Rebel - Schröder
Anthologie complète de Fritz / Quest et Nona
I. Frans Morsch : portrait d'un physicien discret qui a changé le jeu d'échecs pour toujours
Il y a dans l'histoire de Frans Morsch une modestie naturelle qui tranche avec l'ampleur de son influence. Pas d'interview-fleuve dans Der Spiegel comme Hirsch, pas de document "How I Play Chess" offert à la communauté comme Schröder, pas de site personnel retraçant l'épopée comme Hyatt. Morsch parle peu. Il code.
Frans Morsch est un physicien néerlandais né en 1954 qui a commencé à expérimenter avec la programmation d'échecs à l'âge de treize ans. Treize ans — l'âge exact de Mark Uniacke quand il a découvert le Chess Challenger 10. Deux futurs champions du monde qui commencent la même année de leur vie, sans se connaître, dans des pays voisins, avec la même obsession.
Frans, né en 1954, commence la programmation d'échecs à treize ans. Pendant ses études de physique, il démarre sa carrière avec son premier programme Nona écrit en assembleur 6502, et après ses premiers succès en tournoi devient rapidement programmeur professionnel d'échecs — son premier ordinateur d'échecs dédié est le Mephisto Mondial basé sur Nona.
La physique. Pas l'informatique, pas les mathématiques appliquées comme Hirsch — la physique. Cette discipline du réel, de la mesure, des phénomènes observables, forge une façon de penser particulière : on ne spécule pas, on teste. On formule une hypothèse, on l'implémente, on mesure le résultat. Cette méthode scientifique appliquée à la programmation d'échecs produira des innovations concrètes et mesurables plutôt que des architectures théoriques élégantes.
Il développe des programmes pour Hegener & Glaser, Saitek, ChessBase et TASC, notamment son programme Quest qui évolue en Fritz en 1991. Après la publication de Fritz 13 et vingt-deux ans d'auteur principal, Frans Morsch prend sa retraite de ChessBase de son propre chef. Vingt-deux ans. De 1991 à 2013, un seul homme — en collaboration avec Mathias Feist pour les aspects PC et Windows — produit le programme d'échecs commercial le plus vendu et le plus reconnu de l'histoire, tout en continuant à jouer un rôle discret dans la communauté scientifique du domaine.
II. Nona : la déesse des destins tisse ses premiers fils (1967–1984)
Le premier programme à treize ans : assembleur 6502 et mythologie romaine
Frans commence sa carrière avec son premier programme Nona écrit en assembleur 6502. Le nom Nona est une référence à la mythologie romaine — dans la religion romaine, les Parques (Parcae) sont les personnifications féminines du destin : Nona, Decima et Morta. Nona est celle qui file le fil de la vie. Pour un programme d'échecs qui doit "tisser" des lignes de jeu, le nom est d'une poésie discrète et parfaite.
Qu'un adolescent de treize ans en train d'apprendre l'assembleur 6502 — un langage de bas niveau qui travaille directement avec les registres du processeur, les adresses mémoire, les opérations bit à bit — produise son premier programme jouable est en soi remarquable. L'assembleur 6502 est le langage dans lequel on écrit le Apple II, l'Atari, le Commodore 64. C'est un langage d'artisan, exigeant et puissant.
Le parcours néerlandais : champion national face à Rebel
Les années qui suivent voient Nona s'imposer progressivement dans la scène néerlandaise du jeu d'échecs informatique. Nona et le Rebel d'Ed Schröder sont les aspirants dominants pour le titre néerlandais dans les événements à venir : Nona remporte le DOCCC 1986, Rebel le DOCCC 1987 avec Nona deuxième.
La rivalité Morsch-Schröder est l'une des grandes histoires parallèles de l'histoire du jeu d'échecs informatique néerlandais. Deux programmeurs du même pays, du même âge de génération, développant des programmes aux philosophies légèrement différentes, se battant pour la suprématie nationale. Nona remporte le DOCCC 1988 sous son nouveau nom Quest — à cette époque encore un programme 6502 — avant que Frans ne passe à l'Intel 8086 pour le PC IBM. La transition Nona → Quest accompagne la transition 6502 → 8086. C'est un changement de nom qui marque un changement d'ère : on quitte l'âge des microprocesseurs 8 bits pour entrer dans l'âge du PC. Le programme garde son essence, change de vaisseau.
L'anecdote Cologne 1986 : Schröder raconte la scène du couloir
L'histoire la plus célèbre du rapport Morsch-Schröder n'est pas une partie d'échecs — c'est une conversation de couloir au WCCC 1986 de Cologne. Frans Morsch, ainsi que d'autres programmeurs néerlandais comme Bart Weststrate et Dap Hartmann, font des expériences précoces avec le null-move récursif à la fin des années 1980, probablement après qu'il a été discuté lors du panel du WCCC 1986 suite à la présentation de Don Beal. Frans Morsch parle à Chrilly Donninger du null-move récursif, qui le popularise avec son article "Null Move and Deep Search" dans l'ICCA Journal 1993.
