HIARCS – Mark Uniacke
Anthologie complète de HIARCS
I. Mark Uniacke : portrait d’un champion du monde à temps partiel
Il y a quelque chose de résolument britannique dans l’histoire de HIARCS. Pas la grandeur tonitruante d’une institution, pas la puissance froide d’une entreprise américaine ni l’ingéniosité mercantile d’une équipe allemande. Non — une chambre d’adolescent dans le Hertfordshire, un PDP-11 accessible par télétype, et un garçon de 15 ans qui trouve un nom pour son programme pendant un cours de physique auquel il ne prête pas attention.
Enfant, Mark Uniacke est un fort joueur d’échecs junior et remporte plusieurs titres, dont les championnats du comté de Hertfordshire des moins de 12 ans et des moins de 13 ans. Il est donc des deux côtés de l’échiquier — joueur et programmeur — ce qui lui donne d’emblée une sensibilité particulière pour ce que veut dire “comprendre” les échecs plutôt que simplement les calculer.
Pour Noël 1978, son père lui offre un Chess Challenger 10. C’était la version ‘A’, celle qui ne roque presque jamais. La publicité promettait qu’il jouerait comme un expert ou un grand-maître. Mark le bat partie après partie. Déçu ? Oui. Mais accroché à l’idée ? Totalement.
La déception du Chess Challenger 10 est fondatrice. Uniacke ne se dit pas “je suis fort” — il se dit “la machine est trop faible”. Cette différence de cadrage va tout déterminer : il trouve dans la librairie Foyles de Charing Cross Road le livre Chess Skill in Man and Machine, qui aura une grande influence sur son avenir. Il le dévore comme si sa vie en dépendait.
Ce livre — anthologie académique des premiers travaux sur l’intelligence artificielle appliquée aux échecs, avec des contributions de Shannon, Turing, Newell, Simon — devient sa bible. Il y a là-dedans un article particulier, signé Larry Harris de Dartmouth, sur la “recherche heuristique” comme alternative à l’algorithme alpha-bêta classique. Cet article va structurer l’architecture entière de HIARCS pendant les décennies suivantes.
Mark Uniacke est un informaticien britannique, auteur de HIARCS, disponible pour Pocket PC, Palm, Apple iPhone et iPod Touch, PDAs, PC et Macintosh. Ce que cette description plate ne dit pas : il le développe en grande partie seul, en dehors de son temps de travail, pendant une décennie et demie. HIARCS 10 est la première version développée à plein temps — il avait été licencié de son emploi dans les télécoms en 2003. Avant cette date, tout ce palmarès mondial a été accompli par un homme qui rentrait le soir, mangeait, et programmait.
II. La naissance de HIARCS : un cours de physique, quatre amis, et un acronyme parfait (1979–1981)
En septembre 1979, Mark commence son cours d’informatique. Son école est l’une des premières écoles polyvalentes du comté à proposer cette matière. Ils ont accès à un microordinateur “Research Machines 380Z” et à un PDP-11 via télétype. On leur apprend les vrais fondamentaux : la mémoire à tores de ferrite, le langage assembleur, la programmation BASIC — tout ce qui fait briller les yeux d’un gamin fasciné par les ordinateurs.
Son premier projet, avant même le projet officiel de classe : écrire un programme capable de jouer et gagner la finale Roi et Tour contre Roi. Il l’appelle UCT — Uniacke’s Chess Technique. Il peut occasionnellement livrer mat, mais a aussi l’habitude de déplacer la Tour hors de l’échiquier.
L’épisode de la Tour sortant du plateau est délicieux. Ce n’est pas un bug anecdotique — c’est la preuve qu’Uniacke apprend sur le tas, sans filet, à 14 ans. Et ça forge quelque chose.
La naissance du nom, pendant que M. Owen parle
Pour son projet de diplôme, il choisit d’écrire un vrai programme d’échecs. Il lui faut un nom. Il est assis dans la salle de physique lors d’un cours d’informatique avec ses amis Robert Golden, Timothy Johnson et Winston Menzies, à réfléchir aux noms des ordinateurs d’échecs commerciaux — Auto Response Board, Chess System III, Intelligent Chess, Sargon 2.5 — plutôt que d’écouter le professeur M. Owen (qui était pourtant très bon), quand soudain c’est l’illumination : Higher Intelligence Auto Response Chess System — HIARCS ! Parfait, pense-t-il. Il ne reste plus qu’à l’écrire.
