Laboratoire · programmes DOS · 1 503 parties
Chess Genius UCI
Les cinq Chess Genius de Richard Lang, la série DOS commencée en 1992, tournent dans leur version d’origine sur deux PC entièrement émulés — un 486DX à 33 MHz et un Pentium à 90 MHz — et jouent comme des moteurs UCI ordinaires. Dix gauntlets, 1 503 parties classées. Le résultat tient en une phrase : le matériel vaut trois fois plus que cinq années de développement.
Deux PC, le même programme
Chess Genius n’a jamais été un moteur UCI. C’est un programme DOS avec sa propre interface, son propre échiquier à l’écran et son propre clavier. Pour le faire jouer dans Banksia, un relais tape les coups au clavier émulé, lit l’échiquier et la ligne d’analyse à l’écran, et tient la pendule ; le détail de ce montage est dans l’article consacré aux programmes DOS.
Les deux PC sont émulés intégralement. Le 486DX à 33 MHz tourne sous MAME ; le Pentium à 90 MHz
tourne sous QEMU en mode -icount, où le temps vu par le programme est compté en
instructions exécutées puis converti en secondes d’un vrai Pentium 90, programme par programme. Aucun
des deux ne joue plus vite que sa fréquence : c’est le temps d’époque qui est respecté, pas le temps
réel du Ryzen qui héberge tout cela.
Chaque version affronte une échelle d’adversaires, dix parties contre chacun, en montant jusqu’à ce qu’elle s’effondre, puis le lot est complété à 150 parties. Les cotes données ici sont celles du classement maison, calculées par Ordo sur l’ensemble du PGN du laboratoire — pas sur le gauntlet seul.
Ce que coûte le matériel
Les cinq versions ont tourné sur les deux machines. L’écart est le même programme, le même livre d’ouvertures, la même cadence : seule la fréquence change.
Cotes Ordo du classement maison, après recalibration de l’échelle. Les cinq versions sont désormais mesurées sur les deux machines.
La moyenne des cinq écarts est de +189 points, entre +132 pour la version 5 et +233 pour la version 3. Trois mesures indépendantes disent la même chose :
| Manière de mesurer | Écart 486 → Pentium | Sur quoi |
|---|---|---|
| Cotes Ordo du classement | +189 | les 1 503 parties, ajustement global |
| Score contre les adversaires communs | +139 à +163 | versions 2, 3 et 4 ; 12 à 14 adversaires identiques, 150 parties de chaque côté |
| Duel direct, même programme | +209 | Genius 1 Pentium contre Genius 1 486DX : 10 sur 13 |
Le duel direct est le plus propre dans son principe et le moins solide dans ses chiffres : treize parties ne valent pas mieux que ±150 points. Les deux autres se recoupent autour de 150 à 190 points, et c’est la fourchette à retenir.
D’où vient le gain : deux demi-coups
Le relais lit la ligne d’analyse à l’écran à chaque coup. Sur environ 170 000 coups annoncés, la profondeur moyenne se mesure directement.
Profondeur moyenne lue dans la ligne d’analyse, en demi-coups, hors annonces de mat.
Le 486DX tient entre 5,7 et 6,2 demi-coups, le Pentium entre 7,9 et 8,1. Le gain est de deux demi-coups pleins, et au neuvième décile il passe de 8 ou 9 à 11. Deux demi-coups, pour un programme de cette génération, c’est l’ordre de grandeur de 150 à 200 points : les deux mesures sont cohérentes.
Sur le 486, Chess Genius consomme 13,5 à 13,7 secondes de pendule par coup. Sur le Pentium, seulement 7,5 à 8,3 — alors que ses adversaires en dépensent 15 des deux côtés. Ce n’est pas qu’il réfléchit moins : il réfléchit bien ses quinze secondes de Pentium 90, mais QEMU les produit en moins de temps réel, et c’est le temps réel que compte cutechess. Conséquence visible : une partie dure 29 à 34 minutes sur le 486 contre 23 à 25 sur le Pentium, et le Pentium laisse environ 300 secondes de pendule inutilisées par partie. Le quota de réflexion, lui, est respecté.
