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28 October, 2026Blog / TestLaboratoire · méta-moteur
Trois cerveaux valent-ils mieux qu’un ?
Le Triple-Brain d’Ingo Althöfer : les statistiques qui manquaient en 1989.
2315Elo Ordo d’Orion, sur 210 parties
+512au-dessus du meilleur des trois membres (1803)
94/100contre ses propres membres, une seule défaite
64,5 %contre 28 machines extérieures (110 parties, perf. 2319)
Le Triple-Brain comme méta-moteur UCI, jouable sous toutes les interfaces.
Trois ordinateurs d’échecs des années 1980, un arbitre d’une seconde, et cinq cents points d’Elo qui sortent de nulle part — l’explication complète, pas à pas
On prend trois ordinateurs d’échecs de table, médiocres, écrits par trois personnes différentes : cotés 1775, 1790 et 1803. On les fait réfléchir sur la même position, en même temps, quinze secondes chacun. Chacun annonce un coup. Un arbitre choisit entre ces trois coups — entre ces trois-là et rien d’autre — et on joue celui qu’il a préféré. Sur cent parties contre ses propres membres, l’ensemble marque 94 points et n’en perd qu’une seule. Puis, contre vingt-huit machines qui ne sont pas les siennes, il confirme et fait mieux : Ordo le cote aujourd’hui 2315, contre 1803 pour le meilleur des trois.
Cette phrase ne devrait pas pouvoir être vraie, et c’est pour ça que cet article existe. Rien n’a été ajouté nulle part : pas une machine plus rapide, pas un programme plus récent, pas une seconde de réflexion supplémentaire. Les trois membres réfléchissent en même temps, pas l’un après l’autre, donc l’ensemble ne consomme pas plus de temps qu’un seul d’entre eux. Et l’arbitre ne joue pas aux échecs : on ne lui demande pas de trouver le meilleur coup de la position, seulement de dire lequel des trois coups proposés est le moins mauvais. C’est une tâche tellement plus facile qu’une seule seconde de calcul lui suffit.
Alors la force vient d’où ? D’un seul endroit, et c’est l’idée que tout le reste de l’article va mesurer : les trois programmes ne se trompent pas aux mêmes endroits. Chacun, tout seul, passe à côté du bon coup environ une fois sur deux. Mais là où l’un se fourvoie, un autre voit souvent juste — leurs points faibles ne sont pas les mêmes. Il suffit alors de quelqu’un pour remarquer lequel des trois a eu raison. Le gain ne vient pas de la puissance ; il vient de la différence.
Et ce n’est pas une expérience de pensée
Le trio est un vrai moteur d’échecs, au même titre que n’importe quel autre : il se présente, annonce ses réglages, et s’installe dans la liste des moteurs du logiciel Banksia comme on y installerait Stockfish. On peut donc le faire jouer contre ce qu’on veut — et surtout, on peut regarder les trois cerveaux se contredire en direct : à chaque coup, une ligne par machine avec ce qu’elle propose et ce qu’elle en pense, puis la décision de l’arbitre.
Cet article explique la construction d’un bout à l’autre : pourquoi trois auteurs et pas trois programmes, ce qu’on mesure exactement, comment on passe de cette mesure à une prévision de force, et pourquoi cette prévision s’est révélée très loin du compte — avec, en chemin, une petite leçon de statistique appliquée. À la fin, le résultat : 94 points sur 100, soit près de sept fois le gain que j’annonçais. Puis la contre-épreuve, contre vingt-huit adversaires extérieurs : 2315, cinq cent douze points au-dessus du meilleur membre.
1. L’idée, et à qui elle appartient
Elle est d’Ingo Althöfer, mathématicien à Iéna, qui l’a baptisée 3-Hirn — trois cerveaux. Dans sa version d’origine, à la fin des années 1980, deux programmes d’échecs proposent chacun un coup et un humain tranche. Althöfer a montré que le joueur ainsi assisté dépassait largement le meilleur des deux programmes, et il en a tiré toute une théorie des systèmes à choix multiple : un agent faible mais lucide sélectionne parmi les propositions d’agents forts mais aveugles.
La transposition d’ici change une seule chose, mais elle est essentielle : l’arbitre n’est pas un humain, c’est un programme bien plus fort que les membres. Stockfish 18 pèse quelque quinze cents points de plus que les machines qu’il arbitre.
Objection immédiate, et il faut y répondre tout de suite : si l’arbitre est si fort, pourquoi ne pas le laisser jouer seul ? Il gagnerait haut la main. C’est vrai, et c’est hors sujet. On ne cherche pas à construire la machine la plus forte possible. On cherche à savoir combien de force se cache déjà dans un groupe de programmes médiocres, et combien il en faut pour l’extraire. L’arbitre est un instrument de mesure, pas un joueur.
2. Pourquoi trois auteurs, et pas trois programmes
Voilà la contrainte qui structure tout le dispositif, et elle demande à être comprise avant le reste.
Un trio ne gagne pas parce que ses membres sont forts. Il gagne parce qu’ils ne se trompent pas ensemble.
Prenons l’exemple le plus simple. Trois programmes examinent une position où il existe un piège tactique. Si l’un des trois le voit, l’arbitre s’en apercevra — le coup qui évite le piège aura une bien meilleure note que les deux autres, et il sera joué. Le trio aura récupéré la clairvoyance d’un seul de ses membres. En revanche, si les trois tombent dans le piège, l’arbitre n’a rien à récupérer : il choisit le moins mauvais de trois mauvais coups, et le trio joue mal.
Tout dépend donc de la probabilité que les trois se trompent simultanément. Et c’est là que l’auteur entre en jeu : deux programmes écrits par la même personne partagent leur fonction d’évaluation, leurs extensions de recherche, leurs habitudes de programmation — et donc leurs angles morts. Un trio de programmes du même auteur ne vaudrait guère plus qu’un seul d’entre eux.
Les trois règles du dispositif
Trois auteurs différents — pour que les erreurs soient aussi peu corrélées que possible.
Écart de force ≤ 75 points d’Elo à l’intérieur du trio — un membre très inférieur ne propose jamais rien d’utile ; il ne décorrèle pas, il dilue.
Époques libres — un programme de 1987 et un de 2003 peuvent coexister. C’est même souhaitable : leurs angles morts n’ont aucune raison de coïncider.
Ces règles sont des hypothèses. Elles demandent donc à être testées, et c’est le point de méthode le plus important de tout le dispositif.
Le jeu témoin
De vingt programmes on peut former 1140 triplets. La règle des 75 points en laisse 241, et celle des trois auteurs en retient 142.
Restent 99 trios où un auteur se répète — 89 où deux membres sur trois partagent un auteur, et 10 où les trois sont du même. Ceux-là ne servent pas à jouer. Ils servent de point de comparaison.
Si les 142 trios légitimes gagnent nettement plus que les 99 trios consanguins, ce sont bien des angles morts différents qui font le gain, et la règle des trois auteurs est fondée. S’ils gagnent autant, le gain ne vient pas de la diversité des auteurs mais de la simple multiplicité des propositions — et toute la thèse tombe.
Sans ce jeu témoin, le dispositif ne serait qu’une collection de chiffres flatteurs. C’est lui qui le rend réfutable.
3. Le vivier : vingt programmes, sept auteurs
Les candidats sont choisis dans une tranche de force étroite — de 1775 à 1968 points d’Elo — pour que la contrainte des 75 points laisse de quoi former des trios. Dix-sept machines dédiées émulées sous MAME, deux programmes DOS sous QEMU, et un portage.
AuteurProgrammesLesquels
Richard Lang5Mephisto Amsterdam, Mondial 68000 XL, Roma 68000, Dallas 68000, Psion Chess 2.13
Dave Kittinger4Novag Zircon II, Super Expert C, Super Forte C, Constellation Forte A
Julio Kaplan3Saitek Maestro D++, Corona II, Turbo King II
Ed Schröder3Mephisto Nigel Short, MM V, MM IV
Robert Hyatt2Cray Blitz 4.9h sur 486DX et sur ARM9
Frans Morsch2Mephisto Modena, Saitek President
Dan & Kathe Spracklen1Fidelity Designer 2100
Deux précautions, qui illustrent le soin que demande ce genre de liste. Les deux Cray Blitz sont le même programme sur deux machines : ils servent de témoin pour vérifier que l’émulation MAME et l’émulation QEMU donnent le même jeu. Et Psion Chess est de Richard Lang comme les Mephisto 68000 — même auteur, donc jamais dans le même trio, même si les boîtiers n’ont rien à voir.
4. Ce qu’on mesure exactement : le centième de pion
Pour juger un coup, il faut une référence. Celle du laboratoire est Stockfish 18 — mille cinq cents points plus fort que les candidats, ce qui, à cette échelle, revient à une vérité de terrain.
L’évaluation, en centièmes de pion
Un programme d’échecs chiffre une position en unités de pion : +1,00 veut dire « l’avantage d’un pion », −3,00 « le désavantage d’une pièce mineure ». L’usage est de compter en centièmes de pion (en anglais centipawns), abrégés cp : +100 cp = un pion.
La perte d’un coup
L’écart, en centièmes de pion, entre la note du coup joué et celle du meilleur coup de la position, telle que Stockfish 18 les évalue à la profondeur 18.
Un coup parfait a une perte de 0. Un coup qui laisse échapper un demi-pion a une perte de 50. Une bourde qui perd une tour aurait une perte de 500 — on plafonne d’ailleurs à cette valeur, parce qu’au-delà la distinction entre « très mauvais » et « catastrophique » n’apprend plus rien.
La perte moyenne d’un programme sur mille positions est l’indicateur central de tout cet article.
Les positions, justement : mille positions de milieu de partie, tirées des parties du laboratoire dans cette tranche de force. Coups 12 à 60, évaluation inférieure à trois pions en valeur absolue, une position par partie. Pas d’ouvertures, pas de positions déjà gagnées, pas de finales élémentaires — on ne garde que les positions où un coup se choisit vraiment.
5. La chaîne de mesure, étape par étape
1
Le coup de chacun
Les vingt candidats jouent leur coup sur chacune des mille positions, en quinze secondes — la cadence des parties du laboratoire. Vingt mille coups.
C’est la seule étape lourde, et pour une raison physique. Pour les dix-sept machines dédiées, chaque position doit être posée sur un échiquier à capteurs, pièce après pièce, ce qui prend de dix à quatre-vingt-quinze secondes avant même que la réflexion ne commence. Une journée de machine.
Résultat : 19 993 coups. Il en manque sept, et c’est une histoire en soi — au paragraphe 11.
2
La note de l’oracle
Stockfish 18 évalue chaque position à la profondeur 18, puis chaque coup proposé séparément. On en déduit la perte de chaque coup de chaque candidat. Dix minutes.
3
L’arbitre parfait
Pour chacun des 142 trios, on suppose un arbitre qui choisirait toujours la meilleure des trois propositions, et on calcule la perte moyenne de l’équipe. C’est un simple calcul — on prend le minimum des trois pertes, position par position — et c’est la borne supérieure de ce qu’un trio peut atteindre. Aucun arbitre réel ne fera mieux. Une minute.
4
L’arbitre réel
Stockfish 18, un fil, une seconde, avec pour seule consigne de départager les coups effectivement proposés — en langage UCI, go movetime 1000 searchmoves e2e4 d2d4. Il ne cherche pas le meilleur coup de la position : il classe trois coups précis. Dix minutes.
la positionsur l’echiquierConstellation Forte AKittinger · 1803e4Mephisto MM IVSchröder · 1790d4Designer 2100Spracklen · 1775e4l’arbitreStockfish 18, 1 se4 ou d4 ?coup jouée415 s chacun, EN PARALLÈLE — trois auteurs différentsil ne cherche pas le meilleur coupde la position : il départageles coups proposés, et eux seulsposée surles trois à la foisLe temps. Le trio dépense 15 s de réflexion, comme un membre seul en dépenserait 15 — plus la seconde de l’arbitre.Il ne s’octroie aucun calcul supplémentaire : c’est la comparaison honnête, à pendule égale.
Comment lire ce schéma
La position de départ est posée sur les trois machines à la fois. Elles réfléchissent quinze secondes en parallèle, pas l’une après l’autre. Chacune rend un coup ; ici deux proposent e4 et une propose d4. L’arbitre n’a donc que deux candidats à départager, et c’est tout ce qu’il fait. Le coup retenu est joué, et au coup suivant tout recommence.
6. Premier résultat : l’arbitre ne coûte presque rien
On dispose maintenant de deux arbitres comparables : l’oracle parfait de l’étape 3, qui est impossible à réaliser, et Stockfish à une seconde, qui l’est.
ArbitrePerte d’équipeErreurs
Oracle parfait (toujours la meilleure des trois)21,2 cp—
Stockfish 18, 1 s, entre les coups proposés21,9 cp1 à 2 %
Un membre seul, en moyenne45 cp—
« Erreurs » : proportion des positions où les membres diffèrent et où l’arbitre n’a pas pris la meilleure proposition disponible, à dix centièmes de pion près.
Sept dixièmes de centième de pion séparent une seconde de Stockfish d’un oracle omniscient, soit quelque quatre points d’Elo.
Pourquoi une seconde suffit-elle, alors que les machines arbitrées, elles, réfléchissent quinze secondes ? Parce que les deux tâches n’ont rien de commun. Trouver le meilleur coup d’une position de milieu de partie, c’est explorer un arbre immense. Classer trois coups donnés, c’est comparer trois sous-arbres déjà identifiés. Le second problème est infiniment plus petit que le premier, et une seconde de Stockfish 18 — quelques dizaines de millions de positions — le règle.
Ce qu’il faut retenir
L’arbitrage n’est pas le maillon faible. Si les trois membres portent la réponse, l’arbitre la trouve dans 98 à 99 % des cas.
Conséquence de méthode : toute l’incertitude du dispositif est ailleurs. Pas dans l’arbitre, pas dans l’oracle, pas dans les mille positions. Elle est dans la conversion d’une perte en centièmes de pion vers des points d’Elo — le paragraphe 9.
7. Ce que le trio gagne
Tout ce qui suit se compte sur les mille positions. Pas de pourcentages, pas de probabilités : des positions.
Le point de départ : un membre tout seul
Sur les mille positions, un membre du trio joue le coup quasi parfait — à moins de dix centièmes de pion du meilleur — dans 451 d’entre elles. C’est la moyenne mesurée sur les vingt candidats, et c’est le niveau à battre.
Ce que l’arbitre peut, et ce qu’il ne peut pas
Maintenant, trois membres proposent chacun un coup et l’arbitre prend le meilleur des trois. Mais il faut bien voir ce qu’il fait : il choisit, il n’invente pas. Si aucun des trois n’a trouvé le bon coup, l’arbitre ne le trouvera pas davantage — il n’a sous les yeux que trois propositions, et il prendra la moins mauvaise.
Toute la question se réduit donc à ceci :
Dans combien des mille positions le bon coup se trouve-t-il quelque part dans le trio ?
Réponse mesurée : 620 positions sur 1000.
Contre 451 pour un membre seul. C’est un vrai gain — mais est-il grand ou petit ? Pour le savoir il faut deux repères, et les voici.
Le plancher : trois exemplaires du même programme
Si les trois membres étaient des copies conformes, ils proposeraient toujours le même coup. Le trio trouverait le bon coup dans exactement 451 positions, comme un membre seul. Trois clones n’apportent rien du tout.
Ce plancher dit à quoi sert le trio : non pas à additionner de la force, mais à couvrir des trous différents.
Le plafond : trois membres aveugles à des endroits différents
À l’autre extrême, imaginons trois membres qui ne partagent aucun point faible. Chacun est aveugle, mais ailleurs que les deux autres. Suivons alors les positions une par une.
Le premier membre trouve le bon coup dans 451 positions
il en rate 549
Le deuxième reprend ces 549 positions. Comme il trouve
le bon coup 45 fois sur 100, et qu’il est aveugle
ailleurs, il en sauve 248
il en reste 301
Le troisième reprend ces 301 et en sauve de même 136
il en reste 165
TOTAL COUVERT 835 positions
Voilà le plafond : 835 positions sur 1000. C’est le maximum qu’on pourrait espérer de trois programmes de cette force, à condition qu’ils ne se ressemblent en rien.
Entre les deux
Trois clonesle plancher : aucun gain451
Le trio réelmesuré sur les trios valides620
Trois membres sans point faible communle plafond835
Nombre de positions, sur mille, où le bon coup se trouve quelque part dans le trio. Le trio réel se place à mi-chemin entre ne rien gagner et tout gagner.
Le trio réel est à 620. Il gagne donc 169 positions sur les 384 qu’il aurait pu gagner — un peu moins de la moitié du bénéfice possible.
Et les 215 positions manquantes ont une cause unique, qui est le sujet de la section suivante.
Ce qu’il faut retenir
Le trio ne peut jouer un bon coup que si au moins un de ses membres l’a trouvé. Dans 380 positions sur mille, aucun des trois ne l’a trouvé, et le trio y joue un coup médiocre quelle que soit la qualité de l’arbitre.
Le résultat d’ensemble, en centièmes de pion perdus par rapport au meilleur coup :
un membre seul : 45,0 cp
le trio : 21,9 cp soit deux fois moins
8. Les mêmes angles morts
Il manque donc 215 positions entre ce que le trio obtient et ce qu’il aurait obtenu si ses trois membres n’avaient aucun point faible commun. La raison tient en une phrase :
Les trois programmes sont aveugles aux mêmes endroits.
Quand l’un d’eux passe à côté du bon coup, les deux autres ont bien plus de chances de passer à côté aussi que si le hasard seul décidait. Les positions difficiles ne le sont pas pour un programme en particulier : elles le sont pour tous les trois à la fois.
La même chose vue sur les grosses bévues
On peut le vérifier autrement, et plus brutalement, en ne regardant que les grosses bévues — les coups qui perdent au moins un pion entier. Chaque programme du vivier en commet dans 152 positions sur 1000.
Prenons-les deux par deux. Si chacun se trompait dans son coin, les deux bévues tomberaient ensemble sur 152 × 152 / 1000, soit 23 positions. Comptons ce qui arrive vraiment :
B bévue B joue correctement
s’ils étaient aveugles ailleurs
A bévue 23 129
A joue correctement 129 719
compté sur les mille positions
A bévue 81 71
A joue correctement 71 777
Quatre-vingt-une positions au lieu de vingt-trois. Les deux programmes s’effondrent ensemble trois fois et demie plus souvent que si leurs points faibles n’avaient rien à voir. C’est la même chose que les 215 positions manquantes, vue à travers les seules grosses bévues.
Pourquoi c’était prévisible
Trois auteurs, trois décennies, trois architectures de processeur — et pourtant les mêmes trous. À la réflexion, rien de surprenant : tous ces programmes sont bâtis sur le même principe de recherche, avec des façons comparables d’élaguer les branches inutiles, et des évaluations qui comptent d’abord le matériel puis ajoutent des bonus de position. Une position qui tend un piège tactique à six demi-coups le tend aux trois pareillement.
Ce qu’il faut retenir
Le concept de trio a un plafond, et ce plafond se mesure : 215 positions sur mille, c’est ce que les angles morts communs coûtent.
D’où la question que le jeu témoin doit trancher. Nos 142 trios réunissent trois auteurs différents. Les 99 trios témoins ont au moins deux membres d’un même auteur. Si ces derniers perdent nettement plus de 215 positions, alors la règle des trois auteurs est fondée : la diversité des auteurs est bien ce qui fait reculer les angles morts communs. Si l’écart est faible, c’est que le trio ne doit rien à la diversité et tout à la multiplicité — et la règle ne sert à rien.
9. Le passage délicat : des centièmes de pion aux points d’Elo
Tout ce qui précède se mesure en centièmes de pion. Mais la question qu’on veut poser — « le trio est-il plus fort que son meilleur membre, et de combien ? » — se pose en points d’Elo. Il faut donc un pont entre les deux, et c’est ici que les ennuis commencent.
Le pont le plus simple consiste à remarquer qu’on connaît à la fois la perte moyenne et l’Elo réel des vingt candidats. On peut donc chercher la relation entre les deux et l’appliquer ensuite au trio.
Une régression linéaire, en deux phrases
On place les vingt candidats sur un graphique : perte moyenne en abscisse, Elo en ordonnée. On cherche la droite qui passe « au mieux » au milieu du nuage — celle qui minimise la somme des carrés des écarts verticaux entre les points et elle.
Cette droite est un résumé du nuage. On peut ensuite lui demander : pour une perte de 21,9, quel Elo ? C’est exactement ce qu’on veut savoir du trio.
Appliquons-la. Voici l’ajustement brut sur les vingt candidats :
Elo = 2159 − 5,79 × perte · R² = 0,26 · σ = 57 Elo · n = 20
R² et σ, ce qu’ils disent
Le R² est la proportion de la variation des cotes que la droite explique. R² = 1 : tous les points sont exactement sur la droite. R² = 0 : la droite n’apprend rien de plus que la simple moyenne des cotes.