L’acronyme est remarquablement ambitieux pour un garçon de 15 ans. “Higher Intelligence.” Pas “fast computing.” Pas “deep search.” Intelligence supérieure. C’est un programme philosophique, pas seulement technique — et cette ambition ne le quittera jamais.
Le premier HIARCS (mars 1981) : 550 lignes de BASIC, et une vision
Le programme consiste en 550 lignes de BASIC et est finalement nommé HIARCS 3 (appelons-le 0.3 pour éviter la confusion avec les versions commerciales une décennie plus tard). Il est terminé le 20 mars 1981. Il tourne sur un PDP-11/70 basé à Hatfield Polytechnic et prend entre 5 et 30 secondes pour chaque coup.
La force : environ 1150 Elo — comparable au Chess Challenger 10 niveau 2 ou 3. Pas impressionnant en absolu. Mais c’est un début, et surtout, l’architecture est déjà distinctive.
La fonction d’évaluation est la suivante : N5(N6) = T2 – T3 + C4 – X7 + E6 – B3 + B4, où T2 est un bonus de développement, T3 des pénalités, C4 la mobilité des deux camps, X7 les échanges tactiques menacés, E6 le compte de matériel (pion=100, cavalier=335, fou=350, tour=500, dame=900), B3 les pénalités diverses, B4 les bonus divers.
Ce qui frappe : dès 1981, Uniacke intègre la mobilité et les échanges tactiques dans son évaluation statique, sans les calculer par recherche. C’est exactement l’idée de Larry Harris — évaluer intelligemment plutôt que chercher brutalement. À 15 ans, il a déjà sa philosophie.
Le projet est couronné de succès et lui vaut un A en Computer Studies à ses examens de fin de collège.
III. La philosophie fondatrice : être intelligent plutôt que rapide
Avant de raconter les titres et les tournois, il faut comprendre ce qui fait de HIARCS un programme unique dans son écosystème — et cette compréhension vient directement des origines.
La recherche heuristique comme acte de foi
Les premières versions de HIARCS sont écrites en BASIC interprété, ce qui les rend plutôt lentes. Pour compenser ce désavantage de vitesse, HIARCS s’appuie sur l’intelligence plutôt que sur la rapidité.
Cette contrainte initiale devient une vertu. Incapable de battre les programmes brute-force par la vitesse, Uniacke développe des heuristiques de plus en plus fines pour guider la recherche vers les coups pertinents. C’est exactement la démarche de Larry Harris qu’il avait lue à 14 ans dans la librairie de Charing Cross Road.
La “tapered search” : l’originalité algorithmique de HIARCS
HIARCS recherche environ un ordre de grandeur de moins de positions par seconde que la plupart de ses concurrents — en moyenne environ 18 000 nœuds par seconde. Cependant, il compense cet apparent désavantage par une recherche intelligente et une évaluation précise. HIARCS utilise de nombreuses heuristiques d’extension de recherche sélective pour guider la recherche et intègre une “tapered search” sophistiquée pour résoudre les incertitudes tactiques tout en trouvant des lignes positionnellement bénéfiques.
La “tapered search” — ou recherche étagée — est l’innovation centrale de HIARCS. L’idée : ne pas traiter uniformément toutes les profondeurs de recherche, mais adapter la sélectivité selon la profondeur. En surface, on cherche large; en profondeur, on se concentre. Les incertitudes tactiques sont résolues par extension; les lignes positionnellement claires sont élagées rapidement.
Le style “humain” comme objectif déclaré
En 2011, Mark Uniacke déclare dans une interview vidéo que l’une de ses priorités actuelles est d’améliorer HIARCS pour qu’il joue de façon plus “semblable à l’humain” à différentes forces Elo.
