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Chronologie Novag

Chronologie Novag

Généalogie de la Force

Novag voit le jour en 1978 à Hong Kong, fondée par Peter Auge, un Allemand originaire de Nürnberg émigré au Canada puis installé dans la colonie britannique, associé à Eric Winkler, physicien suisse expert en électronique. La rupture survient dès 1979 : Winkler quitte l'aventure et fonde SciSys — futur Saitek — le rival de toujours. Les deux géants des ordinateurs d'échecs dédiés sont nés d'une même séparation. En 1981, Peter Auge engage un programmeur américain quasi inconnu du grand public : David Kittinger. Ce choix va définir l'identité de Novag pour les vingt-cinq années suivantes.

1981 Savant & Robot Adversary
Les premières créations signées Kittinger pour Novag. Le Savant est l'un des tout premiers ordinateurs d'échecs à proposer un échiquier LCD avec technologie tactile. Le Robot Adversary est une curiosité mécanique fascinante : un bras articulé déplace physiquement les pièces sur l'échiquier. Ces deux machines annoncent l'audace qui caractérisera toujours Novag. Kittinger débute sa carrière d'informaticien avec MyChess, présenté au tournoi ACM en 1979, qui impressionne la communauté. C'est ce programme qui attire l'attention de Peter Auge.
1984 Super Constellation
Le chef-d'œuvre fondateur. Sur processeur 6502 à 3,6 MHz, Kittinger introduit son célèbre algorithme PSH (Pre-Scan Heuristics) : une approche sélective de la recherche qui confère à la machine un style de jeu "intuitif", capable de sacrifices de pièces et de coups spectaculaires. Force estimée : environ 1700 Elo. La machine est proposée jusqu'à 800 DM, avec une version plateau bois baptisée Constellation Expert. Elle embarque également la première bibliothèque d'ouvertures personnalisable par l'utilisateur — une première dans l'industrie, que Novag conservera sur tous ses modèles futurs. Ses supporters l'appellent affectueusement le "Super Conny". Malgré ses défaites face aux machines 16 bits de Mephisto lors des grands tournois, elle remporte régulièrement des victoires spectaculaires contre des joueurs humains, ce qui assoit sa légende.
1985 – 1987 Constellation Forte (A & B)
Introduit comme successeur direct de la Super Constellation, la Forte apporte un écran LCD plus informatif affichant les informations de coup — une première dans la gamme Novag. La cadence monte à 5 MHz, ce qui améliore légèrement la force de jeu. La version B (1986) affine encore la bibliothèque d'ouvertures. Un premier pas vers la maturité logicielle, sans révolution algorithmique.
1988 – 1990 Super Expert & Super Forte
Le prestige de la gamme 8 bits atteint son apogée. Le Super Expert impose son plateau en bois avec capteurs de pression auto-répondeurs, tandis que le Super Forte propose la même puissance en version touches plastiques. Mais c'est le programme "C" (1989–1990, cadencé jusqu'à 6 MHz) qui constitue l'aboutissement ultime de Kittinger sur architecture 8 bits : grâce à ses nouvelles Selective Search Functions, il frôle le mur symbolique des 2000 Elo SSDF (1960 Elo old / 1860 Elo new). Pour beaucoup de spécialistes, ce programme reste à ce jour la machine 8 bits la plus forte jamais construite. Kittinger lui-même reconnaît à cette époque que les limites du 8 bits sont atteintes. La prochaine évolution sera architecturale.
1990 – 1991 Scorpio / Diablo 68000
Le grand saut vers le 16/32 bits. Kittinger adopte le processeur Motorola 68000 à 16 MHz. Les attentes sont immenses — elles ne seront que partiellement comblées. La machine franchit enfin le cap des 2000 Elo SSDF (1900 new) et rivalise avec les meilleurs joueurs de club mondiaux. Son design massif et imposant en fait visuellement l'une des plus impressionnantes de la gamme. Le modèle s'appelait initialement Scorpio mais dut être rebaptisé Diablo pour des raisons de marque déposée — un détail que beaucoup de collectionneurs ignorent.
1994 – 1996 Diamond & Sapphire
Un virage technologique décisif : Novag adopte le processeur Hitachi H8 à architecture RISC, inaugurant une lignée qui ira jusqu'au Turquoise. Le Diamond est la machine de salon haut de gamme ; le Sapphire, sa déclinaison portable. Le niveau de jeu atteint celui d'un Grand Maître en blitz. Ce sont les premières machines Novag véritablement compétitives face aux logiciels PC de l'époque.
1997 Novag Turquoise
L'héritier RISC de table. Héritier direct du Diamond et contemporain du Sapphire II, le Turquoise combine la compacité d'une machine de salon avec la puissance accumulée par Kittinger sur une décennie de développement H8. Processeur Hitachi H8/300 cadencé à 13,3 MHz effectifs (oscillateur quartz 26,6 MHz divisé par deux). Force constructeur annoncée : 2006 Elo — un chiffre généreux, que la liste Wiki de schach-computer.info révise à environ 1940 Elo international (2294 USCF). La machine est vendue 199 $ aux États-Unis. Son nom s'inscrit dans la tradition Novag des pierres précieuses (Sapphire, Diamond, Emerald), bien que sa finition soit résolument grise.
2000 – 2003 Star Diamond
Le chant du cygne de la haute performance Novag. Une force de jeu dépassant les 2300 Elo, clôturant l'ère des machines dédiées avant l'hégémonie des moteurs sur PC. Kittinger signe en 2003 sa dernière mise à jour logicielle pour cette machine — un point final à plus de vingt ans de collaboration ininterrompue avec Novag. En 2009, Novag est rachetée par Solar Wide Industrial Ltd. Peter Auge avait auparavant transmis les rênes à sa fille, qui avait poursuivi l'aventure jusqu'alors.
Valter
Fiche Technique – Novag Turquoise

