King (Millennium) 2019–2026 ARM dédié (Millennium) The King Competition, The King Element — retour aux dédiés ~2450 estimé
"The King ne joue pas contre vous. Il chasse avec vous dans les couloirs de votre propre position."
— paraphrase d'un commentateur de la communauté SSDF, années 2000

VII. La Rivalité avec Fritz et Hiarcs : le "Poulidor magnifique"

Dans les classements SSDF et les tournois CCT des années 1990 et 2000, The King occupe un rôle que les amateurs ont surnommé le "Poulidor magnifique". Rarement premier au classement général — Fritz de Morsch, puis Junior de Ban-Bushinsky, puis Shredder de Meyer-Kahlen se disputent les premières places — mais redouté de tous ses adversaires parce qu'il peut battre le leader le jour où on l'attend le moins.

Cette réputation d'exterminateur d'élite tient à la philosophie même du programme. Un moteur positionnel peut être préparé, déjoué, guidé vers des eaux calmes. The King, lui, cherche le déséquilibre — et dans une position compliquée, sa lecture tactique peut dépasser celle des meilleurs programmes du monde sur un coup décisif. Les statistiques SSDF montrent une dispersion inhabituelle dans ses résultats : The King perd parfois contre des programmes faibles, et bat parfois des programmes supérieurs de 100 Elo. C'est l'empreinte d'une personnalité algorithmique authentique.

La décision de Johan de ne jamais "lisser" son moteur :
Une des anecdotes les plus révélatrices sur le caractère de Johan de Koning concerne son refus répété d'uniformiser le comportement de The King pour les tournois de machines. Là où d'autres programmeurs ajustaient leurs paramètres pour minimiser les défaites surprises et maximiser la régularité — au prix d'un style plus terne — Johan maintenait les réglages qui donnaient à son programme sa personnalité distinctive, quitte à accepter des résultats imprévisibles. "Un programme imparfait mais doté d'une personnalité unique" : c'est la philosophie qu'il a toujours défendue, même quand elle lui coûtait des points au classement.

VIII. La Chute de TASC et la transition vers le PC (1995–2000)

La domination de TASC sur le marché des échiquiers dédiés haut de gamme s'effondre dans la seconde moitié des années 1990 sous un double coup du sort. D'abord, la montée en puissance des processeurs Intel Pentium : avec l'introduction du Pentium, la carte ARM2 de la ChessMachine perd son avantage de vitesse — un PC ordinaire est désormais aussi rapide. La TASC ChessMachine disparaît du marché en 1995, après quatre ans de règne.

Puis vient le coup fatal : en 1994, Brehn Corporation (New Jersey) attaque TASC en justice pour violation du brevet sur la reconnaissance de pièces utilisée dans le SmartBoard. En septembre 1997, un tribunal fédéral condamne TASC à payer 581 000 dollars. Pour une PME néerlandaise, le choc est dévastateur. Les SmartBoards disparaissent du marché américain. TASC ne s'en relève pas et devient pratiquement défunte au début des années 2000.

Pour Johan de Koning, ce naufrage institutionnel n'arrête pas The King — il le libère. Désormais indépendant, ou lié par contrat à Ubisoft/Mindscape pour les versions Chessmaster, il continue de développer son programme sans la contrainte de devoir le faire tourner sur du matériel propriétaire. The King devient un moteur PC pur, et chaque version de Chessmaster qui sort entre 1994 et 2007 est une nouvelle itération de son travail.

IX. Au-delà des échecs : Johan de Koning, programmeur de jeux (2000–2026)

À partir de 2000, Johan de Koning commence à élargir son horizon bien au-delà des échecs. Il se lance dans la programmation de programmes pour d'autres jeux de plateau abstraits, participant aux Computer Olympiads de l'ICGA dans plusieurs disciplines nouvelles.

Son programme 8 Queens Problem (Amazons) et surtout son programme de Clobber nommé PAN deviennent des compétiteurs sérieux dans leurs disciplines respectives. PAN remporte la médaille d'or au 16ème Computer Olympiad 2011 — une consécration qui prouve que le talent de Johan n'est pas lié à un jeu particulier mais à une philosophie générale de la recherche et de l'évaluation. Il participe également au Go 9×9 avec Atarist.

Ce tournant vers les autres jeux dit quelque chose d'important sur l'homme : après vingt ans passés à affûter le même programme, il est attiré non par la retraite mais par de nouveaux défis. La curiosité du programmeur autodidacte de 1986, qui avait acquis son premier ordinateur pour comprendre comment une machine peut jouer, n'est pas éteinte — elle s'est simplement déplacée vers de nouveaux terrains.