Ce que valent cinq générations
La question intéressante n’est pas celle du matériel, elle est connue. C’est celle-ci : entre Chess Genius 1 et Chess Genius 5, que Richard Lang a écrits à six ans d’intervalle, combien de points y a-t-il ?
| Version | 486DX 33 MHz | Pentium 90 MHz | Écart | Profondeur 486 |
|---|---|---|---|---|
| Chess Genius 1 | 2339 ±12 | 2533 ±16 | +194 | 6,20 |
| Chess Genius 2 | 2369 ±16 | 2552 ±16 | +183 | 6,05 |
| Chess Genius 3 | 2341 ±16 | 2574 ±16 | +233 | 6,01 |
| Chess Genius 4 | 2371 ±16 | 2575 ±16 | +204 | 5,85 |
| Chess Genius 5 | 2398 ±16 | 2530 ±16 | +132 | 5,74 |
Sur le 486DX, les cinq versions tiennent dans 60 points, et l’ordre n’est pas chronologique : la version 3 reste quasi à la cote de la version 1, et les versions 2 et 4 se tiennent en deux points. Seule la version 5 se détache, de 27 points sur la deuxième — moins que la marge d’erreur de deux mesures à 150 parties.
Les quatre gauntlets du Pentium ont affronté exactement les quatorze mêmes adversaires, 150 parties chacun. C’est une comparaison contrôlée, sans correction à faire :
| Version sur Pentium 90 | Score sur les 14 mêmes adversaires | Part |
|---|---|---|
| Chess Genius 1 | 94,0 / 150 | 62,7 % |
| Chess Genius 2 | 88,5 / 140 | 63,2 % |
| Chess Genius 3 | 96,5 / 150 | 64,3 % |
| Chess Genius 4 | 96,0 / 150 | 64,0 % |
Un point et demi de pourcentage sépare le premier du dernier, soit onze points Elo. L’incertitude d’un score sur 150 parties est de l’ordre de ±28 points. Les quatre versions sont donc indiscernables : cinq années de développement, et rien de mesurable à cette cadence.
Et la version la plus forte cherche le moins profond
C’est le détail qui éclaire le reste. Sur le 486DX, la profondeur moyenne baisse de version en version : 6,20 demi-coups pour la 1, puis 6,05, 6,01, 5,85, et 5,74 pour la 5 — qui est la mieux classée des cinq. Richard Lang n’a pas rendu son programme plus rapide : il l’a rendu plus sélectif et mieux informé, en échangeant de la largeur de recherche contre de la connaissance.
Une réserve : les cinq échelles ne sont pas identiques sur le 486, et la profondeur dépend des positions rencontrées. La tendance est nette et constante sur cinq mesures, mais ce n’est pas une expérience contrôlée, contrairement au tableau ci-dessus.
Ils ne disent pas que Chess Genius 5 ne vaut pas mieux que Chess Genius 1. Ils disent qu’à 60 coups en 15 minutes, sur un 486 ou un Pentium de 1994, la différence ne se voit pas en 150 parties. Les programmes de Richard Lang étaient conçus pour des cadences plus longues et du matériel plus rapide, et c’est là, peut-être, que les versions se séparent. Le laboratoire ne l’a pas encore mesuré.
Les cinq visages de Chess Genius
Chaque version a sa propre interface, et l’écran est exactement ce que le relais lit pour en tirer le coup, la profondeur, le score et la variante. Les images ci-dessous sont les captures du relais lui-même, pendant une réflexion, sur le Pentium 90 émulé. Les cinq captures sont prises dans la même position, après les dix-huit demi-coups qui sortent du livre : les cinq versions annoncent la même profondeur et des scores qui tiennent en six centièmes, mais chacune examine un coup différent au moment de la capture.