La séquence complète est la suivante : Beal présente une idée à Cologne en 1986. Morsch l'entend, l'expérimente, la développe dans Quest/Fritz. Il en parle à Donninger. Donninger publie en 1993. Tous les programmes d'échecs du monde l'adoptent. C'est la chaîne de transmission d'une des innovations algorithmiques les plus importantes de l'histoire du domaine — et Morsch est le maillon central, celui qui transforme une idée académique en pratique codée et qui la transmet à la communauté.
La cocasserie de l'anecdote Schröder — "Null-Move, jamais de la vie !" — est maintenant pleinement compréhensible. C'est Morsch qui essaie de convaincre Schröder à Cologne. Schröder refuse. Morsch développe. Cinq ans plus tard, tout le monde utilise le Null-Move. Schröder l'intègre lui-même, à contrecœur, mais brillamment.
III. Les échiquiers dédiés : Quest habille les meilleures machines (1985–1994)
Le Mephisto Mondial : la première commercialisation
En 1985, déjà affilié à Hegener & Glaser et Nona commercialisée sous le nom Mephisto Mondial, Frans porte Nona sur le code d'interface plus rapide d'Ed Schröder pour le matériel Mephisto, et Ed — qui ne concourt pas avec Rebel cette année-là — est même mentionné comme co-auteur de Nona pour ce tournoi 1985.
L'épisode Schröder-code-d'interface est fascinant à deux titres. D'abord, il montre que les deux rivaux néerlandais coopèrent techniquement même quand ils se battent sportivement. Ensuite, il illustre un principe fondamental du monde Mephisto : les programmeurs partagent parfois des composants d'infrastructure (interfaces matérielles, routines d'initialisation) tout en gardant leurs algorithmes de jeu jalousement secrets.
Le Mephisto Mondial est lancé en 1985 dans la gamme modulaire Mephisto. Les ordinateurs actuellement vendus sous la marque Mephisto utilisent des programmes écrits par Frans Morsch. Cette mention de la présence de Morsch chez Mephisto/Saitek dit quelque chose d'important : sa relation avec les échiquiers dédiés ne s'est jamais interrompue.
La TASC ChessMachine et Chessica (1991–1995)
Quest est la base de code de divers programmes commerciaux et ordinateurs dédiés, notamment le célèbre moteur Fritz de ChessBase en 1991, et le moteur Chessica de TASC en 1995, après que Fritz remporte sensationnellement le WCCC 1995. Deux programmes simultanés, deux marchés différents, une seule base de code. C'est la marque du programmeur professionnel : un code suffisamment bien architecturé pour être adapté à des environnements radicalement différents — le PC de bureau de ChessBase d'un côté, la carte ARM de TASC de l'autre.
La version 6502 de Quest est en outre commercialisée sous le nom Sphinx 8 bits par Newcrest Technology, et est également portée sur le processeur H8, utilisé dans de nombreux appareils dédiés de divers fabricants au début des années 1990, comme le Saitek Brute Force et le GK 2100. La multiplicité des plateformes d'Quest/Nona est vertigineuse : 6502, Intel 8086, ARM, H8 — quatre architectures de processeur radicalement différentes. Morsch les maîtrise toutes. C'est la conséquence naturelle d'une formation en physique : on s'adapte aux contraintes du réel, on ne refuse pas un processeur parce qu'il n'est pas sa préférence théorique.
Le Saitek GK 2100 et ses clones
Parmi les nombreux appareils dédiés animés par des versions de Quest, le Saitek GK 2100 est particulièrement représentatif. Vendu à des centaines de milliers d'exemplaires dans les années 1990, accessible, abordable, avec un plateau en plastique et une interface simple, il démocratise le jeu d'échecs contre ordinateur pour des millions d'utilisateurs qui n'auraient jamais pu s'offrir un plateau Mephisto à 500 marks. Les Saitek Centurion, Président, MMIV, GK 2100 et Cosmos sont parmi les appareils qui utilisent des moteurs de Frans Morsch.
C'est l'autre dimension de l'héritage Morsch que l'histoire retient moins — pas le titre mondial de Hong Kong 1995, pas les matchs contre Kasparov et Kramnik, mais les millions d'appareils de salon qui ont initié des millions de joueurs aux échecs contre une machine, grâce à sa philosophie de jeu encodée dans quelques kilooctets de ROM.
IV. La naissance de Fritz : une longue promenade dans un parc de Bonn (1991)
La rencontre fondatrice : Wüllenweber, Friedel et la stratégie ChessBase
Début 1991. ChessBase a cinq ans d'existence. La société hambourgeoise de Matthias Wüllenweber et Frederic Friedel a construit un empire sur les bases de données d'échecs — un logiciel qui permet d'analyser des millions de parties, de préparer des ouvertures, d'étudier les finales. C'est le programme que tous les grands-maîtres utilisent, de Kasparov à Karpov.