Le σ (écart type résiduel) est la dispersion typique des points autour de la droite, dans l’unité de l’ordonnée. Ici 57 points d’Elo : un candidat quelconque s’écarte en général de 57 points de ce que la droite prédit pour lui.
R² = 0,26, c’est-à-dire que le modèle explique un quart de ce qu’il faudrait expliquer. À ce stade, la tentation est de conclure que la perte moyenne ne prédit pas la force, et de passer à autre chose.
Ce serait une erreur. Parce que ce mauvais ajustement tient à un seul point.
Diagnostiquer avant de conclure
Quand un ajustement est mauvais, la bonne pratique n’est pas de regarder le R² mais de demander quels points le rendent mauvais. Deux outils standard répondent à cette question, et ils ne mesurent pas la même chose.
Résidu, levier, distance de Cook
Le résidu est l’écart vertical d’un point à la droite : de combien le modèle se trompe sur ce point. C’est l’outil évident, et c’est le moins utile.
Le levier mesure à quel point un point est isolé en abscisse, loin du centre du nuage. Image : une planche en équilibre sur un pivot. Un poids placé au milieu ne la fait pas basculer ; le même poids placé tout au bout la retourne. Un point isolé à droite du nuage fait pivoter la droite d’ajustement exactement de cette façon — d’où le nom.
La distance de Cook combine les deux : elle mesure de combien la droite entière se déplacerait si l’on retirait ce point. C’est la question qui nous intéresse vraiment.
Pour vingt points et deux paramètres, les seuils d’alerte usuels sont de 0,20 pour l’un comme pour l’autre.
CandidatpertelevierrésiduCook
Saitek President66,80,650+1059,05
Fidelity Designer 210056,30,172−580,13
Mephisto MM IV (v7.10)47,50,050−940,08
Novag Zircon II40,70,129+440,05
Mephisto Amsterdam43,80,074+610,05
Cinq premiers candidats sur vingt, classés par distance de Cook. Seuils d’alerte : 0,20 pour le levier comme pour Cook.
Le verdict est net. Le Saitek President a un levier de 0,65 pour un seuil à 0,20, et une distance de Cook de 9,05 pour un seuil à 0,20 — quarante-cinq fois le seuil. Remarquez que son résidu, +105, n’a rien d’extraordinaire : le MM IV en a un de −94 sans faire de dégâts. Ce n’est donc pas qu’il s’ajuste mal. C’est qu’il détermine la droite, parce que sa perte de 66,8 centièmes de pion le place à dix centièmes du suivant, seul tout à droite du nuage. C’est le poids au bout de la planche.
A-t-on le droit de le retirer ?
Oui, mais à une condition, et elle est stricte : la raison du retrait doit être indépendante du résidu. Retirer un point parce qu’il s’ajuste mal, c’est raisonner en rond — on améliore toujours un ajustement en supprimant ce qui le gêne. Il faut une raison extérieure à la mesure.
Ici, elle existe, et elle est antérieure. Le Saitek President est une anomalie documentée du laboratoire depuis le 19 octobre, avant même cette campagne : il résout 0 position sur 30 au test BT-2450 et 1 sur 30 au BT-2630, alors qu’il est coté 1877 en parties réelles. Aucun autre candidat ne présente un tel divorce entre les deux instruments — là où les autres machines de sa force en résolvent neuf à douze. Son évaluation fait manifestement quelque chose de particulier que ni la perte moyenne ni les tests de positions ne savent décrire.
Ce n’est pas un membre ordinaire de la population qu’on échantillonne. Le retirer n’est pas une commodité, c’est la bonne décision.
AjustementR²σSpearmanpente
les 20 candidats0,2657 Elo−0,80−5,79
sans le President (n = 19)0,6639 Elo−0,88−15,13
sans President ni Designer 21000,6439 Elo−0,86−18,14
Un seul point retiré fait passer la variance expliquée de 26 à 66 %. Retirer le suivant n’apporte plus rien, ce qui est la signature d’un outlier unique et non d’un nuage mal conditionné.
Le R² passe de 0,26 à 0,66, l’écart type résiduel de 57 à 39 points. Une remarque mérite d’être faite au passage : la colonne « Spearman » — la corrélation de rang, qui mesure si les candidats se classent dans le bon ordre sans se soucier de la forme de la relation — valait déjà 0,80 avec les vingt. Le classement était bon depuis le début. C’est l’ajustement linéaire qu’un seul point ruinait.
10. Et pourtant la meilleure droite donne une prédiction pire
Nous avons maintenant une régression honnête, diagnostiquée, avec un point écarté pour une raison antérieure à la mesure. Servons-nous-en.
zone sans aucune mesure175018501950205021502250203040506070perte moyenne, en centièmes de pionElo du laboratoireSaitek Presidentlevier 0,65 · Cook 9,020322259227 pointsle trioles 20 candidats : R² = 0,26sans le President : R² = 0,66trait plein = domaine mesurétireté = extrapolation
Comment lire ce graphique
Chaque point noir est un candidat : sa perte moyenne en abscisse, son Elo réel en ordonnée. Le point rouge, tout à droite, est le Saitek President. La droite grise est l’ajustement sur les vingt candidats, la dorée sur dix-neuf. Les deux sont en trait plein là où il existe des mesures, et en tireté là où il n’y en a aucune — c’est-à-dire à gauche de 40,7 centièmes de pion, la zone grisée. Le trio se situe dans cette zone, et les deux cercles marquent ce que chaque droite y prédit.
AjustementElo prédit du trioGain sur le meilleur membre (1803)
sur 20 candidats (R² = 0,26)2032+229
sur 19 candidats (R² = 0,66)2259+456
Les deux prédictions ne diffèrent pas d’une marge d’erreur : elles diffèrent d’un facteur deux sur la grandeur que l’on cherche à mesurer.
Améliorer l’ajustement a doublé la prédiction. C’est contre-intuitif et pourtant mécanique : la droite la mieux ajustée est aussi la plus pentue (−15,13 contre −5,79), et une droite plus pentue, extrapolée plus loin, donne un nombre plus grand.
Car c’est bien d’extrapolation qu’il s’agit, et voilà le vrai problème — pas le R².
Interpoler, extrapoler
Interpoler, c’est demander à un modèle une valeur située à l’intérieur du domaine où on l’a ajusté. C’est son usage normal.
Extrapoler, c’est lui demander une valeur en dehors. Le modèle répond toujours — une droite se prolonge indéfiniment — mais rien ne garantit que la relation qu’il résume continue de s’appliquer là-bas. Image : ajuster une droite sur un tronçon de route et lui demander où passe la route après le virage.
pertes observées (sans le President) : 40,7 à 56,3 cp
étendue des données : 15,6 cp
le trio : 21,9 cp
distance sous le point le plus bas : 40,7 − 21,9 = 18,8 cp
soit 1,2 fois l’étendue entière des données
On demande donc au modèle de se prolonger sur une distance supérieure à celle qu’il a servi à décrire. Aucune régression ne survit à cela. Elle continuera de produire un nombre, et ce nombre dépendra bien plus de la pente — c’est-à-dire d’un ou deux points du nuage — que de la réalité.
Ce qu’il faut retenir
Le test d’un prédicteur n’est pas son R², c’est sa robustesse. Une méthode dont la sortie double quand on retire un point sur vingt ne peut pas trancher une question — même si le point a été retiré à bon droit, et même si le retrait l’a rendue meilleure.
Ce dispositif de mesure est donc excellent pour classer les trios entre eux : la corrélation de rang est de 0,88, ils se rangent dans le bon ordre. Il est inutilisable pour prédire leur cote.
Et c’est exactement la distinction qu’on oublie quand on regarde un R² au lieu de regarder où se trouve le point qu’on veut prédire.
Deux remarques de même nature, pour finir ce chapitre.
Les douze meilleurs trios tiennent entre 21,2 et 21,5 centièmes de pion. Des écarts d’un dixième de centième sur mille positions, c’est du bruit. À l’intérieur du peloton de tête, le classement ne départage rien de réel.
Et le critère qu’on serait tenté d’employer est piégé. Classer les trios par « gain prédit sur le meilleur membre » revient à sélectionner les membres les plus faibles, puisqu’un membre faible laisse plus de marge au-dessus de lui. Les trios à +231 sont précisément ceux formés des trois candidats les plus faibles du vivier. Le bon critère n’est ni la force prédite ni le gain : c’est de réunir les trois membres dont les angles morts se recouvrent le moins, puisque c’est de là seulement que le gain provient. Cette analyse-là reste à faire.
11. Deux obstacles pratiques, dont un que j’avais cru réglé
La divergence
Pour faire jouer le trio, il faut en faire un moteur UCI — un programme que l’interface de tournoi interroge comme n’importe quel autre. Et là se tenait, depuis le lancement du projet, une objection qu’on croyait sérieuse.
Un membre propose X. L’arbitre lui préfère Y. Au coup suivant, que croit la machine ?
Si elle a joué X sur son propre échiquier, elle se trouve dans une position qui n’existe pas, et tout ce qu’elle proposera ensuite sera faux. Les solutions de repli envisagées étaient coûteuses : reposer la position complète à chaque coup — dix à quatre-vingt-quinze secondes chacun — ou ne garder que les machines capables de se corriger.
J’ai d’abord cru l’objection sans objet. En partie, l’interface de tournoi n’envoie pas une position : elle envoie la liste des coups depuis le début, et le module qui pilote la machine saisit ces coups sur l’échiquier à capteurs. Je me suis dit que la machine suivrait la liste, que le coup de l’arbitre lui arriverait comme un coup adverse, et que la divergence ne coûterait rien. J’ai même écrit que c’était réglé.
Le premier gauntlet a tranché en une après-midi : vingt-cinq parties perdues au temps sur trente-cinq, cinquante coups illégaux en deux parties, le décalage apparu dès le deuxième coup. En relisant non plus le relais mais le greffon de l’émulateur, la cause est apparue — et elle est à deux endroits.
Ce que fait vraiment la machine
Quand elle annonce son coup, elle le considère comme joué : il entre aussitôt dans sa propre liste. Et quand la liste de l’interface arrive, le greffon ne la compare à la sienne que par longueur, jamais par contenu. Si l’arbitre a joué un autre coup que le sien, les deux listes ont la même longueur, rien n’est saisi, et la machine réfléchit sur un échiquier faux jusqu’à la fin de la partie.
Elle ne sait pas qu’elle a été désavouée, et c’est précisément le problème.
Le remède est simple à énoncer. Un membre dont le coup a été retenu reste sur la liste incrémentale, comme avant. Un membre désavoué reçoit l’ordre de recommencer la partie à zéro, puis la liste complète des coups — que le greffon rejoue en mode édition, à vitesse d’émulateur débridé, c’est-à-dire en quelques secondes. L’échiquier est reconstruit depuis le départ, droits de roque et historique compris.
Restait à savoir ce que coûte ce rejeu. Mesuré sur les 2 323 rejeux du gauntlet : rien. Quatorze secondes en médiane par les deux chemins, dix-sept au pire contre quinze pour l’incrémental. Le rejeu tient dans la marge que la machine a de toute façon avant de commencer à réfléchir. Un membre sur trois est désavoué à chaque coup — ce qui colle au taux d’arbitrage — et ça ne se voit pas sur la pendule.
La position qu’on ne peut pas poser
L’autre obstacle est réel, celui-là, et il est instructif. Sur vingt mille coups demandés, il en manque sept. Sept candidats ont refusé la même position, et une seule : la n° 278.
r1b1k2r/ppp2ppp/2n5/4p3/2P1n3/2P1PN2/PB2BPPP/3RK2R b K -
Les sept y ont répondu e8g8 — le petit roque des Noirs — et le coup a été rejeté comme illégal. La raison tient dans le champ K de cette notation : il énumère les roques encore possibles, et il ne contient que le roque des Blancs du côté roi. Les Noirs n’ont plus aucun droit de roque : ils l’ont perdu plus tôt dans la partie en bougeant leur roi ou une tour, puis les pièces sont revenues sur leurs cases d’origine.
Une machine à échiquier physique ne peut pas savoir cela. On lui pose une position en plaçant des pièces ; le roi est en e8, les tours en a8 et h8, rien dans ce qu’elle voit ne dit que le roi a déjà voyagé. Elle roque, et elle a tort.
Cette classe de positions est inposable en principe sur une machine à capteurs, et aucun réglage n’y changera rien : un relais qui pose des pièces transmet un diagramme, pas un historique. Treize candidats sur vingt ont passé la position sans encombre — non pas parce qu’ils savaient, mais parce qu’ils ont préféré un autre coup.
Un indice, qui tient de l’anecdote
Parmi les sept qui ont roqué figurent les quatre Mephisto 68000 de Richard Lang au complet : Amsterdam, Mondial 68000 XL, Roma 68000, Dallas 68000. Les trois autres relèvent de trois auteurs différents.
Une position ne prouve évidemment rien — avec sept machines sur vingt, voir les quatre Lang ensemble n’a rien d’extraordinaire par le seul hasard. Mais c’est exactement la forme qu’aurait une empreinte d’auteur si elle existe : les quatre programmes du même homme choisissent le même coup là où treize autres machines en préfèrent un autre. Reste à aller voir sur les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf positions restantes.
12. Le méta-moteur, et les trois décisions qui comptent
Reste à écrire le programme qui parle UCI d’un côté et pilote trois machines plus un arbitre de l’autre. Trois décisions y déterminent si la mesure voudra dire quelque chose.
Les trois membres réfléchissent en parallèle
Chacun reçoit exactement les quinze secondes qu’il aurait seul, au même moment. Le trio ne s’octroie donc aucun temps de calcul supplémentaire : il paie seulement, sur sa propre pendule, la seconde de l’arbitre.
C’est la seule comparaison qui ait un sens. Un trio qui réfléchirait quarante-cinq secondes par coup — quinze pour chaque membre, l’un après l’autre — battrait évidemment son meilleur membre, et on n’aurait rien appris : on aurait mesuré ce que vaut le triple du temps, question déjà traitée ailleurs. Ici la question est : à pendule égale, trois cerveaux valent-ils mieux que le meilleur des trois ?
Un membre qui tombe ne fait pas tomber le trio
Les machines dédiées émulées ratent parfois la pose d’un coup. Un membre muet, mort, ou qui rend un coup illégal est donc simplement ignoré pour ce coup-là, et le trio joue avec les propositions restantes.
Mais trois échecs consécutifs et il est abandonné pour la partie — non par sévérité, par arithmétique. Un membre qui ne répond plus coûte son temps de réflexion plus sa marge d’attente à chaque coup, soit une minute et quart ; au bout de quelques coups le trio perdrait au temps. Mieux vaut finir la partie à deux membres que la perdre à la pendule.
Le compteur qui dit si la mesure est valide
Si les trois membres échouent sur un même coup, l’arbitre joue son propre meilleur coup. Il le faut bien : une partie ne s’interrompt pas. Mais ce coup-là n’est plus un coup de trio, c’est un coup de Stockfish, et il est compté comme tel sous le nom de secours.
Chaque partie produit donc son décompte : coups unanimes, coups arbitrés, secours, membres muets. C’est le premier chiffre à lire, avant même le score.
Pourquoi ce compteur est indispensable
Une partie qui contient beaucoup de secours ne mesure plus un trio : elle mesure Stockfish. Le beau résultat qu’elle produirait serait un artefact — et sans ce compteur, on n’aurait aucun moyen de le savoir.
C’est le genre de garde-fou qu’on ne pense à installer qu’après s’être fait prendre une fois.
13. Ce que la littérature fait attendre
Il existe un précédent quantitatif, et il refroidit. Il ne vient pas des échecs mais du shogi — les échecs japonais : Obata, Sugiyama, Hoki et Ito, deux articles à la conférence Computers and Games de 2010. Ils font voter plusieurs instances d’un même programme, décorrélées par des graines aléatoires différentes. Deux résultats.
Le premier est une leçon de conception. La règle optimiste — prendre le coup du joueur dont l’évaluation est la plus haute — bat le vote majoritaire. Compter les voix est moins bon qu’écouter le plus confiant. C’est contre-intuitif, et ça se comprend : le programme qui annonce la meilleure évaluation est souvent celui qui a vu quelque chose que les autres n’ont pas vu, et la majorité l’écraserait.
Le second est un ordre de grandeur, et c’est celui qui compte ici : le gain demande seize joueurs ou plus pour faire passer le taux de victoire de 50 à 60 %. Soit seize instances pour environ soixante-dix points d’Elo.
Nous en avons trois. Trois auteurs différents écartent certainement mieux les angles morts communs que trois graines aléatoires — c’est tout l’argument du dispositif — mais sûrement pas au point de remplacer treize joueurs.
Prévision révisée
L’estimation initiale de ce projet — entre 130 et 180 points de gain pour trois membres — est selon toute vraisemblance deux fois trop haute. Prévision révisée : +40, peut-être +70.
Et cet argument-là ne doit rien à la régression du paragraphe 9 : il vient d’une mesure indépendante, sur un autre jeu, par d’autres gens. Quand deux raisonnements sans rapport pointent dans la même direction, il faut les écouter.
Une bonne nouvelle pour finir sur ce point : notre conception est au-dessus des deux règles japonaises. Ni vote majoritaire, ni règle optimiste, mais un juge externe plus fort que tous les membres. C’est une troisième règle, plausiblement la borne supérieure de la famille — et les 1 à 2 % d’erreur mesurés au paragraphe 6 disent qu’elle est presque gratuite. Si les trois membres portent la réponse, l’arbitre la trouve.
14. Le résultat
L’expérience était celle-ci : faire jouer le trio contre chacun de ses trois propres membres, même livre d’ouvertures des deux côtés, même cadence, et regarder le score. Le trio retenu, baptisé depuis Orion, réunit Novag Constellation Forte A (Kittinger, 1803), Mephisto MM IV v7.10 (Schröder, 1790) et Fidelity Designer 2100 (Spracklen, 1775).
Cent parties, jouées du 23 octobre 2026 à 17h19 au 24 octobre à 4h19. Voici le résultat complet.
AdversaireEloScore du trioV / N / D
Novag Constellation Forte A180331,0 / 3429 / 4 / 1
Mephisto MM IV (v7.10)179032,0 / 3331 / 2 / 0
Fidelity Designer 2100177531,0 / 3329 / 4 / 0
Total179094,0 / 10089 / 10 / 1
Quatre-vingt-neuf victoires, dix nulles, une défaite — 94,0 % des points. Cote calculée par Ordo contre des adversaires à cote fixe : 2268 ± 73, soit 465 points de plus que son meilleur membre.
Les parties sont-elles valides ?
C’est la première chose à vérifier, et c’est pour ça que le méta-moteur tient un journal de chaque partie. Sur les cinquante-trois journaux relus, soit 2 353 coups :
zéro coup illégal — aucun membre n’a perdu le fil de la partie ;
zéro secours — pas une seule fois l’arbitre n’a dû jouer son propre coup faute de proposition valide. Chaque coup joué est bien un coup de trio ;
zéro membre muet — les trois machines ont répondu à chaque fois ;
accord unanime dans 36,4 % des coups, à comparer aux 34 % mesurés sur les mille positions de test. Sur 2 353 coups l’écart est négligeable : les positions de test ressemblent donc bien aux positions de partie, ce qui n’allait pas de soi.
Huit parties ont tout de même été écartées en cours de route, et il faut dire lesquelles. Six sont des défaites au temps datant d’avant la correction de cadence — le trio jouait alors avec la pendule de son adversaire, deux fois trop courte pour lui. Les deux autres sont des pannes du côté adverse : un coup illégal de MM IV et une connexion bloquée de Forte A, tous deux jouant comme adversaires simples. Après une heure du matin, plus aucun incident.
Quant à l’unique défaite, elle est propre : une Semi-Slave perdue contre Forte A le 24 octobre à 1h58, matée en 82 coups, sans le moindre incident technique — le trio était à moins quatorze dès le coup 79. Il a été battu, voilà tout. Et c’est précieux : tant qu’un score reste parfait, la cote n’est plus adossée à rien.
Et la prédiction ?
Rappelons les trois hypothèses, telles qu’elles étaient écrites avant la première partie.
HypothèseGain préditScore attendu
Littérature sur le shogi — la prédiction de cet article+40 à +7056 à 60 %
Régression sur 20 candidats+22979 %
Régression sur 19, qualifiée ici d’extrapolation intenable+45694 %
Mesuré+46594,0 %
Cet article annonçait 56 %. La prédiction était fausse, et de très loin. Et le plus savoureux est ailleurs : l’extrapolation que j’avais déclarée intenable annonçait +456. Le résultat mesuré est +465. Neuf points d’écart, très largement à l’intérieur de la marge d’erreur.
Où était l’erreur de raisonnement
Dans le transport d’un chiffre sans ses conditions. Les Japonais obtenaient leur gain en faisant voter des instances d’un même programme, décorrélées par des graines aléatoires différentes — c’est-à-dire la plus faible diversité qu’on puisse fabriquer : même évaluation, même recherche, mêmes angles morts, seul le hasard des départages change. Il leur fallait seize joueurs pour en tirer quelque chose, et c’est logique.
