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Classement Elo de Stockfish 11 sur huit materiels, du 68020 a 16 MHz au Ryzen a huit fils

Laboratoire · machines virtuelles · octobre 2026

Stockfish 11 sur sept processeurs : 1 385 points d’écart

Le même programme, le même livre d’ouvertures, la même cadence. Seul le matériel change : un 68020 à 16 MHz, un 68040 à 40, un SPARC à 20, un ARM à 30, un 486 à 33, un Pentium à 90, le même ARM poussé à dix fois son horloge, et pour finir le Ryzen à huit fils. Entre les deux bouts, mille trois cent quatre-vingt-cinq points Elo. En chemin, trois machines dédiées qui n’ont jamais existé passent devant tout ce que l’industrie a vendu, et la quatrième vient se placer deuxième moteur mono-fil du laboratoire, à quatre-vingts points de Strelka.

2391sur un 68020 à 16 MHz : au-dessus du meilleur Mephisto jamais vendu
2609sur un 68040 à 40 MHz : au-dessus de toutes les machines du commerce, accélérées comprises
2779sur le SPARC du Saitek Sparc, à sa fréquence d’origine : +603 sur la vraie machine
3329sur l’ARM à 300 MHz : deuxième mono-fil de la liste, derrière Strelka

Une constante, une variable

Stockfish 11 est la dernière version à évaluation classique, écrite à la main : pas de réseau de neurones, donc rien qui exige des instructions vectorielles modernes ou des méga-octets de poids. C’est ce qui en fait le locataire idéal des machines dédiées virtuelles du laboratoire : le même code source se compile pour un 68020 de 1984 comme pour un Ryzen de 2023, et ce qui change d’une mesure à l’autre est le matériel, lui seul.

Le protocole est celui de toute la liste. Livre d’ouvertures Perfect 2023 limité à dix coups, le même pour tous. Cadence 60 coups en 15 minutes. Émulation à vitesse réelle : la machine dispose exactement du temps que la pendule lui donne, pas d’un temps de calcul emprunté au PC hôte. Un fil d’exécution, 4 Mo de table de hachage sur les petites machines. Les cotes sont celles de la liste Performance Elo du 22 octobre 2026, calculée par Ordo sur l’ensemble des parties du laboratoire.

Les six premières machines sont des machines dédiées virtuelles : un processeur, de la mémoire morte, un port série, et rien d’autre — pas de système d’exploitation, pas de disque, pas d’écran. Le programme démarre à l’adresse zéro comme le fait un Mephisto au réveil. Les deux machines x86, le 486 et le Pentium, suivent le même principe sous QEMU : noyau nu, liaison série, aucun système. La dernière ligne, le Ryzen, est là pour l’échelle.

Les sept matériels

Processeur Horloge Profondeur Elo labo Parties
Motorola 68020 + 68881 16 MHz 10 2391 638
Motorola 68040 40 MHz 11 2609 802
SPARC v8 (MB86930) 20 MHz 12 2779 150
Intel 486DX (QEMU) 33 MHz 13 2800 244
ARM9 (ARMv5TE) 30 MHz 13 2830 432
Intel Pentium (QEMU) 90 MHz 15 3151 238
ARM9 accéléré (QEMU) 300 MHz 18 3329 244
AMD Ryzen 9 7950X3D, 8 fils ~5 GHz — 3777 274

Profondeur : médiane des profondeurs annoncées par le moteur sur ses coups de plus de dix secondes, entre le premier et le quarantième coup — quatorze mille coups en tout.

Stockfish 11 68020 16 MHz
68020 + 68881, 1984 · 638 parties
2391
Stockfish 11 68040 40 MHz
68040, 1990 · 802 parties
2609
Stockfish 11 SPARC 20 MHz
SPARC v8, 1992 · 150 parties
2779
Stockfish 11 486DX 33 MHz
486DX, 1989 · 244 parties
2800
Stockfish 11 ARM9 30 MHz
ARM9, 1997 · 432 parties
2830
Stockfish 11 Pentium 90 MHz
Pentium, 1994 · 238 parties
3151
Stockfish 11 ARM9 300 MHz
ARM9 accéléré · 244 parties
3329
Stockfish 11, Ryzen 9 7950X3D
8 fils, ~5 GHz · 274 parties
3777

L’échelle commence à 2300. En rouge l’ARM accéléré, en gris le Ryzen.

Pour donner l’échelle du calcul : sur le 68020 à 16 MHz, Stockfish 11 examine 426 positions par seconde. Sur le 68040, 1 087. Sur le SPARC, 2 403. Le Ryzen, lui, en fait plusieurs millions par cœur. Entre la première et la dernière ligne du tableau, il y a quatre ordres de grandeur de puissance brute — et mille quatre cents points Elo.

