Skip to content

Rybka - Vasik Rajlich

Anthologie complète de Rybka et de Vasik Rajlich

Anthologie complète de Rybka et de Vasik Rajlich

Vasik Rajlich, Iweta Rajlich, Larry Kaufman, Jeroen Noomen, Dagh Nielsen, Jiří Dufek, Hans van der Zijden, Lukas Cimiotti
— ou comment un étudiant tchéco-américain du MIT, travaillant seul dans un appartement d'Ann Arbor, a construit en deux ans le programme d'échecs le plus dominateur de l'histoire, a remporté quatre titres mondiaux consécutifs, et s'est vu dépouiller de tout cela dans une controverse qui n'est pas entièrement résolue à ce jour —

I. Le contexte : l'ère post-Deep Blue, 2000–2005, et la question de la prochaine rupture

Quand Deep Blue bat Kasparov en mai 1997, le monde informatique célèbre une victoire de la puissance de calcul brute sur le génie humain. Mais la communauté du chess computing, elle, observe quelque chose de différent. Deep Blue n'est pas un programme au sens habituel du terme — c'est une machine spécialisée construite par une équipe de six chercheurs IBM, dotée de 480 puces customisées, d'une évaluation encodée par des Grand-Maîtres, et d'une infrastructure de supercalculateur industriel. C'est une victoire de l'ingénierie massive sur la fragilité humaine, pas une victoire d'un algorithme universel.

Dans les années qui suivent, Shredder, Fritz, HIARCS et Junior dominent les tournois informatiques à tour de rôle. Leurs progrès sont réels — quelques dizaines d'Elo par an — mais graduels, incrémentaux, prévisibles. La question que les meilleurs programmeurs posent en privé est la suivante : peut-on faire une rupture de niveau, non pas avec du hardware exceptionnel, mais avec un algorithme fondamentalement meilleur ?

C'est dans ce contexte que, début 2003, un informaticien de 32 ans installé à Ann Arbor, Michigan, commence à travailler seul sur un programme d'échecs. Il n'a pas de budget institutionnel, pas de partenaire hardware, pas de grand-maître consultant. Il a un diplôme du MIT, une formation en génie logiciel, un titre de Maître International aux échecs obtenu en 2003, et une obsession silencieuse pour ce problème précis : comment écrire une recherche plus efficace, une évaluation plus juste, une machine plus intelligente que ce qui existe.

Deux ans et demi plus tard, il publiera gratuitement une version bêta de son programme et fracassera en quelques jours les classements de tous les programmes d'échecs existants. La rupture que la communauté attendait est arrivée — depuis un appartement, sans hardware spécial, par la seule force d'un algorithme.

II. Les hommes : portraits d'une équipe

Vasik Rajlich — l'architecte silencieux

Vasik G. Rajlich naît en 1971 à Cleveland, Ohio, de parents tchèques qui poursuivaient leurs études aux États-Unis. Il grandit à Prague — ville de culture des échecs, ville de culture mathématique — et revient aux États-Unis comme étudiant pour entrer au MIT. Son directeur de thèse en 1993 est David McAllester, logicien et informaticien de premier plan. Sa formation initiale est celle d'un chercheur en informatique théorique, pas d'un programmeur de systèmes d'échecs.

Les portraits de Rajlich dans les interviews qui jalonnent les années de domination de Rybka dessinent un homme méthodique, discret, peu enclin aux formules spectaculaires. Là où Hsu de Deep Blue était « l'oiseau fou », Rajlich est le contraire : il mesure ses mots, choisit ses batailles, refuse de rentrer dans les polémiques tant qu'elles ne l'y forcent pas directement. Son seul coup d'éclat public est une lettre ouverte adressée en mai 2007 à la FIDE, offrant 100 000 dollars à quiconque battrait Rybka en match avec conditions normales — une façon de signifier à la communauté du chess informatique que le fossé entre Rybka et ses concurrents est désormais suffisamment vaste pour mériter une démonstration publique.

Sa double citoyenneté tchéco-américaine est une biographie en miniature : le MIT d'un côté, la culture centrale-européenne des échecs de l'autre. Il obtient son titre de Maître International en 2003 — l'année même où il commence à travailler sur Rybka. C'est un fait rare dans la communauté du chess computing : la plupart des grands programmeurs sont de bons joueurs d'échecs amateurs, mais peu ont le niveau de Maître International. Rajlich, lui, comprend le jeu à un niveau que peu d'ingénieurs peuvent atteindre, et cette compréhension se déverse dans son évaluation.

Sa vie privée est peu documentée dans les archives. On sait qu'il a vécu successivement à Ann Arbor (Michigan), Budaörs (Hongrie), Budapest et finalement Varsovie, où il réside avec Iweta. Il travaille seul ou en très petite équipe, communique essentiellement via les forums de la communauté (CCC, Rybka Forum, OpenChess), et préfère les faits aux déclarations d'intention. Quand la controverse ICGA éclatera en 2011, son mode de communication — un courriel laconique de deux paragraphes à David Levy, puis le silence pendant des mois — sera paradoxalement l'un des éléments qui joueront le plus contre lui dans l'opinion publique.

Iweta Rajlich — la testeuse, la championne, le pilier

Iweta Radziewicz-Rajlich naît le 16 mars 1981 à Varsovie. Son palmarès d'échecs est celui d'une joueuse de très haute élite féminine polonaise : sept fois championne de Pologne féminine (1999, 2000, 2002, 2005, 2007, 2009, 2012), Maître International mixte depuis 2002, Grand-Maître féminine. En 2005, elle joue au premier échiquier pour l'équipe de Pologne lors du championnat d'Europe par équipe — la victoire polonaise. Aux Olympiades de 2002, elle décroche avec la Pologne la médaille de bronze. Son Elo FIDE au 1er janvier 2017 est de 2 385 — cinquième joueuse polonaise.

Elle épouse Vasik Rajlich le 19 août 2006. Son rôle dans le projet Rybka est celui qui, dans toutes les grandes équipes de chess computing, est à la fois indispensable et le moins bien documenté : la testeuse principale. C'est elle qui joue des centaines, puis des milliers de parties contre Rybka dans ses différentes versions en développement. C'est elle qui signale les incohérences positionnelles, les évaluations aberrantes, les comportements étranges dans les finales. Sa compréhension concrète du jeu, à un niveau proche de Grand-Maître, fournit à Vasik un feedback que ni les listes de rating ni les tests automatisés ne peuvent remplacer.

La relation entre les deux est documentée dans un détail biographique simple et révélateur : dans toutes les interviews de Vasik Rajlich sur Rybka, Iweta est mentionnée en premier parmi les membres de l'équipe, avant même Kaufman et Noomen. Ce n'est pas de la politesse conjugale. C'est la reconnaissance d'une contribution technique quotidienne sans laquelle le programme n'aurait pas eu la qualité positionnelle qui le distinguait de ses concurrents.

Larry Kaufman — le Grand-Maître financier qui a révolutionné l'évaluation

Lawrence Charles Kaufman naît le 15 novembre 1947 à Washington D.C. Son parcours est l'un des plus singuliers de toute la communauté du chess computing : chess prodigy à 7 ans, champion des États-Unis open à 19 ans (1966), diplômé du MIT (où il contribue dès 1967 à MacHack, le premier programme à jouer dans un tournoi humain), puis analyste financier — fondateur de Chess Options Corp de 1977 à 1986, retraité à 39 ans grâce à ses gains en trading d'options. Puis une deuxième vie dédiée aux échecs et à l'informatique.