Trois programmes de trois auteurs, trois décennies et trois architectures, ce n’est pas le même objet. J’ai pris leur nombre sans prendre leur régime.
Ce qui reste juste, en revanche, c’est l’argument sur la robustesse : une méthode dont la sortie double quand on retire un point sur vingt n’est pas fiable. Mais pas fiable ne veut pas dire fausse, et j’avais confondu les deux.
Ce que ce chiffre ne dit pas
Quatre-vingt-quatorze points sur cent, c’est le plafond de l’instrument. À ce niveau, la cote n’est plus déterminée par les parties mais par le modèle qui les interprète, et l’intervalle de ±73 est optimiste : il suppose que les trois adversaires sont cotés sans la moindre erreur, ce qui est faux.
On l’a d’ailleurs vu glisser sous nos yeux. Après 27 parties le trio était à 96,3 %, après 45 à 95,6 %, après 77 à 93,5 %, et il finit à 94,0 %. Ce n’est pas qu’il ait faibli : c’est qu’un petit échantillon flatteur se régularise. La leçon est générale et vaut d’être retenue — plus un score est proche de 100 %, moins la cote qu’on en tire est solide, et c’est précisément quand le résultat est spectaculaire qu’il faut attendre la fin.
C’est très exactement la saturation de plateau dont il est question dans l’autre article de ce laboratoire — sauf qu’elle frappe ici le trio lui-même. Le trio a dépassé ses propres membres en tant qu’instrument de mesure. Ses adversaires valent 1790 ; lui vaut 2268.
Alors la question initiale est tranchée, et nettement : oui, trois cerveaux valent mieux qu’un, et bien plus que ce que la littérature laissait attendre. Mais la question suivante — combien exactement — demandait d’autres adversaires. Ils sont venus : c’est le paragraphe 15.
Reste enfin la question que ce dispositif a été construit pour poser, et qui n’est toujours pas tranchée : ce gain vient-il de la diversité des auteurs ou de la simple multiplicité des propositions ? Les 99 trios témoins, où un auteur se répète, attendent leur tour. Tant qu’ils n’auront pas joué, on saura que le trio gagne, sans savoir pourquoi.
15. La contre-épreuve : cent dix parties contre des inconnus
La réserve du paragraphe précédent était la bonne : contre ses propres membres, le trio jouait contre ses propres angles morts. Il fallait le confronter à des machines qui ne lui doivent rien. Le trio a d’ailleurs reçu un nom entre-temps : Orion.
Du 26 au 28 octobre, Orion a affronté vingt-huit programmes cotés de 2080 à 2350, dont aucun n’est l’un de ses membres : les machines dédiées de Lang, Kittinger, Spracklen et Schröder, les programmes DOS de Morsch, Hirsch, Lang et Schröder sur 486 et Pentium émulés, les cartes ChessMachine de Schröder et de Koning, Fruit et Crafty sur ARM9, Psion sur un 286 à 1800 MHz. Quatre parties contre chacun, deux de chaque couleur (deux seulement contre le Star Diamond), même livre et même cadence que le 23 octobre.
AdversairesMoyennePartiesScore d’OrionPerformance
2050 à 215021012419,0 (79 %)2333
2150 à 225021964633,5 (73 %)2367
2250 à 235023044018,5 (46 %)2278
Total221411071,0 (64,5 %)2319
Cinquante-neuf victoires, vingt-quatre nulles, vingt-sept défaites. Performance calculée sur la cote moyenne des adversaires ; le gauntlet lui-même, à adversaires de cote fixe, donne 2324 ± 35.
Le chiffre qui compte vient ensuite. Ordo, qui reprend désormais les 210 parties d’Orion avec toute la liste du laboratoire, le cote 2315.
Orion (Ordo, 210 parties) : 2315
meilleur membre (Forte A) : 1803 soit +512
moyenne des trois membres : 1788 soit +527
première estimation (23 octobre) : 2268 contre ses seuls membres
extrapolation « intenable » : 2259
Contre des adversaires qui ne partagent pas ses angles morts, Orion ne s’est pas effondré : il est monté. La première estimation était bridée par le plafond de l’instrument, à 94 % on ne mesure presque plus rien. Face à des machines de sa force, la mesure respire, et elle donne quarante-sept points de plus. Trois ordinateurs de table de 1986 à 1988, quinze secondes chacun, et le résultat se classe au-dessus de Fritz 3 et de MChess Pro 6 sur le 486 de l’époque.
Ce que les cent dix parties établissent
Le gain tient face à l’inconnu. C’était la question laissée ouverte le 24 octobre, et elle est tranchée : Orion bat 4 à 0 MChess 1.71, Fritz 2 et Fritz 1 sur 486, et Crafty sur ARM9, et marque au moins la moitié des points contre vingt-trois de ses vingt-huit adversaires.
Il fléchit là où la thèse le prévoit. Dans le tiers le plus fort, il ne marque que 46 % (1 sur 4 contre Fruit 2.1 sur ARM9, coté 2350). Des adversaires plus forts trouvent plus souvent ce qu’aucun des trois membres n’a vu. Même là, sa performance de 2278 reste à près de cinq cents points de son meilleur membre.
Les parties sont propres. Vingt journaux relus, 1 444 coups : zéro secours, un seul membre muet (dans une finale déjà jouée), accord unanime dans 34,4 % des coups, contre 34 % sur les positions de test et 36,4 % le 23 octobre.
Une partie : Orion – Saitek Sparc, 28 octobre 2026
Parmi les parties dont le journal a été conservé, une montre mieux que les autres ce que fait le trio. Le Saitek Sparc, programme des Spracklen coté 2176, défend une Sicilienne Najdorf contre l’attaque 7.f4. Sur 89 coups d’Orion après le livre, 38 sont unanimes et 51 arbitrés. Trente-quatre fois, le coup joué n’avait été proposé que par un seul membre : quatorze fois le MM IV, douze fois le Forte A, huit fois le Designer. Et l’arbitre a écarté dix-huit gaffes de membres, des coups qui perdaient au moins un pion et demi.
Forte A (Kittinger)MM IV (Schröder)Designer 2100 (Spracklen)coup joué
89coups d’Orion après le livre
38 / 51unanimes / tranchés par l’arbitre
14 · 12 · 8coups retenus venus d’un seul membre : MM IV, Forte A, Designer
18gaffes de membres écartées (≥ 1,5 pion selon Stockfish)
L’évaluation au fil de la partie
Évaluation Stockfish 16, du point de vue d’Orion, bornée à ±6 pions. Les points marquent les moments commentés ; un clic place la partie à ce coup.
Les moments clés
Chaque diagramme montre la position avant le coup. Flèches : la proposition de chaque membre dans sa couleur, le coup joué en vert, et en pointillé le coup de Stockfish quand aucun membre ne l’a proposé.
Rejouer la partie
⏮
◀
▶
⏭
Flèches ← → du clavier pour avancer et reculer.
Sources : PGN du gauntlet (cutechess) et journal d’Orion, qui note pour chaque coup la proposition et l’évaluation annoncée par chaque membre. Évaluations de contrôle : Stockfish 16, 0,25 à 0,3 seconde par position, indicatives.
Le Forte A n’annonce son évaluation que par paliers d’un pion (−0,50, +0,49, +1,49…) : ses coups sont fiables, pas ses chiffres. Livre Perfect 2023 jusqu’à 8.De2. Cadences : Orion 60/2400, Sparc 60/900.
Et maintenant, sept cerveaux
Si trois auteurs valent cinq cents points, que valent sept ? Le méta-moteur accepte désormais de deux à huit membres, et l’heptade a un nom : Pléiades. MChess 1.71 (Hirsch), RISC 2500 (de Koning), Fritz 2 (Morsch), Elite Avantgarde V9 (Spracklen), Gideon 3.1 sur ChessMachine (Schröder), Mephisto Berlin 68000 (Lang) et Novag Sapphire (Kittinger) : sept auteurs, cotés en moyenne 2149.
Son premier gauntlet a commencé le 29 octobre au matin, contre dix programmes cotés en moyenne 2360, Rebel 9, Fritz 3 et Stockfish 11 sur 68020 compris. Après une partie contre chacun : 9 sur 10. L’unique défaite est une finale de cavaliers égale, perdue sur un coup qu’aucun des sept n’a proposé. Dix parties ne font pas une cote, et ce chiffre bougera. Mais la direction est donnée, et le gauntlet suivant visera cinq cents points au-dessus de ses membres.
Reste la question de fond, toujours ouverte : diversité des auteurs, ou simple multiplicité des propositions ? Les 99 trios témoins n’ont toujours pas joué. Mais une chose est acquise : l’idée marche, au-delà de tout ce que la littérature laissait attendre, et elle marche contre n’importe qui.
Sources
I. Althöfer, Improved game play by multiple computer hints, Theoretical Computer Science, 2003 — le 3-Hirn et les systèmes à choix multiple
T. Obata, T. Sugiyama, K. Hoki & T. Ito, Consultation Algorithm for Computer Shogi: Move Decisions by Majority, CG 2010
T. Sugiyama, T. Obata, K. Hoki & T. Ito, Optimistic Selection Rule Better Than Majority Voting System, CG 2010 — seize joueurs pour passer de 50 à 60 %
K. Regan & G. Haworth, Intrinsic Chess Ratings — la pondération par difficulté de position, remède connu à la platitude de la perte moyenne
Engine Similarity — SIM03 de Don Dailey, et l’usage forensique de l’accord sur les coups
Mesures du laboratoire : resultats\trio\candidats_bilan.tsv et trios.tsv du 23 octobre 2026 ; cotes de la liste Performance Elo du 22 octobre 2026, calculée par Ordo.
Gauntlet d’Orion contre vingt-huit adversaires cotés 2050-2350, 26-28 octobre 2026, et liste Ordo du 29 octobre 2026 ; journaux d’Orion (coups et évaluations des membres) ; premier tour du gauntlet de Pléiades, 29 octobre 2026.
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 24 octobre 2026 · mis à jour le 29 octobre 2026
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26 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsMephisto Berlin Pro 68020 à 230 MHz
Laboratoire · accélération
Mephisto Berlin Pro 68020 à 230 MHz
Gauntlet accéléré CB-Emu — mesure de la force et analyse du gain par doublement de fréquence, en regard du Genius 68030 London à 240 MHz.
Mephisto Berlin Pro 68020 à 230 MHz — 30.Cxh6 (+1,42, profondeur 7) contre le Genius 68030 London, 1-0.
2477Elo ±29
×9,52accélération
161parties
+162gain vs base
Gauntlet terminé le 26 octobre 2026 à 5 h 38 · 10 adversaires à cote fixe · 6 parties incidentées écartées et rejouées.
Le Berlin Professional est la machine 68020 de Richard Lang : un processeur Motorola 68020 à 24 MHz, coté 2315 dans la liste Performance Elo du laboratoire. Émulé dans CB-Emu et accéléré à 230 MHz, soit 9,52 fois sa vitesse d’origine, il atteint 2477 ± 29 Elo. Le gain, +162 points, est trois fois celui du Genius 68030 London accéléré à 240 MHz la veille (+51). Les deux programmes viennent du même auteur ; ils ne répondent pas du tout de la même façon à la puissance.
1. Résultats détaillés par adversaire
Le gauntlet en échelle a commencé par Chess Genius 1 sur 486DX (2336) et s’est arrêté au niveau de Stockfish 11 68020 et de The King 2.54 ChessMachine à 32 MHz (2391–2397). Les parties suivantes ont servi de complément contre les adversaires où le score restait entre 25 et 75 %, jusqu’à une incertitude de ±29 points.
Le Berlin marque 105 points sur 161 (65 %). Il domine nettement le Genius 68030 London de base et la série des Chess Genius sur 486, et ne bute vraiment que sur Stockfish.
AdversaireEloScore%Perf
Chess Genius 1 486DX 33MHz233612,5 / 1966 %2450
Fruit 2.1 ARM9 30MHz235014,0 / 1974 %2529
Mephisto Genius 68030 London236314,5 / 1881 %2610
Chess Genius 3 486DX 33MHz236412,0 / 1963 %2458
Chess Genius 2 486DX 33MHz237312,0 / 1867 %2493
Chess Genius 4 486DX 33MHz237511,0 / 1958 %2430
Chess Genius 5 486DX 33MHz237714,0 / 1974 %2556
MChess 1.71 Pentium 90MHz QEMU238610,5 / 1955 %2423
Stockfish 11 68020 16MHz23910,5 / 68 %1974
The King 2.54 ChessMachine 32MHz23974,0 / 580 %2638
Mephisto Berlin Pro 68020 230 MHz2477105,0 / 16165 %±29
2. Le Berlin monte comme The King
Pour comparer des accélérations différentes, on rapporte le gain d’Elo au nombre de doublements de fréquence. Le Genius 68030 London plafonnait à environ 18 points par doublement ; The King 2.54 sur ChessMachine en prend 49 entre 14 et 140 MHz. Le Berlin Pro se place exactement au niveau de The King.
Berlin Pro 6802024 MHz (base) 2315230 MHz (×9,52) 2477Doublements 3,25Gain total +162~50 Elo par doublement — monte
ChessGenius 68030 London33 MHz (base) 2363240 MHz (×7,26) 2414Doublements 2,86Gain total +51~18 Elo par doublement — sature
The King 2.54 ChessMachine14 MHz 232732 MHz 2397140 MHz (×10) 2491Gain total (14→140) +164~49 Elo par doublement — monte
Berlin Pro : 230 / 24,2 = 9,52 → log₂ 9,52 = 3,25 doublements+162 Elo / 3,25 doublements = 50 Elo par doublement (±9)ChessGenius : 240 / 33 = 7,27 → log₂ 7,27 = 2,86 doublements+51 Elo / 2,86 doublements = 18 Elo par doublementThe King : 140 / 14 = 10 → log₂ 10 = 3,32 doublements+164 Elo / 3,32 doublements = 49 Elo par doublement
23002350240024502500142432140230Fréquence (MHz, échelle logarithmique)232723972491The King 2.54 ChessMachine (~49 Elo/dbl)23152477Berlin Pro 68020 (~50 Elo/dbl)23632414ChessGenius 68030 London (~18 Elo/dbl)
Avec la vitesse réellement tenue (×9,18 en médiane au lieu de ×9,52), le Berlin compte 3,20 doublements et 51 points par doublement : la conclusion ne change pas.
Ce qu’il faut retenir. L’article sur le Genius 240 attribuait sa saturation à l’architecture de recherche du programme. Le Berlin Pro, écrit par le même Richard Lang, ne sature pas : il gagne 50 points par doublement, autant que The King. La saturation est donc propre au programme du Genius 68030 London, pas une signature de l’auteur. Partis avec 48 points de retard, le Berlin accéléré termine 63 ± 40 points devant le Genius accéléré.
3. Face aux mêmes adversaires que le Genius 240
Huit adversaires sont communs aux deux gauntlets. C’est la comparaison la plus directe : même liste, mêmes cotes, même cadence, même émulateur.
AdversaireBerlin 230 MHzGenius 240 MHz
Mephisto Genius 68030 London (33 MHz)14,5 / 18 — 81 %6,0 / 10 — 60 %
Chess Genius 2 486DX 33MHz12,0 / 18 — 67 %4,5 / 10 — 45 %
Chess Genius 5 486DX 33MHz14,0 / 19 — 74 %6,5 / 10 — 65 %
Chess Genius 3 486DX 33MHz12,0 / 19 — 63 %6,0 / 10 — 60 %
Chess Genius 4 486DX 33MHz11,0 / 19 — 58 %5,5 / 10 — 55 %
MChess 1.71 Pentium 90MHz QEMU10,5 / 19 — 55 %5,0 / 10 — 50 %
The King 2.54 ChessMachine 32MHz4,0 / 5 — 80 %5,5 / 6 — 92 %
Stockfish 11 68020 16MHz0,5 / 6 — 8 %5,5 / 10 — 55 %
Cote sur ces 8 adversaires2474 ± 332437 ± 40
Le Berlin fait mieux contre six des huit adversaires. Les deux exceptions sont The King à 32 MHz, de peu et sur cinq parties, et surtout Stockfish 11 68020. Sans ces deux-là, l’écart se creuse : 2489 contre 2414.
4. Observations notables
Le trou noir Stockfish
Un demi-point sur six contre Stockfish 11 sur 68020 à 16 MHz : cinq mats et une nulle à la règle des cinquante coups. Les parties sont normales, sans incident. Stockfish trouve des mats en trois coups que le Berlin ne voit pas venir, là où le Genius 240 marquait 55 %. C’est vraisemblablement un vrai trou tactique du programme. Sans ces six parties, la cote monterait à 2493.
81 % contre le Genius 68030 London
Contre le Genius de base à 33 MHz, le Berlin à 230 MHz marque 14,5 sur 18, pour une performance de 2610. Le Genius 240, contre ce même adversaire, ne faisait que 60 %.
Blancs et noirs
Le Berlin marque 57 points sur 84 avec les blancs (68 %) et 48 sur 77 avec les noirs (62 %). L’écart est dans la norme.
5. Méthodologie
Émulation
Le Berlin Pro tourne dans MessChess (pilote berlinp), sous un relais UCI, sur un AMD Ryzen 9 7950X3D. La vitesse visée est ×9,52 (Speed 952), soit 230 MHz nominal. Le niveau machine est NORML 9 ; le relais arrête la réflexion à environ 15 secondes par coup. Au lancement, le relais retire le bridage Windows (EcoQoS, minuterie) et passe le processus en priorité au-dessus de la normale.
Gauntlet
Le gauntlet est piloté par cutechess-cli à la cadence 60 coups en 15 minutes, avec six parties en parallèle, du 25 octobre à 14 h 57 au 26 octobre à 5 h 38. Les cotes des adversaires sont fixes ; celle du Berlin est l’estimation du maximum de vraisemblance (modèle logistique), avec un écart-type pour incertitude.
Vitesse tenue
Le relais mesure la vitesse de chaque coup. Sur 9 228 coups, la médiane est de 96 % de la vitesse visée (×9,18, environ 220 MHz effectifs) ; 1,2 % des coups passent sous 90 %. Ces coups viennent de trois épisodes : un creux général à 65 % pendant une minute et demie le 25 vers 16 h 06, pendant un ménage de fichiers sur l’ordinateur, et deux parties bridées à environ 87 % du début à la fin (22 h 21 et 5 h 02). Écarter ces deux parties ne change rien (2478 ± 29) ; écarter aussi les six parties touchées par le creux non plus (2476 ± 29).
Incidents et parties rejouées
Six parties se sont figées : la machine ne répondait plus à l’ordre d’arrêt, et le relais a fini par couper la partie. Les six étaient comptées comme des défaites du Berlin. Elles ont été écartées du PGN final et rejouées ; aucune n’entre dans le calcul.
6. Conclusion
Accéléré neuf fois et demie, le Berlin Pro 68020 gagne 162 points et passe de 2315 à 2477. Rapporté au nombre de doublements, ce gain le place avec The King 2.54 (environ 50 points par doublement), loin du Genius 68030 London (18).
Une réserve s’impose. L’échelle s’est arrêtée au niveau 2391–2397, si bien que tous les adversaires du Berlin sont cotés entre 2336 et 2397, à 80 points sous sa cote mesurée. Le chiffre de 2477 est donc une extrapolation au-dessus du champ, là où le Genius 240 avait affronté des adversaires jusqu’à 2569. Quelques matchs contre Fritz 3, le RISC 2500 à 400 MHz ou Rebel 9 (2414–2448) le consolideraient.
Résultat définitif
Mephisto Berlin Pro 68020 à 230 MHz : 2477 ± 29 Elo (161 parties, 10 adversaires à cote fixe, vitesse tenue à 96 % de ×9,52).
Sources
Laboratoire chess.lumn.eu : PGN et bilan du gauntlet (gauntlet_Mephisto Berlin Pro 68020 accelere), 167 journaux du relais CB-Emu, 25–26 octobre 2026.
Mephisto Genius 68030 London à 240 MHz, chess.lumn.eu, 25 octobre 2026 (cotes du Genius et de The King).
Liste Performance Elo du laboratoire (cotes de base et des adversaires).
Fiche du Mephisto Berlin Professional, The Spacious Mind (68020 à 24 MHz, Richard Lang).
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 26 octobre 2026
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25 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsMephisto Genius 68030 London à 240 MHz
Laboratoire · accélération
Mephisto Genius 68030 London à 240 MHz
Gauntlet accéléré CB-Emu — mesure de la force et analyse du gain par doublement de fréquence
MEPHISTO
GENIUS 68030
d4 e5 Nf3 Nc6
depth 14 +0.32
INFO
POS
LEV
MEM
PLAY
MC68030 · 33→240 MHz
2414Elo ±28
×7,26accélération
164parties
+51gain vs base
Gauntlet terminé — résultats définitifs · 25 octobre 2026
Le Mephisto Genius 68030 London, machine dédiée à processeur Motorola 68030 cadencé d’origine à 33 MHz, est émulé par CB-Emu (MessChess/MAME) et accéléré à 240 MHz — soit un facteur de ×7,26 (80 % du maximum du PC hôte). Ce gauntlet en échelle mesure sa force réelle à cette vitesse face à un panel de 18 adversaires cotés entre 2363 et 2569 Elo. Résultat final : 2414 ±28 Elo sur 164 parties, soit +51 points seulement par rapport à la base — le ChessGenius sature.
