Laboratoire · émulation · octobre 2026
TASC ChessMachine : The King et Gideon redeviennent des moteurs
En 1992, une carte enfichable dans un PC devenait championne du monde des ordinateurs d’échecs à Madrid. Ses deux programmes, Gideon d’Ed Schröder et The King de Johan de Koning, jouent de nouveau, en UCI, sur leur processeur ARM d’origine émulé, à 14 et à 32 MHz.
Un ordinateur d’échecs dans le PC
La ChessMachine a été conçue par la société néerlandaise TASC, installée à Rotterdam. Elle se présente comme une courte carte ISA qui s’enfiche dans un PC. Le PC ne calcule rien : il affiche l’échiquier, gère la souris, les menus, les parties et le livre d’ouvertures. Le programme d’échecs, lui, est chargé depuis le disque dans la mémoire de la carte et tourne sur son propre processeur, un ARM2 de 32 bits. Les revues de l’époque parlaient d’un « ordinateur dans l’ordinateur » : un vieux PC XT jouait aussi fort qu’un PC récent.
La carte n’avait pas de ROM d’échecs. Une nouvelle version du programme arrivait sur disquette, et non par échange d’EPROM. Elle existait avec 128 Ko, 512 Ko ou 1 Mo de mémoire, et en plusieurs fréquences : 14 ou 16 MHz pour les versions courantes, 30 ou 32 MHz pour les plus rapides, plus rares. Les prix allaient de 798 à 1198 DM.
L’image en tête d’article montre le logiciel TASC d’origine (CM 3.1) sur un PC 486 émulé par MAME. En bas de l’écran, les lignes d’analyse envoyées par la carte : profondeur, évaluation, variante. C’est cet affichage qui a servi à vérifier l’émulateur du laboratoire.
Le fil de l’histoire
La Final ChessCard
La carte précédente de TASC, à processeur 65C02 à 5 MHz, faisait tourner Rebel d’Ed Schröder. La ChessMachine reprend l’idée avec un processeur RISC.
Gideon champion du monde des micro-ordinateurs
Au championnat du monde des micro-ordinateurs (WMCCC), Gideon termine premier avec 6 points sur 7, sur un ARM2. Il ne perd qu’une partie, à la dernière ronde, contre Mephisto X. The King, de Johan de Koning, est 4e ex æquo avec 5 points, après avoir battu Mephisto. Quinze programmes de sept pays participaient.
La même année, Dr John Nunn estime la ChessMachine entre 2470 et 2500 Elo en parties rapides (CSS 5/91).
Champion du monde toutes catégories
Au championnat du monde des ordinateurs d’échecs (WCCC), ouvert à toutes les machines, la ChessMachine avec Gideon, sur un ARM2 à 32 MHz, l’emporte avec 4,5 points sur 5 parmi 22 programmes. Zugzwang, qui calculait sur 1024 transputers, finit deuxième. Suivent Cumulus 2, puis Kasparov Sparc, le dernier tournoi de Dan et Kathe Spracklen, et Fritz 2.
Le 11 décembre 1992 sort Gideon 3.1, dite « Madrid ». C’est la version émulée ici ; elle équipe aussi le Mephisto RISC 2.
The King prend le relais
The King 2.20, du 23 avril 1993, est identique à celui de l’échiquier TASC R30. The King devient champion des Pays-Bas en 1991, 1993 et 1995. Le 3 décembre 1995 sort The King 2.54, la version émulée ici, qui s’annonce elle-même « The King 2.54 Dutch Champion ». Elle n’est pas identique à la version 2.5 du R30. De 1994 à 2019, le même moteur fera tourner la série Chessmaster, puis les Millennium The King.
Les quatre machines émulées
Les deux programmes sont les dernières versions publiées pour la carte. Ils sont pris tels quels dans le logiciel CM 3.1 de TASC, avec 512 Ko de mémoire. Pour situer leur force, la liste Wiki-Elo de schach-computer.info (décembre 2025) donne :
| Machine émulée | Programme · date | Processeur | CElo actif | CElo tournoi |
|---|---|---|---|---|
| The King 2.54 ChessMachine 14 MHz | Johan de Koning · 03/12/1995 | ARM2 14 MHz | 2333 | — |
| The King 2.54 ChessMachine 32 MHz | Johan de Koning · 03/12/1995 | ARM2 32 MHz | 2377 | — |
| Gideon 3.1 ChessMachine 14 MHz | Ed Schröder · 11/12/1992 | ARM2 14 MHz | 2246 | 2236 |
| Gideon 3.1 ChessMachine 32 MHz | Ed Schröder · 11/12/1992 | ARM2 32 MHz | 2387 | 2368 |
Dans la même liste, la ChessMachine à 32 MHz avec Gideon 3.1 est au-dessus des TASC R40 (2375) et R30 (2353), et du Mephisto Genius 68030 (2334). À 14 MHz, Gideon 3.1 vaut le Mephisto RISC 2 (2246), qui fait tourner le même programme, et le Saitek RISC 2500 (2243). Pour The King 2.54 à 14 MHz avec 1 Mo, le test BT-2630 donne 2261 en mode normal et 2314 en mode agressif.
Pourquoi pas QEMU
Le laboratoire préfère QEMU à MAME quand c’est possible. Ici, ça ne l’est pas. L’ARM2 de la carte fonctionne en adressage 26 bits : le compteur ordinal et les indicateurs du processeur partagent le même registre. QEMU n’émule les ARM qu’à partir de l’ARMv4, en mode 32 bits, et ne sait pas exécuter ce code.