C’est là que HIARCS diverge radicalement de toute la philosophie de ses contemporains. Shredder optimise sa précision positionnelle. Junior optimise ses sacrifices. Les moteurs brute-force de l’époque optimisent leur profondeur. HIARCS, lui, veut jouer comme un humain de bon niveau — attaquer, créer de la tension, jouer des positions à double tranchant. HIARCS est célèbre pour son style de jeu humain unique, renommé pour ses échecs d’attaque tranchants et sa capacité à trouver le coup ou la variation inattendue si utile pour chercher des nouveautés et de nouvelles possibilités.
IV. Les échiquiers dédiés : HIARCS sur la Phoenix Revelation (2006–2013)
Contrairement à Rebel/Gideon, HIARCS n’a pas eu une décennie entière d’échiquiers Mephisto. Mais son rapport avec le monde du matériel dédié n’est pas inexistant — il est simplement concentré dans la période moderne, avec l’un des objets les plus fascinants que le monde des échecs informatiques ait jamais produit.
La Phoenix Revelation : un chef-d’œuvre néerlandais
La Revelation est un système d’échiquier dédié de Phoenix Chess Systems, développé par son fondateur Ruud Martin. Alors qu’un prototype est présenté en 2006, la Revelation est d’abord livrée en juin 2008.
La Revelation est l’opposé du Mephisto des années 80. Là où les modules Mephisto étaient des objets industriels dans un plateau en bois satiné, la Revelation est un objet de collection pour audiophiles des échecs — un plateau électronique de haute gamme avec une carte XScale PXA255 32 bits à 500 MHz avec 32 Mo de RAM, et des moteurs en mémoire flash non-volatile. Un panneau à six boutons et OLED réalise une interface graphique pilotée par menus. Une connexion Bluetooth sans fil permet les mises à jour.
L’idée est ambitieuse : faire tourner de vrais grands moteurs d’échecs dans un objet d’une beauté artisanale, sur un plateau à pièces magnétiques. Et le moteur de référence choisi pour la Revelation ? HIARCS.
HIARCS 13.3 est publié sur la Phoenix Revelation, l’échiquier dédié de Phoenix Chess Systems. C’est une combinaison qui parle d’elle-même : le programme qui se targue de jouer humain, dans une machine qui ressemble à un objet humain. La Revelation II, livrée à partir de décembre 2013, est une version successeur développée en coopération avec Digital Game Technology (DGT), avec un processeur XScale PXA320 à 800 MHz avec 128 Mo de RAM et 1 Go de mémoire flash, et la technologie DGT de reconnaissance des pièces.
Le nœud Uniacke-Martin-DGT est l’un des partenariats les plus élégants de la fin de l’ère des moteurs classiques : un programmeur britannique qui veut jouer humain, un entrepreneur néerlandais qui veut fabriquer de beaux objets, et une technologie de plateau qui reconnaît les pièces en temps réel.
V. Les premières compétitions et titres (1989–1993)
Computer Olympiade 1989 : les débuts compétitifs
HIARCS réécrit en C concourt bientôt dans des tournois d’échecs informatiques : en 1989, à la 1ère Computer Olympiade, et au WMCCC 1991 de Vancouver.
La réécriture en C à la fin des années 80 est le pivot technique. Bye bye le BASIC interprété — place à un programme compilé, portable sur n’importe quelle plateforme, capable de calculer plusieurs ordres de grandeur plus vite. La philosophie reste identique; l’exécution devient possible.
WMCCC 1991 Vancouver : champion amateur du monde
En 1991, HIARCS remporte le titre de Champion du Monde Amateur des Microordinateurs au 11ème Championnat du Monde des Microordinateurs (WMCCC) à Vancouver.
C’est le premier titre mondial. La catégorie “amateur” distingue les participants commerciaux des programmes universitaires, mais la victoire est réelle et documentée. Uniacke n’est pas dans la salle — il programme depuis son bureau londonien. C’est Harvey Williamson, son collaborateur de longue date, qui opérera souvent HIARCS dans les compétitions au fil des années.
Computer Olympiade 1992 et WMCCC 1993 Munich : la confirmation
En 1992, HIARCS remporte la médaille d’or à la 4ème Computer Olympiade. En 1993, il remporte le Championnat du Monde des Microordinateurs à Munich.