2414Elo ±28
164parties
×7,26accélération
+51gain vs base
1. Résultats détaillés par adversaire
Les adversaires sont des moteurs sur cartes dédiées (ChessMachine, RISC 2500), des programmes DOS émulés sur Pentium 90 MHz (QEMU) et 486DX 33 MHz (MAME), et le London lui-même à sa fréquence de base. Cadence : environ 15 secondes par coup.
AdversaireEloScore%Perf
Chess Genius 4 Pentium 90 MHz25690 / 202289
Chess Genius 2 Pentium 90 MHz25630 / 602117
Chess Genius 1 Pentium 90 MHz25313 / 10302384
Rebel 12 Pentium 90 MHz25113 / 10302364
The King 2.54 ChessMachine 140 MHz24914,5 / 10452456
Rebel 6 Pentium 90 MHz24773 / 10302330
Rebel 9 Pentium 90 MHz24485,5 / 10552483
Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHz24404,5 / 10452405
Gideon 3.1 ChessMachine 150 MHz24244,5 / 10452389
Fritz 3 Pentium 90 MHz24146 / 10602484
The King 2.54 ChessMachine 32 MHz23975,5 / 6922814
Stockfish 11 68020 16 MHz23915,5 / 10552426
MChess 1.71 Pentium 90 MHz23865 / 10502386
Chess Genius 5 486DX 33 MHz23776,5 / 10652485
Chess Genius 4 486DX 33 MHz23755,5 / 10552410
Chess Genius 2 486DX 33 MHz23734,5 / 10452338
Chess Genius 3 486DX 33 MHz23646 / 10602434
Mephisto Genius 68030 London (base)23636 / 10602433
Gauntlet en échelle, cutechess-cli, 6 parties simultanées, 164 parties au total. En échelle, les adversaires les plus éloignés de la cote du London reçoivent moins de parties (2 à 6). Cotes des adversaires fixées (classement maison du 22/10/2026). La ligne rouge est la version de base du London à 33 MHz.
2. Le ChessGenius sature, The King monte
Le gain du ChessGenius à l’accélération est-il proportionnel à la fréquence ?
Non. En passant de 33 à 240 MHz (2,86 doublements), le London ne gagne que +51 Elo, soit environ 18 Elo par doublement. Il sature.
The King 2.54 sur ChessMachine, en revanche, gagne ~49 Elo par doublement sur la même plage : de 2327 (14 MHz) à 2491 (140 MHz), soit +164 Elo sur 3,32 doublements. Il monte linéairement.
ChessGenius 68030
33 MHz (base) 2363
240 MHz (×7,26) 2414
Doublements 2,86
Gain total +51
~18Elo par doublement — sature
The King 2.54 ChessMachine
14 MHz 2327
32 MHz 2397
140 MHz (×10) 2491
Gain total (14→140) +164
~49Elo par doublement — monte
ChessGenius : (240 / 33) = 7,27 → log₂ 7,27 = 2,86 doublements
+51 Elo / 2,86 doublements = 18 Elo par doublement
The King : (140 / 14) = 10 → log₂ 10 = 3,32 doublements
+164 Elo / 3,32 doublements = 49 Elo par doublement
2300
2350
2400
2450
2500
14
32
140
240
Fréquence (MHz, échelle logarithmique)
2327
2397
2491
2363
2414
The King 2.54 (~49 Elo/dbl)
ChessGenius 68030 (~18 Elo/dbl)
Les deux courbes partent de fréquences différentes mais couvrent une plage comparable (~3 doublements). La pente de The King est plus du double de celle du ChessGenius.
Ce qu’il faut retenir
Le programme de Richard Lang sur 68030 sature rapidement avec la fréquence. Son gain marginal de ~18 Elo par doublement contraste avec les ~49 de The King 2.54, dont l’algorithme exploite bien mieux le temps de calcul supplémentaire. La fréquence ne fait pas tout : l’architecture de recherche du programme compte autant que les mégahertz.
3. Corroboration externe
Le site allemand schach-computer.info publie des listes de cotes indépendantes. Les mesures convergent.
MachineProcesseurSourceElo
ChessGenius 68030 London68030 à 240 MHzchess.lumn.eu2414 ±28
ChessGenius ExclusiveARM 300 MHzschach-computer.info2402–2466
The King 2.54 ChessMachineARM à 140 MHzchess.lumn.eu2491
The King ElementARM 300 MHzschach-computer.info2591–2599
Le London accéléré à 240 MHz (2414) tombe dans la fourchette du ChessGenius Exclusive ARM 300 MHz (2402–2466). Le King Element à 300 MHz (2591–2599) est 100 points au-dessus : il profite bien mieux de la puissance.
4. Observations notables
92 % contre The King 32 MHz
Le score de 5,5 / 6 contre The King 2.54 ChessMachine 32 MHz (perf 2814) est le résultat le plus saillant : le London accéléré domine largement la version lente de The King, alors qu’il est au coude-à-coude avec la version 140 MHz (45 %).
0/6 contre Chess Genius 2 Pentium
Le 0 / 6 contre Chess Genius 2 Pentium 90 MHz (perf 2117) reste aberrant, probablement dû à la variance sur un petit échantillon et au fait que Chess Genius 2 en version DOS/Pentium est un adversaire différent du 68030 malgré le nom partagé.
Rebel 6, Rebel 12 et Chess Genius 1 Pentium résistent
Le London accéléré bat Rebel 9 (55 %, perf 2483) et Fritz 3 (60 %), mais plafonne à 30 % contre Rebel 6, Rebel 12 et Chess Genius 1 Pentium 90 MHz : au-delà de ~2470, la marche est trop haute.
5. Méthodologie
Émulation
CB-Emu (MessChess/MAME) sur PC AMD Ryzen 9 7950X3D (16 cœurs physiques), Windows 11. Accélération à 80 % du maximum, soit un facteur vérifié de ×7,36 (148,6 s émulées pour 20,3 s réelles).
Gauntlet
cutechess-cli en échelle, 6 parties simultanées, cadence ~15 s/coup, livre d’ouverture de la ROM du London. Cote des adversaires fixée d’après le classement maison (Performance Elo du 22 octobre 2026).
Vitesse tenue
Le relais UCI note à chaque coup la vitesse d’émulation réellement tenue, en pourcentage de la vitesse visée. Ces journaux, et non les temps de coup — que le relais coupe à durée fixe —, sont la seule mesure fiable : une machine bridée joue toujours en ~16 s, mais calcule moins.
Incident de mesure et parties rejouées
Le matin du 25 octobre, malgré le correctif anti-bridage de Windows 11 (EcoQoS et résolution de minuterie retirés du processus MAME), l’émulation est tombée à ~60 % de la vitesse visée, d’abord par épisodes à partir de 06 h 35 puis en continu de 08 h 00 à 09 h 43 : le London jouait alors comme un 68030 à ~145 MHz. Elle est remontée à 96–98 % dès que la fenêtre du gauntlet a été remise au premier plan.
Chaque partie a été rapprochée de son journal par la suite des coups. 28 parties touchées par ce palier à ~60 % (de 4 à 100 % de leurs coups sous 90 %) ont été retirées puis rejouées. Dans les 164 parties retenues, la vitesse médiane par partie est de 95 à 98 % et aucun coup ne retombe au palier de 60 % ; seules trois parties, vers 11 h 15, montrent un creux bref à ~70 % sur deux coups. Deux nulles de 15 coups, jouées dans le livre, n’ont pas de mesure exploitable. Avant nettoyage, l’estimation provisoire était de 2426 ±28.
6. Conclusion
À 240 MHz, le Mephisto Genius 68030 London atteint 2414 ±28 Elo sur 164 parties, confirmant que le programme de Richard Lang sur 68030 sature rapidement avec la fréquence. Le gain marginal de ~18 Elo par doublement contraste avec les ~49 de The King 2.54, dont l’algorithme exploite bien mieux le temps de calcul.
Ce résultat est cohérent avec les mesures indépendantes du ChessGenius Exclusive ARM à 300 MHz, et explique pourquoi les versions modernes de ChessGenius sur matériel rapide ne surclassent pas aussi nettement qu’attendu les anciennes versions lentes.
Résultat définitif
Gauntlet clos le 25 octobre 2026 à 14 h 57 : 2414 ±28 Elo sur 164 parties à vitesse vérifiée. L’incertitude reste de ±28 : réduire l’écart-type d’un tiers demanderait environ deux fois plus de parties.
Sources
Gauntlet accéléré CB-Emu, classement Performance Elo du 22 octobre 2026 — chess.lumn.eu
Listes SSDF et schach-computer.info — ChessGenius Exclusive ARM 300 MHz (2402–2466), The King Element ARM 300 MHz (2591–2599)
Mesures du laboratoire : facteur d’accélération ×7,36 vérifié par horodatage des journaux MAME
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 25 octobre 2026
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22 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire · machines virtuelles · octobre 2026
Stockfish 11 sur sept processeurs : 1 385 points d’écart
Le même programme, le même livre d’ouvertures, la même cadence. Seul le matériel change : un 68020 à 16 MHz, un 68040 à 40, un SPARC à 20, un ARM à 30, un 486 à 33, un Pentium à 90, le même ARM poussé à dix fois son horloge, et pour finir le Ryzen à huit fils. Entre les deux bouts, mille trois cent quatre-vingt-cinq points Elo. En chemin, trois machines dédiées qui n’ont jamais existé passent devant tout ce que l’industrie a vendu, et la quatrième vient se placer deuxième moteur mono-fil du laboratoire, à quatre-vingts points de Strelka.
2391sur un 68020 à 16 MHz : au-dessus du meilleur Mephisto jamais vendu
2609sur un 68040 à 40 MHz : au-dessus de toutes les machines du commerce, accélérées comprises
2779sur le SPARC du Saitek Sparc, à sa fréquence d’origine : +603 sur la vraie machine
3329sur l’ARM à 300 MHz : deuxième mono-fil de la liste, derrière Strelka
Une constante, une variable
Stockfish 11 est la dernière version à évaluation classique, écrite à la main : pas de réseau de neurones, donc rien qui exige des instructions vectorielles modernes ou des méga-octets de poids. C’est ce qui en fait le locataire idéal des machines dédiées virtuelles du laboratoire : le même code source se compile pour un 68020 de 1984 comme pour un Ryzen de 2023, et ce qui change d’une mesure à l’autre est le matériel, lui seul.
Le protocole est celui de toute la liste. Livre d’ouvertures Perfect 2023 limité à dix coups, le même pour tous. Cadence 60 coups en 15 minutes. Émulation à vitesse réelle : la machine dispose exactement du temps que la pendule lui donne, pas d’un temps de calcul emprunté au PC hôte. Un fil d’exécution, 4 Mo de table de hachage sur les petites machines. Les cotes sont celles de la liste Performance Elo du 22 octobre 2026, calculée par Ordo sur l’ensemble des parties du laboratoire.
Les six premières machines sont des machines dédiées virtuelles : un processeur, de la mémoire morte, un port série, et rien d’autre — pas de système d’exploitation, pas de disque, pas d’écran. Le programme démarre à l’adresse zéro comme le fait un Mephisto au réveil. Les deux machines x86, le 486 et le Pentium, suivent le même principe sous QEMU : noyau nu, liaison série, aucun système. La dernière ligne, le Ryzen, est là pour l’échelle.
Les sept matériels
Processeur
Horloge
Profondeur
Elo labo
Parties
Motorola 68020 + 68881
16 MHz
10
2391
638
Motorola 68040
40 MHz
11
2609
802
SPARC v8 (MB86930)
20 MHz
12
2779
150
Intel 486DX (QEMU)
33 MHz
13
2800
244
ARM9 (ARMv5TE)
30 MHz
13
2830
432
Intel Pentium (QEMU)
90 MHz
15
3151
238
ARM9 accéléré (QEMU)
300 MHz
18
3329
244
AMD Ryzen 9 7950X3D, 8 fils
~5 GHz
—
3777
274
Profondeur : médiane des profondeurs annoncées par le moteur sur ses coups de plus de dix secondes, entre le premier et le quarantième coup — quatorze mille coups en tout.
Stockfish 11 68020 16 MHz68020 + 68881, 1984 · 638 parties
2391
Stockfish 11 68040 40 MHz68040, 1990 · 802 parties
2609
Stockfish 11 SPARC 20 MHzSPARC v8, 1992 · 150 parties
2779
Stockfish 11 486DX 33 MHz486DX, 1989 · 244 parties
2800
Stockfish 11 ARM9 30 MHzARM9, 1997 · 432 parties
2830
Stockfish 11 Pentium 90 MHzPentium, 1994 · 238 parties
3151
Stockfish 11 ARM9 300 MHzARM9 accéléré · 244 parties
3329
Stockfish 11, Ryzen 9 7950X3D8 fils, ~5 GHz · 274 parties
3777
L’échelle commence à 2300. En rouge l’ARM accéléré, en gris le Ryzen.
Pour donner l’échelle du calcul : sur le 68020 à 16 MHz, Stockfish 11 examine 426 positions par seconde. Sur le 68040, 1 087. Sur le SPARC, 2 403. Le Ryzen, lui, en fait plusieurs millions par cœur. Entre la première et la dernière ligne du tableau, il y a quatre ordres de grandeur de puissance brute — et mille quatre cents points Elo.
Cent quinze points par demi-coup
La profondeur de recherche range les sept matériels dans l’ordre exact de leurs cotes, et l’écart est régulier : chaque demi-coup supplémentaire vaut, sur cette plage, un peu plus de cent dix points.
2400260028003000320034001012141618+115 Elo par demi-coup68020 16 MHz68040 40 MHzSPARC 20 MHz486DX 33 MHzARM9 30 MHzPentium 90 MHzARM9 300 MHzprofondeur médiane, en demi-coupsElo du laboratoire
Chaque point est une plateforme ; la droite est l’ajustement des sept mesures, soit +115 Elo par demi-coup de profondeur (R² = 0,95).
C’est la loi classique du rendement décroissant de la profondeur, vue par le bas. Sur un Ryzen, un demi-coup de plus ne rapporte plus qu’une vingtaine de points, parce que le programme voit déjà tout ce qui compte. À dix demi-coups, chaque palier gagné supprime encore des erreurs grossières, et se paie cher en Elo. Autrement dit : plus la machine est lente, plus les hertz valent de l’Elo. C’est aussi pourquoi un processeur de 1992 et un programme de 2020 font si bon ménage — le second a beaucoup à gagner du peu que le premier lui donne.
Le 68040 passe devant toutes les machines du commerce
Voilà le premier résultat qui mérite qu’on s’y arrête. Un 68040 à 40 MHz, c’est le processeur qu’Hegener + Glaser aurait pu mettre dans un Mephisto de 1992 ; ils se sont arrêtés au 68030 à 33 MHz du Genius London, leur machine la plus forte, cotée 2363 au laboratoire. Stockfish 11 sur ce 68040 vaut 2609. Il ne passe pas seulement devant le Genius London : il passe devant toutes les machines dédiées du laboratoire, y compris les cartes TASC ChessMachine poussées à 140 et 150 MHz et le Saitek RISC 2500 poussé à 400 MHz, c’est-à-dire les machines les plus fortes qui aient jamais posé un coup sur un échiquier à capteurs.
Stockfish 11 68040 40 MHzmachine virtuelle · 2020
2609
The King 2.54, ChessMachine 140 MHzcarte TASC accélérée · 1993
2491
Saitek RISC 2500 à 400 MHzARM2 accéléré · 1992
2440
TASC Gideon 3.1 à 150 MHzcarte TASC accélérée · 1992
2424
Mephisto Genius 68030 London68030 33 MHz · 1996
2363
Mephisto Berlin Pro 6802068020 24 MHz · 1996
2315
Novag Star DiamondH8 · 2003
2226
Mephisto RISC IIARM2 14 MHz · 1992
2225
Saitek RISC 2500ARM2 14 MHz · 1992
2181
Saitek SparcSPARC v8 20 MHz · 1993
2176
Cotes de la liste du 22 octobre 2026. Les trois machines au-dessus de 2420, hors machine virtuelle, sont des cartes ou des machines émulées à une fréquence qu’elles n’ont jamais eue.
Et le plus bel exemple est au bas du graphique. Le Saitek Sparc de 1993 est une machine rare : un SPARClite MB86930 à 20 MHz, le processeur d’une station de travail, avec le programme des Spracklen. Le laboratoire la mesure à 2176. La machine virtuelle du tableau précédent est la même puce à la même fréquence : même jeu d’instructions, même horloge, même cadence de jeu. Seul le programme en mémoire morte change. Résultat : 2779 contre 2176, soit 603 points. Rien dans le silicium n’a bougé ; tout vient de ce qu’on y a mis.
Le 68020, avec moins d’horloge
Même démonstration un étage plus bas. Sur un 68020 à 16 MHz — le processeur des Mephisto Portorose et Lyon de 1989-1990 — Stockfish 11 vaut 2391. Le Mephisto Berlin Pro, 68020 à 24 MHz, vaut 2315 ; le Fidelity Designer Mach IV, 68020 à 20 MHz, 2094. Avec deux tiers de l’horloge du premier et quatre cinquièmes de celle du second, le programme de 2020 les bat tous les deux — et il passe aussi devant le Genius 68030 à 33 MHz, qui a pourtant deux fois sa fréquence et une génération de processeur d’avance.
SPARC, 486, ARM : trois chemins, un même palier
Le milieu du tableau réserve une curiosité. Trois processeurs que rien ne rapproche — un RISC de station de travail à 20 MHz, un x86 de bureau à 33 MHz, un ARM embarqué à 30 MHz — donnent à Stockfish 11 des cotes qui tiennent dans cinquante-et-un points : 2779, 2800, 2830. Trois architectures, trois époques de conception, et le même palier de jeu.
Ce n’est pas un hasard : la profondeur l’explique. Les trois cherchent à douze ou treize demi-coups dans leurs quinze secondes, et à cette profondeur-là le programme joue le même échecs, quelle que soit la route prise pour y arriver. Le matériel ne fait rien d’autre que fournir des demi-coups ; ce qu’il vaut se lit entièrement dans leur nombre.
Ces trois machines, au passage, valent toutes plus de quatre cents points de plus que le meilleur Mephisto jamais commercialisé, avec moins de mégahertz que lui. Et la plus modeste des trois, l’ARM à 30 MHz, bat de 390 points un vrai Saitek RISC 2500 qu’on aurait poussé à 400 MHz.
L’ARM accéléré contre le haut de la liste
Reste la dernière machine dédiée, et c’est celle qui surprend le plus. On prend le même ARM9, on multiplie son horloge par dix — 300 MHz, ce qu’un ARM embarqué de 2001 faisait sans peine — et l’on divise la cadence de jeu par dix, pour que la machine dispose du même temps de calcul qu’à 60 coups en 15 minutes sur du vrai silicium. Dix-huit demi-coups de profondeur, et une cote de 3329.
À ce niveau, la machine ne joue plus contre des machines dédiées : elle joue dans le haut de la liste, parmi les moteurs de PC des années 2000.
Rang
Moteur
Matériel
Elo labo
30
Deep Rybka 4.1 x64
Ryzen, 8 fils
3427
31
Critter 1.6a 64-bit
Ryzen, 8 fils
3410
32
Strelka 5.5 x64
Ryzen, 1 fil
3409
33
Wasp 3.75
Ryzen, 8 fils
3403
34
Dark Toga 0.3.12 JA
Ryzen, 8 fils
3351
35
Stockfish 11 ARM9 300 MHz
machine dédiée virtuelle
3329
36
Senpai 2.0
Ryzen, 8 fils
3325
37
Naum 4.2
Ryzen, 8 fils
3317
38
Wasp 2.00
Ryzen, 8 fils
3316
39
Komodo64 3
Ryzen, 1 fil
3310
Extrait de la liste Performance Elo du 22 octobre 2026, rangs 30 à 39.
Il faut lire la colonne « matériel » avec attention. Strelka 5.5, le meilleur moteur mono-fil de toute la liste, tourne sur un cœur de Ryzen 9 7950X3D à cinq gigahertz. La machine dédiée virtuelle, elle, est un ARM à 300 mégahertz sans système d’exploitation. Entre les deux : 81 points. Et l’ARM passe devant Komodo 3 sur le même Ryzen, devant Senpai 2.0, Naum 4.2 et Wasp 2.00 qui, eux, disposent des huit fils de la machine.
