Fidelity Par Excellence à 73 MHz : le Sargon de 1986 change de braquet
Un 65C02 cadencé à 5 MHz en 1986, rejoué à 73 MHz sous émulation MAME — même ROM, même livre, même logique de jeu, seulement l'horloge qui change. Résultat : près de 350 points Elo gagnés et un adversaire qui bat désormais des machines qu'il n'aurait jamais dû approcher.
Le Par Excellence, pour mémoire
Le Fidelity Par Excellence (modèle 6083, commercialisé à partir de 1986) fait partie de la dernière génération de dédiés Fidelity bâtie autour d'un 65C02 et d'un moteur dérivé de Sargon, écrit par Dan et Kathe Spracklen — le même couple qui avait fondé la lignée Sargon puis rejoint Fidelity pour enchaîner Excellence, Par Excellence et Elite Avant Garde. Fidelity annonçait une force de 2100 USCF ; la Swedish Chess Computer Association (SSDF), plus sévère comme toujours, l'avait mesuré autour de 1835. Le tout tournait sur un 65C02 à 5 MHz, une fréquence modeste même pour l'époque — déjà dépassée en 1986 par les Mephisto et Saitek à base de 68000 ou de Rockwell 65C02 plus rapides.
Dans le classement du laboratoire, la version non accélérée (Fidelity Par Excellence (B), 65C02 5 MHz) se situe à :
L'accélération : ce qui change, ce qui ne change pas
Le protocole CB-Emu n'altère ni la ROM, ni le livre d'ouvertures, ni un seul octet du code du Par Excellence : la carte mère du 6083 tourne telle quelle dans MAME, pilotée en UCI par le pont dos_uci/échiquier habituel du laboratoire. La seule variable modifiée est la fréquence d'horloge du 65C02 émulé, portée de 5 à 73 MHz — soit un facteur ×14,6. Le programme explore donc la même arborescence, avec la même évaluation et la même heuristique de 1986, simplement 14,6 fois plus profondément dans le même temps de réflexion.
Pourquoi 73 MHz précisément ? C'est la fréquence calibrée pour ce modèle dans l'échelle CB-Emu du laboratoire (le facteur d'accélération diffère d'une machine à l'autre selon la marge de stabilité du cœur émulé) — un détail de calibration plus qu'un choix arbitraire.
Résultats comparés : 5 MHz contre 73 MHz
| Version | Matériel | Cote Ordo | Parties |
|---|---|---|---|
| Fidelity Par Excellence (B) | 65C02 @ 5 MHz (origine) | 1739 ± 10 | 333 |
| Fidelity Par Excellence (B) 73 MHz | 65C02 @ 73 MHz (accéléré ×14,6) | 2090 ± 12 | 257 |
Soit un gain net de +351 Elo pour la seule vitesse d'horloge. Le détail du gauntlet de la version accélérée (classement par cote d'adversaire croissante) :
| Adversaire | Cote | Score | % | Perf |
|---|---|---|---|---|
| Saitek Simultano (ver. B) | 1757 | 7.5 / 10 | 75 % | 1948 |
| Novag Constellation Forte A | 1803 | 10.0 / 10 | 100 % | 2332 |
| Fidelity Designer 2100 | 1794 | 8.0 / 10 | 80 % | 2035 |
| Mephisto MM IV (v7.10) | 1802 | 8.5 / 10 | 85 % | 2103 |
| Mephisto MM V (v5.1) | 1834 | 7.0 / 10 | 70 % | 1981 |
| Saitek Turbo King II (D+) | 1818 | 9.5 / 10 | 95 % | 2330 |
| Mephisto Modena (set 3) | 1838 | 7.5 / 10 | 75 % | 2029 |
| Saitek Corona II (ver. D+) | 1856 | 10.0 / 10 | 100 % | 2385 |
| Novag Super Expert C v3.6 | 1886 | 6.5 / 11 | 59 % | 1950 |
| Novag Super Forte C v3.6 | 1884 | 9.0 / 10 | 90 % | 2266 |
| Saitek Maestro D++ | 1913 | 7.0 / 10 | 70 % | 2060 |
| Mephisto Nigel Short | 1956 | 9.0 / 10 | 90 % | 2338 |
| Saitek President | 1920 | 9.5 / 10 | 95 % | 2432 |
| Novag Zircon II | 1966 | 6.0 / 11 | 55 % | 1998 |
| Mephisto Mondial 68000 XL | 1964 | 7.0 / 11 | 64 % | 2061 |
| Fidelity Designer Mach III | 2029 | 7.0 / 11 | 64 % | 2126 |
| Fidelity Designer Mach IV | 2079 | 6.5 / 10 | 65 % | 2187 |
| Novag Sapphire | 2101 | 3.5 / 10 | 35 % | 1993 |
| Fidelity Elite Avantgarde V9 | 2125 | 3.0 / 10 | 30 % | 1978 |
| Mephisto Berlin 68000 v0.03 | 2120 | 5.5 / 11 | 50 % | 2120 |
| Saitek Sparc (rev.518) | 2165 | 3.0 / 10 | 30 % | 2018 |
| Novag Star Diamond (v1.04) | 2226 | 0.5 / 1 | 50 % | 2226 |
| Saitek RISC 2500 v1.04 | 2180 | 4.0 / 11 | 36 % | 2083 |
| Mephisto RISC II | 2228 | 3.5 / 10 | 35 % | 2120 |
| Mephisto Berlin Pro 68020 | 2315 | 1.5 / 10 | 15 % | 2014 |
| Mephisto Genius 68030 London | 2363 | 0.0 / 10 | 0 % | 1834 |
Cote sur l'échelle du gauntlet : 2102 ± 25 (257 parties, adversaires à cote fixe).