Mais il manque quelque chose d'essentiel. Pendant cinq ans, ChessBase a vigoureusement vendu son programme de base de données professionnel, que la plupart des joueurs ambitieux, jusqu'au champion du monde, utilisaient pour étudier le jeu. Ce que le programme de base de données ne pouvait pas faire, c'était jouer une partie contre vous ou vous conseiller sur la qualité des coups individuels. Pourquoi pas ? pense la société. Un plan est né !
Au début de 1991, ils contactent Frans. Lors d'une longue promenade dans un parc de Bonn, les fondateurs de ChessBase Matthias Wüllenweber et Frederic Friedel le convainquent d'écrire une version MS/DOS de Quest, qui pourrait être utilisée comme programme de jeu sur PC. En quelques mois, Frans livre la version PC de Quest.
La promenade dans le parc de Bonn est l'une des scènes fondatrices de l'histoire de ChessBase. Deux hommes de marketing et un physicien néerlandais, marchant entre les tilleuls rhénans, négociant la naissance du programme d'échecs le plus vendu de l'histoire. La suite — vingt millions d'utilisateurs, des matchs contre Kasparov et Kramnik, 20 versions sur 30 ans — commence là, par une promenade.
Le nom "Fritz" : le génie marketing d'Olaf Oldigs
Le problème qui suit immédiatement la livraison du programme est son nom. Un des problèmes était de trouver un nom pour ce programme. "Grandmaster Chess", "Chess Complete", "Total Chess" ? Ils consultent un des principaux experts allemands en marketing et branding, Olaf Oldigs, qui a une idée surprenante : appelez-le "Fritz", donnez-lui un nom personnel, non-menaçant. L'Allemagne venait d'être réunifiée et pour la première fois depuis des décennies on se sentait bien d'être allemand.
Le contexte est crucial : novembre 1991, quelques mois seulement après la réunification allemande d'octobre 1990. L'Allemagne sort de quarante ans de division. Donner un prénom allemand ordinaire à un programme d'échecs — pas "GrandMaster Pro", pas "ChessGenius II", mais Fritz — est un acte culturel autant que commercial. Le prénom Fritz est originellement un surnom allemand de Friedrich, ou Frederick. "Der Alte Fritz" était le surnom du roi Frédéric II de Prusse. Il y a là une résonance prussienne, sérieuse, fiable — et en même temps populaire, familier, presque affectueux. Olaf Oldigs a eu un coup de génie.
Fritz est commercialisé cette année-là comme Knightstalker aux États-Unis et Fritz partout ailleurs dans le monde. Le nom américain — Knightstalker, "le chasseur de cavalier" — est moins heureux. C'est Fritz qui survivra.
V. La philosophie algorithmique : tout est dans le Null-Move
Fritz est bâti autour du null-move search
Frans Morsch explique : "Fritz est construit autour de la recherche dite null-move. Dans le cadre de sa recherche, Fritz permet à un camp de jouer deux fois (l'autre camp effectue un coup nul). Si la position après le coup nul ne retourne pas une valeur élevée dans la fonction d'évaluation, alors clairement le premier des deux coups ne contenait pas de menace. Cela s'applique à 95% des coups dans une recherche. Détecter ces coups avant qu'ils ne soient recherchés jusqu'à leur pleine profondeur est une excellente méthode pour accélérer la recherche."
Cette explication de Morsch lui-même est la description la plus claire et la plus concise qui existe du Null-Move dans la littérature. Il ne s'agit pas d'un article académique avec des équations et des benchmarks — c'est la formulation directe, physicienne, d'un homme qui a implémenté l'idée et observé qu'elle fonctionnait.
Augmenté des techniques sélectives de Morsch comme la recherche null-move, Fritz atteint une accélération reportée de 10 fois dans les positions non-tactiques. Un facteur 10 d'accélération — c'est la différence entre chercher à 10 coups de profondeur et chercher à 15-16 coups de profondeur dans le même temps. Une différence qui se mesure directement en force de jeu.
La conception autour du null-move : cohérence architecturale
Ce qui distingue Fritz de nombreux contemporains n'est pas simplement l'utilisation du null-move — d'autres l'adoptent aussi après la publication de Donninger en 1993 — mais le fait que toute l'architecture du programme soit pensée autour de lui. Les générateurs de coups, les fonctions d'évaluation et les structures de données ont été conçus pour maximiser l'efficacité de la recherche null-move.
C'est la différence entre prendre un moteur existant et lui ajouter le null-move comme une couche supplémentaire — ce que font la plupart des programmes — et concevoir un moteur pour que le null-move soit le principe structurant. Morsch fait le second. C'est plus risqué architecturalement mais potentiellement plus efficace.