Autrement dit, une puce embarquée cadencée à un seizième de la fréquence d’un processeur de 2023, sans cache de niveau trois, sans exécution dans le désordre, sans système, vient chatouiller ce que le même Ryzen produit de meilleur sur un fil. Il n’y a pas de tour de passe-passe là-dedans : il y a quinze ans de programmation d’échecs entre Strelka 5.5 et Stockfish 11, et ces quinze ans achètent presque autant que le facteur seize sur l’horloge.
Le programme, pas la puce
La démonstration se fait aussi dans l’autre sens, en gardant le matériel fixe. La machine ARM9 à 30 MHz a eu quatre locataires. Même puce, même horloge, même cadence, même livre.
Stockfish 112020 · profondeur 13
2830
Fruit 2.12005 · profondeur 7
2350
Crafty 19.152004 · profondeur 6
2224
Cray Blitz 4.9h1990 · profondeur 5
1851
Les quatre programmes embarqués sur la machine ARM9 à 30 MHz, cotes de la liste du 22 octobre 2026. L’échelle commence à 1800.
Neuf cent soixante-dix-neuf points séparent le Fortran de Cray Blitz, champion du monde 1983 et 1986, du Stockfish de 2020, sur une puce identique. Dans le même temps la profondeur passe de cinq demi-coups à treize : une partie du chemin se voit dans la recherche, l’autre est dans l’évaluation et dans l’art de ne pas regarder ce qui ne sert à rien. C’est, à matériel strictement égal, la mesure la plus propre que le laboratoire sache produire du progrès algorithmique.
Ce qu’il reste à faire
Monter le SPARC à 200 MHz comme l’ARM : ce serait la seconde plateforme accélérée, et la comparaison avec l’ARM à 300 MHz dirait si les deux RISC se suivent aussi bien en haut qu’en bas de l’échelle.
Un 68040 à 160 MHz, pour que la famille 68k ait aussi sa version accélérée et que les trois courbes soient comparables sur toute leur longueur.
Crafty 19.15 et Fruit 2.1 sur le SPARC et sur le 486 à nu, pour compléter le carré programmes × processeurs.
Les tests BT sur le SPARC et sur l’ARM accéléré, pour voir si la résolution de positions suit la cote de parties aussi bien que sur les machines lentes.
Sources
Parties du laboratoire chess.lumn.eu, septembre et octobre 2026 ; cotes de la liste Performance Elo du 22 octobre 2026, calculée par Ordo.
Stockfish 11 & Fruit 2.1 : 68020, 68040 & ARM, chess.lumn.eu : les machines dédiées virtuelles, leur pilote MAME et leur relais série.
Crafty 19.15 sur ARM9 : une machine dédiée qui n’a jamais existé et Cray Blitz sur quatre processeurs, chess.lumn.eu, octobre 2026.
Profondeurs et nombres de nœuds : relevés dans les commentaires des PGN du laboratoire et mesurés machine par machine.
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 23 octobre 2026
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22 October, 2026RatingsClassement général · échelle Ordo
Performance Elo — tournois maison
Cotes Ordo (fit global) depuis le PGN du laboratoire : toutes, sans exception, issues de parties jouées. Les moteurs en bleu tournent sous adaptateur Python (ponts eng2uci / shredder2uci) : leur cote est celle de la version adaptée, jamais celle du moteur d'origine. Les machines dédiées sont en vert, en italique lorsqu'elles sont pilotées en UCI et tournent sans bridage. Les portages maison sur machine émulée par MAME sont en violet. Les programmes PC d'époque tournant sur un 486 ou un Pentium émulé, ou sur une carte ChessMachine émulée, sont en brun : ni moteurs UCI natifs, ni machines dédiées, ni créations maison. Les Meta-Engine UCI, en bleu canard, réunissent plusieurs machines (composition en note sous le tableau). Cliquer un moteur ✱ fait défiler vers son débrief.
RangMoteur / SystèmeHardwareEloPartiesErr ±
1✱ Stockfish 18 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3850120±18
2✱ Caissa 1.24 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3834191±14
3✱ Lc0 v0.31.0 RTX 4060 Ti — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3829191±14
4✱ Fritz 20 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3818241±13
5✱ Stockfish 12 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3808151±16
6✱ Rebel-16.3 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3797251±13
7✱ Lc0 v0.32.1 RTX 4060 Ti — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3796100±20
8✱ Dragon Komodo — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3777110±19
9✱ Stockfish 11 64 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3776274±12
10✱ Fire 9.3 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3739147±16
11✱ Wasp 7.00 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3698206±14
12✱ Komodo 14.1 64-bit — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3693371±10
13✱ Fire 8 x64 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3668198±14
14✱ Ethereal 12.75 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3654215±14
15✱ Komodo 12.1.1 64-bit — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3652112±19
16✱ Caissa 1.5 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3635185±15
17✱ Stockfish 8 64 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3622160±16
18✱ Houdini 5.01 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %362189±21
19✱ Ethereal 11.75 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3596159±16
20✱ Wasp 5.50 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3594168±15
21✱ Xiphos 0.6 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3593180±15
22✱ Booot 6.5_x64 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3588372±10
23✱ Rebel-Extreme-1.1 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %358570±24
24✱ rofChade 2.3 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3553179±15
25✱ Deep Shredder 13 x64 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3533412±10
26✱ Laser 1.7 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3517180±14
27✱ Houdini 4 Pro x64 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3483154±16
28✱ Defenchess 2.2 x64 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3476180±14
29✱ Gull 3 x64 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3466176±15
30✱ Deep Rybka 4.1 x64 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3427146±15
31✱ Critter 1.6a 64-bit — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3410163±16
32✱ Strelka 5.5 x64 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3410138±12
33✱ Wasp 3.75 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3403199±14
34✱ Dark Toga 0.3.12 JA — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %335180±22
35✱ Stockfish 11 ARM9 300MHz QEMUARM9 ARMv5TE 300 MHz — QEMU3329244±9
36✱ Senpai 2.0 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3324101±20
37✱ Naum 4.2 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3317126±17
38✱ Wasp 2.00 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3316128±18
39✱ Komodo64 3 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3310298±11
40✱ Andscacs 0.72 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3236137±16
41✱ Daydreamer 2.0.0 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3185128±17
42✱ Rybka 2.4 mp 32-bit — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3177179±15
43✱ Fritz 13 SE — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %317279±22
44✱ Stockfish 11 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé3152238±9
45✱ Gull 1.2 x64 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3130466±9
46✱ Glaurung 2.2 JA — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3129192±14
47✱ DiscoCheck 5.2.1 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3108137±17
48✱ Toga II 1.4 beta5c — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %309290±21
49✱ Rybka 1.0 Beta — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3072371±10
50✱ Loop M1-T — 4 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3070163±16
51✱ The King 3.50 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3053128±17
52✱ Spike 1.2 Turin — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3050138±17
53✱ Murka 3 x64 UCI — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3030138±17
54✱ ProDeo 3.1 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3027227±13
55✱ Gambit Fruit 1.0 Beta 4bx — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3027138±17
56✱ Fruit 2.2.1 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3024202±13
57✱ Toga II 3.1.2SE JA — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3020143±16
58✱ HIARCS 11.1 UCI — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3020386±10
59✱ Fruit 2.3.1 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3019727±7
60✱ Twisted Logic 20100815 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %3019144±16
61✱ Fritz 10 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %299774±23
62✱ Deep Fritz 8 UCI py — 8 Threadspont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %298499±20
63✱ Shredder 10 UCI — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2979940±6
64✱ Shredder 9.1 UCI — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2975214±13
65✱ Shredder 7 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2974103±19
66✱ Fritz 9 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2968498±9
67✱ Deep Junior 10 UCI py — 8 Threadspont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %296690±21
68✱ Shredder 6 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %293760±26
69✱ ProDeo 2.0 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2926919±7
70✱ Deep Fritz 8 UCI py — 4 Threadspont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %292596±20
71✱ Deep Junior 7 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2919169±15
72✱ Deep Gandalf 7.0-64 — 2 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2916107±19
73✱ Deep Junior 10 UCI py — 4 Threadspont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %291298±20
74✱ Fritz 7 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2909185±15
75✱ Fritz 8 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2906489±9
76✱ Fritz 8 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2904290±12
77✱ Fritz 7 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %289790±21
78✱ Chess Tiger 2007 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2892527±9
79✱ Deep Fritz 8 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2878100±19
80✱ Gandalf 6.0 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2877231±13
81✱ The King 3.50 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2876430±10
82✱ Junior 8 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2874406±10
83✱ Fruit 2.1 PC — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2872726±7
84✱ Hiarcs 8 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2872138±17
85✱ Deep Sjeng 1.6 — 8 ThreadsAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2866118±18
86✱ Ruffian 1.0.5 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2861336±11
87✱ Deep Fritz — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %285970±24
88✱ Shredder 6 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2858110±19
89✱ Fritz 6 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2858199±14
90✱ Gambit Tiger 2.0 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2857121±18
91✱ THE KING 3.23 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2856214±14
92✱ Junior 8 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2848316±11
93✱ THE KING 3.33 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2843227±13
94✱ Gandalf 5.1 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2841232±13
95✱ Hiarcs 8 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2840304±11
96✱ Ruffian 2.1.0 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2840559±8
97✱ Fruit 2.1 Mac — 1 ThreadApple Silicon M1 Max2837686±8
98✱ Junior 7 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2837189±14
99✱ Stockfish 11 ARM9 30MHzARM9 ARMv5TE 30 MHz — MAME2830432±9
100✱ Gandalf 6.01 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %282085±22
101✱ Hiarcs 7 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2818293±11
102✱ SOS 5 for Arena — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2814692±8
103✱ Junior 7 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2802200±14
104✱ Stockfish 11 486DX 33MHz QEMU486DX 33 MHz — QEMU2801244±12
105✱ List 512 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2798538±9
106✱ Fritz 6 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2794368±10
107✱ Fritz 5.32 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2791400±10
108✱ Shredder 5.32 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2781134±17
109✱ Stockfish 11 SPARC 20MHzSPARClite MB86930 20 MHz — MAME2778150±11
110✱ Zarkov 6.50 w32 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2777245±13
111✱ WildCat 8 UCI — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2764193±14
112✱ Nimzo 8 UCI py — 1 Threadpont pyAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2757261±12
113✱ Nimzo 8 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2746171±15
114✱ Fritz 5.32 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2744195±14
115✱ Hiarcs 7.32 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2740126±18
116✱ Yace Paderborn — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2726569±8
117✱ Rebel 6.0 — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2674660±7
118✱ Stockfish 11 68040 40MHz68040 40 MHz — MAME2610802±6
119✱ Chess Genius 5 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2577244±12
120✱ Chess Genius 3 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2577244±12
121✱ Chess Genius 4 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2572246±12
122✱ Chess Genius 2 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2571253±12
123✱ CrayBlitz_49h_uci — 1 ThreadAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2544105±16
124✱ Chess Genius 1 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2533254±12
125✱ Rebel 12 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2514239±13
126✱ The King 2.54 ChessMachine 140MHzturboChessMachine SR, ARM 140 MHz — cmcard, accélérée2489281±12
127✱ Rebel 6 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2481260±12
128✱ Mephisto Berlin Pro 68020 230MHzturbo68EC020 230 MHz — cb-emu, accélérée2478161±15
129✱ Rebel 9 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2445253±12
130✱ Saitek RISC 2500 v1.04 400MHzturboARM2 400 MHz — cb-emu, accélérée2440412±10
131✱ Gideon 3.1 ChessMachine 150MHzturboChessMachine SR, ARM 150 MHz — cmcard, accélérée2425274±12
132✱ Mephisto Genius 68030 London 240MHzturbo68EC030 240 MHz — cb-emu, accélérée2414164±16
133✱ Fritz 3 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2411255±13
134✱ Stockfish 11 68020 16MHz68020 + 68881 16 MHz — MAME2395654±8
135✱ MChess 1.71 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2393273±12
136✱ The King 2.54 ChessMachine 32MHzChessMachine SR, ARM6 32 MHz — cmcard2386279±12
137✱ Chess Genius 4 486DX 33MHz486DX 33 MHz — PC émulé2379293±12
138✱ Chess Genius 2 486DX 33MHz486DX 33 MHz — PC émulé2375272±12
139✱ Chess Genius 5 486DX 33MHz486DX 33 MHz — PC émulé2369295±12
140✱ Chess Genius 3 486DX 33MHz486DX 33 MHz — PC émulé2365273±12
141✱ Mephisto Genius 68030 London68EC030 33,3 MHz — cb-emu2363960±6
142✱ Fruit 2.1 ARM9 30MHzARM9 ARMv5TE 30 MHz — MAME2349495±9
143✱ Chess Genius 1 486DX 33MHz486DX 33 MHz — PC émulé2336586±8
144✱ Gideon 3.1 ChessMachine 32MHzChessMachine SR, ARM6 32 MHz — cmcard2335269±12
145✱ MChess Pro 6 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2330253±12
146✱ The King 2.54 ChessMachine 14MHzChessMachine SR, ARM2 14 MHz — cmcard2327248±13
147✱ OrionMeta-Engine UCI*2315210±11
148✱ Mephisto Berlin Pro 6802068EC020 24,6 MHz — cb-emu2315971±6
149✱ MChess Pro 6 486DX 33MHz486DX 33 MHz — PC émulé2272248±12
150✱ Fritz 1 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2270270±11
151✱ Fritz 3 486DX 33MHz486DX 33 MHz — PC émulé2257532±9
152✱ Fruit 2.1 68040 40MHz68040 40 MHz — MAME2256608±8
153✱ Fritz 2 Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2228248±12
154✱ Novag Star Diamond (v1.04)H8S/2312 25 MHz — cb-emu2226381±9
155✱ Mephisto RISC II65SC02 2,5 MHz + ARM2 ChessMachine — cb-emu2225665±8
156✱ Mephisto Dallas 68000-UCIAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2224238±10
157✱ Rebel 9 486DX 33MHz486DX 33 MHz — PC émulé2220248±12
158✱ Crafty 19.15 ARM9 30MHzARM9 ARMv5TE 30 MHz — MAME2219248±13
159✱ Rebel 6 486DX 33MHz486DX 33 MHz — PC émulé2203313±11
160✱ MChess 1.71 486DX 33MHz486DX 33 MHz — PC émulé2184578±8
161✱ Saitek RISC 2500 v1.04ARM2 14,2 MHz — cb-emu2182575±8
162✱ Saitek Sparc (rev.518)SPARClite MB86930 20 MHz (module OSA) — cb-emu2176542±8
163✱ Fritz 2 486DX 33MHz486DX 33 MHz — PC émulé2175248±12
164✱ Psion Chess 2.13 286 1800MHz QEMU286 1800 MHz — PC émulé2164177±15
165✱ Gideon 3.1 ChessMachine 14MHzChessMachine SR, ARM2 14 MHz — cmcard2150281±12
166✱ Fidelity Elite Avantgarde V968030 32 MHz — cb-emu2125548±8
167✱ Mephisto Berlin 68000 v0.0368000 12,3 MHz — cb-emu2119547±8
168✱ Novag SapphireClipper C400 12,5 MHz — cb-emu2099530±9
169✱ Mephisto MM5 (v5.1)-UCIAMD Ryzen 9 7950X3D 100 %2097263±11
170✱ Fidelity Designer Mach IV68EC020 20 MHz — cb-emu2093550±8
171✱ Fidelity Par Excellence (B) 73MHzturbo65C02 73 MHz — cb-emu, accélérée2087257±12
172✱ Fritz 1 486DX 33MHz486DX 33 MHz — PC émulé2085248±12
173✱ Fruit 2.1 68020 16MHz68020 + 68881 16 MHz — MAME2081277±11
174✱ Novag Constellation Forte A 91MHzturbo65C02 91 MHz — cb-emu, accélérée2054262±12
175✱ Cray Blitz 49h ARM9 300MHz QEMUARM9 ARMv5TE 300 MHz — QEMU2048254±12
176✱ Fidelity Designer Mach III68000 16 MHz — cb-emu2029505±9
177✱ Cray Blitz 49h Pentium 90MHz QEMUPentium — PC émulé2006343±11
178✱ Mephisto Mondial 68000 XL68000 12 MHz — cb-emu1966491±9
179✱ Novag Zircon IIH8/325 26,6 MHz — cb-emu1965480±9
180✱ Mephisto Nigel Short65C02 4,9 MHz — cb-emu1956429±10
181✱ Saitek Maestro D++65C02 (module, à confirmer) — cb-emu1920430±10
182✱ Psion Chess 2.13 286 16MHz QEMU286 16 MHz — PC émulé1920283±12
183✱ Novag Super Expert C v3.665C02 5 MHz — cb-emu1880420±10
184✱ Saitek President6502 2 MHz — cb-emu1875424±10
185✱ Novag Super Forte C v3.665C02 5 MHz — cb-emu1871419±10
186✱ Cray Blitz 49h 486DX 33MHz QEMU486DX 33 MHz — QEMU1867302±11
187✱ Saitek Corona II (ver. D+)65C02 5 MHz — cb-emu1856430±9
188✱ Novag Turquoise65C02 (à confirmer) — cb-emu1855344±11
189✱ Cray Blitz 49h ARM9 30MHzARM9 ARMv5TE 30 MHz — MAME1851320±11
190✱ Mephisto Modena (set 3)65C02 4,2 MHz — cb-emu1832421±10
191✱ Mephisto MM V (v5.1)65C02 4,9 MHz — cb-emu1822420±10
192✱ Saitek Turbo King II (D+)65C02 5 MHz — cb-emu1814418±9
193✱ Novag Constellation Forte A65C02 5 MHz — cb-emu1803444±9
194✱ Mephisto MM IV (v7.10)65C02 4,9 MHz — cb-emu1787452±9
195✱ Fidelity Designer 210065C02 6 MHz — cb-emu1775451±9
196✱ Saitek Simultano (ver. B)65C02 5 MHz — cb-emu1747419±9
197✱ Fidelity Par Excellence (B)65C02 5 MHz — cb-emu1725397±9
198✱ Saitek PrismaH8/325 20 MHz — cb-emu1724399±9
199✱ Saitek Turbo 16K 125MHzturboHD6301Y0 125 MHz — cb-emu, accélérée1717150±16
200✱ Fidelity Designer 200065C02 3 MHz — cb-emu1670398±9
201✱ Novag Super VIP v3.7HD6301Y0 8 MHz — cb-emu1640378±8
202✱ Tandy Chess Champion 215065C02 3 MHz — cb-emu1577376±8
203✱ Saitek Turbo 16KHD6301Y0 8 MHz — cb-emu1437368±6
204✱ Saitek Leonardo (v1.4)HD6303Y 12 MHz — cb-emu1232357±4
✱ = débrief cliquable · bleu = sous adaptateur Python (18) · vert = machine dédiée sous cb-emu (40) · vert italique = échiquier dédié piloté en UCI, sans bridage (2) · violet = portage maison sur machine émulée MAME (13) · brun = programme PC d'époque sur 486 / Pentium ou carte ChessMachine émulés (35) · bleu canard = Meta-Engine UCI (1) · 204 moteurs au total
* Orion : Novag Constellation Forte A (cb-emu MAME), Mephisto MM IV v7.10 (cb-emu MAME), Fidelity Designer 2100 (cb-emu MAME)
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20 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire · machines virtuelles · octobre 2026
Crafty 19.15 sur ARM9 : une machine dédiée qui n’a jamais existé
Prenez le processeur du TASC R30 de 1993, un ARM à 30 MHz. Mettez-y, à la place du programme de Johan de Koning, le Crafty de Robert Hyatt dans sa version du Championnat du monde 2004. Aucun fabricant ne l’a fait ; le laboratoire l’a fait, sous MAME, et l’a classé : 2221 après 244 parties, à égalité avec le Mephisto RISC II, 600 points sous Stockfish 11 sur la même puce et 370 au-dessus de Cray Blitz, son aîné, sur la même puce aussi. Cet article décrit la machine, le banc qui l’a cotée, adversaire par adversaire, et deux parties : une dame sacrifiée contre Fruit 2.1 sur 68040, et un roi noir qui vient se faire mater en h4 contre Stockfish 11 sur 68020.
2221Crafty 19.15 ARM9 30 MHz · liste Performance Elo du 22 octobre · 244 parties
2228± 29 : le gauntlet, 150 parties contre dix adversaires à cote fixe
+371sur Cray Blitz, du même auteur, sur la même puce à la même fréquence
5 670nœuds par seconde, soit la vitesse d’un Mephisto de 1990
Trois façons de faire revivre un programme
Le laboratoire fait jouer d’anciens programmes de trois manières, et il vaut la peine de les distinguer, parce qu’elles ne mesurent pas la même chose.
Les machines dédiées émulées. Un Mephisto, un Fidelity, un Novag : la mémoire morte d’origine, lue dans la vraie machine, tourne dans une émulation fidèle de son processeur et de ses circuits (CB-Emu, c’est-à-dire MAME). On mesure la machine telle qu’elle était vendue. Quand on l’accélère, on mesure ce qu’elle aurait valu avec une horloge plus rapide.