Kaufman rejoint l'équipe Rybka en janvier 2007, introduit par la qualité de ses recherches sur les déséquilibres de matériel. Son article fondateur The Evaluation of Material Imbalances (1999) est la contribution la plus influente à la théorie de l'évaluation dans le chess computing des vingt dernières années : une analyse statistique de milliers de parties de Grand-Maîtres qui quantifie avec précision la valeur des pièces dans des configurations asymétriques — tour + cavalier vs dame, fou des cases noires dans une finale de pions, etc.

Sa contribution à Rybka 3 (2008) se concentre sur l'évaluation positionnelle, notamment les déséquilibres matériels et les transitions milieu de partie / finale. Le résultat est estimé à environ 100 Elo de gain par rapport à Rybka 2. Il sera le premier à dire honnêtement, dans son rapport dans l'ICGA Journal (2010), que Rybka jouait des matchs à handicap contre des Grand-Maîtres à des conditions où aucun programme n'avait osé jouer auparavant.

Après Rybka, Kaufman co-fonde Komodo avec Don Dailey (2009-2013) puis Mark Lefler. Komodo sera plusieurs fois champion TCEC et WCCC, et Kaufman en sera l'évaluateur principal jusqu'à nos jours. En 2008, à 60 ans, il remporte le Championnat du monde d'échecs senior en Allemagne — et obtient ainsi le titre de Grand-Maître International. C'est la seule personne au monde qui peut se prévaloir à la fois d'avoir contribué à MacHack (1967), Rybka 3 (2008) et Komodo Dragon (2020), et d'être devenu GM à un âge où la plupart des joueurs ont depuis longtemps raccroché.

Jeroen Noomen — le bibliothécaire des ouvertures

Jeroen Noomen est un expert néerlandais en livres d'ouvertures pour programmes d'échecs. Son implication dans le chess computing remonte à 1981 — il est l'un des rares membres de l'équipe Rybka dont la carrière dans ce domaine est antérieure à la naissance de Rybka d'un quart de siècle. Depuis ses débuts comme auteur pour Hegener & Glaser (les Mephisto chess computers), il a construit les livres d'ouvertures de Mephisto Polgar, Mephisto MM IV, Mephisto RISC, Rebel, Chess Tiger et Ruffian avant de rejoindre Rybka.

Son travail pour Rybka couvre du printemps 2006 au printemps 2009. Sa mission est précise et cruciale : sur les 150 parties de tournoi jouées par Rybka pendant cette période, pas une seule position de livre n'est mauvaise. Selon sa propre analyse, ses livres valent à Rybka 13 premières places nettes dans des tournois majeurs — dont deux championnats du monde ICGA. Noomen est l'homme qui comprend que dans les duels moteur-contre-moteur, se faire sortir du livre dans une position légèrement inférieure est souvent fatal. Son art est de construire un livre qui dépose Rybka dans des positions riches, complexes, favorables — et qui empêche les adversaires de faire la même chose.

Il quitte l'équipe en 2009 pour des raisons personnelles — et, selon un mot de Rajlich lui-même dans les notes de Pampelune, « a commencé à appliquer ses compétences au marché boursier — en espérant qu'il deviendra bientôt riche et reviendra à ce qui compte le plus dans la vie ». Il reviendra effectivement plus tard à la construction de livres d'ouvertures, pour son propre livre Noomen.ctg, largement distribué dans la communauté open source, et pour des éditions successives de Rebel.

Dagh Nielsen, Jiří Dufek, Nick Carlin — les successeurs du livre

Dagh Nielsen est présenté dans les sources officielles comme l'un des meilleurs joueurs de freestyle chess (centaure) du monde. Il prend le relais de Noomen pour les livres d'ouvertures Rybka à partir de 2009, avant que Jiří Dufek ne devienne l'auteur principal du livre Rybka 4 (2010). Le livre de Dufek est notable pour son approche délibérément objective : là où Noomen cherchait à donner des chances de victoire maximales à Rybka spécifiquement, Dufek vise la vérité objective des positions — « notre objectif est de créer des outils d'analyse objectifs », écrit Rajlich dans les notes de Rybka 4. Nick Carlin, qui avait géré le livre pour Pampelune 2009, représente une troisième école : méthodes algorithmiques, analyses statistiques, automatisation — « la nouvelle génération d'auteurs de livres ».

Hans van der Zijden et Lukas Cimiotti — l'opérateur et le cluster

Hans van der Zijden est l'opérateur principal de Rybka lors des championnats du monde — l'homme qui s'assoit en face des adversaires humains ou qui supervise la machine dans les tournois en déplacement. Son journal de bord des WCCC 2010 à Kanazawa (Kanazawa Diary) est l'une des seules descriptions intérieures publiées d'un championnat du monde d'échecs informatique vu de l'intérieur.

Lukas Cimiotti est l'expert hardware de l'équipe. C'est lui qui construit et administre le cluster de calcul — des centaines de cœurs de processeur — utilisé par Rybka pour ses analyses approfondies, pour les préparations d'ouvertures et pour les « matchs de préparation » qui permettaient à des champions du monde humains de préparer leurs parties avec Rybka comme assistant. En 2012, Rajlich raconte dans son interview avec ChessBase que c'est via le cluster de Cimiotti qu'il a conduit l'analyse du Gambit du Roi (l'April Fools), et que le cluster était « l'entité d'échecs la plus puissante jamais créée ».

III. 2003–2005 : La gestation — du 53e rang à la domination

L'idée centrale : la recherche comme avantage principal

La philosophie d'architecture de Rybka, telle que Rajlich l'articule dans ses premières interviews en 2005-2006, est centrée sur la recherche plutôt que sur l'évaluation. La conviction de Rajlich est que la plupart des programmes de l'époque — Shredder, Fritz, HIARCS — dépensent trop de cycles à évaluer des positions marginales, et pas assez à chercher profondément les positions qui comptent. Son objectif est un moteur de recherche extraordinairement efficace, dont l'évaluation est correcte sans être complexe, et dont la profondeur de recherche effective est supérieure à celle de tous ses concurrents.

La réalisation concrète de cette philosophie passe par une conception très particulière des arbres de recherche : Rybka utilise aggressive pruning — un élagage agressif des branches non prometteuses — ce qui produit des arbres de recherche très asymétriques. Là où d'autres programmes cherchent de manière plus uniforme, Rybka concentre ses ressources sur les branches qui semblent les plus prometteuses. Cette approche génère des controverses sur le comptage de nœuds — les statistiques de Rybka sont difficiles à comparer avec celles d'autres programmes — mais le résultat en force de jeu est incontestable.

La structure bitboard — une représentation du plateau par des entiers de 64 bits, un bit par case — donne à Rybka un avantage d'environ 60 % en vitesse de traitement dans sa version 64 bits par rapport à sa version 32 bits. C'est une différence architecturale fondamentale à l'époque, quand le marché passait de processeurs 32 bits à 64 bits.

CCT6, janvier 2004 : 53e sur 54

Le premier tournoi officiel de Rybka — la CCT6 Computer Chess Tournament de janvier 2004 — donne un résultat sans ambiguïté : 53e place sur 54 participants. Un point marqué, cinq défaites, trois nulles. Le seul programme battu est le dernier du classement, qui n'avait pas encore marqué de point.