Le WMCCC 1993 de Munich est particulièrement mémorable. Il y a une photo devenue iconique : la finale du WMCCC 1993 en playoff opposant Wundermaschine à HIARCS, avec Richard Lang, David Levy, le père de Mark et Mark lui-même qui observent. Quatre générations du jeu d’échecs informatique — Lang (Mephisto/Chess Genius), Levy (pionnier des paris sur les machines), un père fier, et un fils de 28 ans — autour d’un plateau.
La séquence 1991-1992-1993 — champion du monde amateur, médaille d’or olympiade, champion du monde — est une domination remarquable pour un programme développé en dehors des heures de bureau.
VI. HIARCS face aux champions humains (1997–2003)
HIARCS 6 et la première IM battue en condition de tournoi (1997)
En avril 1997, HIARCS 6.0 devient le premier programme PC de l’histoire à remporter un match disputé à cadence de tournoi contre un Maître International FIDE.
Le Maître International en question est Deen Hergott, IM canadien. HIARCS 6.0 bat l’IM Deen Hergott 4-2 dans un match à cadence longue, à Ottawa, Canada. C’est une première historique. Jusque-là, les programmes avaient battu des humains en blitz ou en cadence rapide, mais jamais avec le temps de réflexion complet d’un tournoi sérieux. Hergott a des heures pour réfléchir. HIARCS le bat quand même.
La même année, HIARCS 6.0 remporte l’Open de Godesberg devant des Grands Maîtres et des Maîtres Internationaux. Un open humain. Avec de vrais grands-maîtres. HIARCS les devance au classement.
Mais il y a plus marquant encore cette année-là. Garry Kasparov, en préparation pour son match retour contre Deep Blue 2, cherche des outils d’analyse. Kasparov demande spécifiquement une version expérimentale HIARCS 6.X pour sa préparation au match contre Deep Blue 2.
Et après le match, à New York en mai 1997, Kasparov fait une déclaration qui entrera dans l’histoire du jeu d’échecs informatique.
“HIARCS est bien meilleur positionnellement que Deep Blue”
Vers la fin de son match contre Deep Blue 2, Garry Kasparov déclare : “HIARCS est bien meilleur positionnellement que Deep Blue.”
La phrase est stupéfiante. Kasparov vient de perdre son match contre une machine à 50 millions de dollars construite par IBM avec une équipe de chercheurs. Et il dit que HIARCS — un programme développé par un ingénieur télécoms londonien seul à ses heures perdues, tournant sur un PC du commerce — joue un meilleur échecs positionnel.
Ce n’est pas de la flatterie marketing. C’est un jugement technique d’un des meilleurs joueurs de l’histoire sur la qualité de deux approches radicalement différentes. Deep Blue bat Kasparov parce qu’il calcule 200 millions de positions par seconde et qu’IBM a blindé ses ouvertures avec les meilleurs secondants du monde. HIARCS joue “mieux” — dans le sens d’un jeu positionnel plus cohérent, plus humain, plus compréhensible.
HIARCS 6 est utilisé extensivement par Garry Kasparov dans ses préparations pour Deep Blue. C’est le champion du monde en titre qui choisit lui-même son outil d’analyse, et il choisit HIARCS. Une photo prise lors de la présentation d’un livre d’ouvertures montre Mark Uniacke à droite, Harvey Williamson au centre, et Vishy Anand à gauche — utilisateur de HIARCS, champion du monde d’échecs.
HIARCS 3 à l’AEGON 1996 : la performance de la décennie
Le tournoi AEGON de La Haye est une institution particulière : chaque année, des programmes d’échecs affrontent des joueurs humains dans un format mixte. HIARCS 3 est le programme le mieux placé de toute l’histoire du tournoi AEGON, avec un Elo de performance de 2631.
2631 Elo de performance — soit le niveau d’un fort grand-maître — pour un programme sur PC standard. C’est l’un des premiers signaux que les moteurs commerciaux commencent à vraiment inquiéter les humains dans des conditions normales de jeu.