Searching: 10 b2-b3 (10/40) et Score: 0.69.
d4xc5, score 0.66.
A00 — Irregular Opening). Coup en cours d’examen : c3-a4, score 0.69.
f3-g5, score 0.63.
c3-d5, score 0.63. C’est cet écran qui sert d’image à la une.Neuf parties remarquables
Une partie remarquable tirée de neuf des dix gauntlets. Le critère est simple : l’écart de cote franchi, le renversement d’évaluation, et la lisibilité du plan. Les évaluations en style machine à écrire sont celles de Chess Genius lui-même, lues à l’écran coup par coup : elles disent ce que le programme croyait, pas ce qui était vrai.
Sur 486DX à 33 MHz
Chess Genius 1 sur 486DX · Richard Lang contre Richard Lang
Chess Genius 1 bat le Mephisto Genius 68030 London
Mephisto Genius 68030 London — Chess Genius 1 486DX 33 MHz
2339 contre 2363
Partie anglaise (A22) · 98 demi-coups · 19 min 43 s · 0-1
Le même auteur des deux côtés. Chess Genius 1 est le premier programme PC de Richard Lang, sorti en 1992 ; le Mephisto Genius 68030 London est sa machine dédiée, championne du monde, à 2363 au laboratoire. Le programme PC sur un 486 de bureau bat la machine de tournoi.
Rien ne se passe pendant dix-neuf coups : l’évaluation du Genius ne quitte pas
0.00. Puis 20...Bh3 pose le fou sur une case que le London ne peut pas prendre, et
23...f6 24...g5 prennent l’espace sans rien lâcher.
27...d5 ouvre le centre au moment où les pièces blanches sont les plus passives :
l’évaluation passe de +0.66 à +1.54. 28.Bxf5 Rxe2 donne la colonne e,
30.g4 Rxh3 prend un pion gratuit et y reste, et après 32.Qf1 Ree3 les deux tours noires
sont sur la troisième rangée.
La suite est un filet : 33...Reg3+ 34.Kf2 Rf3+ 35.Kg2 Rhg3+ 36.Kh2 Bc7 — les deux tours poussent le roi blanc dans une boîte et le fou vient fermer la dernière diagonale. Il faut donner la dame, 37.Qxf3 Rxf3+, et le Genius annonce le mat en quinze dès le quarante-troisième coup. Il le donne au quarante-neuvième, 49...Qf3#.
La partie entière
Chess Genius 2 sur 486DX · une tour pour un cavalier
Chess Genius 2 sacrifie l’échange au onzième coup
Chess Genius 2 486DX 33 MHz — Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHz
2369 contre 2440
Ruy Lopez, variante Berlinoise (C67) · 113 demi-coups · 26 min 16 s · 1-0
La Berlinoise, où les Noirs prennent en e4 et rendent la position très concrète tout de suite. Chess Genius 2 la traite comme une partie de 1870.
7.Nxd4 Bc5 8.Nxc6 Bxf2+ 9.Kf1 : le fou noir se pose en f2 avec échec et le Genius refuse de le prendre, parce que le reprendre coûterait la pièce gagnée en c6. Le roi attendra.
11.Rxe4+ est le coup de la partie : une tour pour un cavalier, et après dxe4 12.Qxe4+
Kf8 le roi noir a perdu le droit de rentrer. 13.Qb4+ Qd6 14.Qxd6+ cxd6 échange les dames
— un programme qui voit six demi-coups a tout intérêt à les échanger — et 15.Kxf2
ramène enfin le fou, et le Genius lit +1.27.
Ensuite les deux cavaliers mangent le flanc dame : 19.Bxb4, 21.Na3, 22.Nab5,
26.Nxd6, 31.Nxc8. 33.Rxa8 Rxa8 liquide les tours. Le pion c décide :
38.c5, 41.c6, 46.c7, et 48.Ne7 oblige Rxc7 49.Nxf5+ 50.Bxc7 :
+19.15. Mat annoncé en onze au cinquante et unième, donné au cinquante-septième.