Cent quinze points par demi-coup

La profondeur de recherche range les sept matériels dans l’ordre exact de leurs cotes, et l’écart est régulier : chaque demi-coup supplémentaire vaut, sur cette plage, un peu plus de cent dix points.

2400260028003000320034001012141618+115 Elo par demi-coup68020 16 MHz68040 40 MHzSPARC 20 MHz486DX 33 MHzARM9 30 MHzPentium 90 MHzARM9 300 MHzprofondeur médiane, en demi-coupsElo du laboratoire

Chaque point est une plateforme ; la droite est l’ajustement des sept mesures, soit +115 Elo par demi-coup de profondeur (R² = 0,95).

C’est la loi classique du rendement décroissant de la profondeur, vue par le bas. Sur un Ryzen, un demi-coup de plus ne rapporte plus qu’une vingtaine de points, parce que le programme voit déjà tout ce qui compte. À dix demi-coups, chaque palier gagné supprime encore des erreurs grossières, et se paie cher en Elo. Autrement dit : plus la machine est lente, plus les hertz valent de l’Elo. C’est aussi pourquoi un processeur de 1992 et un programme de 2020 font si bon ménage — le second a beaucoup à gagner du peu que le premier lui donne.

Le 68040 passe devant toutes les machines du commerce

Voilà le premier résultat qui mérite qu’on s’y arrête. Un 68040 à 40 MHz, c’est le processeur qu’Hegener + Glaser aurait pu mettre dans un Mephisto de 1992 ; ils se sont arrêtés au 68030 à 33 MHz du Genius London, leur machine la plus forte, cotée 2363 au laboratoire. Stockfish 11 sur ce 68040 vaut 2609. Il ne passe pas seulement devant le Genius London : il passe devant toutes les machines dédiées du laboratoire, y compris les cartes TASC ChessMachine poussées à 140 et 150 MHz et le Saitek RISC 2500 poussé à 400 MHz, c’est-à-dire les machines les plus fortes qui aient jamais posé un coup sur un échiquier à capteurs.

Stockfish 11 68040 40 MHz
machine virtuelle · 2020
2609
The King 2.54, ChessMachine 140 MHz
carte TASC accélérée · 1993
2491
Saitek RISC 2500 à 400 MHz
ARM2 accéléré · 1992
2440
TASC Gideon 3.1 à 150 MHz
carte TASC accélérée · 1992
2424
Mephisto Genius 68030 London
68030 33 MHz · 1996
2363
Mephisto Berlin Pro 68020
68020 24 MHz · 1996
2315
Novag Star Diamond
H8 · 2003
2226
Mephisto RISC II
ARM2 14 MHz · 1992
2225
Saitek RISC 2500
ARM2 14 MHz · 1992
2181
Saitek Sparc
SPARC v8 20 MHz · 1993
2176

Cotes de la liste du 22 octobre 2026. Les trois machines au-dessus de 2420, hors machine virtuelle, sont des cartes ou des machines émulées à une fréquence qu’elles n’ont jamais eue.

Et le plus bel exemple est au bas du graphique. Le Saitek Sparc de 1993 est une machine rare : un SPARClite MB86930 à 20 MHz, le processeur d’une station de travail, avec le programme des Spracklen. Le laboratoire la mesure à 2176. La machine virtuelle du tableau précédent est la même puce à la même fréquence : même jeu d’instructions, même horloge, même cadence de jeu. Seul le programme en mémoire morte change. Résultat : 2779 contre 2176, soit 603 points. Rien dans le silicium n’a bougé ; tout vient de ce qu’on y a mis.

Le 68020, avec moins d’horloge
Même démonstration un étage plus bas. Sur un 68020 à 16 MHz — le processeur des Mephisto Portorose et Lyon de 1989-1990 — Stockfish 11 vaut 2391. Le Mephisto Berlin Pro, 68020 à 24 MHz, vaut 2315 ; le Fidelity Designer Mach IV, 68020 à 20 MHz, 2094. Avec deux tiers de l’horloge du premier et quatre cinquièmes de celle du second, le programme de 2020 les bat tous les deux — et il passe aussi devant le Genius 68030 à 33 MHz, qui a pourtant deux fois sa fréquence et une génération de processeur d’avance.

SPARC, 486, ARM : trois chemins, un même palier

Le milieu du tableau réserve une curiosité. Trois processeurs que rien ne rapproche — un RISC de station de travail à 20 MHz, un x86 de bureau à 33 MHz, un ARM embarqué à 30 MHz — donnent à Stockfish 11 des cotes qui tiennent dans cinquante-et-un points : 2779, 2800, 2830. Trois architectures, trois époques de conception, et le même palier de jeu.

Ce n’est pas un hasard : la profondeur l’explique. Les trois cherchent à douze ou treize demi-coups dans leurs quinze secondes, et à cette profondeur-là le programme joue le même échecs, quelle que soit la route prise pour y arriver. Le matériel ne fait rien d’autre que fournir des demi-coups ; ce qu’il vaut se lit entièrement dans leur nombre.