Le match Bareev 2003 : nulle historique contre le 8ème mondial
En janvier 2003, HIARCS dispute un match de 4 parties contre le Grand Maître Evgeny Bareev, à l’époque numéro 8 mondial. Les quatre parties se terminent nulles, résultant en un match nul.
Bareev, à son apogée, tourne autour des 2720 Elo FIDE. HIARCS X — la version utilisée en compétition, fonctionnant sur un seul PC à 2 GHz — tient la nulle. HIARCS 8 Bareev fait match nul avec le super-GM Evgeny Bareev à cadence de tournoi sur un seul PC à 2 GHz. Ce résultat est logique avec la déclaration de Kasparov : HIARCS joue positionnel, solide, et contre un adversaire de ce calibre qui joue lui aussi positionnel et solide, ça donne des parties tendues, longues, et finalement nulles.
VII. L’ère handheld : le programme de poche qui bat des grands-maîtres (2004–2009)
C’est peut-être l’aspect le plus extraordinaire de l’histoire de HIARCS. Alors que tous les moteurs sérieux se concentrent sur les PC de bureau de plus en plus puissants, Uniacke développe en parallèle des versions pour Palm OS, Pocket PC, et plus tard iPhone. Et ces versions, sur des appareils de poche à des fréquences dérisoires, commencent à battre des grands-maîtres.
Palm HIARCS vs Jan Gustafsson : 2809 Elo de performance sur Palm
Palm HIARCS 9.5a bat le GM Jan Gustafsson 3-1 dans un match sur internet, atteignant un Elo de performance de 2809.
Gustafsson est un grand-maître allemand sérieux. Le battre 3-1 depuis un Palm T3/T5 à 400 MHz est une démonstration qui fait le tour des forums spécialisés. La réaction universelle : ce n’est pas possible. Si, c’est possible.
GM Volkov, GM Bobras : les victoires s’accumulent
Palm HIARCS bat le GM Sergey Volkov 3-1 et le GM Piotr Bobras 3-1 dans deux matchs de 4 parties. Volkov et Bobras sont tous deux des grands-maîtres de rang international correct, aux alentours des 2600 Elo. Les battre 3-1 depuis un Palm PDA n’est pas de la chance. C’est de la systématisation.
L’exploit de 2009 : un téléphone bat des grands-maîtres à 2938 Elo de performance
L’événement le plus spectaculaire de toute l’histoire de HIARCS n’est pas un titre de championnat du monde. C’est une semaine d’été à Buenos Aires.
HIARCS sur Pocket PC remporte la Copa Mercosur 2009 à Buenos Aires, devant des Grands Maîtres, avec un score phénoménal de 9,5/10. C’est un Elo de performance de 2938 — le meilleur Elo de performance jamais atteint par un appareil portable dans l’histoire, et supérieur au pic Elo de Garry Kasparov !
Relisons les chiffres : 9 victoires et 1 nulle. Performance de 2938 Elo. Sur un téléphone HTC Touch HD. Calculant environ 20 000 nœuds par seconde.
Il cherche environ 20 000 nœuds par seconde, bien moins que sur un ordinateur de bureau ordinaire.
Pour situer : un PC standard de 2009 calcule 2 à 5 millions de positions par seconde. Le téléphone calcule 20 000 — soit 100 à 250 fois moins. Et pourtant, il bat des grands-maîtres en conditions normales de tournoi, avec une performance de quasi-2900 Elo.
Le pic Elo de Kasparov est de 2851 (1999). HIARCS sur téléphone fait mieux, la semaine de la Copa Mercosur 2009. Ce n’est pas de la magie — c’est la démonstration ultime que la qualité algorithmique peut compenser massivement la puissance brute.
HIARCS pour Palm devient le premier ordinateur portable de l’histoire à remporter un tournoi de GM quand il gagne le 2ème Congress Pichay Invitational aux Philippines, battant le super-GM Mark Paragua. Un téléphone qui bat un super-grand-maître dans un tournoi officiel. L’histoire du jeu d’échecs informatique a peu d’équivalents.
VIII. Le titre WCCC 2008 : une victoire par procuration, une victoire quand même
L’histoire du titre WCCC 2008 de HIARCS est entourée d’une controverse qu’Uniacke n’a pas cherchée.