La cote finale se stabilise autour de 2100 Elo — un Par Excellence qui, en passant de 5 à 73 MHz, quitte la cave des machines sous les 1800 points pour s'installer dans le peloton des meilleurs dédiés 8 et 16 bits jamais mesurés par le laboratoire, à hauteur d'un Mephisto Nigel Short ou d'un Saitek President.
Un gain hors de proportion avec la vitesse
351 points Elo pour un facteur ×14,6 en vitesse, c'est considérable — bien plus que ce qu'on observe en général sur des moteurs modernes, où chaque doublement de la vitesse de recherche ne rapporte souvent que 50 à 80 Elo (la fameuse loi des rendements décroissants de la recherche alpha-bêta profonde). L'explication la plus probable tient à la nature même du programme : un Sargon de 1986 tourne avec un élagage minimal, une évaluation sommaire et une profondeur de recherche très faible à 5 MHz — probablement 3 à 4 plis en moyenne en milieu de partie. Dans cette zone de profondeur, chaque pli supplémentaire change qualitativement la qualité du jeu (on sort du simple comptage de matériel pour commencer à voir les combinaisons à deux et trois coups) ; l'effet marginal d'un pli de plus y est donc bien plus fort que pour un moteur qui cherche déjà 20 plis. Accélérer un moteur peu profond est, en somme, un des leviers les plus rentables qui soient pour un dédié de cette génération.
Cette intuition n'est pas propre au laboratoire : la communauté des collectionneurs de dédiés pratique l'overclocking de 65C02 depuis longtemps. On trouve ainsi, sur le forum allemand schachcomputer.info, la trace d'une partie de tournoi amateur opposant un Par Excellence accéléré à 16 MHz à une Novag Super Constellation à 18 MHz — preuve que le principe (remplacer le quartz du 65C02 pour gagner en force) est une pratique documentée et appréciée chez les passionnés, bien avant que l'émulation ne permette de le faire proprement et de façon mesurable. Les forums et wikis consultés (Chess Programming Wiki, schach-computer.info) ne publient malheureusement pas de cote chiffrée pour ces versions maison à 8, 12 ou 16 MHz — l'information s'arrête à la confirmation que la pratique existe et qu'elle est prise au sérieux par les joueurs de tournois de dédiés. C'est précisément le vide que la méthode du laboratoire comble : une mesure Elo reproductible, sur 257 parties contre une échelle calibrée, plutôt qu'une poignée de parties amicales.
Trois parties spectaculaires
À 2100 Elo de performance moyenne, le Par Excellence 73 MHz ne se contente pas d'empocher des demi-points sur le temps : il produit de vraies combinaisons, vérifiées ici au moteur (Stockfish 16, profondeur 20) pour s'assurer qu'il ne s'agit pas d'un simple cadeau de l'adversaire. Voici trois parties qui illustrent bien le niveau atteint.
1. Le piège de la tour en h5
Fidelity Par Excellence (B) 73 MHz (blancs) — Saitek Corona II (ver. D+) (noirs), gauntlet CB-Emu, 2026 · Ruy Lopez (Berlin) · 1–0 en 29 coups
Après l'habituelle Berlinoise (7...Be7 8.Bf1 O-O), le Par Excellence lance 10.Rh5!? — une tour avancée sur une case a priori absurde, qui n'a l'air de rien de plus qu'une provocation. Les noirs mordent à l'hameçon : après 12...Rxe4 13.Bd3, ils poussent le gain de matériel jusqu'à 13...Rxd4, empochant un second pion avec la tour.