Ces trois machines, au passage, valent toutes plus de quatre cents points de plus que le meilleur Mephisto jamais commercialisé, avec moins de mégahertz que lui. Et la plus modeste des trois, l’ARM à 30 MHz, bat de 390 points un vrai Saitek RISC 2500 qu’on aurait poussé à 400 MHz.

L’ARM accéléré contre le haut de la liste

Reste la dernière machine dédiée, et c’est celle qui surprend le plus. On prend le même ARM9, on multiplie son horloge par dix — 300 MHz, ce qu’un ARM embarqué de 2001 faisait sans peine — et l’on divise la cadence de jeu par dix, pour que la machine dispose du même temps de calcul qu’à 60 coups en 15 minutes sur du vrai silicium. Dix-huit demi-coups de profondeur, et une cote de 3329.

À ce niveau, la machine ne joue plus contre des machines dédiées : elle joue dans le haut de la liste, parmi les moteurs de PC des années 2000.

Rang Moteur Matériel Elo labo
30 Deep Rybka 4.1 x64 Ryzen, 8 fils 3427
31 Critter 1.6a 64-bit Ryzen, 8 fils 3410
32 Strelka 5.5 x64 Ryzen, 1 fil 3409
33 Wasp 3.75 Ryzen, 8 fils 3403
34 Dark Toga 0.3.12 JA Ryzen, 8 fils 3351
35 Stockfish 11 ARM9 300 MHz machine dédiée virtuelle 3329
36 Senpai 2.0 Ryzen, 8 fils 3325
37 Naum 4.2 Ryzen, 8 fils 3317
38 Wasp 2.00 Ryzen, 8 fils 3316
39 Komodo64 3 Ryzen, 1 fil 3310

Extrait de la liste Performance Elo du 22 octobre 2026, rangs 30 à 39.

Il faut lire la colonne « matériel » avec attention. Strelka 5.5, le meilleur moteur mono-fil de toute la liste, tourne sur un cœur de Ryzen 9 7950X3D à cinq gigahertz. La machine dédiée virtuelle, elle, est un ARM à 300 mégahertz sans système d’exploitation. Entre les deux : 81 points. Et l’ARM passe devant Komodo 3 sur le même Ryzen, devant Senpai 2.0, Naum 4.2 et Wasp 2.00 qui, eux, disposent des huit fils de la machine.

Autrement dit, une puce embarquée cadencée à un seizième de la fréquence d’un processeur de 2023, sans cache de niveau trois, sans exécution dans le désordre, sans système, vient chatouiller ce que le même Ryzen produit de meilleur sur un fil. Il n’y a pas de tour de passe-passe là-dedans : il y a quinze ans de programmation d’échecs entre Strelka 5.5 et Stockfish 11, et ces quinze ans achètent presque autant que le facteur seize sur l’horloge.

Le programme, pas la puce

La démonstration se fait aussi dans l’autre sens, en gardant le matériel fixe. La machine ARM9 à 30 MHz a eu quatre locataires. Même puce, même horloge, même cadence, même livre.

Stockfish 11
2020 · profondeur 13
2830
Fruit 2.1
2005 · profondeur 7
2350
Crafty 19.15
2004 · profondeur 6
2224
Cray Blitz 4.9h
1990 · profondeur 5
1851

Les quatre programmes embarqués sur la machine ARM9 à 30 MHz, cotes de la liste du 22 octobre 2026. L’échelle commence à 1800.

Neuf cent soixante-dix-neuf points séparent le Fortran de Cray Blitz, champion du monde 1983 et 1986, du Stockfish de 2020, sur une puce identique. Dans le même temps la profondeur passe de cinq demi-coups à treize : une partie du chemin se voit dans la recherche, l’autre est dans l’évaluation et dans l’art de ne pas regarder ce qui ne sert à rien. C’est, à matériel strictement égal, la mesure la plus propre que le laboratoire sache produire du progrès algorithmique.

Ce qu’il reste à faire

  • Monter le SPARC à 200 MHz comme l’ARM : ce serait la seconde plateforme accélérée, et la comparaison avec l’ARM à 300 MHz dirait si les deux RISC se suivent aussi bien en haut qu’en bas de l’échelle.
  • Un 68040 à 160 MHz, pour que la famille 68k ait aussi sa version accélérée et que les trois courbes soient comparables sur toute leur longueur.
  • Crafty 19.15 et Fruit 2.1 sur le SPARC et sur le 486 à nu, pour compléter le carré programmes × processeurs.
  • Les tests BT sur le SPARC et sur l’ARM accéléré, pour voir si la résolution de positions suit la cote de parties aussi bien que sur les machines lentes.

Sources

chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 23 octobre 2026