Fiche Technique : Novag Turquoise

Référentiel Matériel, Histoire et Étude Comparative

Le Novag Turquoise est l'une des dernières créations marquantes de la firme hongkongaise pour le marché grand public de la fin des années 90. Conçu par le programmeur américain David Kittinger, cet ordinateur d'échecs de table se distingue par son architecture RISC héritée du Diamond et sa profondeur d'analyse, dans un boîtier d'un design résolument contemporain pour l'époque.

Identité du Système

Fabricant Novag Industries Ltd. (Hong Kong)
Mise sur le marché 1997
Prix de lancement 199 $ (États-Unis)
Programmeur David Kittinger
Classement Elo (constructeur) 2006 Elo (selon schach-computer.info) À titre de comparaison, la liste Wiki du même site, établie sur la base de parties de tournoi, estime la force réelle à environ 1940 Elo international (2294 USCF). L'écart s'explique en partie par des conditions de test différentes et par la tradition du marketing des constructeurs de l'époque.

Architecture et Puissance

Processeur Hitachi H8/300 (RISC, 8 bits natif, instructions optimisées)
Fréquence d'horloge 13,3 MHz effectifs (oscillateur quartz 26,6 MHz, divisé par 2)
Mémoire Vive (RAM) 1 Ko
Mémoire Morte (ROM) 32 Ko
Profondeur de calcul 18 demi-coups

Capacités Logicielles

Bibliothèque d'ouvertures 8 900 demi-coups
Niveaux de jeu 128 (12 sections : tournoi, blitz, temps fixe, mort subite, profondeur fixe, analyse, facile, débutant, mat forcé, fun, finale, classique)
Reprise de partie Mémoire longue durée (conserve la dernière position)
Retour arrière (takeback) 112 demi-coups
Affichage Écran LCD à 6 positions (7 segments)
Entrée des coups Capteurs de pression (technologie Sensor)
Sortie des coups Affichage LCD + 16 LEDs périphériques
Règles spéciales reconnues Roque, en passant, promotion, pat, nulle (50 coups, répétition de position, matériel insuffisant)

David Kittinger — L'homme derrière la machine

Ingénieur américain, Kittinger entre dans l'histoire de l'informatique d'échecs en 1979 avec MyChess, présenté au tournoi ACM et aussitôt remarqué. Peter Auge le recrute en 1981 et cette collaboration va durer plus de vingt ans. Kittinger forge l'identité sonore de Novag : son célèbre algorithme PSH (Pre-Scan Heuristics), appliqué dès la Super Constellation (1984), permet à la machine de jouer des coups "intuitifs" et des sacrifices de pièces, lui conférant un style proche de celui d'un joueur humain.