La partie entière
Chess Genius 3 sur 486DX · la plus grosse surprise
Chess Genius 3 bat Stockfish 11
Chess Genius 3 486DX 33 MHz — Stockfish 11 68040 40 MHz
2341 contre 2546 — 205 points d’écart
Ruy Lopez, attaque Marshall (C89) · 119 demi-coups · 27 min 34 s · 1-0
C’est l’un des plus gros écarts franchis sur 486DX : 205 points. En face, Stockfish 11 compilé pour tourner « à nu » dans un 68040 à 40 MHz émulé sous MAME — un moteur de 2020 sur un processeur de 1990, qui annonce 8,5 demi-coups en moyenne, soit deux et demi de plus que le Genius.
La Marshall, d’abord, et elle ne rapporte rien aux Noirs : après
9.exd5 Nxd5 10.Nxe5 Nxe5 11.Rxe5 c6, Stockfish a bien le développement promis par la variante,
mais il est simplement un pion de moins et le Genius lit +1.15. Suit un plan que rien ne
détourne : simplifier. 15.Rxe8+, 22.Qxg4 — les dames quittent l’échiquier au
vingt-deuxième coup — 24.Bxg6+, 28.Rxe7, 31.Nb4 Bxb4 32.Bxb4. Chaque échange
retire à Stockfish une pièce de plus avec laquelle compliquer.
33.d5 cxd5 34.cxd5 crée le pion passe, et 35.d6 le pousse si loin que les Noirs doivent aller
le chercher avec le roi : 35...Kf7 36.f3 Ke6 37.Bc3 Kxd6. Le pion tombe, mais 38.Bxf6 gxf6
laisse exactement ce que le Genius voulait : un finale de pions purs, cinq contre cinq, et une
évaluation de +0.63 seulement. C’est là que la partie se joue.
40.fxg4 fxg4 41.Ke3, et l’évaluation saute à +2.30 ; 43.Kxg4, elle passe
à +6.03. Le roi blanc mange sur la colonne g pendant que le roi noir n’a aucune case
d’entrée. 45.h4 a4 46.bxa4 bxa4 47.a3 ferme le flanc dame, et le pion h part seul :
51.h7, 52.h8=Q. Les Noirs promeuvent en cavalier par désespoir (57...a1=N). Mat au
soixantième.
Ce que cela dit du matériel : à cette cadence, Stockfish 11 sur 68040 voit huit demi-coups et demi. Un finale à cinq pions contre cinq demande davantage, ou bien de la connaissance de finale dans l’évaluation. Chess Genius 3 en a, Stockfish la remplace d’habitude par de la profondeur — et ici il n’en a pas.
La partie entière
Chess Genius 4 sur 486DX · le sacrifice que Stockfish n’aurait pas dû faire
Chess Genius 4 encaisse un cavalier et ne lâche plus rien
Stockfish 11 68040 40 MHz — Chess Genius 4 486DX 33 MHz
2371 contre 2546 — 175 points d’écart
Ruy Lopez, système anti-Marshall (C88) · 148 demi-coups · 38 min 57 s · 0-1
Même adversaire, même écart, histoire inverse : ici c’est Stockfish qui attaque, et c’est précisément ce qui le perd.
8.Bd5 Nxd5 9.exd5 Nb4 : Stockfish rend la paire de fous pour un peu
d’espace. Puis 12.dxe5 dxe5 13.Nxe5 fxe5 14.Qh5+ — un cavalier pour une attaque qui
n’existe pas. L’évaluation du Genius passe de +1.03 à +1.81 dans la foulée, et
pendant les soixante coups qui suivent elle ne redescendra jamais sous +1.18.