La vitesse : assembleur optimisé à 1000 cycles par position
Le moteur de recherche est écrit en assembleur hautement optimisé. La version actuelle cherche à raison de mille cycles de processeur par position. Mille cycles de processeur par position — en d'autres termes, sur un processeur à 90 MHz (celui utilisé au WCCC 1995), Fritz évalue environ 90 000 positions par seconde. Ce n'est pas le chiffre le plus impressionnant de l'époque — Cray Blitz dans les années 1980 allait beaucoup plus vite — mais l'efficacité par cycle est remarquable. Un cycle de processeur correspond à environ 10 nanosecondes. Fritz fait une évaluation complète en 10 microsecondes. C'est de l'horlogerie de précision.
VI. Les premières performances humaines : un programme qui apprend vite (1991–1994)
Fritz 1 (novembre 1991) : 2007 SSDF sur 386
Fritz 1.0 sur un 386/25-33 MHz obtient 2007 SSDF sur la liste de mai 1996 — c'est le score rétroactif d'un programme qui date de 1991 testé a posteriori. 2007 Elo en 1991 sur un 386, c'est un niveau de candidat-maître. Suffisant pour battre l'immense majorité des joueurs de club.
Fritz 3 sur l'ordinateur portable de Kasparov (1992)
L'épisode est raconté avec délectation par Frederic Friedel dans la série "Happy Birthday Fritz" de ChessBase. En 1992, le champion du monde régnant Garry Kasparov joue 35 parties de blitz contre une bêta de Fritz 3 sur son ordinateur portable. Il gagne 31, l'ordinateur en gagne quatre. Quatre victoires d'un programme en bêta sur un ordinateur portable contre le meilleur joueur du monde — en 1992, c'est déjà un signal d'alarme. Kasparov, qui dominait Deep Thought sans effort quelques années plus tôt, commence à remarquer quelque chose de dangereux dans ces programmes sur PC ordinaires.
Intel World Chess Express Challenge 1994 : l'événement qui change tout
En 1994, Fritz est co-premier avec Kasparov dans le tournoi de blitz le plus fort de tous les temps (17 grands-maîtres, moyenne Elo de 2625). Dans un effort suprême, Garry gagne le playoff.
Ce tournoi de blitz de Munich 1994 est l'un des moments les plus mémorables de l'histoire des rencontres homme-machine. Kasparov — le meilleur joueur humain de l'histoire — doit livrer un "effort suprême" pour battre Fritz en playoff. Ils finissent à égalité en score régulier. Après le défi Intel, Garry discute de l'événement lors de l'émission sportive premium de la télévision allemande. Il joue une partie de démonstration rapide contre Fritz — et perd.
Kasparov perd une partie de démonstration en direct à la télévision allemande. En 1994. Contre un programme sur PC, en bêta de Fritz 4. C'est l'événement qui ouvre les yeux du grand public européen sur la progression terrifiante des programmes commerciaux. La presse en fait des gorges chaudes. La question "quand les machines battront-elles définitivement les humains ?" entre dans le débat public.
VII. Le WCCC 1995 de Hong Kong : le titre mondial et la partie contre Deep Blue
Shatin, Hong Kong, 25-30 mai 1995
Le 8ème Championnat du Monde WCCC se tient dans le bâtiment d'ingénierie Ho Sin Hang de l'Université Chinoise de Hong Kong à Shatin, Hong Kong. Fritz sur un Pentium à 90 MHz remporte le titre après un playoff contre Star Socrates, après avoir déjà battu le prototype de Deep Blue en ronde cinq. La composition du champ est remarquable. On y trouve Fritz (Morsch), Deep Blue Prototype (IBM), Star Socrates (équipe américaine), Ferret (Bruce Moreland), MChess (Hirsch), Junior (Ban-Bushinsky). C'est le tournoi le plus fort de l'histoire jusqu'alors.
La partie contre Deep Blue Prototype : 39 coups de maestria
La ronde 5 oppose Fritz (noirs) à Deep Blue Prototype (blancs). Le résultat : 0-1, victoire de Fritz en 39 coups. Fritz choisit une Sicilienne Najdorf avec des complications aiguës. Le programme joue 13…Tg8 — une tour sur la colonne g à l'intention claire d'attaquer le roi blanc à court terme. La partie évolue avec Fritz sacrifiant des pions pour l'initiative. Au coup 39, Deep Blue abandonne.
Le paradoxe est délicieux : Deep Blue, la machine à 50 millions de dollars construite par IBM avec des puces VLSI spécialisées calculant des centaines de millions de positions par seconde, perd contre un Pentium à 90 MHz calculant 90 000 positions par seconde. Le ratio de vitesse est de l'ordre de 1 000 à 10 000 contre 1, et Fritz gagne quand même. C'est la démonstration ultime — plus forte que tout titre de championnat — que la qualité de l'algorithme peut écraser la puissance brute.