Ce résultat est documenté avec quelque chose que l'on pourrait appeler de l'humour stoïque dans toutes les chroniques biographiques de Rajlich. Il ne s'en est jamais caché. C'est le point de départ. Ce qui le distingue de la plupart des programmeurs qui abandonnent après un tel début, c'est qu'il voit dans ce résultat non pas un échec mais une mesure : voici où je suis. Voici la distance à parcourir. Il repart travailler.

Décembre 2005 : la bêta libre, le choc

Le 2 décembre 2005, Vasik Rajlich poste sur le forum Computer Chess Club : « Rybka 1.0 beta release - need testers. » Le lendemain, les premiers tests tournent. Le surlendemain, les premières listes de rating commencent à circuler. En quelques jours, la communauté du chess computing est sous le choc.

Rybka 1.0 beta est un programme avec des bugs — notamment en finale — mais son niveau de jeu en milieu de partie est immédiatement supérieur à tout ce qui existe. Les tests informels la placent 50 à 100 Elo au-dessus de Shredder et Fritz sur matériel équivalent. Le 5 décembre, Rajlich rédige l'annonce officielle. Le 6 décembre, les premières questions arrivent sur CCC : « Is Rybka a Fruit clone ? ». La controverse naît le lendemain de la naissance du programme.

Chrilly Donninger — l'auteur de Nimzo et Hydra, l'un des experts les plus respectés de la communauté — intervient rapidement pour défendre Rybka : « Rybka uses PVS and not MTD(f). Its no Fruit-Clone. » Cette caution d'un expert reconnu clôt provisoirement le débat. Temporairement. Donninger lui-même dira autre chose deux ans plus tard.

Le premier titre : Paderborn IPCCC 2005 (5,5/7)

Quelques semaines après sa mise en ligne, Rybka 1.0 beta joue le 15e championnat international de Paderborn — son premier tournoi officiel. Elle le remporte avec 5,5 points sur 7, devançant Shredder, Gandalf, Zappa, Fruit. C'est la première victoire d'un programme anonymement distribué sur internet, sans budget institutionnel, sans hardware spécial. La communauté retient son souffle.

IV. 2006 : La domination s'installe — 2902 Elo et la question du plafond

En janvier 2006, la SSDF — la liste de rating suédoise, référence mondiale pour les programmes d'échecs — publie son évaluation de Rybka 1.2 sur un processeur Athlon 1200 MHz. Le résultat : 2902 Elo. C'est la première fois dans l'histoire qu'un programme dépasse la barre des 2900 sur une liste de rating officielle. Le mur psychologique est franchi.

Pour contextualiser : 2900 Elo, c'est le niveau de Kasparov à son apogée. C'est supérieur au rating de n'importe quel joueur humain en activité à l'époque. Et Rybka l'atteint sur un processeur ordinaire — pas sur un supercalculateur, pas sur du hardware customisé, mais sur un Athlon à 1,2 GHz accessible à n'importe quel utilisateur. Le message est clair : le fossé entre les meilleurs programmes et les meilleurs humains est désormais si vaste qu'il n'y a plus de match possible. Il n'y a que des questions de handicap.

En février 2006, Rybka gagne la CCT8 avec un score de 8/9 sans défaite. En mai, elle remporte le tournoi de Leiden ICT6 avec 8,5/9. En juin, le Freestyle — le tournoi qui permet des équipes humain+machine — voit tous les huit qualifiés en finale être des équipes jouant avec Rybka. L'hégémonie est totale.

Au WCCC de Turin (mai 2006), Rybka joue sous le nom « Rajlich » et termine 2e ex-æquo avec Shredder — derrière Junior qui remporte le titre. Ironie historique : le seul WCCC de cette période que Rybka ne remporte pas est aussi le seul pour lequel ses titres ne seront pas contestés. En 2006, le Dutch Open — DOCCC — se termine par un score parfait : 9/9.

V. L'équipe se forme — Kaufman rejoint (2007) et la série de handicaps

Larry Kaufman rejoint l'équipe en janvier 2007

Le recrutement de Kaufman marque une inflexion dans la stratégie de Rajlich. Jusqu'en 2006, l'évaluation de Rybka est entièrement l'œuvre de Vasik seul — une évaluation volontairement minimaliste, axée sur les principes positionnels larges. En recrutant Kaufman, Rajlich ajoute à son équipe l'homme dont les recherches académiques sur la valeur des pièces sont les plus rigoureuses du monde. L'objectif est explicite : affiner l'évaluation des déséquilibres matériels, particulièrement dans les transitions milieu de partie / finale.

Kaufman résume son rôle dans ses mémoires (Chess Board Options, New In Chess, 2021) : « J'ai travaillé sur Rybka 3 et sur la Rybka suivante (4), en charge de la fonction d'évaluation. Mon objectif était d'incorporer mes recherches sur les déséquilibres de matériel directement dans le moteur. » Le résultat est estimé à +100 Elo pour Rybka 3 par rapport à Rybka 2 — un gain exceptionnel pour un seul cycle de développement.

La série des matchs à handicap : Rybka contre les Grand-Maîtres

C'est Kaufman qui, à partir de début 2007, organise et rapporte une série de matchs à handicap sans précédent dans l'histoire du chess computing. L'idée est simple : puisque Rybka est trop forte pour jouer à armes égales avec les meilleurs humains, à quel handicap matériel peut-elle jouer tout en restant compétitive ?

En mars 2007, Rybka donne un pion-et-trait au Grand-Maître Jaan Ehlvest (2630 Elo) sur huit parties. Résultat : 5,5-2,5 pour Rybka. Puis vient le match contre GM Joel Benjamin (l'ancien consultant de Deep Blue) — Rybka donne différents pions, Benjamin joue Blanc dans toutes les parties. Résultat : 4,5-3,5 pour Rybka.

En mars 2008, Rybka donne pion-et-trait au GM Roman Dzindzichashvili (2548 Elo, autrefois dans le Top 10 mondial). Les huit parties — Dzindzichashvili Blanc à chaque fois, sans un pion différent pour Rybka — se terminent 4-4. Puis, en avril 2008, une expérience différente : Rybka joue contre le même Ehlvest dans le match baptisé « Everything but a pawn » — Rybka sans livre d'ouvertures, avec hash réduit, sans tables de finale, avec la moitié du temps de réflexion. Score final : 4,5-1,5 pour Rybka.

Ces matchs sont importants pour deux raisons. D'abord, ils établissent empiriquement l'écart entre Rybka et les meilleurs humains — un écart si large qu'il nécessite des handicaps de pion pour créer une compétition équilibrée. Ensuite, ils signalent à la communauté du chess computing que le projet de Rajlich n'est pas simplement de gagner des tournois informatiques : c'est de mesurer et de démontrer la supériorité de la machine sur l'humain dans les conditions les plus défavorables possible.

VI. 2007–2010 : Quatre titres mondiaux consécutifs — la domination absolue

WCCC Amsterdam 2007 : le premier titre

Le 15e Championnat du Monde d'Informatique d'Échecs se joue à Amsterdam en juin 2007. Rybka joue sous le nom « Rajlich ». Elle remporte 10 parties sur 11, battant notamment Shredder dans la dernière ronde décisive. Zappa termine 2e, Look 3e. Junior et Fritz — les deux programmes sponsorisés par ChessBase, la future maison d'édition de Rybka — ne participent pas.