Beijing 2008 : HIARCS est deuxième… puis premier
HIARCS est le meilleur programme mono-ordinateur et champion du monde d’échecs informatique au 16ème Championnat du Monde d’Échecs Informatique à Pékin, Chine.
La réalité est plus complexe. Au WCCC 2008 de Pékin, Rybka l’emporte dans l’immédiat. Mais des années plus tard, l’ICGA ouvre une enquête approfondie sur Rybka, accusée par plusieurs programmeurs de s’être approprié illégalement le code de Fruit 2.1 et d’autres programmes open-source. Après la disqualification de Rybka en juin 2011, HIARCS est classé premier au WCCC 2008.
C’est un titre rétroactif, et Uniacke le sait. Sur son site, la formulation est soigneusement précise : “champion du monde au WCCC 2008” sans ambiguïté sur la date de décision. Ce n’est pas la victoire sportive en temps réel que tout programmeur souhaite. Mais c’est la reconnaissance officielle de l’ICGA, et elle compte.
La disqualification de Rybka est l’un des épisodes les plus importants — et les plus tristes — de l’histoire récente du jeu d’échecs informatique. Elle prive aussi Rybka de son statut de programme le plus fort de l’époque, et force à reclasser l’histoire de ces années-là.
WCSC 2011 Tilburg et WCSC 2013 Yokohama : deux titres propres
HIARCS est deux fois Champion du Monde du Logiciel d’Échecs, remportant le WCSC 2011 à Tilburg et le WCSC 2013 à Yokohama.
Ces deux titres-là sont sans ambiguïté. Le World Chess Software Championship est organisé par l’ICGA pour les programmes commerciaux disponibles publiquement — c’est la compétition la plus transparente et la plus proche du monde réel. HIARCS la remporte deux fois consécutives, confirmant que son moteur est, au moins pour les logiciels commerciaux grand public, parmi les tout meilleurs.
IX. L’équipe HIARCS : Uniacke, Williamson, Hallsworth
HIARCS n’est pas qu’un homme seul. C’est une équipe de trois.
Mark Uniacke : le moteur, le code, l’âme. Tout ce qui calcule vient de lui.
Harvey Williamson : le compagnon de route, le représentant sur le terrain. Harvey Williamson opère régulièrement HIARCS dans les tournois d’échecs informatiques. C’est lui qui est dans la salle à Tilburg, à Yokohama, à Paderborn. Son rôle : co-auteur du livre d’ouvertures, opérateur en compétition, et voix publique de l’équipe sur les forums. Sa signature sur les posts de victoire — “World Computer Chess Championship 2008 HIARCS wins !” — est un morceau de la culture de la communauté.
Eric Hallsworth : le premier maître du livre d’ouvertures. Les auteurs du livre d’ouvertures de HIARCS au fil du temps ont été Eric Hallsworth, Sebastian Böhme et Harvey Williamson. Hallsworth signe aussi des articles dans Selective Search sur HIARCS, contribuant à documenter l’histoire du programme pour la postérité.
Le livre d’ouvertures HIARCS 13 est écrit par Mark Uniacke lui-même, avec le soutien du Maître International de correspondance Harvey Williamson et de l’expert en jeu d’échecs informatique Eric Hallsworth.
C’est une équipe de bénévoles passionnés. Pas de budget d’entreprise, pas de contrat de recherche universitaire. Des gens qui aiment HIARCS et lui donnent leur temps.
X. Les partenariats commerciaux : ChessBase, Applied Computer Concepts, Chess Explorer
L’histoire commerciale de HIARCS traverse plusieurs maisons.
Applied Computer Concepts (1991–1995)
Les premières versions commerciales — HIARCS 1.0 à HIARCS 5 — sont distribuées par Applied Computer Concepts, distributeur spécialisé en logiciels d’échecs. C’est une petite structure, mais elle permet à HIARCS d’exister dans les catalogues spécialisés.
ChessBase (1996–2012)
En 1996, HIARCS 4.0 devient la première version commercialisée par ChessBase, vendue dans l’interface GUI de Fritz.