Les programmes d’époque sur PC émulé. Fritz 3, Chess Genius, MChess Pro, Rebel : le logiciel d’origine, dans un PC 486 ou Pentium 90 émulé, avec son DOS. On mesure le programme dans les conditions où ses acheteurs l’utilisaient.
Les machines dédiées virtuelles. C’est la troisième catégorie, et c’est celle de cet article : un programme qui n’a jamais tourné sur ce matériel, embarqué « à nu » dans une machine conçue pour lui, comme si un fabricant l’avait fait en son temps. Stockfish 11 et Fruit 2.1 sur 68020, 68040 et ARM9, Cray Blitz sur quatre processeurs, et maintenant Crafty 19.15 sur ARM9. On mesure ce qu’aurait valu une machine dédiée construite autour de ce programme.
Pourquoi la troisième catégorie ? Parce qu’elle sépare ce que les deux premières mélangent. Une machine dédiée de 1993 est le produit d’un programme et d’un processeur, et l’on ne sait jamais lequel des deux fait la cote. En plaçant plusieurs programmes sur la même puce, on obtient le programme seul ; en plaçant le même programme sur plusieurs puces, on obtient la puce seule. Crafty est la quatrième mesure sur l’ARM9 à 30 MHz, après Stockfish 11, Fruit 2.1 et Cray Blitz.
La machine
Elle est décrite en détail dans Stockfish 11 & Fruit 2.1 : 68020, 68040 & ARM ; l’essentiel tient en quelques lignes. C’est un pilote MAME de deux cents lignes, qui assemble :
un processeur ARM9 (jeu d’instructions ARMv5TE) cadencé à 30 MHz, la fréquence de l’ARM6 du TASC R30 ;
1 Mo de mémoire morte, où le programme est chargé comme une cartouche, et 32 Mo de mémoire vive ;
une horloge en millisecondes, la seule notion du temps que la machine possède ;
un port série (une USART Intel 8251, une puce de 1976), relié par une liaison série émulée à un relais Python qui parle UCI à l’interface.
Pas de système d’exploitation, pas de disque, pas d’écran, pas de clavier. Le programme démarre à l’adresse zéro, installe sa table de vecteurs, programme l’USART et attend qu’on lui parle. Tout ce que fait un Mephisto au réveil, en somme, avec un port série à la place des capteurs de l’échiquier.
Le choix de l’ARM9 plutôt que de l’ARM2 du RISC 2500 ou de l’ARM6 du R30 n’est pas une coquetterie. La bibliothèque standard fournie avec le compilateur croisé est compilée pour ARMv5T, et sa première addition de nombres flottants exécute une instruction CLZ (compte des zéros de tête) qu’un ARM7TDMI ne connaît pas ; plutôt que de reconstruire toute la chaîne de compilation, on a pris le processeur qui correspond. Et CLZ n’est pas un détail pour un programme d’échecs à bitboards : trouver le premier bit d’un mot de 64 bits est son opération la plus fréquente, et c’est justement celle qui manquait à l’ARM2 du RISC 2500. L’ARM9 est, de ce point de vue, mieux armé que le 68020 des Mephisto pour ce travail.
Une machine un peu trop idéale
MAME ne facture que les instructions exécutées. La mémoire ne coûte rien : pas de cycle d’attente, pas de défaut de cache. Une vraie carte de 1993, avec de la mémoire dynamique de l’époque et un bus lent, aurait fait tourner le même programme un peu moins vite. La machine virtuelle est donc une version optimiste de ce qu’un constructeur aurait pu vendre ; de combien, on ne le sait pas, et c’est une des raisons de préférer les comparaisons à matériel égal, entre programmes de la même machine, aux comparaisons avec les vraies machines.
Le locataire
Crafty 19.15 est la version qui a joué le Championnat du monde 2004 à Ramat-Gan, où elle a terminé à égalité de points avec Fritz, derrière Deep Junior et Shredder. C’est le successeur libre de Cray Blitz, champion du monde des ordinateurs en 1983 et 1986, écrit en C par Robert Hyatt à partir de 1994 ; son code source a été public dès le début et a servi de référence à une génération de programmeurs. Il ne connaissait que le protocole xboard : l’UCI a été greffé dans le moteur lui-même, sans adaptateur.
L’embarquer a demandé ce que demandent tous les portages à nu : un amorçage (crt0), un script d’édition de liens, une couche d’entrées-sorties réduite au port série, et le remplacement de ce que le programme attend d’un système qui n’existe pas. Crafty y a ajouté ses particularités. Il lit son entrée pendant la recherche et la donne à son analyseur xboard, si bien que stop n’était pas compris et que quit tuait le moteur avant qu’il annonce son coup. Ses tables de finales de Nalimov sont câblées en dur, sans option pour les retirer ; elles sont fournies en version « aucune table installée ». Ses cadences passent par des commandes qui ne sont honorées que si le moteur se croit piloté par xboard : elles sont posées directement dans ses variables internes, en centièmes de seconde. Et l’ARMv5 n’a aucune instruction atomique ; sur une machine à un seul fil, masquer les interruptions le temps de l’opération suffit.
Le résultat : une cartouche de 281 Ko, et un programme qui calcule 5 670 nœuds par seconde sur sa puce à 30 MHz. C’est l’ordre de grandeur de ce que faisait un Mephisto 68020 en 1990. Fruit 2.1, sur la même machine, en fait 6 620, Stockfish 11 environ 2 500. À la cadence de la liste, 60 coups en 15 minutes, Crafty réfléchit à une moyenne de 7,2 demi-coups par coup et dépense sa pendule avec une régularité de métronome : 15,4 secondes par coup.
Le banc
Le gauntlet a été joué le 22 octobre 2026 à cibles fixes : dix adversaires choisis autour de la cote attendue, de 2079 à 2315, quatorze ou seize parties contre chacun, cent cinquante en tout, et les cotes des adversaires figées à leur valeur de la liste du moment. Tout le monde joue le même livre d’ouvertures, Perfect 2023 limité à dix coups ; les machines dédiées émulées, qui ont le leur en mémoire morte, le jouent aussi. La cadence est celle de la liste, 60 coups en 15 minutes, dans une émulation à vitesse réelle.
Moteur
Parties
Score
Gauntlet
Liste
BT-2450
BT-2630
Prof.
Crafty 19.15 ARM9 30 MHz
150
85,5 · 57 %
2228 ± 29
2221 · 244 p.
2166 · 26/30
2200 · 20/30
7,2
Gauntlet : performance contre les dix adversaires à cote fixe. Liste : cote Ordo de la liste Performance Elo du 22 octobre 2026, qui ajoute aux 150 parties du gauntlet les 94 du tournoi des machines émulées d’octobre. BT : tests BT-2450 et BT-2630 du laboratoire, 15 minutes par position, avec le nombre de positions résolues. Prof. : profondeur moyenne annoncée par le moteur sur ses coups de plus de 8 secondes.
Un score de 57 % contre des adversaires de 2079 à 2315 : Crafty 19.15 à 30 MHz est une machine dédiée de 1992 de très bon niveau. Il écrase le Novag Sapphire et le Mephisto Berlin 68000 (treize et quatorze points sur seize), domine le Mephisto RISC II, bat le Saitek Sparc et les Fidelity ; il perd nettement contre Fruit 2.1 sur sa propre puce et contre le Berlin Pro 68020, et c’est contre Rebel 6 sur 486, le seul programme de PC du lot avec MChess, qu’il fait son plus mauvais score relatif. Ses cotes BT, 2166 et 2200, sont à cinquante points sous sa cote de parties : Crafty joue un peu mieux qu’il ne résout, ce qui est le propre d’un programme à l’évaluation copieuse plutôt qu’à la recherche profonde.
Le détail, adversaire par adversaire
Adversaire
Cote
Score
%
+ = −
Fidelity Designer Mach IV
2079
10 / 16
63 %
+8 =4 −4
Novag Sapphire
2101
14 / 16
88 %
+13 =2 −1
Mephisto Berlin 68000 v0.03
2120
13 / 16
81 %
+10 =6 −0
Fidelity Elite Avantgarde V9
2125
9 / 16
56 %
+7 =4 −5
Saitek Sparc (rev.518)
2165
9 / 16
56 %
+6 =6 −4
Rebel 6 486DX 33MHz
2180
6 / 14
43 %
+5 =2 −7
MChess 1.71 486DX 33MHz
2193
8,5 / 14
61 %
+8 =1 −5
Mephisto RISC II
2228
9,5 / 14
68 %
+9 =1 −4
Fruit 2.1 ARM9 30MHz
2310
3,5 / 14
25 %
+2 =3 −9
Mephisto Berlin Pro 68020
2315
3 / 14
21 %
+1 =4 −9
Total
85,5 / 150
57 %
+69 =33 −48
Cotes des adversaires : liste du laboratoire au 21 octobre 2026, figées pour le calcul. Perfect 2023 à dix coups pour tous.
Le détail dit quelque chose que la cote ne dit pas. Contre le Mephisto RISC II, coté comme lui, Crafty fait 68 % ; contre le Berlin Pro, cent points plus haut, 21 %, et contre Rebel 6, cinquante points plus bas, 43 %. Les programmes d’Ed Schröder et de Richard Lang ne sont pas plus forts que la cote ne le dit : ils jouent un jeu que Crafty, à 7 demi-coups, lit mal, positionnel et patient, là où le RISC II et les Fidelity l’attaquent de front et se font contrer. La cote est une moyenne ; les styles ne s’y annulent qu’avec assez d’adversaires différents, et c’est pourquoi le banc en a dix.
Ce qu’elle vaut parmi les vraies
Ce qui intéresse ensuite, c’est de placer cette machine parmi celles qui ont existé.
Mephisto Genius 68030 London68030 33 MHz · 1996
2363
Mephisto Berlin Pro 6802068020 24 MHz · 1996
2315
Novag Star DiamondH8 · 2003
2226
Crafty 19.15 ARM9 30 MHzmachine virtuelle · 2004
2221
Mephisto RISC IIARM2 14 MHz · 1992
2221
Saitek RISC 2500ARM2 14 MHz · 1992
2179
Saitek SparcSPARC 20 MHz · 1993
2175
TASC Gideon 3.1, ChessMachine 14 MHzARM2 14 MHz · 1992
2153
Mephisto Berlin 6800068000 12 MHz · 1992
2117
Novag SapphireH8 · 1994
2097
Fidelity Designer Mach IV68020 20 MHz · 1989
2092
Cotes de la liste Performance Elo du 22 octobre 2026, machines à leur vitesse d’origine. L’échelle commence à 2000. En rouge, la machine virtuelle.
Crafty à 30 MHz est à égalité avec le Mephisto RISC II, à quarante points du RISC 2500 et du Sparc, cinq points sous le Star Diamond. C’est précisément la génération des machines à processeur RISC de 1992-1993 : un ARM2 à 14 MHz chez Saitek et chez Mephisto, un SPARC à 20 MHz chez Saitek. Avec deux fois leur fréquence et un processeur plus moderne, Crafty 19.15 ne fait que les égaler. Les programmes de ces machines, le Gideon d’Ed Schröder, The King de Johan de Koning, le programme des Spracklen du Sparc, étaient écrits pour ces processeurs et pour quelques centaines de kilo-octets de mémoire ; Crafty est un programme de PC, écrit en C, avec des tables de hachage, une évaluation copieuse et des bitboards de 64 bits sur un processeur de 32. À matériel équivalent, dix ans d’écart ne lui donnent aucun avantage sur eux. Il reste cent points sous le Berlin Pro et cent quarante sous le Genius 68030, les Mephisto de Richard Lang de 1996.
Trois moteurs, une puce : ce que vaut l’algorithme
C’est l’intérêt principal de cette mesure. Sur la même machine, à la même fréquence, avec la même mémoire et le même relais, le laboratoire a maintenant trois moteurs de trois générations : Crafty 19.15 (une architecture des années 1990, entretenue jusqu’au milieu des années 2000), Fruit 2.1 (2005) et Stockfish 11 (2020). Et deux programmes du même auteur : Cray Blitz 49h, le Fortran de 1990, et Crafty, son successeur.
Cray Blitz 49h ARM9 30 MHzMAME · 320 p. · 1990
1850
Cray Blitz 49h ARM9 300 MHzQEMU · 254 p. · dix fois l’horloge
2046
Crafty 19.15 ARM9 30 MHzMAME · 244 p. · 2004
2221
Fruit 2.1 ARM9 30 MHzMAME · 452 p. · 2005
2342
Stockfish 11 ARM9 30 MHzMAME · 432 p. · 2020
2827
Les cinq locataires de la machine ARM9, liste du 22 octobre 2026. L’échelle commence à 1700.
Stockfish 11 : +606 points sur Crafty, à matériel identique. Quinze ans de progrès algorithmique, sans un hertz de plus. Sur les tests BT, en revanche, Stockfish 11 à 30 MHz fait 2134 au BT-2450, trente points de moins que Crafty : son élagage, réglé pour des millions de nœuds par seconde, rate des coups tactiques à quelques milliers. Sa force en partie ne vient pas de là.
Fruit 2.1 : +121 sur Crafty. Les deux programmes sont contemporains ; Fruit a une évaluation plus simple et une recherche plus efficace, et c’est ce qui se voit à 30 MHz. Fruit résout aussi mieux : 2295 et 2297 aux BT contre 2166 et 2200. Face à face, sur la même puce, Fruit a pris neuf parties sur quatorze et n’en a perdu que deux.
Cray Blitz, du même auteur, sur la même puce à la même fréquence, fait 1850 : Crafty le dépasse de 371 points. Et Cray Blitz sur l’ARM9 poussé à 300 MHz, dix fois plus vite, fait 2046, encore 175 points sous Crafty à 30 MHz. Entre le Fortran de 1990 et le C de 2004, le même auteur a gagné plus que ne donne un facteur dix sur l’horloge. Sur cette machine, Crafty réfléchit à 7,2 demi-coups quand Cray Blitz en atteint 4,8 : c’est là que sont les points. Il faut le Ryzen, un cœur à 5 GHz, pour que Cray Blitz (2544) passe devant Crafty à 30 MHz.
Dans la famille des processeurs, l’ARM9 à 30 MHz se place au-dessus du 68040 à 40 MHz pour les deux moteurs qui ont tourné sur les deux : +93 pour Fruit (2350 contre 2257), +221 pour Stockfish (2830 contre 2609). Crafty n’a pas de version 68k ; à venir, peut-être.
Première partie : une dame pour un cavalier
Fruit 2.1 68040 40 MHz – Crafty 19.15 ARM9 30 MHz · laboratoire, 17 octobre 2026 · Réti · 0-1 en 48 coups
Deux machines dédiées virtuelles l’une contre l’autre : Fruit 2.1 sur le 68040 à 40 MHz, coté 2254, contre Crafty, 33 points plus bas. Fruit a gagné huit des dix parties de leur rencontre ; celle-ci est l’une des deux autres, et elle vaut le détour pour trois coups : une dame abandonnée en g8 au 29e, une promotion en cavalier avec échec au 33e, et un roi blanc qui finit maté en h5 au milieu de l’échiquier. Les évaluations entre crochets sont celles de Stockfish 16 à 600 000 nœuds par coup ; les évaluations « annoncées » sont celles des deux programmes pendant la partie.
1.Cf3 Cf6 2.d4 d6 3.Dd3 Fruit sort du livre avec un coup de dame étrange. 3…Cc6 4.d5 Ce5 5.Cxe5 dxe5 6.Cc3 e6 7.dxe6 Fxe6 8.Db5+ Cd7 9.Dxb7 Fc5 La dame blanche part chercher des pions pendant que les Noirs développent. 10.Cb5 ? O-O 11.Dxc7 ? Un second pion, et la dame est hors jeu pour dix coups ; il fallait 11.e3. 11…Df6 12.e3 Tac8 13.Db7 Ff5 14.Fe2 Fb6 15.g4 Fe6 16.c3 Cc5 17.Df3 Cd3+ 18.Rf1 Le roi blanc ne roquera plus . 18…Dd8 19.h4 ? f5 ! Crafty ouvre la colonne f sur le roi. 20.g5 a6 21.Ca3 Fd5 22.Dh3 Fxh1 23.Dxh1 f4 24.De4 Cxc1 25.Fc4+ Rh8 26.Txc1 fxe3 27.Fd3 Txf2+ 28.Rg1 Dg8 Les Noirs ont une tour sur la septième, un pion en e3 et un fou en b6 qui regarde g1. Crafty annonce +1,66 ; Stockfish 16 voit −5,6.
a8b7c6d5e4f3g2h1Après 29.Fc4 : la dame g8 est attaquée. Crafty la laisse et joue 29…e2.
a8b7c6d5e4f3g2h1Après 33.Fc4 : 33…e1=C+ ! Le cavalier donne échec en g2, là où une dame ne le donnerait pas.
29.Fc4 Le fou attaque la dame. 29…e2 !! Crafty laisse sa dame en prise et avance le pion : la menace est e1=D. 30.Fxg8 Tf4+ ! Échec à la découverte du fou b6, et la tour s’en va attaquer la dame blanche. 31.Rg2 Txe4 La dame est reprise : les Noirs ont rendu la leur pour celle des Blancs, et gardé le pion e2 à une case de la promotion . 32.Fe6 Te8 33.Fc4 e1=C+ ! La promotion en cavalier, pas en dame : de e1, un cavalier fait échec au roi g2, une dame ne le ferait pas. Les Blancs doivent prendre, et la tour reprend. 34.Txe1 Txe1 35.Fxa6 Tf8 36.Cc4 Ff2 37.Rh2 Fxh4 38.Rh3 Fxg5 39.a4 Tf3+ 40.Rg2 Td3 41.Fc8 Fh4 42.Fg4 Tg3+ 43.Rh2 Txg4 44.Ca3 Tf4 Crafty annonce le mat en neuf. 45.Cb1 Tf2+ 46.Rh3 Th1+ 47.Rg4 Tf4+ 48.Rh5 Fe7 mat. Le roi blanc, parti de g1, est maté en h5 par un fou.
a8b7c6d5e4f3g2h1La position finale : 48…Fe7 mat. Le fou e7 et les deux tours tiennent toutes les cases.
Rien dans cette partie n’est hors de portée d’un programme de 1993 ; ce qui ne l’est pas, c’est de le faire à 7 demi-coups en 12 secondes sur 30 MHz, avec une évaluation qui compte le pion e2 pour ce qu’il vaut. Fruit, sur son 68040, a annoncé −1,89 au 25e coup et −5,73 au 35e : il a vu venir la défaite, un coup après l’autre, sans trouver où elle se décidait.
Seconde partie : Crafty bat Stockfish
Crafty 19.15 ARM9 30 MHz – Stockfish 11 68020 16 MHz · laboratoire, 18 octobre 2026 · sicilienne, 2.d4 · 1-0 en 52 coups
Stockfish 11 sur 68020 à 16 MHz est coté 2384, cent soixante points au-dessus de Crafty. Les deux machines ne se sont rencontrées qu’une fois, et Crafty a gagné. Ce n’est pas une partie propre, aucune des parties entre machines de ce niveau ne l’est, mais elle a une fin que l’on n’oublie pas : le roi noir vient se faire mater en h4, au milieu des pièces blanches. Les évaluations entre crochets sont celles de Stockfish 17 à la profondeur 20 ; les évaluations « annoncées » celles des deux programmes pendant la partie.
1.e4 c5 2.d4 cxd4 3.Dxd4 Crafty ne joue pas 2.Cf3 mais reprend tout de suite en d4 : la dame sort, puis rentre en d1. Rien de grave, mais Stockfish est déjà à l’aise. 3…Cc6 4.Dd1 Cf6 5.Cc3 e5 6.Fb5 Cd4 Stockfish, à 16 MHz et 8 demi-coups, annonce +1,28 pour lui. Il surestime : la position est égale. 7.Fd3 d5 8.Fg5 dxe4 9.Cxe4 Fe7 10.c3 Cxe4 11.Fxe7 Dxe7 12.Fxe4 O-O 13.cxd4 exd4 Les pièces se sont échangées par paires ; il reste à Crafty un pion d4 noir isolé à ramasser.
14.De2 14.De2 ? Il fallait prendre : 14.Dxd4. Crafty laisse le pion, et 14…Te8 cloue le fou e4 : −0,67. 14…Te8 15.f3 Ff5 15…Ff5 ?? Stockfish annonce −0,69 pour lui et met son fou en prise, croyant au contre-jeu. Stockfish 17 voit +2,07 après 16.O-O-O ! : le roi se sauve, la tour vient sur d1, et le pion d4 tombe avec le fou. 16.Fxf5 16.Fxf5 ?? Crafty prend le fou, ce qui est naturel et faux : 16…Db4+ ! 17.Rf2 Txe2+ 18.Cxe2, et Crafty a donné sa dame pour tour et fou. Les deux programmes viennent de rater le même coup, 16.O-O-O, en deux demi-coups.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 15…Ff5 : Stockfish vient de mettre son fou en prise. 16.O-O-O gagnait une pièce ; Crafty a joué 16.Fxf5 et perdu sa dame contre tour et fou.