15.cxd4 gxh5 16.Qxh5 et le Par Excellence a rendu l'exchange d'une tour contre un pion, mais récupère une tour pleine au passage : au compteur, il est tout simplement sorti gagnant de l'échange de tours engagé dès le 10ᵉ coup. Ce qui suit est une vraie chasse au roi : 17.Qxh7+! ouvre le roi noir, qui est traîné de f8 à travers tout l'échiquier — e7, d6, c6 — sous une pluie de coups de la dame et du fou blancs, jusqu'à la case a6.
Fait notable : au moment de 17.Qxh7+, Stockfish jugeait encore la position légèrement favorable aux noirs (-5,96). La suite forcée transforme cette évaluation en +7,00 en quelques coups — la preuve que l'attaque, menée sans temps mort, n'est pas qu'un coup de chance contre un adversaire faible mais une séquence objectivement très forte.
2. Le double sacrifice de tour
Fidelity Par Excellence (B) 73 MHz (blancs) — Saitek Simultano (ver. B) (noirs), gauntlet CB-Emu, 2026 · Sicilienne · 1–0 en 28 coups
Partie beaucoup plus tranchante : après une Sicilienne fermée, le Par Excellence engage 20.Rf6!? — une offre de tour sur une case défendue par rien d'autre que son propre culot. Les noirs refusent de prendre immédiatement (20...c4) et le Par Excellence hausse les enchères avec 21.Rxe6!, mangeant carrément un fou. Un deuxième coup de tour suit bientôt : après 22...g6, 23.Rxg6+!! sacrifie la seconde tour pour arracher le roque noir à son abri.
23...hxg6 24.Nf6+! Kh8 et la mécanique se referme : 25.Qh3 force la dame noire à intervenir (25...De1+), mais après 26.Rxe1, le roi noir n'a plus aucune case. Stockfish, qui évaluait la position à -1,66 (léger avantage noir) juste avant 20.Rf6, confirme qu'au terme de la séquence, les blancs ont un mat forcé en quatre coups — ce double sacrifice de tour n'était donc pas un pari hasardeux mais une combinaison saine de bout en bout.
3. Le retournement par les cavaliers
Saitek Simultano (ver. B) (blancs) — Fidelity Par Excellence (B) 73 MHz (noirs), gauntlet CB-Emu, 2026 · Gambit Dame refusé · 0–1 en 27 coups
La plus belle des trois, parce que le Par Excellence y joue les noirs dans une position objectivement perdante : juste avant la combinaison, Stockfish créditait les blancs de +2,67 — un net avantage. C'est pourtant là que le vétéran de 1986 sort son va-tout : 20...Nxh3+!, un premier sacrifice de cavalier qui fissure le roque blanc, suivi de 21...Ng5 et surtout du second sacrifice, 24...Nxf3+!!, qui arrache la défense du roi blanc.
25.Kh1 Qxg3! (la dame s'invite à son tour, menaçant un mat immédiat) 26.Bxf7+ Kf8 27.fxg3 et c'est finalement la tour, restée patiemment postée en d2 depuis le 23ᵉ coup, qui porte le coup de grâce : 27...Rh2#. Stockfish confirme qu'après 24...Nxf3+, les noirs ont un mat forcé en cinq coups (#-5) — une position où les blancs étaient mieux quelques coups plus tôt se retrouve matée net, la signature d'une vraie combinaison et non d'un coup de chance.
En résumé
Changer uniquement l'horloge d'un 65C02 de 1986, sans toucher une ligne de code, suffit à faire gagner 351 Elo au Par Excellence et à le faire jouer, de façon mesurable et reproductible sur 257 parties, des combinaisons qui tiennent la route face à Stockfish. La pratique n'est pas neuve — les collectionneurs de dédiés poussent leurs 65C02 depuis longtemps jusqu'à 16 MHz et au-delà — mais elle manquait d'une mesure Elo rigoureuse : c'est ce que ce gauntlet apporte.
Sources
- Chess Programming Wiki — Par Excellence (processeur, programmeurs, cote USCF/SSDF d'origine)
- schach-computer.info — Fidelity Par Excellence (fiche technique du modèle 6083)
- schachcomputer.info — « Par Excellence 16 MHz – Super Constellation 18 MHz » (trace d'une partie de tournoi amateur entre dédiés accélérés)