Le retour aux dédiés : Millennium (2019–2026)

La boucle se ferme avec les échiquiers Millennium, qui adopent The King pour leurs modèles haut de gamme — The King Competition, The King Element. Trente ans après le TASC R30, le programme de Johan de Koning anime à nouveau du matériel dédié, dans des appareils que les collectionneurs et les amateurs de jeu sur plateau retrouvent avec nostalgie. La force estimée de ces versions modernes — environ 2450 Elo — est le reflet d'un programme maintenu vivant, jamais abandonné.

X. Héritage : l'artisanat comme philosophie

L'histoire de Johan de Koning est celle d'un programmeur solitaire qui a, depuis son premier ordinateur acheté en 1986, construit une œuvre cohérente, reconnaissable, unique — sans jamais sacrifier sa personnalité aux exigences des classements. Dans un domaine où la course à la puissance brute et aux performances SSDF dicte souvent les choix, il a toujours choisi le style sur la régularité, la personnalité sur l'optimisation.

Ce faisant, il a atteint quelque chose de rare : un programme que les gens aiment affronter. Pas seulement que les gens respectent ou redoutent — mais qui génère une forme d'attachement. Les forums Chessmaster sont remplis d'utilisateurs qui, vingt ans après leur première partie contre The King, évoquent des épisodes précis, des sacrifices inattendus, des fins de parties où la machine semblait avoir un plan que le joueur humain n'avait pas vu venir. C'est la marque d'un programme qui a une âme — ou du moins, d'un programmeur qui en a une.

Palmarès de Johan de Koning et The King :
  • 4 × Champion des Pays-Bas (DOCCC 1991, 1993, 1995, 1998)
  • 1 × ICT 2003 — Leiden (tournoi international CSVN)
  • Médaille d'Or partagée — 4ème Computer Olympiad, Londres 1992
  • Victoire contre Mephisto au WMCCC Vancouver 1991
  • Performance Elo 2590 au tournoi Aegon 1993
  • N°1 classement SSDF (début 1993)
  • Victoires contre GM Jeroen Piket, GM David Bronstein (Aegon)
  • Match Chessmaster 9000 vs GM Larry Christiansen : 2,5–1,5 (2002)
  • Chessmaster 4000 à Chessmaster 11e (7 versions) — franchise la plus vendue de l'histoire
  • Médaille d'Or au Clobber, 16ème Computer Olympiad 2011 (programme PAN)
  • Matériel dédié : TASC R30/R40, Saitek RISC 2500, Mephisto Montreux, Millennium Competition/Element
  • Évaluation John Nunn (GM) : 2400 Elo blitz (1992)

XI. Épilogue : La Signature du Maître

Il y a quelque chose de profondément néerlandais dans la trajectoire de Johan de Koning. La même discrétion, la même qualité artisanale, le même refus de la grandiloquence que chez ses compatriotes Ed Schröder et Frans Morsch. Trois programmeurs nés dans un rayon de cent kilomètres, qui ont construit trois programmes aux personnalités radicalement différentes, et qui ont ensemble dominé le jeu d'échecs informatique mondial pendant trois décennies.

Schröder était l'ingénieur de précision, obsédé par la technique et la rigueur. Morsch était le physicien pragmatique, qui mesurait et optimisait avec une méthode scientifique. De Koning est l'artiste — celui qui a mis dans son code quelque chose qui ressemble à un tempérament, une manière d'être sur l'échiquier.

Le code de Johan de Koning reste un témoignage d'une époque où la programmation d'échecs était encore un artisanat solitaire. The King n'est pas mort. Sur un échiquier Millennium posé sur une table de salon, il attend patiemment le prochain humain à défier son trône — avec la même agressivité tranquille qu'il a apportée au DOCCC 1987, à Aegon 1993, au Park Lane Hotel de Londres, et dans les millions de foyers où Chessmaster a introduit des générations entières au plaisir de jouer contre une machine qui semble vraiment vouloir gagner.

Johan de Koning

Quelques visuels de diverses possibilités de jouer contre The King

Echiquiers dédiés

Saitek Risc 2500
Millennium The Kink Peformance

Emulation CB-EMU

Mephisto Montreux
Tasc R4 The King 2.50

Emulation des ChessMachines

Modules disponibles
ChessMachine PC The King 30 MHz

Chessmaster

ChessMaster 5000 sous DosBox
The King 3.50 UCI sous Arena