C'est la première victoire de Rybka au WCCC, et la première d'une série que personne dans la communauté n'avait anticipée de cette ampleur. Quatre titres consécutifs — 2007, 2008, 2009, 2010 — sont à ce jour un record dans l'histoire des championnats du monde d'échecs informatiques, qu'il s'agisse de la version annulée ou de la version officielle.

WCCC Pékin 2008 : 8/9

Le 16e WCCC se joue à Pékin en octobre 2008, en marge des Jeux Olympiques. Rybka remporte 8 parties sur 9. Le livre d'ouvertures est celui de Jeroen Noomen, qui atteint avec ce tournoi la perfection qu'il s'était fixée comme objectif : pas une seule position défavorable à la sortie du livre sur l'ensemble des parties. HIARCS, après que Rybka soit disqualifiée, sera déclaré champion de 2008.

WCCC Pampelune 2009 : 8/9

Le 17e WCCC se joue à Pampelune, Espagne, en mars 2009. Rybka remporte à nouveau 8/9. C'est le dernier tournoi avec le livre de Noomen — il part peu après. C'est aussi le tournoi où IPPOLIT, le programme anonyme que Rajlich accuse d'être une décompilation de Rybka, est sur le point d'être publié. La tension dans la communauté monte.

WCCC Kanazawa 2010 : 8/9 — le dernier titre

Le 18e WCCC se joue à Kanazawa, Japon. Rybka 4 remporte 8/9. La blitz est également gagnée avec 8/9. Hans van der Zijden, l'opérateur, tient un journal de bord quotidien publié sur le forum Rybka — le seul témoignage intérieur direct de ce championnat.

C'est le dernier titre. Quelques mois plus tard, les premiers articles de fond sur la controverse ICGA seront publiés. Neuf mois après Kanazawa, le bannissement sera prononcé.

VII. Le style Rybka — ce que la machine changeait dans la façon de jouer

La recherche profonde et ses conséquences stylistiques

Les commentateurs de l'époque notent que Rybka joue différemment des autres programmes. Ce n'est pas immédiatement évident dans les parties contre d'autres moteurs — là, Rybka gagne souvent en exploitant des erreurs finales, avec une précision froide. Mais dans les parties contre des humains, et particulièrement dans les matchs à handicap, quelque chose d'autre apparaît.

Rybka tend à simplifier les positions. Là où Fritz ou Junior cherchent des complications tactiques — des positions où leur vitesse de calcul donne un avantage maximal — Rybka préfère des positions où sa profondeur de compréhension positionnelle l'emporte. Elle accumule de petits avantages, elle évite les sacrifices mal calculés, elle joue solidement. C'est le résultat direct de la philosophie de Rajlich : une évaluation correcte et une recherche profonde, plutôt qu'une évaluation complexe et une recherche limitée.

La communauté des grands analyseurs — les joueurs qui utilisent Rybka comme outil d'analyse plutôt que comme adversaire — va rapidement s'apercevoir que Rybka est différente des autres programmes dans ses suggestions de coups. Elle voit des finales que les autres ne voient pas. Elle évalue des positions de milieu de partie avec une précision qui surprend même des Grand-Maîtres habituellement indifférents aux appréciations des programmes.

Le nœud de comptage — la controverse technique fondamentale

L'une des questions techniques les plus débattues dans la communauté concerne le comptage de nœuds de Rybka. La statistique « nœuds par seconde » est l'unité habituelle de comparaison de vitesse entre programmes. Or, Rybka affiche des chiffres de nœuds par seconde beaucoup plus faibles que ses concurrents — parfois dix fois moins.

Rajlich explique cela par son choix de compter différemment ce qu'il appelle un « nœud » : sa définition interne du nœud est plus large que la définition standard. En réalité, ce que la communauté finit par comprendre, c'est que l'élagage agressif de Rybka — son refus d'explorer les branches non prometteuses — réduit mécaniquement le nombre de positions traitées. Elle ne cherche pas moins. Elle cherche mieux.

Cette question du comptage de nœuds sera citée dans les arguments de l'ICGA comme l'une des preuves circonstancielles de la « déviance » de Rybka par rapport aux implémentations standard de la recherche alpha-bêta — soit en raison de ses racines dans Fruit, soit en raison d'une implémentation intentionnellement obscure. Rajlich n'a jamais cédé sur ce point.

VIII. La controverse — Fruit, Crafty, l'ICGA, et la question non résolue

Les origines de la controverse : décembre 2005

La question « Rybka est-il un clone de Fruit ? » est posée publiquement le 6 décembre 2005 — le lendemain de l'annonce officielle de Rybka 1.0 beta. Elle est posée non par un rival jaloux mais par un utilisateur de bonne foi qui a remarqué des similitudes dans le style de jeu. Chrilly Donninger répond immédiatement : non, ce n'est pas un clone. Il cite une différence algorithmique fondamentale (PVS vs MTD(f)). La question est provisoirement close.

Mais un élément va rester dans les mémoires : dans une interview de décembre 2008 avec Alexander Schmidt, Rajlich dit lui-même : « La publication de Fruit 2.1 a été immense. […] Je suis passé au code source de Fruit 2.1 dans tous les sens et j'ai pris beaucoup de choses. […] Si je devais vraiment donner un chiffre — mon estimation approximative est que Rybka serait 20 points Elo plus faible si Fruit n'était pas apparu. » Cette déclaration, prise isolément, semble qualifier une influence d'idées et d'architecture générale — ce que font tous les programmeurs. Mais dans le contexte des investigations ultérieures, elle sera lue comme un aveu partiel.

Strelka (2007) — la mise en abyme

En mai 2007, un moteur nommé Strelka (flèche en russe) est publié par Yuri Osipov. Les analyses montrent rapidement que Strelka produit des évaluations presque identiques à Rybka dans un grand nombre de positions, avec les mêmes bugs et les mêmes faiblesses. Osipov affirme que Strelka est dérivé de Fruit, pas de Rybka.

Rajlich réclame alors la propriété du code source de Strelka — affirmant que Strelka est une décompilation de Rybka 1.0 beta. Il menace de republier le code sous son nom. Puis il se rétracte.

Cette mise en abyme est vertigineuse : Rajlich accuse Osipov d'avoir décompilé Rybka pour créer Strelka. Letouzey affirme que Strelka est un dérivé de Fruit. La conclusion logique — que Rajlich refuse d'admettre explicitement mais que le syllogisme impose — est que si Strelka est dérivé de Fruit ET de Rybka, c'est peut-être que Rybka elle-même est partiellement dérivée de Fruit.

IPPOLIT et les Décembristes (2009)

En mai 2009, quelques semaines après le WCCC de Pampelune, un groupe de programmeurs anonymes se désignant comme « les Décembristes » publie IPPOLIT — un programme d'échecs open source d'une force comparable à Rybka 3. Le code source ressemble à la sortie d'un décompilateur. Le style de jeu est proche de celui de Rybka 3.

Rajlich affirme publiquement qu'IPPOLIT est une décompilation de Rybka, et que certains des auteurs le lui ont confirmé par email. Aucune poursuite judiciaire n'est engagée. Aucune preuve directe n'est publiée. La communauté est profondément divisée : certains voient dans IPPOLIT une vengeance légitime de ce que Rajlich aurait lui-même fait à Letouzey. D'autres pensent que l'accusation de Rajlich est exacte et que les Décembristes ont joué le jeu de la décompilation symétrique.