Le playoff contre Star Socrates
Star Socrates, le programme américain de Chris Joerg et Don Dailey, termine à égalité de points avec Fritz après les rondes régulières. Un playoff en une ou plusieurs parties décide du titre. Sur la photo du playoff — Star Socrates vs. Fritz — on voit Chris Joerg, Don Dailey, Frans Morsch et Mathias Feist. C'est une des photos les plus connues de l'histoire du jeu d'échecs informatique : quatre programmeurs, deux équipes, un titre mondial en jeu dans une salle de l'Université Chinoise de Hong Kong. Fritz remporte le playoff. Morsch tient le Shannon Trophy.
Ce titre est décisif dans l'histoire de ChessBase. Avant Hong Kong 1995, Fritz est un produit commercial sérieux mais parmi d'autres. Après Hong Kong 1995, Fritz est le champion du monde. Les ventes explosent. ChessBase, qui était déjà dominante sur le marché des bases de données, devient aussi l'empire incontesté des logiciels de jeu.
VIII. L'ère de domination commerciale (1996–2002)
Fritz 4 Windows (1996) : la révolution de l'interface
Depuis la version 4, publiée en 1996, Fritz tourne sur Windows et est jusqu'à aujourd'hui un des programmes d'échecs les plus populaires et couronnés de succès au monde. La transition vers Windows est portée par Mathias Feist, qui rejoint ChessBase à la fin des années 1980. Avec la version 4 en 1995, Feist dirige les efforts de portage vers le système d'exploitation Windows, permettant une accessibilité plus large dans les environnements graphiques émergents.
Feist est l'homme de l'ombre de l'histoire Fritz — jamais autant mis en avant que Morsch, mais fondamental pour la transformation du moteur en produit commercial de masse. L'interface Windows de Fritz 4 est, pour l'époque, un chef-d'œuvre d'ergonomie : fenêtre d'échiquier, barre d'information, variation principale affichée en temps réel, livre d'ouvertures consultable. C'est l'interface qui va définir le standard du marché pendant une décennie.
AEGON 1996 : meilleur résultat de l'histoire pour un programme
Fritz obtient le meilleur résultat informatique du tournoi AEGON man-machine de 1996. Quest est le programme le plus fort du tournoi AEGON 1996. Morsch aligne simultanément les deux versions de son programme — Fritz dans sa version commerciale Windows, Quest dans sa version expérimentale — et domine l'événement.
1997–1998 : Fritz en tête du classement SSDF
En 1998, Fritz est en tête du prestigieux classement suédois des ordinateurs d'échecs. La domination SSDF — la liste de référence mondiale pour les classements de programmes — est conquise entre 1997 et 1998. En 1993, Fritz se classe co-premier lors d'un tournoi de blitz à Munich avec toute l'élite mondiale.
Les tournois contre les grands-maîtres (1997–1999)
Cette période est celle où Fritz sort des compétitions entre programmes pour s'imposer dans des tournois humains. Les résultats sont spectaculaires : en décembre 1997, à Cologne, Fritz joue dans le tournoi international de grands-maîtres IMPULS, terminant troisième avec 10/13 points et un Elo de performance de 2700. En mai 1998, Fritz bat le GM Epishin 2-1 à Kuppenheim. En juin 1998, Fritz remporte le Frankfurt Chess Classic devant des joueurs de classe mondiale : Ivanchuk, Beliavski, Kortchnoi et Hübner, avec un Elo de performance de 2780. En mars 1999, au CeBit de Hanovre, Fritz joue 1-1 contre Garry Kasparov. En avril 1999, Fritz bat Judit Polgar 5½-2½ avec un Elo de performance de 2810.
La séquence est vertigineuse. 2700 de performance à Cologne, 2780 à Francfort, 1-1 contre Kasparov au CeBit, 2810 contre Polgar. En moins de deux ans, Fritz passe de meilleur programme commercial au programme qui bat les meilleurs joueurs du monde dans des conditions normales de tournoi. Le Frankfurt Chess Classic 1999 est particulièrement spectaculaire. Fritz 6 gagne le tournoi-maîtres de Francfort avec un Elo de performance de 2823, devant Leko, Topalov et Svidler. Un plein point d'avance sur le deuxième. Dans un tournoi double round-robin de hauts niveaux.
IX. Les grands matchs homme-machine (1994–2006) : Fritz face aux champions
Kasparov vs. Fritz 4, Londres 1995 : la victoire humaine
En 1995, Kasparov joue contre Fritz 4 à Londres. Avec les pièces noires, Garry entre dans une bataille classique Nimzo-Indienne. Il échange son fou contre le cavalier de Fritz. Puis il joue une très habile finale pour gagner. Dans la deuxième partie, quand Fritz avait les noirs, il choisit la Défense Tarrasch. Garry simplifie vers une finale avec fous de couleurs opposées, obtient la nulle et remporte le match. Kasparov gagne, mais de justesse, et seulement en choisissant soigneusement ses ouvertures pour éviter les complications aiguës où Fritz excelle. Cette stratégie — jouer positionnel et solide contre un ordinateur pour le priver de complications tactiques — deviendra la doctrine anti-ordinateur de toute une génération de grands-maîtres. Kramnik la portera à sa perfection en 2002.