Stockfish fait ce qu’il peut : il échange pour réduire. 21.Qh5+ Kg8 22.Nxf6+ gxf6 23.Rxe5 fxe5
24.Bxd8 Nf4 25.Qg4+ Qg6 26.Qxg6+ hxg6 : les dames partent au vingt-sixième, les rois sont nus,
et il manque toujours une pièce. Le reste est de la technique sans faute : 38...e4,
39...e3, 40...exf2, 41...Rxg3 pour ouvrir une colonne ; 50...bxc4 51.bxc4
Nxc4 pour liquider le flanc dame ; 64...Rb3+ et l’évaluation bondit à +6.15.
Mat au soixante-quatorzième, 74...Ra6#.
Soixante coups de conversion sans une seule imprécision assez grande pour faire reculer l’évaluation : pour un programme qui ne voit que six demi-coups, c’est le vrai exploit de cette partie.
La partie entière
Chess Genius 5 sur 486DX · la plus spectaculaire
Chess Genius 5 était perdu, et gagne en quatre coups
Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHz — Chess Genius 5 486DX 33 MHz
2398 contre 2440
Défense Philidor (C41) · 108 demi-coups · 24 min 37 s · 0-1
En face, la machine dédiée la plus forte du laboratoire : un Saitek RISC 2500 dont le processeur ARM de 14 MHz est poussé à 400 MHz. Et pendant trente coups, c’est elle qui joue mieux.
La Philidor reste calme jusqu’au trentième. Puis 30.c5 Rc7 31.c6 et
l’évaluation du Genius commence à glisser : -0.12, -0.51, -0.81,
-1.33. 35.Qb8 a5 36.Rxa5, 38.Ra8, 41.Qxd6 : le RISC 2500 a un pion passé
en c6, une tour en a8 et vient de prendre en d6. Au quarante-troisième coup, Chess Genius 5 annonce
-2.84. C’est perdu.
Suivent quatre coups qui renversent tout, et c’est une promenade de cavalier :
43...Ng4 44.Nf3 Nxe3 (-0.87) 45.Nxe5 Rxe5 (+1.00). Trois demi-coups,
quatre pions d’écart récupérés. Puis 46...Nxg2 47.Kh1 Nf4, et le Genius annonce
+20.06 : le cavalier a fait g4–e3–g2–f4 et la position blanche ne tient plus.
Le RISC 2500 s’effondre d’un coup : 48.Rh8+?? Kxh8 49.Qd8+ Kh7 50.Qh4+ Qxh4 — il donne la dame pour sortir des menaces, et il n’en sort pas. 54...Qg2#.
La partie entière
Sur Pentium à 90 MHz
Chess Genius 1 sur Pentium 90 · cent un coups sans un seul coup tactique
Chess Genius 1 étouffe Fritz 5.32
Chess Genius 1 Pentium 90 MHz — Fritz 5.32 UCI py
2533 contre 2773 — 240 points d’écart
Ruy Lopez (C85) · 201 demi-coups · 39 min 06 s · 1-0
Un programme de 1992 contre un programme de 1997 tournant sur un Ryzen. La plus longue des neuf parties, et celle où il ne se passe jamais rien de spectaculaire.
6.Bxc6 dxc6 : le Genius donne la paire de fous et rend à Fritz des pions
doublés en c6 et c7. Pendant huit coups l’évaluation reste à 0.00. Puis elle monte, et
c’est tout ce qu’elle fera pendant quatre-vingts coups : +1.03 au vingt-deuxième,
+2.03 au quarante-troisième, +3.00 au soixante-douzième, +5.00 au
quatre-vingt-septième. Pas une seule fois elle ne redescend.
Le plan tient en trois idées. Les dames partent tôt : 21.hxg4 cxd3 22.Qxd3 Qxd3 23.cxd3. Le pion a avance jusqu’à la septième et y reste : 42.b4, 43.bxa5, 45.a6, 46.a7 — dès lors une tour noire est condamnée à le surveiller. Et le cavalier vaut mieux que le fou avec des pions sur les deux ailes : 55.d4 exd4 56.Rxg5 fxg5 57.Nxd4.