Le laboratoire a donc écrit un émulateur propre à la carte, dans le même esprit que QEMU : rapide, sans écran, piloté directement par un relais UCI. Il comprend le processeur ARM2 complet, la mémoire et le port d’échange avec le PC. Le nombre de cycles de chaque instruction suit celui de MAME, de sorte qu’une seconde de réflexion émulée vaut une seconde de la vraie carte.
Comment la carte parle à Banksia
Le relais joue le rôle du pilote PC d’origine. Il charge le BIOS de la carte, pris dans le fichier CARDIO.DRV du logiciel TASC, puis le programme d’échecs. Il dialogue ensuite avec lui par le protocole d’origine : coups, position, temps de réflexion, lignes d’analyse. Il n’y a aucune lecture d’écran.
- La pendule. Comme sur la vraie carte, c’est le programme qui gère son temps. Le relais lui donne un temps visé et un temps maximum, et l’émulation est cadencée sur le temps réel. Chaque programme a sa façon d’utiliser ce temps : mesuré, The King en consomme 89 %, Gideon 73 %. Un facteur propre à chacun compense cet écart.
- Le livre d’ouvertures. Sur la ChessMachine, le livre n’est pas dans la carte : c’est le logiciel PC qui le joue. Son format n’est pas documenté et a été retrouvé : un arbre de coups, chacun avec une fréquence de 0 à 3 réglée dans l’éditeur de livre de TASC. Le relais joue
STANDARD.OBK, le livre de Cock de Gorter utilisé dans les tournois homme-machine AEGON, avec les mêmes fréquences. Les six livres de CM 3.1 se lisent sans un seul coup illégal. - Les nœuds par seconde. La carte n’envoyait pas de nombre de nœuds et le logiciel TASC n’en affichait pas. L’émulateur les compte : chaque entrée dans la routine de recherche du programme compte pour un nœud. Pour Gideon, c’est la routine qui fait avancer son propre compteur interne ; pour The King, ses deux fonctions de recherche.
Premières mesures
Sûreté de jeu
Dix-neuf parties de contrôle contre Stockfish, à cadence fixe ou à la pendule, n’ont donné aucun coup illégal et aucun temps dépassé. Les roques, la prise en passant, les promotions et les sous-promotions sont reconnus.
Trente positions à coup unique
Trente positions tirées de parties, où un seul coup est nettement meilleur selon Stockfish, ont été soumises aux programmes avec 5 secondes par coup :
| Programme | 14 MHz | 32 MHz |
|---|---|---|
| The King 2.54 | 28 / 30 | 29 / 30 |
| Gideon 3.1 | 27 / 30 | 28 / 30 |
Ces positions sont trop faciles pour départager les fréquences. Elles servent ici de contrôle : les programmes trouvent bien les coups qu’ils doivent trouver.
Vitesse et profondeur
Dans une finale de pions, en 3 secondes, Gideon 3.1 calcule 5 111 nœuds par seconde à 14 MHz et 11 731 à 32 MHz. The King 2.54 en calcule 3 437 et 7 853. En milieu de partie, c’est environ 1 700 nœuds par seconde pour Gideon et 1 250 pour The King, à 14 MHz. Le rapport entre 32 et 14 MHz est de 2,3, celui des fréquences. Les deux programmes ne comptent pas exactement de la même façon : on compare un programme à lui-même, pas l’un à l’autre.
Profondeur atteinte par Gideon 3.1 en 10 secondes sur trois positions, de la carte d’origine à 14 MHz jusqu’à 400 MHz. Multiplier la fréquence par 28 rapporte trois demi-coups en ouverture et en milieu de partie, six en finale.
Gideon accéléré
Comme pour les machines dédiées de CB-Emu, Gideon existe aussi en version accélérée. La méthode est la même : on mesure la fréquence maximale que le PC tient avec huit émulations en parallèle, sur neuf tours de 60 secondes, et on en garde une part. La règle des 80 % donnait 89 MHz sur le Ryzen 9 7950X3D ; la version retenue tourne à 100 MHz et s’annonce « Gideon 3.1 ChessMachine 100 MHz ». Elle analyse en continu, et le relais l’arrête à 95 % du temps moyen permis par la pendule.
Sur la machine de développement, Gideon est resté correct jusqu’à 400 MHz : 28 sur 30 aux positions à coup unique, comme à 32 MHz.
À suivre
Les gauntlets des quatre ChessMachine et de Gideon à 100 MHz donneront leurs cotes sur l’échelle du laboratoire. On saura alors si l’émulation retrouve l’ordre de la liste Wiki-Elo, et si l’écart entre 14 et 32 MHz est vraiment trois fois plus grand pour Gideon que pour The King. The King 2.54 rejoindra aussi la comparaison des machines « King » commencée avec le Saitek RISC 2500 à 400 MHz.
Sources
- Tasc ChessMachine, schach-computer.info : modèles, prix, dates des versions, BT-2630, revues CSS 3/91, 5/91 et 1/93.
- Wiki-Elo-Liste, schach-computer.info, état de décembre 2025.
- WCCC 1992 et WMCCC 1991, Chess Programming Wiki.
- Gideon, The King et ChessMachine, Chess Programming Wiki.
- Tasc B. V., spacious-mind.com : versions et modèles.
- Logiciel TASC CM 3.1 : chaînes d’identification des programmes, fichiers
CARDIO.DRVetOPENINGS\*.OBK.
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