Brains in Bahrain 2002 : Deep Fritz contre Kramnik, la nulle incroyable
Bahreïn, octobre 2002. Vladimir Kramnik — champion du monde d'échecs classique depuis 2000, vainqueur de Kasparov en match en titre — affronte Deep Fritz 7 dans un match de 8 parties avec un enjeu médiatique considérable. Pour le match, ChessBase est tenu de geler le code Fritz plusieurs mois avant le début, tandis que Kramnik reçoit exactement cette version, lui permettant à lui et à ses secondants de préparer. Le matériel utilisé par Fritz est une machine Compaq à huit processeurs à 900 MHz, capable de faire tourner Fritz à une vitesse d'environ 3,5 millions de nœuds par seconde.
Le soin apporté à l'équité du match tranche avec les conditions controversées du match Kasparov-Deep Blue 1997. Ici : code gelé, version fournie à l'avance, possibilité d'ajournement pour Kramnik au-delà de 56 coups, utilisation de Fritz pour l'analyse overnight. Kramnik est avantagé — et pourtant.
Kramnik gagne les parties 2 et 3 par des tactiques anti-ordinateur conventionnelles — jouer de façon conservatrice pour un avantage à long terme que l'ordinateur n'est pas en mesure de voir dans son arbre de recherche. Après une nulle en ronde 4, Kramnik perd la ronde 5 sur une gaffe. La ronde 6 est décrite par les commentateurs comme "spectaculaire". Kramnik sacrifie un cavalier pour lancer une attaque dévastatrice sur le roi noir. Seule une défense parfaite de l'ordinateur pouvait sauver la position noire, et Fritz trouve lentement la main supérieure. Quand finalement les noirs se fracassaient, Kramnik abandonne. Seulement le lendemain se révèle-t-il qu'il a abandonné dans une position qu'il aurait pu défendre — peut-être l'événement le plus choquant du match.
Kramnik a abandonné dans une position nulle. Il ne l'a pas vu. La pression psychologique de jouer contre une machine, l'impossibilité de "lire" l'adversaire, la certitude que l'ordinateur ne fait jamais de cadeaux — tout cela a craqué les nerfs d'un champion du monde. Score final : 4-4, deux victoires chaque camp.
Kramnik vs. Deep Fritz 10, Bonn 2006 : la défaite qui signe la fin d'une ère
Kramnik joue un match de six parties contre Deep Fritz en novembre-décembre 2006 à la Galerie d'Art Nationale de Bonn. Il reçoit 500 000 euros pour jouer et aurait reçu 500 000 euros supplémentaires s'il avait gagné le match. Entre 2002 et 2006, le matériel a évolué : Kramnik fait face à un système Dual Intel Core 2 Duo 5160 qui permet à Deep Fritz — aussi amélioré de la version 7 à la version 10 — de calculer environ huit millions de positions par seconde. En 2002, la version Bahreïn de Deep Fritz ne pouvait calculer "que" 2,7 millions de positions par seconde. Trois fois plus vite, et le programme lui-même est bien meilleur. Kramnik n'a aucune chance réelle.
La partie 2 devient la plus célèbre — ou la plus tristement célèbre — de toute la série des matchs homme-machine. Le monde entier apprend que Kramnik a raté un mat en 1 dans une position équilibrée. Kasparov, commentant le match, "prend tous les paris" sur le fait que les blancs ne peuvent pas gagner après 30.e3. Le coup 34…De3 de Kramnik est un des plus grands blunders de l'histoire des matchs au plus haut niveau — il laisse Dh7 mat disponible, un mat en un coup. Dans les secondes qui suivent, la salle entière réalise. Kramnik continue de regarder le plateau. Il ne voit pas. Il joue. Fritz joue Dh7#. C'est terminé. Score final du match de Bonn : 2-4, victoire de Deep Fritz.
X. L'après-Morsch : de Fritz 13 à Fritz 20 (2013–2025)
La retraite de Morsch et la succession
Après la publication de Fritz 13 et vingt-deux ans d'auteur principal, Frans Morsch prend sa retraite de ChessBase de son propre chef. L'annonce tombe en novembre 2013, simultanément à la sortie de Deep Fritz 14. La version 2013 de Deep Fritz 14 change de moteur, remplaçant celui de l'auteur original Frans Morsch par Pandix, écrit par Gyula Horváth. Fritz 15 est publié le 25 novembre 2015, avec le moteur Rybka de Vasik Rajlich. Fritz 17 est publié le 12 novembre 2019 et utilise le moteur Ginkgo, écrit par Frank Schneider. La succession est complexe — Pandix, puis Rybka, puis Ginkgo. Chaque changement de moteur correspond à une tentative de maintenir Fritz compétitif dans un paysage dominé par Stockfish et Leela.