Ce partenariat dure seize ans. Pendant toute cette période, HIARCS est accessible via les boîtes ChessBase, aux côtés de Fritz, Shredder et Rybka. HIARCS 12.1 et 13 sont les moteurs de Pocket Fritz par ChessBase. C’est la version mobile de ChessBase qui utilise HIARCS pour sa puissance et sa portabilité.
HIARCS Chess Explorer (2012–présent)
Depuis la version 14, publiée en août 2012, HIARCS est vendu avec sa propre interface graphique Chess Explorer, disponible sur Mac OS X et Windows.
C’est une déclaration d’indépendance. Uniacke crée son propre environnement, complet, maîtrisé de bout en bout. John Saunders, rédacteur en chef de Chess Magazine pendant de nombreuses années, déclare : “Je préfère utiliser HIARCS Chess Explorer à ChessBase.” C’est un compliment extraordinaire venant de quelqu’un qui connaît les deux outils en profondeur.
XI. Évolution des versions et classements
| Version | Année | Événement clé | Elo estimé |
|---|---|---|---|
| HIARCS 0.3 (BASIC) | 1981 | Projet scolaire, PDP-11 | ~1150 |
| HIARCS 1.0 (C, MS-DOS) | 1991 | WMCCC Vancouver | ~1800-2000 |
| HIARCS 2.0/2.1 | 1992-1993 | Computer Olympiade 92, WMCCC Munich | 2140 (486/66MHz) |
| HIARCS 3.0 | 1994 | AEGON 1996 : 2631 perf. | 2275 (Pentium/90MHz) |
| HIARCS 4.0 | 1996 | 1ère version ChessBase | 2320 (P/133MHz) |
| HIARCS 6.0 | 1997 | Utilisée par Kasparov, bat IM Hergott 4-2, n°1 SSDF | 2430 (PPro/200MHz) |
| HIARCS 7.0 | 1998 | N°1 SSDF et n°1 Selective Search | ~2500-2550 |
| HIARCS 9.0 | 2003 | Version match Bareev | ~2650 |
| HIARCS 10.0 | 2005 | 1ère version temps plein, +160 Elo vs H9 | ~2700+ |
| HIARCS 12 (X) | 2007-2008 | WCCC Beijing 2008, Palm SSDF 2706 | Deep : 3018 SSDF |
| HIARCS 13 | 2010-2011 | Copa Mercosur 2938 perf., WCSC Tilburg 2011 | ~2900-2950 |
| HIARCS 14 | 2012-2013 | WCSC Yokohama 2013, Chess Explorer | ~3050 |
| HIARCS 15 | 2016-2022 | +250 Elo vs H14, plus grande progression | Deep : 3400 |
Quelques chiffres parlants
- HIARCS 6.0 : 71 Elo d’avance sur la liste SSDF au moment de sa publication — la plus grande avance jamais constatée sur cette liste à cette époque.
- HIARCS 10 : la plus grande progression de force de jeu en 12 ans, première version développée à plein temps.
- HIARCS 15 : la plus grande progression Elo jamais enregistrée pour HIARCS — 250 Elo — atteignant une estimation de 3250 Elo sur processeur à 1,2 GHz et 3400 Elo en Deep.
XII. Anecdotes et faits marquants
🏫 Un A en Computer Studies : Le premier HIARCS en 550 lignes de BASIC, développé comme projet d’examen à 15 ans, obtient la meilleure note. L’élève qui préférait chercher un nom de programme que d’écouter M. Owen finit champion du monde. M. Owen avait visiblement tort d’être attentif à ses propres cours.
📚 La librairie Foyles de Charing Cross Road : Tout part de ce livre trouvé en librairie à 14 ans — Chess Skill in Man and Machine — et de l’article de Larry Harris sur la recherche heuristique. Un adolescent lit un article académique et décide que c’est ça, l’avenir. Trente ans plus tard, il a gagné des championnats du monde.