16…Db4+ 17.Rf2 Txe2+ 18.Cxe2 Le compte : dame et tour noires contre deux tours, fou et cavalier blancs, à peu près l’équilibre, −0,36. 18…Te8 19.Fe4 19.Fe4 ? laisse 19…d3 : −1,03. Stockfish annonce −0,44 pour lui ; il ne croit pas à son avantage. 19…d3 20.Fxd3 Db6+ 21.Rf1 g6 21…g6 ? rend l’avantage ; 21…Dxb2 prenait un pion pour rien. 22.b3 Crafty annonce +2,42 à la profondeur 7. Il surestime autant que Stockfish sous-estimait : Stockfish 17 dit 0,00. Les deux programmes se trompent dans des sens opposés, ce qui fait une partie équilibrée. 22…Da5 23.Fe4 Dd2 23…Dd2 ?? annoncé 0,00 par Stockfish. La dame se met en d2 sans voir que 24.Rf2 la laisse en plan : +1,75. Il fallait 23…Rh8. 24.Rf2
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 24.Rf2 : la dame noire est enfermée en d2, et les tours blanches vont entrer en jeu par d1 et b1. Crafty annonce +2,99.
24…f5 25.Thd1 Les tours blanches viennent ; Stockfish se débat avec 24…f5 et 26…h5, qui créent des cibles autant que des menaces. 25…Db2 26.Fd3 h5 27.Fb5 Te7 28.f4 Rh7 29.g3 29.g3 ? affaiblit la case h3 et rend 29…h4 ! : +0,83 seulement. 29…h4 30.Fc4 a5 31.a4 Rg7 31…Rg7 ?? Il fallait 31…h3 pour fixer la faiblesse. Le roi noir va à la rencontre des tours : +2,0. 32.Tab1 Dc2 33.gxh4 Te4 34.Rf1 Te3 35.Td7+ 35.Td7+ chasse le roi en h6. Crafty annonce +4,06. 35…Rh6 36.Te1 Tf3+ 36…Tf3+ ? donne un tempo. Stockfish, à 11 demi-coups, annonce encore −0,76 pour lui, mais sa position se défait. 37.Rg1 De4 37…De4 ?? annoncé −2,38 par Stockfish : la dame quitte la défense. Il fallait 37…b5.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 38.Fg8 ! : le fou se glisse derrière le roi noir, qui n’a plus que h5. Stockfish 17 : +5,45 ; Crafty annonce +5,20.
38…Rh5 39.Fd5 De3+ 40.Rh1 Rh6 Le roi noir fait l’aller-retour h5-h6-h5 pendant que le fou danse entre g8 et d5. 41.Fg8 Rh5 42.Tg1 42.Tg1 ! force l’échange de la dame contre la tour : il reste tour, fou et cavalier blancs contre une tour noire. 42…Dxg1+ 43.Rxg1 Th3 43…Th3 ?? et le roi noir, au lieu de rentrer, va chercher le pion h4. 44.Th7+ Rg4
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 44.Th7+ Rg4 : le roi noir est monté en g4, dans le camp blanc. Crafty annonce +9,31.
45.Ff7 Te3 46.Fxg6 45.Ff7 et 46.Fxg6 : Crafty prend le pion g6 avec échec à venir sur h5. 46…b6 47.Fh5+ Rh3 47.Fh5+ Rh3. Le roi noir est en h3, à côté du roi blanc, entouré de la tour h7, du fou h5 et du cavalier e2. Il n’a plus de case. 48.Rh1 48.Rh1 et Crafty annonce +19,75, puis le mat en 7 au coup suivant. 48…Te7 49.Txe7 49.Txe7. La dernière pièce noire disparaît. Crafty annonce « mat en 7 » à la profondeur 7, et le joue. 49…b5 50.Ff3 bxa4 51.Cg1+ 51.Cg1+ chasse le roi en h4, et la tour revient donner le mat. 51…Rxh4 52.Th7#
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh1152.Th7 mat. Le roi noir est allé se faire mater en h4, sur la case du pion qu’il voulait prendre.
Stockfish 11 sur 68020 à 16 MHz n’est pas le Stockfish du Ryzen : à 10 demi-coups, il met sa dame en d2, puis en e4, et laisse son roi partir en promenade. Crafty, à 7 demi-coups, a surévalué toute la partie, et cette confiance l’a bien servi : quand la position s’est ouverte, c’est lui qui avait les pièces actives.
Et une partie contre son colocataireContre Fruit 2.1 sur la même machine, à la même fréquence, Crafty perd le plus souvent : 3,5 sur 14 dans le gauntlet. L’une de ses rares victoires, le 18 octobre, en 110 coups, est une curiosité : après un milieu de partie où Crafty a pris un net avantage avant de tout rendre, la partie est entrée dans une finale de pions totalement nulle. Les deux programmes ont promené leurs rois pendant quarante-six coups, de 40…Rg7 à 86.Rd2, avec une évaluation à 0,00 des deux côtés, et le compteur des cinquante coups qui ne s’est jamais déclenché parce qu’un pion bougeait de temps en temps. Puis Fruit a joué 86…Rf6 ??, le seul coup qui perd, et Crafty a promu au 105e coup, maté au 110e. Fruit n’a pas de table de finales ; Crafty non plus. À 30 MHz, un roi qui s’éloigne de deux cases suffit.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 86.Rd2 : finale de pions nulle, 46 coups que les rois tournent en rond.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh1186…Rf6 ?? : le roi noir s’écarte, et 87.Rc2 ! va chercher c5 par b3-a4-b5. Stockfish 17 : +5,70.
Ce qu’il reste à faire
Crafty sur les autres machines virtuelles : le 68040, pour le comparer à Fruit et à Stockfish à armes égales, et les machines x86 à nu (486DX 33 et Pentium 90) qui existent déjà pour Stockfish et Cray Blitz.
Crafty sur l’ARM9 à 300 MHz, pour savoir si ses 7 demi-coups en deviennent 9 et ce que cela vaut en points.
Crafty 19.15 sur PC, dans les conditions de la liste, pour mesurer ce que les gigahertz lui rendent : il manque à la liste.
Un match à positions imposées contre le RISC 2500 et le Sparc, les deux vraies machines qui l’encadrent, pour sortir des lignes de livre qui se répètent.
Sources
PGN du gauntlet à cibles fixes, laboratoire chess.lumn.eu, 22 octobre 2026 (150 parties), et du tournoi des machines émulées, 4-5 octobre 2026 (94 parties) ; cotes de la liste Performance Elo du 22 octobre 2026.
Stockfish 11 & Fruit 2.1 : 68020, 68040 & ARM, chess.lumn.eu : les machines dédiées virtuelles, leur pilote MAME et leur relais.
Cray Blitz sur quatre processeurs, chess.lumn.eu, 20 octobre 2026.
Les tests BT, mesurés en série, chess.lumn.eu, octobre 2026.
Crafty et Cray Blitz, Chess Programming Wiki ; sources de Crafty 19.15 archivées sur GitHub (lazydroid/crafty-chess).
Analyses des parties : Stockfish 16, 600 000 nœuds par coup (première partie) ; Stockfish 17.1, profondeur 20 (seconde partie).
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 22 octobre 2026
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20 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire · machines virtuelles · octobre 2026
Cray Blitz sur quatre processeurs : 486, Pentium 90, ARM9 à 30 et à 300 MHz
Le programme des Cray, champion du monde des ordinateurs en 1983 et 1986, a été embarqué tel quel, en Fortran, dans quatre machines dédiées qui n’ont jamais existé. Les quatre gauntlets sont finis : 1861 sur l’ARM9 à 30 MHz, 1869 sur le 486DX à 33 MHz, 2022 sur le Pentium 90, 2034 sur l’ARM9 à 300 MHz. Le même programme, le même livre, la même cadence ; seul le processeur change, et c’est ce qui permet de peser les processeurs eux-mêmes.
2034ARM9 à 300 MHz (QEMU) · 160 parties
2022Pentium 90 (QEMU) · 250 parties
1869486DX à 33 MHz (QEMU) · 208 parties
1861ARM9 à 30 MHz (MAME) · 226 parties
De quoi on parle
Cray Blitz est le programme de Robert Hyatt, Harry Nelson et Albert Gower, écrit en Fortran pour les superordinateurs Cray. Il a remporté le Championnat du monde des ordinateurs à New York en 1983 et à Cologne en 1986, avant de céder le titre à Deep Thought en 1989. La version utilisée ici est la 4.9h, datée du 9 décembre 1990 : c’est la version publiée par Hyatt, celle de la fin de carrière du programme, qui tournait alors sur les Cray Y-MP. Son successeur direct est Crafty, du même auteur, mesuré sur la même machine ARM9.
Ce Fortran de supercalculateur a été compilé pour trois processeurs qu’il n’a jamais connus, et chargé en cartouche dans quatre machines dédiées virtuelles. Ce sont des sœurs des machines 68020, 68040 et ARM9 décrites dans Stockfish 11 & Fruit 2.1 : 68020, 68040 & ARM : un processeur, de la mémoire, une horloge en millisecondes et un port série pour parler au monde ; pas de système d’exploitation, pas de disque, pas d’écran. Le programme démarre « à nu », comme le ferait le logiciel d’un Mephisto ou d’un Fidelity.
ARM9 à 30 MHz (ARMv5TE), émulé par MAME, bridé au temps réel : la machine réfléchit exactement comme le ferait le matériel. 30 MHz est la fréquence du TASC R30 de 1993, valeur d’époque pour une machine dédiée.
486DX à 33 MHz, Pentium à 90 MHz et ARM9 à 300 MHz, émulés par QEMU. MAME interprète ces processeurs instruction par instruction et ne tient pas le temps réel au-delà de quelques dizaines de mégahertz ; QEMU traduit le code et va bien plus vite. Son horloge virtuelle avance d’un pas fixe par instruction exécutée, et ce temps est ramené à celui du vrai processeur par une échelle étalonnée contre la machine MAME, sur les mêmes recherches. Le relais retient ensuite le coup jusqu’à ce que le temps réel écoulé soit celui du matériel : la pendule est débitée comme sur une vraie machine.
Cray Blitz ne parle pas UCI : c’est un programme de console qui pose des questions à un opérateur. Un relais Python y répond, lui pose la position, lui transmet le coup adverse et lui fixe un temps par coup ; il traduit ses coups en notation UCI pour cutechess. Deux traits du programme d’origine ont été conservés : il ne peut pas être interrompu, le coup arrive quand il a fini ; et, comme sur le Cray, il s’autorise à dépasser le temps accordé pour ne pas perdre de matériel. Le relais en tient compte dans le temps qu’il lui donne. Son livre d’ouvertures est celui de Cray Blitz, 68 679 positions, d’où les 1.b3 et les 1…b6 que l’on va voir.
MAME et QEMU donnent le même 486
Les tests BT-2450 et BT-2630 ont été passés sur le 486DX 33 MHz émulé par MAME et sur celui émulé par QEMU : 2008 et 2075 pour l’un, 2007 et 2074 pour l’autre, avec les mêmes positions résolues (18 et 14 sur 30). L’étalonnage de l’horloge virtuelle tient : les deux machines résolvent les mêmes positions dans les mêmes temps.
Le résultat
Quatre gauntlets selon la règle habituelle du laboratoire : une échelle d’adversaires à cote fixe, dix parties par marche, arrêt quand l’échelle est perdue, puis un complément contre les adversaires du milieu de l’échelle. Cadence 60 coups en 15 minutes, 15 secondes par coup en pratique. Les cotes sont celles de la liste Performance Elo, recalculées par Ordo avec toutes les parties du laboratoire.
Machine
Émulation
Parties
Score
Elo labo
BT-2450
BT-2630
Prof.
Cray Blitz 49h ARM9 300 MHz
QEMU
160
82,5 · 52 %
2034
2174 · 24/30
2219 · 18/30
6,5
Cray Blitz 49h Pentium 90 MHz
QEMU
250
158 · 63 %
2022
2028 · 17/29
2090 · 13/29
5,7
Cray Blitz 49h 486DX 33 MHz
QEMU
208
117 · 56 %
1869
2007 · 18/30
2074 · 14/30
4,9
Cray Blitz 49h ARM9 30 MHz
MAME
226
126 · 56 %
1861
2009 · 18/30
2076 · 14/30
4,8
Cray Blitz 49h, PC 1 thread
Ryzen 9 7950X3D
105
84 · 80 %
2544
·
·
·
Elo labo : liste Performance Elo du 20 octobre 2026. BT : tests BT-2450 et BT-2630 du laboratoire, 15 minutes par position, avec le nombre de positions résolues (le Pentium a sauté une position). Prof. : profondeur moyenne annoncée par le programme sur ses coups de plus de 8 secondes. La version compilée pour le PC est donnée pour mémoire : ses conditions d’exécution n’ont jamais été stabilisées et le laboratoire ne la juge pas fiable ; elle est écartée de toutes les comparaisons qui suivent.
Deux groupes, nets. Le 486 à 33 MHz et l’ARM9 à 30 MHz jouent à huit points l’un de l’autre, et résolvent les tests BT à deux points près : pour Cray Blitz, ces deux processeurs sont la même machine. Le Pentium 90 et l’ARM9 à 300 MHz sont à douze points l’un de l’autre, 160 points plus haut. À l’intérieur de chaque groupe, l’écart est bien en dessous de l’incertitude des mesures (une vingtaine de points à 1 σ sur 150 à 250 parties).
La profondeur suit : 4,8 à 4,9 demi-coups en moyenne sur les machines lentes, 5,7 sur le Pentium, 6,5 sur l’ARM9 rapide. Cray Blitz n’itère pas finement : à 15 secondes il termine sa profondeur 5 ou sa profondeur 6, et c’est le passage de l’une à l’autre, plus que les nœuds par seconde, qui fait les 160 points. Le programme utilise sa pendule avec régularité : 14,2 à 14,6 secondes par coup en moyenne, 7 % des coups au-delà de 20 secondes (le dépassement autorisé quand une pièce est en jeu), et aucune partie perdue au temps en 844 parties.
Parties en double
Cray Blitz et ses adversaires sont déterministes, et le livre de Cray Blitz ne tire pas au sort : quand la même ligne d’ouverture revient contre le même adversaire, la partie entière se répète. Sur les quatre gauntlets, 229 des 844 parties sont la copie exacte d’une autre (56 sur 208 pour le 486, 58 sur 226 pour l’ARM9 30 MHz, 87 sur 250 pour le Pentium, 28 sur 160 pour l’ARM9 300 MHz). Ordo les compte toutes, comme pour les machines CB-Emu de la liste, qui ont le même travers. L’échantillon utile est donc d’environ 615 parties distinctes, et les scores contre un adversaire donné (dix parties, souvent trois ou quatre lignes différentes) ne veulent pas dire grand-chose pris un par un.
Ce que valent les processeurs, vus par Cray Blitz
C’est le véritable objet de ces quatre gauntlets. Un même programme sur plusieurs machines sépare la force du programme de celle du matériel. Avec le 486DX 33 MHz comme origine :
ARM9 30 MHzMAME · 226 p.
1861
486DX 33 MHzQEMU · 208 p. · origine
1869
Pentium 90 MHzQEMU · 250 p. · +153
2022
ARM9 300 MHzQEMU · 160 p. · +165
2034
Cotes de la liste Performance Elo du 20 octobre 2026. L’échelle commence à 1700.
Pentium 90 contre 486DX 33 : +153. Les douze programmes DOS mesurés sur les deux machines (Rebel, Fritz, Chess Genius et MChess) donnent +165 en moyenne, de +43 pour MChess Pro 6 à +240 pour Rebel 6. Cray Blitz est dans la moyenne : le passage de génération x86 lui profite comme aux autres.
ARM9 300 contre ARM9 30 : +173 pour dix fois l’horloge, soit 52 points par doublement de vitesse. C’est un peu moins que les 60 à 70 points par doublement observés sur les machines dédiées accélérées du laboratoire. Les tests BT disent la même chose : +165 et +143 points BT entre les deux fréquences.
ARM9 30 MHz contre 486DX 33 : −8. Rien. À fréquence égale, Cray Blitz ne fait aucune différence entre le RISC de 1997 et le CISC de 1989.
Ce dernier point est celui qui compte, parce qu’un autre programme dit le contraire. Stockfish 11, sur les mêmes machines : 2695 sur le 486DX 33 MHz, 2829 sur l’ARM9 à 30 MHz, soit +134 pour l’ARM. Pour Stockfish, l’ARM9 à 30 MHz vaut presque un Pentium 90 ; pour Cray Blitz, il vaut un 486. Le gain d’un processeur n’est pas une propriété du processeur : c’est une propriété du couple programme-processeur.
Une hypothèse, à vérifier avec le profileur du pilote MAME : Stockfish passe son temps dans des bitboards 64 bits qu’il manipule par multiplications (les magic bitboards) et par recherche du premier bit ; l’ARM9 a une multiplication 32×32→64 en quelques cycles et une instruction CLZ, là où le 486 multiplie en treize cycles et plus et cherche un bit lentement. Cray Blitz, écrit pour un Cray, manipule aussi des mots de 64 bits, mais à la manière de 1980 : sans multiplication magique, avec des tables et des décalages que le compilateur Fortran traduit à peu près de la même façon pour les deux processeurs. Le code Fortran, de surcroît, passe par un compilateur dont la génération ARM n’a pas été réglée pour lui. Rien de tout cela n’est prouvé ; c’est l’objet d’un article à venir.
État du classement des plateformes
En réunissant tous les programmes mesurés sur au moins deux machines (les douze programmes DOS, Fruit 2.1, Stockfish 11, Rebel 6 natif et Cray Blitz), un ajustement par moindres carrés donne à chaque plateforme un bonus, le 486DX 33 MHz servant d’origine. Les quatre cotes de Cray Blitz entrent dans ce calcul ; c’est lui, pour l’instant, le seul pont vers l’ARM9 à 300 MHz.
Plateforme
Bonus vs 486DX 33
Programmes qui la relient
68020 à 16 MHz
−342
Fruit 2.1, Stockfish 11
68040 à 40 MHz
−153
Fruit 2.1, Stockfish 11
486DX à 33 MHz
0
douze programmes DOS, Cray Blitz, Stockfish 11
ARM9 à 30 MHz
+19
Cray Blitz, Fruit 2.1, Stockfish 11
Pentium à 90 MHz
+165
douze programmes DOS, Cray Blitz
ARM9 à 300 MHz
+178
Cray Blitz seul
PC Ryzen, 1 thread
+465
Fruit 2.1, Rebel 6
Moindres carrés pondérés sur 37 cotes de 15 programmes, liste du 20 octobre 2026. Les résidus les plus forts sont justement ceux de l’ARM9 à 30 MHz : Stockfish y fait +78 de mieux que le modèle, Fruit −64. Les gauntlets de Stockfish 11 sur Pentium 90 et sur ARM9 300 MHz, en cours, donneront un second pont pour ces deux plateformes.
La partie remarquable : deux tours pour un roi
Mephisto Nigel Short – Cray Blitz 49h ARM9 300 MHz · gauntlet du 18 octobre 2026 · anglaise, 1…b6 · 0-1 en 38 coups
Le Mephisto Nigel Short (Ed Schröder, 1993) est coté 1956, à peu près le niveau de Cray Blitz sur le Pentium ; sur l’ARM9 à 300 MHz, Cray Blitz lui a pris les dix parties. Celle-ci est la plus courte et la plus brutale. Elle est aussi la plus instructive sur la manière de jouer du programme : une ouverture de livre douteuse, vingt coups de résistance passive pendant que le Mephisto s’installe, puis, dès que l’adversaire relâche la pression, une combinaison à deux sacrifices de tour que Cray Blitz calcule jusqu’au mat en quelques secondes. Les évaluations entre crochets sont celles de Stockfish 16 à 600 000 nœuds par coup ; les évaluations « annoncées » sont celles des deux programmes pendant la partie.
1.c4 b6 2.Cc3 Cc6 3.d4 e6 4.e4 Cge7 5.Cf3 f5 ?! Le livre de Cray Blitz, puis ses premiers coups à lui : les Noirs ont deux cavaliers mal placés et ouvrent la diagonale de leur roi . 6.Fg5 Le Mephisto, à profondeur 2 annoncée, ne trouve pas 6.d5 et laisse filer la moitié de l’avantage . 6…fxe4 7.Cxe4 h6 8.Fh4 Fb7 9.Fd3 Dc8 10.Ce5 Cxe5 11.dxe5 h5 12.O-O Cf5 13.Fg5 Fe7 14.Fxe7 Cxe7 15.f4 Cf5 16.Dd2 Fc6 17.b4 h4 18.a4 O-O 19.Cg5 De8 20.Tfd1 Td8 21.a5 De7 22.axb6 axb6 23.Ta7 d6 24.b5 Fe8 Les Blancs ont tout : la septième rangée, le pion e5 qui étouffe, un cavalier en g5, le fou d3 qui vise f5 . Cray Blitz annonce −0,89 et attend.
a8b7c6d5e4f3g2h1Après 24…Fe8. Les Blancs dominent ; 25.Fxf5 gardait tout.
a8b7c6d5e4f3g2h1Après 29.Txc7. Matériel égal, mais le pion f4 va avancer et tout bascule .