La fin est le seul moment brillant : 85.e5, 86.e6+, 87.e7, puis 90.Ne6+ Rxe6 91.fxe6 — la tour contre le cavalier, pour débloquer les deux pions passés. Deux dames au quatre-vingt-dix-neuvième et au centième, mat au cent-et-unième.
La partie entière
Chess Genius 2 sur Pentium 90 · un fou sur h6
Chess Genius 2 sacrifie sur h6 contre Fritz 5.32
Chess Genius 2 Pentium 90 MHz — Fritz 5.32 UCI py
2552 contre 2773 — 221 points d’écart
Gambit dame, Semi-Slave (D15) · 139 demi-coups · 26 min 49 s · 1-0
La contrepartie de la partie précédente : même adversaire, même écart de cote, et cette fois une attaque directe sur le roi.
Jusqu’au vingt-deuxième coup la position est équilibrée : le Genius lit
+0.48. C’est 22...f5 qui ouvre la porte. 23.exf6 Nxf6 24.Bxh6 — le fou
se donne pour arracher le pion h, gxh6 25.Qxh6+ Nh7 26.Ng5 Rd7, et 27.Bg6 vient chercher le
seul défenseur : 28.Bxh7 Rxh7.
Alors tout tombe en même temps : 29.Rxc5 Rxh6 30.Rxc7 Rxg5 31.Rxb7. Cinq prises en trois coups, et ce qui reste est un finale de tours avec deux pions d’avance pour les Blancs.
Les deux pions font le travail. 39.Rf5 Rxf5 40.exf5 puis 41.f6 et 50.h5+ les
mettent en mouvement ; 52.f7 donne +5.60 ; 55.Rg6+ Kh4 56.h6 enferme
le roi noir ; 58.h7 et 63.f8=Q finissent. Mat annoncé en treize au soixante-cinquième,
donné au soixante-dixième, 70.Rf2#.
La partie entière
Chess Genius 3 sur Pentium 90 · le fou contre le cavalier, pendant quarante coups
Chess Genius 3 bat Hiarcs 7
Chess Genius 3 Pentium 90 MHz — Hiarcs 7 UCI py
2574 contre 2782 — 208 points d’écart
Gambit dame, Semi-Slave (D49) · 181 demi-coups · 41 min 02 s · 1-0
Le plus gros écart franchi par la famille Pentium. Et une démonstration de manuel : quarante coups de fou contre cavalier.
L’ouverture est une bagarre : huit pièces quittent l’échiquier en six coups,
de 11.Nxb5 à 17.Nxe6 fxe6. Après 18.O-O la position est égale et le Genius lit
0.00 pendant quinze coups. Les tours s’en vont par paires : 27.Rxc8 Rxc8 28.Rb1 h6
29.Rb8 Rxb8 30.Qxb8+.
Le roi noir est alors découvert, et le Genius le pousse dehors : 32.g4 Qf7 33.Qa6 Qg6 34.Qa7 h5
35.g5+ Ke5 36.Qc5 Qe8 37.f4+ — +1.34. Les dames partent au quarante-quatrième,
44.Qg3+ Qxg3+ 45.Bxg3+, et il reste un fou contre un cavalier avec des pions sur les deux ailes.
C’est là que la partie devient instructive. Le cavalier de Hiarcs n’a aucune case :
50...Nf4 51...Nd3 52...Nc1 53...Ne2 54...Ng1 55...Ne2+ 57...Ng1 58...Ne2+ — huit coups
d’errance pendant que le fou tient tout et que le roi blanc avance. L’évaluation reste collée entre
+1.2 et +1.5 pendant vingt coups, puis 65...h4 66...h3 68.Kxh3 làche la
digue : +2.42.
Le pion a finit : 72.a4, 76.a5, 81.a6 Nxc7 82.Kxc7, 83.a7, 84.a8=Q. Mat au quatre-vingt-onzième.