La lettre de Letouzey (janvier 2011) et la coalition des programmeurs

Le 23 janvier 2011, Fabien Letouzey — l'auteur de Fruit, qui s'était retiré de la communauté depuis 2005 — publie une lettre ouverte. Après cinq ans de silence, il demande publiquement des éclaircissements sur la relation entre Rybka et Fruit. Ce retour d'un acteur central referme l'espace de déni.

Dans les semaines suivantes, Mark Watkins (chercheur à l'Université de Sydney) publie un rapport technique détaillé. Sa conclusion principale : 74,4 % d'overlap structurel entre Rybka 1.0 beta et Fruit 2.1. Les éléments d'évaluation — tables de structure de pions, handling des pions isolés et passés, évaluation du roi — montrent des correspondances qui ne s'expliquent pas par une simple influence d'idées.

En mars 2011, une lettre ouverte signée par 14 programmeurs est adressée à l'ICGA : Letouzey, Wegner, Hyatt (auteur de Crafty), Dailey (co-auteur de Komodo), Cozzie (auteur de Zappa), et dix autres. Ils demandent une investigation formelle. L'ICGA constitue un panel.

La réponse de Rajlich — mai 2011

Le panel ICGA invite Rajlich à soumettre ses commentaires sur les conclusions préliminaires. Il répond par un courriel de deux paragraphes daté du 13 mai 2011. Sa position : « Rybka ne contient pas de code de jeu écrit par d'autres personnes, en dehors des exceptions établies qui ne comptent pas comme code de jeu. […] La vague formule dérivé du code de jeu écrit par d'autres personnes ne s'applique pas à Rybka, à mon sens. »

Ce courriel n'est pas une défense technique. Ce n'est pas une réfutation des analyses de Watkins. Ce n'est pas une offre de fournir le code source — condition qui aurait pu dissiper tous les doutes. C'est une négation abstraite. Et dans une affaire où les preuves techniques sont détaillées, une négation abstraite ne convainc personne.

Le verdict ICGA — 28 juin 2011 : 5-0 contre Rybka

Le 28 juin 2011, le conseil de l'ICGA vote 5 voix contre 0 en faveur de la disqualification de Rybka de tous les WCCC de 2007 à 2010 inclus, et du bannissement à vie de Vasik Rajlich. Les titres sont annulés et redistribués : 2007 à Zappa, 2008 à HIARCS, 2009 à Junior/Shredder/Deep Sjeng ex-æquo, 2010 à Rondo/Thinker ex-æquo. L'ICGA exige le retour des quatre trophées Shannon et des prix en espèces.

La décision est annoncée dans la presse mondiale. CNN, Wired, le Washington Times couvrent l'histoire — qui sort pour la première fois des cercles de la programmation d'échecs pour entrer dans le mainstream technologique.

La contre-offensive — Riis, ChessBase, et l'appel FIDE

En janvier 2012, le Dr Søren Riis de la Queen Mary University of London publie un article de 31 pages sur ChessBase remettant en question les conclusions de l'ICGA. Sa thèse principale : les preuves techniques présentées par le panel sont en partie erronées ou mal interprétées, la composition du panel inclut des concurrents directs de Rybka qui ont bénéficié de son exclusion, et la sanction est disproportionnée.

Mark Watkins répond avec une contre-analyse technique. David Levy publie sa propre réponse. ChessBase — qui a entre-temps signé un accord avec Rajlich pour intégrer Rybka dans Fritz 15 — publie massivement en faveur de Rajlich. La CSVN (fédération néerlandaise) refuse d'appliquer les sanctions et exprime de « sérieux doutes » sur la légitimité du processus.

En 2012, Rajlich dépose une plainte formelle auprès de la Commission d'Éthique FIDE. En octobre 2015, la Commission rend son verdict : l'ICGA n'a pas violé le code d'éthique FIDE et son investigation était légitime — mais le bannissement à vie de Rajlich manquait d'une base légale suffisante et de garanties procédurales adéquates. L'ICGA est sanctionné d'un avertissement. Le bannissement n'est pas levé.

La question de savoir si Rybka était ou n'était pas substantiellement dérivée de Fruit reste — au sens technique et juridique strict — non résolue publiquement, en l'absence du code source de Rybka. Ce que les analyses de Watkins ont prouvé de façon convaincante pour la plupart des observateurs indépendants, Rajlich n'a jamais admis ni réfuté avec des preuves directes.

IX. Rybka après la chute — Fritz 15, Fritz 16, et la suite

La fusion avec Fritz : une forme de continuité

En 2015, Rajlich signe un accord avec ChessBase pour intégrer son moteur dans la ligne Fritz. Fritz 15, sorti en octobre 2015, utilise un moteur Rybka mis à jour comme moteur principal. Fritz 16 suit en novembre 2017. Rajlich est crédité comme auteur principal des deux versions.

Cette transition a une logique commerciale et humaine. Interdit de toute compétition ICGA, Rajlich ne peut plus protéger ni améliorer Rybka dans un cadre compétitif. Le partenariat avec ChessBase lui offre une plateforme de distribution massive — les utilisateurs de Fritz sont des millions. Et il lui permet de continuer à coder un moteur d'échecs sans avoir à participer aux compétitions qui lui sont fermées.

Pour ChessBase, l'accord est une façon de s'assurer la contribution d'un programmeur dont les capacités techniques ont produit le programme le plus dominant de l'histoire du chess computing. La polémique sur les origines de Rybka 1.0 n'efface pas ce fait : quelqu'un avait construit quelque chose d'extraordinaire, et cette compétence ne s'était pas évaporée avec le verdict de l'ICGA.

L'April Fools du Gambit du Roi — un dernier éclat

En avril 2012 — entre la disqualification et la publication des articles Riis — Rajlich collabore avec la rédaction de ChessBase pour l'un des April Fools les plus célèbres de la communauté d'échecs. L'article, daté du 1er avril, affirme que Rajlich a utilisé le cluster Cimiotti — 3 000 cœurs pendant quatre mois — pour analyser exhaustivement le Gambit du Roi (1.e4 e5 2.f4 exf4) et en a trouvé la réfutation : le seul coup qui tient la nulle pour les Blancs est 3.Fe2, toutes les autres options perdent par force.

L'article est convaincant, techniquement détaillé, et signé de Rajlich avec une interview approfondie. Pendant quelques heures, une partie de la communauté le prend au sérieux. La révélation que c'est un poisson d'avril — orchestrée avec la complicité active de Rajlich lui-même — dit quelque chose d'intéressant sur l'homme : il a l'humour de ceux qui peuvent rire d'eux-mêmes, même dans leur période la plus difficile.

X. L'héritage technique — ce que Rybka a apporté au chess computing

L'influence sur la philosophie de recherche

L'impact de Rybka sur la philosophie de recherche dans le chess computing est documenté même par ses adversaires. La démonstration qu'une recherche sélective agressive — moins de nœuds mais mieux choisis — pouvait surpasser une recherche exhaustive plus rapide en termes absolus a influencé la génération suivante d'engines. Houdini, qui détrôna Rybka vers 2011, utilisait une architecture similaire dans son approche sélective.