Fritz 18 Neuronal (2022) et l'ère des réseaux de neurones
Les versions Fritz 18 et 19 intègrent des améliorations de style Leela MCTS et poussent les classements Elo globaux au-delà de 3500 dans les configurations les plus élevées.
Fritz 20 (2025) : l'IA générative entre dans l'échiquier
Fritz 20, publié le 19 mai 2025, représente un saut majeur dans l'intégration de l'IA, avec un moteur amélioré de plus de 100 points Elo plus fort que son prédécesseur, atteignant un classement estimé de 3580 et partageant la première place au Championnat du Monde d'Échecs Informatique 2024. Les innovations clés incluent des styles de jeu configurables imitant des maîtres historiques comme Morphy, Fischer et Karpov, avec une précision tactique réduite pour mettre l'accent sur les éléments positionnels et thématiques. Le moteur reconnaît plus de 170 thèmes et patterns d'échecs pour générer des commentaires contextuels en plusieurs langues via sortie vocale. Cette version intègre également un chat IA en temps réel pour une analyse interactive. 3580 Elo estimé. Co-vainqueur du Championnat du Monde d'Échecs Informatique 2024. Trente-quatre ans après la promenade dans le parc de Bonn, Fritz continue.
XI. Tableau des versions, des classements et des événements
| Version | Année | Moteur / auteur | Événement clé | Elo SSDF/CCRL |
|---|---|---|---|---|
| Nona (6502) | ~1967-1984 | Morsch, 6502 ASM | DOCCC 1986 champion NL | ~1400-1800 |
| Quest (8086) | 1988-1991 | Morsch, IBM PC | DOCCC 1988, 1994, 1999 | ~1900-2200 |
| Fritz 1 (DOS) | Nov. 1991 | Morsch / Feist | Lancement ChessBase | 2007 SSDF (386) |
| Fritz 2 | 1992 | Morsch / Feist | Kasparov blitz notebook : 4 victoires | ~2100 |
| Fritz 3 | 1993-1994 | Morsch / Feist | Munich 1994 co-1er avec Kasparov | ~2300 |
| Fritz 3 (WCCC) | 1995 | Morsch / Feist | WCCC Hong Kong : champion du monde | ~2400 |
| Fritz 4 (Windows) | 1996 | Morsch / Feist | 1ère version Windows, AEGON meilleur | ~2450 |
| Fritz 5 | 1997-1998 | Morsch / Feist | N°1 SSDF, Frankfurt Classic | ~2550-2600 |
| Fritz 5.32 | 1998-1999 | Morsch / Feist | Polgar 5,5-2,5 (perf. 2810), 1-1 Kasparov CeBit | ~2600 |
| Fritz 6 | 1999-2000 | Morsch / Feist | Frankfurt 1999 perf. 2823, n°1 SSDF | ~2650 |
| Deep Fritz 6/7 | 2000-2002 | Morsch / Feist | Multi-processeurs, Bahreïn 4-4 Kramnik | ~2720 SSDF |
| Fritz 8 | 2002-2004 | Morsch / Feist | SSDF 2754 (simple), Deep Fritz 8 : 2780 | 2754 / 2780 SSDF |
| Fritz 9-11 | 2005-2010 | Morsch / Feist | Bonn 2006 : Deep Fritz bat Kramnik 4-2 | ~2800-3050 |
| Fritz 12-13 | 2010-2013 | Morsch / Feist | Dernières versions Morsch | ~3050-3100 CCRL |
| Deep Fritz 14 | 2013 | Pandix / Horváth | Retraite Morsch | ~3100 |
| Fritz 15-16 | 2015-2017 | Rybka / Rajlich | Moteur Rybka | ~3200 |
| Fritz 17-18 | 2019-2021 | Ginkgo / Schneider | Moteur Ginkgo, NNUE update 2022 | ~3300-3400 |
| Fritz 19 | 2023 | Ginkgo / Schneider | Personnalités (Morphy, Fischer…) | ~3450 |
| Fritz 20 | 2025 | Frank Schneider | Co-champion du Monde 2024, 3580 Elo, IA générative | ~3580 |
XII. Anecdotes et faits marquants
- La promenade dans le parc de Bonn : Lors d'une longue promenade dans un parc de Bonn, Wüllenweber et Friedel convainquent Morsch d'écrire une version DOS de Quest. La décision qui produit le programme d'échecs le plus vendu de l'histoire a été prise entre deux tilleuls rhénans, probablement en marchant sur des feuilles mortes d'automne 1991.