Parallèlement à son travail pour Novag, Kittinger développe WChess (1995), un moteur PC qui connaîtra une carrière prolifique : intégré à Power Chess (Sierra, 1996), USCF Chess (Interplay, 1998), Majestic Chess (Vivendi, 2003) et même Disney's Aladdin Chess Adventures (2004). En 1995, lors de la Harvard Cup — tournoi opposant moteurs et Grands Maîtres —, WChess réalise une performance historique, battant ou nullisant six joueurs internationaux de haut niveau. C'est ce même savoir-faire algorithmique qui anime le Turquoise.

Sa dernière mise à jour pour Novag date de 2003, sur le Star Diamond — point final à plus de deux décennies d'une collaboration unique dans l'industrie.

Modèles Apparentés

Le Turquoise s'inscrit dans la lignée H8 inaugurée par le Diamond (1994), première machine Novag à adopter le processeur Hitachi RISC. Il partage sa base technologique avec plusieurs contemporains de la gamme.

  • Novag Zircon II : Architecture processeur identique.
  • Novag Emerald Classic Plus : Moteur et composants électroniques étroitement liés.
  • Novag Sapphire II (1997) : Version voyage contemporaine du Turquoise, même génération logicielle.

Note de collectionneur : les forums spécialisés (HIARCS, TalkChess) classent régulièrement le Turquoise, l'Emerald Classic et l'Emerald Classic Plus dans le même palier de force — des machines solides, au plateau soigné, recommandées pour une pratique sérieuse sans atteindre les tarifs du Star Diamond.

Caractéristiques Physiques

Dimensions 28,5 × 33 × 2,5 cm
Taille du plateau 9 × 9 pouces (environ 23 × 23 cm)
Alimentation Adaptateur secteur 9V DC – 300 mA (Novag 8210) ou 6 piles AA

Appréciation de l'esthète

"La machine est très design, je la trouve très belle. Elle fait preuve d'une réelle originalité, notamment avec son petit arrondi élégant qui accueille les boutons et l'écran. L'objet est indéniablement beau. Relativement bien finie, c'est une pièce à laquelle on s'attache sincèrement."

Le Saviez-vous ?

  • Deux Elos, deux réalités : Le chiffre de 2006 Elo provient de la fiche constructeur de schach-computer.info — une valeur Elo "marketing" typique de l'époque. La même source propose une liste Wiki basée sur des parties réelles, qui situe le Turquoise à environ 1940 Elo international. Les deux chiffres coexistent sans se contredire : l'un mesure le potentiel au niveau optimal, l'autre la force en condition de tournoi normalisé.
  • Fréquence réelle : Bien que cadencé à 13,3 MHz effectifs, le Turquoise embarque un oscillateur à quartz de 26,6 MHz — c'est cette valeur que Novag mettait en avant sur ses boîtes pour valoriser l'aspect RISC de la machine.
  • Collection Gemmes : Son nom s'inscrit dans la stratégie de Novag de nommer ses machines d'après des pierres précieuses (Sapphire, Diamond, Emerald, Zircon…), bien que sa finition soit grise. Une coquetterie de marketing assumée.
  • Dernier des Mohicans : Le Turquoise représente l'un des derniers développements significatifs sur processeur H8 optimisé, avant que les logiciels sur PC ne rendent définitivement obsolètes les machines dédiées moyen de gamme.
  • Novag et les champions : Dans les années 80, les boîtes de Novag arboraient la photo d'Anatoly Karpov, champion du monde, qui avait accepté d'endorser la marque. Plus tard, c'est le Grand Maître Raymond Keene qui prêta son image à la gamme. Un argument de vente qui n'avait rien d'anodin à l'époque.
Valter