La notion de « recherche efficace » par opposition à « recherche rapide » est devenue un paradigme dans la communauté post-Rybka. Stockfish, dans ses versions modernes, utilise une combinaison de recherche profonde et d'évaluation NNUE (réseau de neurones) qui réalise ce que Rybka cherchait avec d'autres moyens : maximiser la pertinence de chaque nœud exploré.

La contribution de Kaufman — au-delà de Rybka

La contribution de Larry Kaufman à Rybka 3 est aussi une contribution à la communauté entière. Les principes d'évaluation des déséquilibres matériels qu'il a développés dans son article de 1999 — et raffinés dans son travail pour Rybka — ont été incorporés dans la plupart des moteurs forts de la génération suivante. Komodo, qu'il co-crée après Rybka, appliquera les mêmes principes avec une implémentation différente. Stockfish, dans ses versions manuellement tunées, reflète une compréhension des déséquilibres de matériel qui doit beaucoup aux travaux de Kaufman.

Le livre Noomen — un héritage open source

Après avoir quitté l'équipe Rybka, Jeroen Noomen a continué à publier des livres d'ouvertures gratuits sous le nom « Noomen.ctg ». Ces livres, régulièrement mis à jour, sont devenus des standards dans la communauté open source du chess computing. Les « Noomen Opening Suites » — des ensembles de positions de test pour les matchs moteur-contre-moteur — sont utilisés dans la TCEC et d'autres tournois importants. L'héritage technique de Noomen dépasse largement le cadre de Rybka.

XI. L'héritage culturel — ce que Rybka a changé dans la conscience collective

La fin de la domination humaine

Rybka n'a pas été le premier programme à battre des humains — Deep Blue l'avait fait en 1997. Mais Rybka a rendu cette supériorité banale, quotidienne, accessible. Avec Rybka 1.2 à 2902 Elo sur un processeur ordinaire, pour la première fois, un amateur pouvait acheter un programme d'analyse qui surpassait Kasparov. Le poker de l'analyse était terminé : la machine voyait mieux que le Grand-Maître, et tout le monde pouvait le voir.

Cette démocratisation de la supériorité computationnelle a transformé la relation entre les joueurs d'échecs professionnels et les programmes. Avant Rybka, les GM utilisaient Fritz ou Shredder comme « sparring partners » et savaient qu'ils pouvaient battre le programme dans certaines positions. Après Rybka, cette illusion disparaît. Les GM utilisent les moteurs comme des oracles : ils demandent ce qui est vrai, ils ne discutent plus avec la réponse.

La domination comme question d'éthique

La controverse Rybka a forcé la communauté du chess computing à poser une question qu'elle évitait depuis des années : que signifie « original » dans un domaine où chaque programme s'inspire des autres, où les algorithmes de recherche se propagent via des articles académiques et des codes sources ouverts, où la frontière entre « inspiration », « dérivation » et « plagiat » est techniquement et légalement floue ?

L'article de Søren Riis (2012) et sa suite académique dans Entertainment Computing (2014) posent cette question avec rigueur. La réponse qu'il propose — que la règle ICGA est trop vague pour être appliquée de façon cohérente — est partiellement acceptée même par des partisans du verdict, dont David Levy lui-même. La Commission FIDE en tire une conclusion pratique : l'ICGA doit modifier ses statuts. Ce travail est en cours.

La controverse Rybka est ainsi devenue un cas d'école dans la jurisprudence du chess computing — et plus largement dans celle des logiciels open source et de la propriété intellectuelle algorithmique. Elle est citée dans des cours de droit informatique et dans des articles académiques sur la GPL.

Le prix de la domination

Il y a une ironie structurelle dans l'histoire de Rybka. Le programme qui a dominé plus longtemps, plus totalement, et avec une marge plus grande que n'importe quel autre dans l'histoire du WCCC, est aussi le seul à s'être vu retirer ses titres. Les champions officiels 2007-2010 — Zappa, HIARCS, Junior/Shredder/Deep Sjeng, Rondo/Thinker — sont des équipes qui n'ont jamais prétendu à ce titre à l'époque. Ils les portent maintenant dans leurs palmarès officiels.

C'est le paradoxe final de Rybka : une domination si absolue qu'elle ne peut être remise en cause sportivement, seulement administrativement. Et une question d'origine si controversée qu'elle ne sera peut-être jamais définitivement tranchée.

XII. Où sont-ils maintenant ?

Vasik Rajlich vit à Varsovie avec Iweta. Interdit de toute compétition ICGA à vie, il a maintenu une présence discrète dans la communauté du chess computing depuis 2017. Aucun projet public majeur n'est documenté depuis Fritz 16.

Iweta Rajlich (née Radziewicz) est toujours active dans les tournois d'échecs polonais, bien que moins souvent au plus haut niveau. Son dernier tournoi documenté dans les sources disponibles remonte à 2021 (championnat de Pologne féminin). Elle continue à résider à Varsovie.

Larry Kaufman, né en 1947, est toujours actif à 76 ans en 2026. Il reste co-auteur de Komodo Dragon (avec Mark Lefler) et continue à jouer dans les tournois seniors. Son dernier livre, Chess Board Options (New In Chess, 2021), est une mémoire de 60 ans de chess computing, de MacHack (1967) à Komodo Dragon (2020), avec des anecdotes sur Rybka, Fischer, Kasparov et la joueuse américaine qui aurait inspiré Beth Harmon dans The Queen's Gambit — son ancienne petite amie.

Jeroen Noomen continue à publier des mises à jour de son livre d'ouvertures Noomen.ctg en open source, et à construire les livres des superfinals TCEC en collaboration avec Matthew Sadler. Il reste l'une des figures les plus actives de la scène des livres d'ouvertures pour moteurs.

Hans van der Zijden, Jiří Dufek et Lukas Cimiotti sont moins présents dans les sources publiques récentes. La communauté Rybka Forum a considérablement réduit son activité depuis 2015.

XIII. Palmarès final

Programme Année Palmarès / Événement
Rybka 1.0 betaDéc. 20051er Paderborn IPCCC 2005 (5,5/7) — première apparition publique fracassante
Rybka 1.1Fév. 2006Champion CCT8 (8/9 sans défaite)
Rybka 2.22006Champion Leiden ICT6 (8,5/9) ; Champion DOCCC 2006 (9/9 score parfait)
Rybka 2.x2006WCCC Turin : 2e ex-æquo avec Shredder (derrière Junior)
Rybka 2.xDéc. 2006Champion 16e Paderborn IPCCC (6,5/7)
Rybka 3.0Juin 2007Champion WCCC Amsterdam (10/11) — 1er titre mondial ; bat Shredder en dernière ronde
Rybka 3.02007Champion DOCCC 2007 (8/9) ; Champion CCT9 (6/7)
Rybka 3.xMar. 2008Match à handicap vs Dzindzichashvili (pion et trait) : 4-4
Rybka 3.xAvr. 2008Match vs Ehlvest (Everything but a pawn) : 4,5-1,5
Rybka 3.xOct. 2008Champion WCCC Pékin (8/9) — 2e titre mondial
Rybka 3.xNov. 2008Champion DOCCC 2008 (9/9 score parfait)
Rybka 3.xJan. 2008Champion CCT10 (5,5/7 ex-æquo)
Rybka 4.0Mar. 2009Champion CCT11 (7,5/9)
Rybka 4.0Mai 2009Champion WCCC Pampelune (8/9) — 3e titre mondial
Rybka 4.02009-2010Champion World Computer Speed Chess Championship
Rybka 4.02009Rated #1 SSDF : 3232 Elo (Deep Rybka 3.2 GB Q660 2,4 GHz)
Rybka 4.0Mai 2010Champion WCCC Kanazawa (8/9) — 4e titre mondial consécutif
Rybka 4.02010Champion Leiden ICT 2010 (8/9)
Juin 2011DISQUALIFIÉE et bannie par l'ICGA — titres 2007-2010 annulés