- Le Null-Move et la chaîne de transmission : Frans Morsch parle à Chrilly Donninger du null-move récursif, qui le popularise par son article dans l'ICCA Journal 1993. L'innovation la plus importante du jeu d'échecs informatique des années 1990 est née d'une conversation entre deux programmeurs. Morsch implémente, Donninger publie, le monde adopte. Schröder qui refusait d'y croire en 1986 finit par l'utiliser lui aussi.
- Deep Blue battu par un Pentium 90 MHz : La victoire de Fritz contre Deep Blue Prototype en ronde 5 du WCCC 1995 est la démonstration la plus spectaculaire de l'histoire que l'algorithme peut battre la puissance brute. Un ratio de vitesse de calcul de 1000 à 1 en faveur de Deep Blue — et Fritz gagne quand même.
- Kramnik et le mat en 1 : En novembre 2006 à Bonn, Vladimir Kramnik — champion du monde, ex-n°1 mondial, vainqueur de Kasparov — rate un mat en un coup contre Deep Fritz dans une position équilibrée. C'est peut-être le blunder le plus célèbre de l'histoire des matchs à ce niveau. La psychologie de la pression contre une machine, l'impossibilité de "lire" son adversaire — tout s'effondre en un coup.
- Le nom inventé par un expert en branding : Olaf Oldigs, l'expert en marketing, choisit "Fritz" en novembre 1991 — un prénom personnel, non-menaçant, dans une Allemagne fraîchement réunifiée qui se sentait bien d'être allemande. Vingt ans plus tôt, une firme américaine aurait appelé le programme "ChessMaster Pro Ultimate Edition". L'Allemagne dit : Fritz.
- Kasparov perd en direct à la télé : Après le défi Intel 1994, Garry discute de l'événement lors de l'émission sportive premium de la télévision allemande. Il joue une partie de démonstration rapide contre Fritz — et perd. En direct. Devant des millions de téléspectateurs allemands. C'est la première fois que le grand public réalise que quelque chose a changé.
- 22 ans, un seul auteur : De 1991 à 2013, Frans Morsch est l'auteur principal du moteur de Fritz. Vingt-deux versions, deux matchs contre des champions du monde, un titre mondial WCCC — et Morsch reste toujours aussi discret, répondant rarement aux forums, ne tenant pas de blog, n'accordant que de rares interviews.
- De Knightstalker à Fritz 20 : En 1991, commercialisé comme Knightstalker aux États-Unis. En 2025, Fritz 20 est co-champion du monde d'échecs informatique à 3580 Elo. Trente-quatre ans de continuité de marque, de promenade dans un parc de Bonn à l'IA générative.
XIII. Héritage : l'empire commercial de la physique néerlandaise
L'histoire de Frans Morsch et Fritz est l'histoire de comment un programme né d'une conversation de couloir à Cologne et d'une promenade dans un parc de Bonn a dominé le marché mondial du logiciel d'échecs pendant plus de deux décennies.
Là où Crafty a construit sa gloire sur l'open-source et la transmission académique, là où HIARCS a cultivé son style humain, là où Junior et Shredder ont multiplié les titres de compétition — Fritz a choisi une troisième voie : la domination commerciale absolue, l'accessibilité maximale, l'interface irréprochable, et des performances sportives spectaculaires soigneusement médiatisées.
La contribution de Morsch à la technique du Null-Move — probablement son apport le plus durable à l'histoire du jeu d'échecs informatique — est paradoxalement moins connue que les titres de Fritz. C'est l'injustice habituelle : le praticien qui démontre que ça marche est moins cité que le théoricien qui publie pourquoi ça marche.
- 1 × Champion du Monde WCCC (Hong Kong 1995)
- N°1 classement SSDF pendant plusieurs années (1997-1999 notamment)
- 1 match nul contre Kasparov (CeBit 1999, 1-1)
- 1 match nul contre Kramnik (Bahreïn 2002, 4-4)
- 1 victoire contre Kramnik (Bonn 2006, 4-2)
- Victoires documentées contre Epishin, Judit Polgar (5,5-2,5), Kortchnoi, Ivanchuk, Beliavski, Hübner, Leko, Topalov, Svidler et de nombreux autres grands-maîtres en tournoi
- Perf. 2823 Elo (Frankfurt 1999), perf. 2810 (contre Polgar 1999), perf. 2780 (Frankfurt 1998)
- Nona/Quest : champion néerlandais DOCCC 1986, 1988, 1994, 1999
- Architecte du Null-Move Search tel qu'utilisé dans pratiquement tous les programmes modernes
- 13 versions de Fritz comme auteur principal, plus 7 après sa retraite (et en comptant)
- Programme d'échecs commercial le plus vendu de l'histoire
Un physicien néerlandais qui a commencé à 13 ans, qui n'a jamais crié victoire, et dont la promenade dans un parc de Bonn a changé l'histoire des échecs pour toujours.