La partie entière
Chess Genius 4 sur Pentium 90 · encore un finale de pions
Chess Genius 4 bat Stockfish 11 au roi et aux pions
Chess Genius 4 Pentium 90 MHz — Stockfish 11 68040 40 MHz
2575 contre 2546
Défense Nimzo-indienne (E32) · 139 demi-coups · 30 min 58 s · 1-0
La deuxième partie de ce lot où un Chess Genius bat Stockfish 11 dans un finale de pions purs. Deux fois le même schéma, contre le même adversaire : ce n’est plus un accident.
Stockfish pousse sur l’aile roi — 11...g5, 12...Nh5, 13...f5 — et le Genius recule sans se plaindre. Du dix-septième au quarantième coup son évaluation est nulle ou négative : il se croit légèrement moins bien.
29.d5 exd5 30.Nd4 puis 31.Nxf5+ Kg6 32.Ne7+ Kf7 33.Nxd5 rendent un cavalier pour deux
pions et surtout forcent la liquidation : 34.Qxa5 Rxa5, les dames partent ;
36...Nxg3 37.hxg3, les cavaliers ; 38.Rc1 Rc5 39.Rxc5 dxc5, les tours. Il reste huit
pions contre huit et deux rois, et Chess Genius 4 lit 0.00.
Puis le roi se met en marche et les pions se mettent en ligne : 40.Kf2, 42.e4,
44.f4, 46.f5, 47.f6, 48.e5 — +1.18. Stockfish lance son
propre pion c, et c’est exactement ce qu’il ne faut pas : 50...c4 51.Ke3 c3 52.Kd3 c2 53.Kxc2,
le roi blanc le cueille en route. 58.Kf4 donne +9.57, 62.f7 et 63.f8=Q
concluent. Mat au soixante-dixième.
La partie entière
Ce que les neuf parties ont en commun
Deux choses reviennent, et aucune des deux n’était attendue.
Les finales de pions. Deux des neuf parties se décident dans un finale de pions purs, et ce sont exactement les deux victoires contre Stockfish 11 sur 68040 — un moteur de 2020 classé 2546 au laboratoire. À cette cadence, sur ce processeur, Stockfish annonce huit demi-coups et demi, et un finale à cinq ou huit pions de chaque côté en demande bien davantage. Chess Genius, lui, a de la connaissance de finale écrite dans son évaluation : c’est précisément ce que les moteurs modernes ont remplacé par de la profondeur, et qu’ils n’ont plus quand on leur retire le matériel. C’est une interprétation, pas une mesure : deux parties ne prouvent rien, elles indiquent où regarder.
Les dames partent tôt. Dans sept des neuf parties, les deux dames avaient quitté l’échiquier avant le quarante-cinquième coup, et dans quatre d’entre elles au plus tard au vingt-sixième. Pour un programme qui voit six à huit demi-coups, simplifier n’est pas de la timidité : c’est la seule façon de ramener la position dans son horizon.
Ce qui reste à explorer
Chess Genius 5 sur Pentium 90, le dernier gauntlet de la série, a désormais tourné : la grille est complète — cinq versions sur deux matériels, dix mesures. Et la cinquième version confirme les quatre premières : à 2530 sur Pentium 90 elle est la plus faible des cinq, alors qu’elle est la mieux classée sur 486DX — c’est elle qui profite le moins du matériel (+132, contre +183 à +233 pour les autres).
Deux autres questions restent ouvertes. La première : les versions se séparent-elles à cadence longue ? Il faudrait rejouer la grille à 40 coups en deux heures pour le savoir, soit une quinzaine de jours de machine. La seconde : que donnerait Chess Genius 5 sur un processeur de 2026, puisque le programme tourne encore ? Le laboratoire sait déjà le faire pour les moteurs ChessBase ; pour un programme DOS, il faudrait un PC émulé accéléré, et c’est un autre chantier.
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 16 octobre 2026 · 1 503 parties, cadence 60/900 · 486DX 33 MHz sous MAME, Pentium 90 MHz sous QEMU, hôte Ryzen 9 7950X3D