XIV. Tableau chronologique

Année Événement Version Notes
Jan. 2003Vasik Rajlich commence à développer son moteurproto-RybkaTravaille seul à Ann Arbor, Michigan
Jan. 2004CCT6 : 53e/54 — un seul point marquépré-1.0Bat uniquement le dernier classé (0 point)
Avr. 2004Chess War V : 23epré-1.0Progression visible mais moteur encore faible
Déc. 2005Rybka 1.0 beta librement diffusée — choc immédiat dans la communauté1.0 betaPubliée le 2 décembre 2005 ; questions clone Fruit le 6 déc.
Déc. 20051er Paderborn IPCCC 2005 (5,5/7) — première victoire en tournoi officiel1.0 betaDevance Shredder, Gandalf, Zappa, Fruit
Jan. 2006Rybka 1.2 sur SSDF : 2902 Elo — première fois qu'un programme dépasse 29001.2Record absolu sur toute liste de rating informatique
Fév. 2006CCT8 : 8/9 sans défaite1.1
Avr. 2006PAL/CSS Freestyle : 1re place (unaided Rybka 1.1)1.1Tous les 8 qualifiés en finale étaient des équipes Rybka
Mai 2006Leiden ICT6 (8,5/9)2.2Devance Sjeng, Gandalf, Shredder
Mai 2006WCCC Turin : 2e ex-æquo avec Shredder (Junior 1er)2.xSous le nom « Rajlich »
Déc. 200616e Paderborn IPCCC : 6,5/72.x
Déc. 2006SSDF : 1er programme à passer 2900 sur liste officielle2.2
Jan. 2007GM Larry Kaufman rejoint l'équipe Rybka→ 3.xChargé de la fonction d'évaluation
Mar. 2007Match handicap vs GM Jaan Ehlvest (odds de pion) : victoire 5,5-2,53.0 prv
Fév. 2007CCT9 : 6/72.x
Mai 2007Leiden ICT7 : 7,5/93.x
Juin 2007WCCC Amsterdam : 10/11 — 1er champion mondial3.0Bat Shredder en dernière ronde ; 2e : Zappa, 3e : Look
Juil. 2007Strelka 1.0 publié — allégation de clone Rybka 1.0 betaAuteur Yuri Osipov affirme : dérivé de Fruit
Avr. 2007Open letter 100 000 $ challenge à FIDE (Fritz ou Junior)3.xRajlich défie publiquement les programmes FIDE
Sep. 2007Match vs Zappa : défaite 4,5-5,5 (deux parties historiques)3.0« Pire gaffe du chess informatique moderne » (v.71)
Mar. 2008Match handicap vs Dzindzichashvili (pion et trait) : 4-43.0Rapport Kaufman dans ICGA Journal
Aoû. 2008Rybka 3 officielle3.0Avec évaluation Kaufman — +100 Elo estimés
Oct. 2008WCCC Pékin : 8/9 — 2e titre mondial3.x
Nov. 2008DOCCC 2008 : 9/9 score parfait3.x
Déc. 2008Rajlich : « La publication de Fruit 2.1 a été immense »Interview Alexander Schmidt — aveu clé
Mai 2009WCCC Pampelune : 8/9 — 3e titre mondial4.0 prv
Mai 2009IPPOLIT publié par les « Décembristes » anonymesRajlich accuse : décompilation de Rybka
2009SSDF #1 mondial : 3232 Elo3.2 Deep
Jan. 2010TCEC : 2e derrière Houdini4.0Houdini commence à menacer la domination
Mai 2010Rybka 4 officielle4.0SMP amélioré ; sans DRM
Mai 2010WCCC Kanazawa : 8/9 — 4e titre mondial consécutif4.0Dernier titre ; suivis : Rondo, Thinker
Jan. 2011Lettre ouverte de Fabien Letouzey — rupture de silence après 5 ansOuvre officiellement le dossier GPL
Fév. 2011Rapport Watkins : 74,4 % overlap structurel Rybka 1.0 beta / Fruit 2.1Analyse technique publiée sur OpenChess
Mar. 2011Lettre ouverte de 14 programmeurs à l'ICGADont Letouzey, Wegner, Hyatt, Dailey, Cozzie
Mar. 2011ICGA constitue le Clone and Derivative Investigation PanelPrésidé par David Levy
Mai 2011Rajlich répond par email à Levy : déni bref, sans preuve techniqueRefus de fournir le code source
Juin 2011ICGA vote 5-0 : Rybka bannie à vie, 4 titres annulés28 juin 2011 — décision définitive
Aoû. 2011CSVN (Fédération néerlandaise) refuse d'appliquer les sanctionsDoutes sur la légitimité du processus
Jan. 2012Rajlich répond publiquement à ses accusateurs (YouTube)Premier affrontement direct avec Wegner et autres
Jan. 2012Dr Søren Riis publie un contre-article de 31 pages (ChessBase)Allégations de preuves fabriquées par l'ICGA
Avr. 2012April Fools : Busting the King's Gambit (ChessBase + Rajlich)Prank célèbre — Rajlich affirme avoir réfuté 1.e4 e5 2.f4
2012Rajlich porte plainte à la Commission d'Éthique FIDECo-signé Riis, Schröder, Whittington
Oct. 2015Commission d'Éthique FIDE : l'ICGA a respecté l'éthique mais le bannissement à vie manque de base légaleICGA sanctionné d'un avertissement
Oct. 2015Rybka fusionne avec Fritz 15 (ChessBase)Fritz 15Rajlich auteur principal de Fritz 15 et 16
Nov. 2015Fritz 15 sortiFritz 15Avec moteur Rybka
Nov. 2017Fritz 16 sortiFritz 16Dernière contribution publique connue de Rajlich
2026Rajlich à bas profil ; interdit de compétitions ICGA à vieVit à Varsovie avec Iweta