♟ “HIARCS est bien meilleur positionnellement que Deep Blue” : La phrase de Kasparov reste la citation la plus remarquable de toute l’histoire de HIARCS. Dite par le meilleur joueur du monde, sur le programme avec lequel il se préparait pour son match, au moment où Deep Blue venait de le battre. La concision de cette phrase dit tout sur deux philosophies opposées de l’intelligence artificielle.
📱 2938 Elo sur un téléphone : La performance de la Copa Mercosur 2009 dépasse le pic Elo de Kasparov (2851). Sur un HTC Touch HD calculant 20 000 nœuds par seconde — soit 100 fois moins qu’un PC standard. C’est l’équivalent de battre Usain Bolt dans une course à pied en portant des chaussures de ville.
💼 Licencié et libéré : En 2003, Uniacke est licencié de son emploi dans les télécoms. Sa réponse : faire de HIARCS son emploi à plein temps. HIARCS 10 représente la plus grande progression de force de jeu en 12 ans — c’est la première version développée à plein temps. La pire journée professionnelle de sa vie produit le meilleur bond de son programme.
🔄 La Tour hors de l’échiquier : Le premier programme d’Uniacke en 1979 — le King Rook vs King — avait l’habitude de déplacer la Tour hors du plateau. En 2009, son programme bat des grands-maîtres sur un téléphone à 2938 Elo de performance. Le chemin parcouru en 30 ans est vertigineux.
🏆 La photo de Munich 1993 : Richard Lang, David Levy, le père d’Uniacke, et Mark lui-même, entourant le plateau lors du playoff de Munich. Quatre générations du jeu d’échecs informatique — le pionnier, le théoricien, le père, et le fils — réunies autour d’un titre mondial.
🎯 “Human-like play” comme projet de vie : En 2011, alors que tous les autres programmeurs cherchent à maximiser l’Elo brut, Uniacke déclare que sa priorité est de jouer de façon plus humaine. Ce n’est pas du marketing — c’est une vision philosophique cohérente depuis 1980, depuis l’article de Larry Harris qui disait que l’intelligence, pas la force brute, était la voie.
XIII. Héritage : l’intelligence contre la puissance
L’histoire de HIARCS est celle d’un programme qui n’a jamais voulu être le plus rapide. HIARCS recherche un ordre de grandeur de moins de positions par seconde que ses concurrents — et gagne quand même des championnats du monde.
Ce choix philosophique — articulé dès 1980 dans une salle de classe du Hertfordshire, nourri par la lecture d’un article académique de Larry Harris, confirmé décennie après décennie par des résultats réels — est peut-être ce qui fait de HIARCS le programme le plus cohérent de toute l’histoire du jeu d’échecs informatique.
Il y a chez Uniacke une intégrité rare : il n’a jamais trahi son acronyme. Higher Intelligence Auto Response Chess System. Le programme a toujours cherché à répondre avec intelligence. Les champions du monde humains qui l’ont choisi comme outil de préparation — Kasparov, Anand — ne s’y sont pas trompés.
Palmarès final
- 1 × Champion Amateur du Monde WMCCC (Vancouver 1991)
- 1 × Médaille d’or Computer Olympiade (1992, partagée)
- 1 × Champion du Monde WMCCC toutes catégories (Munich 1993)
- 1 × Champion du Monde WCCC (Beijing 2008, rétroactif après disqualification Rybka)
- 2 × Champion du Monde WCSC (Tilburg 2011, Yokohama 2013)
- N°1 liste SSDF (HIARCS 6.0, 1997 — 71 Elo d’avance)
- N°1 liste SSDF handheld (toutes périodes 2005-2015)
- Performance 2938 Elo sur téléphone portable (record historique absolu)
- Choisi par Kasparov pour préparer son match contre Deep Blue 2
- Choisi par Anand (champion du monde) comme programme d’analyse
- Développé sur temps libre pendant 23 ans, puis à plein temps depuis 2003
- Disponible sur toutes les plateformes de 1981 à aujourd’hui : PDP-11, Apple II, PC MS-DOS, Mac, Palm, Pocket PC, iPhone, Windows 11
Un programme nommé dans une salle de physique, par un garçon qui n’écoutait pas son professeur. Et qui, trente ans plus tard, a donné à Kasparov son outil d’analyse préféré.