XV. Anecdotes et faits marquants

  • 53e sur 54 — et le prix de la persévérance : Le premier tournoi de Rybka (CCT6, janvier 2004) la classe 53e sur 54. Deux ans plus tard, elle classe tous les programmes du monde derrière elle. Aucune autre trajectoire dans l'histoire du chess computing n'est aussi radicale dans sa progression. La question que personne ne peut répondre avec certitude est simple : qu'est-il passé entre CCT6 et Paderborn 2005 ? La réponse officielle est « deux ans de travail intensif ». La question officieuse que la controverse ICGA a rendue inévitable est : était-ce uniquement du travail de Rajlich seul ?
  • « Rybka » — le secret du nom : Quand un journaliste demande à Rajlich : « Avez-vous choisi le nom Rybka parce que votre programme vous échappe des mains comme un petit poisson ? » — il répond : « Pour le nom Rybka, je suis désolé mais cela restera mon secret personnel. » Ce refus charmant de l'explication est à l'image de l'homme : il protège les détails qui lui appartiennent, même les plus innocents.
  • Le couple et la machine : L'histoire de Vasik et Iweta Rajlich est l'une des rares histoires dans l'informatique d'échecs où le programme et la vie personnelle de son créateur sont intimement liés. Vasik développe Rybka seul entre 2003 et 2005. Il rencontre Iweta en 2006 — l'année de la première explosion de Rybka dans les classements. Ils se marient en août 2006. Iweta devient la testeuse principale. Rybka 3, sa version la plus aimée par les analyseurs professionnels, sort en 2008 — deux ans après leur mariage. La corrélation n'est pas une coïncidence.
  • Kasparov et Rybka — une rencontre avortée : Après avoir défié publiquement Deep Blue en 1996-1997 et été battu en 1997, Kasparov avait joué contre plusieurs programmes dans les années 2000 — avec des résultats mitigés. Avec Rybka, il n'y eut jamais de match officiel. L'open letter de Rajlich en 2007, offrant 100 000 dollars à Fritz ou Junior, était dirigée vers les programmes FIDE — pas vers un match Kasparov/Rybka. Cette partie qui ne fut jamais jouée reste l'une des occasions manquées de l'histoire du chess computing.
  • Le « pire gaffe du chess informatique moderne » : Au match de septembre 2007 entre Rybka et Zappa (5,5-4,5 pour Zappa), la partie 9 est restée dans les annales. Rybka est 3 pions d'avance avec une position entièrement gagnée au coup 71. Elle joue alors une gaffe qui permet à Zappa de forcer une nulle par fous de couleurs opposées. Les commentateurs la qualifient de « pire gaffe du chess informatique moderne ». Anthony Cozzie, l'auteur de Zappa, remercie son opérateur Erdogan Gunes pour avoir eu le sang-froid de rester jusqu'à la fin plutôt que de proposer la nulle — ce que le résultat final de la position semblait imposer. C'est un rappel que même le programme dominant peut avoir des angles morts inexplicables.
  • Larry Kaufman et l'ancienne petite amie de Fischer : Dans Chess Board Options (2021), Kaufman révèle que la joueuse d'échecs américaine qui aurait inspiré l'auteur Walter Tevis pour créer le personnage de Beth Harmon dans The Queen's Gambit était son ancienne petite amie. Cette confidence dans un livre qui parle autant de Rybka et de Komodo que de chess history est une illustration parfaite du personnage : un homme qui vit dans les échecs depuis soixante ans, dont la vie personnelle et la vie du chess computing sont inextricablement mêlées.
  • L'April Fools et la crédibilité technique : L'April Fools de 2012 sur le Gambit du Roi est célèbre dans la communauté pour deux raisons. D'abord parce qu'il a été cru par certains — la description du cluster Cimiotti à 3 000 cœurs, les détails techniques sur l'analyse exhaustive de 1.e4 e5 2.f4 exf4, la conclusion surprenante (3.Fe2 est la seule réponse qui tient la nulle) étaient convaincants. Ensuite parce qu'il a été organisé par un homme qui venait d'être banni par l'ICGA quelques mois plus tôt — et qui avait encore la liberté d'esprit de faire une blague sur son propre travail.
  • La symétrie IPPOLIT / Rybka-Fruit : Si Rybka 1.0 beta est — comme le conclut l'ICGA — partiellement dérivée de Fruit, et si IPPOLIT est — comme l'affirme Rajlich — partiellement dérivée de Rybka, alors IPPOLIT est doublement un enfant de Fruit, à deux générations de distance. La communauté n'a jamais statué officiellement sur IPPOLIT. Mais cette mise en abyme illustre parfaitement la dynamique du chess computing open source : les engines se fertilisent mutuellement, les frontières de l'originalité sont poreuses, et c'est précisément cette porosité qui a rendu l'affaire Rybka si difficile à trancher clairement.
  • David Levy sur le verdict : Dans son interview à ChessBase (2012), David Levy — président de l'ICGA et principal artisan du verdict — formule ce qui est peut-être la conclusion la plus juste de toute l'affaire : « Rajlich a ruiné sa carrière stellaire et sa réputation parce qu'il n'a pas rempli une ligne du formulaire de participation ICGA correctement. […] S'il avait déclaré les origines de Rybka dans Fruit et s'était conformé à la GPL de Fruit, il aurait peut-être été autorisé à participer avec la permission de Letouzey. » Une ligne de formulaire. Quatre titres mondiaux. Un bannissement à vie.

XVI. La chaîne ininterrompue

La place de Rybka dans la généalogie du chess computing est à la fois centrale et controversée. Centrale parce que sa domination de 2005 à 2010 représente la période de transition entre l'ère des « gros programmes symboliques » (Deep Blue, Fritz, Shredder) et l'ère des « programmes neuraux » (AlphaZero, Stockfish NNUE, Komodo Dragon). Controversée parce que les origines de cette domination restent en partie non résolues.

La lignée technique directe est : Crafty de Bob Hyatt (en partie, selon l'ICGA) + Fruit de Fabien Letouzey (en partie, selon l'ICGA) → Rybka de Vasik Rajlich (2005-2010) → IPPOLIT et ses dérivés (2009, auteurs anonymes) → influence diffuse sur la génération Houdini (Robert Houdart, 2010), puis sur Stockfish, Komodo et LCZero.

La lignée humaine est : Kaufman de MacHack (1967) à Rybka 3 (2008) à Komodo Dragon (2020-2026) — la continuité d'un homme sur plus de 60 ans. Noomen de Mephisto (1981) à Rebel (1992) à Rybka (2006-2009) à ses livres open source (2016-présent). Ces deux trajectoires individuelles traversent quatre décennies de chess computing et relient les premiers ordinateurs-joueurs d'échecs aux programmes neuraux d'aujourd'hui.

Un programme d'échecs né dans un appartement d'Ann Arbor, travaillé seul pendant deux ans, publié gratuitement sur un forum, a dominé pendant cinq ans tous ses concurrents commerciaux et institutionnels. Puis il a été dépouillé de ses titres dans une procédure que ses partisans contestent encore. L'histoire de Rybka est peut-être la plus humaine — et la plus amère — de toute l'histoire du chess computing.

Palmarès complet récapitulatif :
  • 4 × WCCC (toutes catégories, classique) : Amsterdam 2007, Pékin 2008, Pampelune 2009, Kanazawa 2010 — tous annulés par l'ICGA en juin 2011
  • Titres redistribués : 2007 à Zappa, 2008 à HIARCS, 2009 à Junior/Shredder/Deep Sjeng ex-æquo, 2010 à Rondo/Thinker ex-æquo
  • 1er programme à dépasser 2900 Elo sur une liste de rating officielle (SSDF, janvier 2006)
  • Rating #1 SSDF : 3232 Elo (Deep Rybka 3.2, 2009)
  • Bannissement à vie de Vasik Rajlich par l'ICGA — partiellement invalidé par la Commission d'Éthique FIDE (octobre 2015) mais maintenu en pratique
  • Moteur intégré dans Fritz 15 (2015) et Fritz 16 (2017) — ChessBase
◈   ◈   ◈

— Valter Drazic — Mobile (+33) 6 33 13 11 09 —

Anthologie Rybka · Vasik Rajlich