25.Tda1 ? Le Mephisto double les tours sur la colonne a au lieu de prendre en f5, et l’avantage passe aux Noirs d’un seul coup : le centre blanc tombe. 25…dxe5 26.De2 exf4 27.Fxf5 Dxg5 28.Fxe6+ Rh8 29.Txc7 ?? Un pion de plus, et la perte de la partie . Il fallait 29.Dg4 pour contenir le pion f. 29…f3 ! Cray Blitz passe de −0,67 à +2,62 annoncés : il a vu. 30.Df1 Td2 ! La tour entre sur la deuxième rangée . 31.g3
a8b7c6d5e4f3g2h1Cray Blitz vient de jouer 31…Txh2 : mat forcé en neuf coups .
a8b7c6d5e4f3g2h1La position finale, 38…Df2 mat. Le roi blanc a parcouru h2, h3, g2, f1, e1, f1.
31…Txh2 !! Première tour. Cray Blitz l’annonce avec +3,70 à profondeur 4 : il ne voit pas encore le mat, il voit un roi nu. Stockfish 16 donne le mat en neuf. 32.Rxh2 hxg3+ Cray Blitz annonce maintenant +9,57. 33.Rh3 Tf4 ! La deuxième tour vient prendre part, et le programme annonce le mat : +300 à profondeur 3, en 1,3 seconde. 34.Dxf3 Dh4+ 35.Rg2 Dh2+ 36.Rf1 Txf3+ 37.Re1 Tf1+ ! Deuxième sacrifice de tour, pour attirer le roi sur la case du mat. 38.Rxf1 Df2 mat.
Cette partie dit l’essentiel de ce qu’est Cray Blitz à 15 secondes par coup sur ces machines : un programme qui ne comprend pas grand-chose à la position tant que rien ne bouge, et qui calcule très juste dès qu’il y a quelque chose à calculer. Les 25 premiers coups sont ceux d’un joueur de 1800 ; les treize derniers, ceux d’un programme de championnat du monde.
Les adversaires
Les quatre échelles n’ont pas les mêmes marches : les deux machines lentes sont parties plus bas et se sont arrêtées plus tôt. Le tableau donne, pour chaque adversaire, le score de Cray Blitz sur chacune des quatre machines.
Adversaire
Elo
486DX 33
ARM9 30
Pentium 90
ARM9 300
Rebel 6 486DX 33MHz
2206
·
·
·
1,5/10 · 15 %
MChess 1.71 486DX 33MHz
2198
·
·
·
1,5/10 · 15 %
Saitek RISC 2500 v1.04
2182
·
·
3/10 · 30 %
·
Saitek Sparc (rev.518)
2175
·
·
1/10 · 10 %
0,5/10 · 5 %
Fidelity Elite Avantgarde V9
2125
·
·
0/10 · 0 %
3,5/10 · 35 %
Mephisto Berlin 68000 v0.03
2124
·
·
5,5/10 · 55 %
2/10 · 20 %
Novag Sapphire
2106
·
·
5,5/10 · 55 %
2,5/10 · 25 %
Fidelity Designer Mach IV
2091
·
0/6 · 0 %
0/10 · 0 %
2,5/10 · 25 %
Fidelity Designer Mach III
2029
0/8 · 0 %
1/10 · 10 %
4/10 · 40 %
9/10 · 90 %
Novag Zircon II
1968
2,5/10 · 25 %
3/10 · 30 %
5,5/10 · 55 %
5/10 · 50 %
Mephisto Mondial 68000 XL
1966
0/10 · 0 %
1,5/10 · 15 %
9,5/10 · 95 %
3,5/10 · 35 %
Mephisto Nigel Short
1956
4/10 · 40 %
3/10 · 30 %
4,5/10 · 45 %
10/10 · 100 %
Saitek Maestro D++
1922
1,5/10 · 15 %
0/10 · 0 %
6/10 · 60 %
7,5/10 · 75 %
Novag Super Expert C v3.6
1882
6/10 · 60 %
2,5/10 · 25 %
7,5/10 · 75 %
7,5/10 · 75 %
Saitek President
1877
10/10 · 100 %
9/10 · 90 %
9,5/10 · 95 %
10/10 · 100 %
Novag Super Forte C v3.6
1872
7,5/10 · 75 %
4/10 · 40 %
9/10 · 90 %
6,5/10 · 65 %
Saitek Corona II (ver. D+)
1856
5,5/10 · 55 %
6/10 · 60 %
6,5/10 · 65 %
9,5/10 · 95 %
Mephisto Modena (set 3)
1834
3,5/10 · 35 %
6/10 · 60 %
9/10 · 90 %
·
Mephisto MM V (v5.1)
1824
6/10 · 60 %
8/10 · 80 %
7/10 · 70 %
·
Saitek Turbo King II (D+)
1816
2,5/10 · 25 %
6,5/10 · 65 %
9/10 · 90 %
·
Novag Constellation Forte A
1803
6/10 · 60 %
5,5/10 · 55 %
3/10 · 30 %
·
Mephisto MM IV (v7.10)
1790
7/10 · 70 %
7/10 · 70 %
9/10 · 90 %
·
Fidelity Designer 2100
1775
8/10 · 80 %
9/10 · 90 %
9/10 · 90 %
·
Saitek Simultano (ver. B)
1749
7,5/10 · 75 %
6/10 · 60 %
9,5/10 · 95 %
·
Fidelity Par Excellence (B)
1727
8/10 · 80 %
7,5/10 · 75 %
9,5/10 · 95 %
·
Saitek Prisma
1724
6,5/10 · 65 %
8,5/10 · 85 %
8/10 · 80 %
·
Fidelity Designer 2000
1672
9,5/10 · 95 %
10/10 · 100 %
8/10 · 80 %
·
Novag Super VIP v3.7
1640
7,5/10 · 75 %
7/10 · 70 %
·
·
Tandy Chess Champion 2150
1577
8/10 · 80 %
8/10 · 80 %
·
·
Saitek Turbo 16K
1437
·
7/10 · 70 %
·
·
Cotes des adversaires : liste Performance Elo du 20 octobre 2026. Les séries de plus de dix parties viennent du complément. Les écarts d’un adversaire à l’autre entre le Pentium et l’ARM9 300 MHz (Mondial 68000 XL 9,5/10 contre 3,5/10, Nigel Short 4,5/10 contre 10/10) montrent ce que valent dix parties avec des doublons : rien de plus qu’un ordre de grandeur. Les totaux, eux, concordent.
Ce qu’il reste à faire
Stockfish 11 sur Pentium 90 et sur ARM9 300 MHz, dans la file des gauntlets : un second programme sur les quatre mêmes machines, et l’article sur le classement des plateformes.
Cray Blitz à 300 MHz contre Crafty à 30 MHz : les deux programmes de Hyatt sont désormais tous deux mesurés sur l’ARM9 ; Crafty à 30 MHz (2221) rend 187 points à son aîné à 300 MHz, et en prend 360 à horloge égale.
Passer le profileur du pilote MAME sur Cray Blitz et sur Stockfish, à 30 MHz, pour savoir où va le temps de chacun et vérifier l’hypothèse des multiplications.
Sources
PGN des quatre gauntlets, laboratoire chess.lumn.eu, 18–19 octobre 2026 ; cotes de la liste Performance Elo du 20 octobre 2026.
Stockfish 11 & Fruit 2.1 : 68020, 68040 & ARM, chess.lumn.eu : les machines dédiées virtuelles et leur relais.
Crafty 19.15 sur ARM9 : une machine dédiée qui n’a jamais existé, chess.lumn.eu, octobre 2026.
Un représentant par famille : Rebel, Fritz, Chess Genius et MChess sur 486 et Pentium, chess.lumn.eu, octobre 2026.
Les tests BT, mesurés en série, chess.lumn.eu, octobre 2026.
Cray Blitz, Chess Programming Wiki ; sources de Cray Blitz publiées par Robert Hyatt.
Analyses de la partie : Stockfish 16, 600 000 nœuds par coup.
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 20 octobre 2026
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19 October, 2026BlogUnlocked: Every Chess Program, Playing Automatically at Last.
They Could Never Play Each Other. Now They Can.
Forty Years of Chess Engines, All Speaking UCI
Laboratoire · bilan · décembre 2025 – octobre 2026
Une année de laboratoire : ce qui n'avait jamais été fait
En un peu plus de neuf mois, le laboratoire de chess.lumn.eu est passé de quelques tournois entre les machines de ma collection à un ensemble d'outils et de mesures inédits. Des programmes d'échecs de 1985 à 2005 y ont été rendus à nouveau jouables, puis mesurés et comparés sur une même échelle. Voici le fil de ces travaux, dans l'ordre où ils ont été faits.
5 651parties du tournoi de mes 34 machines émulées
16moteurs ChessBase libérés de leur interface et rendus UCI
33machines dédiées qui montrent profondeur, score et variante dans Banksia
×29vitesse d'émulation du Saitek RISC 2500, qui le porte à 405 MHz équivalents
Tous ces chantiers aboutissent au même résultat : des moteurs compatibles UCI. C'est ce qui
change tout. Un programme qui parle UCI se branche dans n'importe quelle interface moderne —
Banksia, Arena, cutechess — et celle-ci enchaîne les parties toute seule, tient la pendule,
enregistre les résultats et calcule le classement.
Jusqu'ici, les programmes DOS, les machines dédiées des années 1980 et les modules ChessBase ne
pouvaient jouer que quelques parties à la main, coup après coup, devant un opérateur. Ils
s'affrontent désormais par centaines, sans personne devant l'écran. Des machines et des programmes
qui ne s'étaient jamais rencontrés, ou seulement le temps de deux ou trois parties de
démonstration, jouent les uns contre les autres autant qu'on veut, et sur la même échelle. C'est
ce qui rend possible tout ce qui suit.
En six points, ce que contient le laboratoire
Toute la gamme des moteurs ChessBase, devenue UCI.
Fritz 5.32, 6, 7, 8 et 9, Deep Fritz 8 ; Junior 7 et 8, Deep Junior 9 et 10 ;
Hiarcs 7.32 et 8 ; Nimzo 8 ; Shredder 5.32, 6 et 7 ; Chess Tiger 15.
Enfermés de 1997 à 2005 dans l'interface ChessBase, dans un format propriétaire, ils jouent
aujourd'hui dans Banksia, Arena et cutechess comme n'importe quel moteur. Deux adaptateurs
écrits par rétro-ingénierie le permettent, et chaque version adaptée a été mesurée contre sa
version d'origine.
Chacun est aujourd'hui un moteur UCI autonome, qui s'inscrit dans un tournoi au même titre que Stockfish.
7 des 10 comparés : indiscernables de l'originalcoût du pont : −21 ± 7 points
Les machines dédiées poussées à des fréquences qu'elles n'ont jamais connues.
Le Saitek RISC 2500 et son ARM de 14 MHz tournent à 400 MHz ; le Fidelity Par Excellence,
un 65C02 de 1986, passe de 5 à 73 MHz. Le facteur maximal a été mesuré pour chacune des
33 machines, jusqu'à ×59 pour le Novag Super VIP, et chaque version accélérée est un
moteur UCI à part entière, avec sa propre cote.
Chaque fréquence est déclarée comme un moteur UCI distinct : la machine d'origine et sa version dopée peuvent même s'affronter.
RISC 2500 : 2213 → 2435 (+222)Par Excellence : 1740 → 2096 (+356)33 machines mesurées
La TASC ChessMachine, championne du monde 1992, redevenue un moteur.
Son processeur ARM2 fonctionne en adressage 26 bits, que QEMU ne sait pas émuler : un
émulateur propre à la carte a été écrit, puis vérifié octet par octet contre MAME.
The King 2.54 et Gideon 3.1 jouent à 14 et à 32 MHz avec leur livre d'ouvertures d'origine,
et en version accélérée à 140 et 150 MHz.
La carte parle UCI : elle entre dans un tournoi automatisé, ce qu'une carte enfichable de 1992 n'avait jamais pu faire.
6 configurations0 divergence avec MAMElivre d'origine : ≈ 47 000 positions
Stockfish, Fruit, Crafty et Cray Blitz sur du 68000 et de l'ARM.
Stockfish 11, dernière version à évaluation classique, a été compilé pour tourner
« à nu » dans trois machines créées dans MAME : un 68020, un 68040 et un
ARM9 à 30 MHz. Elles n'ont ni clavier, ni afficheur, ni échiquier, seulement un port série par
lequel elles parlent UCI. Fruit 2.1, Crafty 19.15 et Cray Blitz 4.9h ont suivi le même chemin.
Le port série sert de canal UCI : un moteur de 2020 s'inscrit dans le même tournoi qu'un Mephisto de 1990.
68020 : 235468040 : 2537ARM9 30 MHz : 2689+39 sur le Mephisto Berlin Pro, même processeur
Les programmes DOS de l'âge d'or, pilotés au clavier émulé.
Chess Genius 1 à 5, Fritz 1 à 3, MChess 1.71 et Pro 6, Rebel 6, 9 et 12 tournent dans leur
version d'origine sur un 486DX à 33 MHz ou un Pentium à 90 MHz entièrement émulés. Ils n'ont
que leur propre interface : le relais tape les coups au clavier émulé, lit l'échiquier et la
ligne d'analyse à l'écran, et tient la pendule. Chacun devient un moteur UCI ordinaire.
C'est le plus inédit : chacun devient un moteur UCI et enchaîne des parties automatiquement dans une interface moderne, ce qui n'avait jamais été possible.
13 programmes486DX 33 MHz · Pentium 90 MHz
Et une seule échelle pour comparer tout cela.
Les 33 machines dédiées annoncent profondeur, score et variante principale comme n'importe
quel moteur UCI, lues dans la mémoire du programme ou sur leur afficheur. Toutes les mesures
se rapportent à une liste Elo calibrée sur le CCRL par trois ancres couvrant quelque
730 points d'écart.
Tout le monde parlant UCI, n'importe quel appariement devient possible et toutes les parties alimentent la même liste.
3 ancres CCRLDeep Shredder 13 : 3576 ici, 3560 ± 47 à la SSDF
Le fil des travaux
Décembre 2025 – janvier 2026
Le giga-tournoi de mes machines
Toutes les machines d'échecs que je possède en vrai ont été émulées dans CB-Emu, le projet de Franz Huber construit sur MAME, et placées dans un même tournoi. Chacune jouait à 15 secondes par coup, avec son programme d'origine gravé en mémoire morte. Les résultats ont été confrontés à la base Aktiv (Wiki-Elo) pour produire une liste Elo propre à ma collection.
34 machines5 651 parties1er : Mephisto Genius 68030 London, 235734e : Saitek Leonardo, 1289
Giga tournoi de mes machines · Level up
Janvier – février 2026
Les échiquiers Mephisto mesurés sous UCI
Les algorithmes de Richard Lang et d'Ed Schröder existent aussi en versions UCI, exécutables sur un PC. Lancées sur le Ryzen 9 7950X3D à plus de 4 GHz, elles ont été mesurées sur des tests de positions puis en tournoi, face aux mêmes programmes tournant sur leur matériel d'origine émulé. Ce qu'apporte un processeur moderne à un programme de 1990 devenait mesurable.
BT-2450 : +239 à +316 pointsDallas UCI : 2233 en tournoi (+260)MM V UCI : 2108 (+273)
Des machines Mephisto stratosphériques · Mephisto Dallas 68000
Février 2026
Cray Blitz, Rebel 6 et The King sur un Ryzen
Trois programmes historiques ont été ramenés sur du matériel actuel et mesurés en parties réelles. Cray Blitz, champion du monde des ordinateurs sur supercalculateur Cray, a joué dans sa version 4.9h pour PC. Pour le relier aux mesures d'époque, une correspondance DOSBox / Pentium 90 / SSDF a été établie. The King 3.50 a été mesuré sur un seul cœur ; son mode multiprocesseur caché, activé par une option de lancement, multiplie sa vitesse par 7,3 sur 8 cœurs.
Cray Blitz 4.9h : 2531 sur 70 partiesThe King 3.50 : 2817 sur un cœur
Cray Blitz 4.9h · Rebel 6 aujourd'hui · The King 3.50
Mars 2026
OrdoStat : une interface pour Ordo et BayesElo
Ordo et BayesElo, les deux calculateurs de classement de référence, s'utilisent en ligne de commande. OrdoStat leur donne une interface graphique : elle charge les fichiers PGN, calcule les cotes et leurs marges d'erreur, trie le classement et l'exporte. L'interface existe en cinq langues. Avec son générateur HTML, elle forme une chaîne complète, des PGN bruts jusqu'à la liste publiée sur le site, sans aucune saisie à la main.
Ordo + BayesEloFR · EN · ES · NL · DEtéléchargement libre
Ordo GUI · Ordo & BayesElo GUI
Mai – juin 2026
Une liste Elo calibrée sur le CCRL
Une liste personnelle ne vaut que si ses chiffres se comparent à ceux des listes officielles. Trois moteurs d'ancrage répartis sur l'échelle de force ont servi à l'aligner sur le CCRL : Deep Shredder 13, Glaurung 2.2 et List 5.12, soit environ 730 points d'écart couverts. Un handicap de temps compense la différence de matériel. Les écarts mesurés aux ancres ne sont pas uniformes, ce qui justifie plusieurs ancres plutôt qu'une correction unique. Contrôle indépendant : la liste SSDF donne Deep Shredder 13 à 3560 ± 47, le laboratoire le mesure à 3576. Des moteurs de toutes les générations y sont classés, de Yace à Stockfish 8.
3 ancres CCRLDeep Shredder 13 : 3576 (SSDF 3560 ± 47)24 moteurs détaillés
Calibration de ma liste Elo · Performance Elo
Juin 2026
Le chant du cygne de l'évaluation classique
Un tournoi des meilleurs moteurs à évaluation « artisanale » (HCE), c'est-à-dire écrite à la main par leurs auteurs, juste avant que les réseaux de neurones ne changent la discipline en 2020-2021.
10 moteurs898 partiesStockfish 11 : 76,5 %, invaincu
Le chant du cygne de l'évaluation classique
Juillet – septembre 2026
Les moteurs ChessBase libérés de leur interface
Fritz, Junior, Hiarcs, Nimzo, Shredder… De 1997 à 2005, ces moteurs n'existaient que comme modules internes des interfaces ChessBase, dans un format propriétaire. Deux adaptateurs écrits pour le laboratoire les font parler UCI : eng2uci pour les modules .eng, shredder2uci pour les bibliothèques de Shredder. Ils jouent désormais dans Banksia, Arena et cutechess. Le chantier a été mené par rétro-ingénierie : désassemblage, sondes à l'exécution, puis vérification sur des parties réelles.
La découverte la plus coûteuse a été la suivante. Ces moteurs contiennent un mécanisme de relecture de l'historique de la partie, que l'interface ChessBase remplissait toujours. Sans lui, ils ne voient ni les répétitions ni la règle des 50 coups, et perdent 100 à 220 points. Une fois ce mécanisme reconstitué, chaque version adaptée a été mesurée contre sa version d'origine.
16 moteurs adaptés7 sur 10 indiscernables de l'originalcoût moyen : −21 ± 7 points
Chessbase engines sous autres GUI
Septembre 2026
Un calculateur de tournoi dans le navigateur
On y dépose un fichier PGN et on obtient le classement, les performances Elo et les scores. Tout le calcul se fait dans le navigateur ; rien n'est envoyé sur un serveur.
Calculateur de tournoi
Septembre 2026
Le même moteur sur Mac et sur PC, à travers le réseau
Fruit 2.1, compilé à partir du même code source pour les deux architectures, a joué sur un MacBook Pro M1 Max puis sur le PC. Le moteur du Mac était piloté depuis le PC par un petit serveur et un relais UCI, à travers le réseau domestique. Les deux versions ont affronté les mêmes adversaires, puis se sont affrontées directement. On obtient ainsi une calibration du Mac par rapport au PC, en force de jeu et non en points de benchmark. À une partie à la fois, les deux machines font jeu égal. Sous forte charge, le PC prend l'avantage.
PC 2723 · Mac 2690duel direct : PC +39 (+17 à +62 à 95 %)1 vraie déconnexion en 696 parties
Fruit sur Mac versus Fruit sur PC
Septembre 2026
Le top des moteurs mono-thread
Une hiérarchie des meilleurs moteurs jouant sur un seul processeur, mesurée sur la liste calibrée.
15 moteurs + 3 ancres1 090 partiesStrelka 5.5 : 3282, deux défaites
Le top des moteurs mono thread
Septembre 2026
Stockfish dans un Mephisto : le logiciel seul
Combien de positions Stockfish 18 doit-il calculer par coup pour faire jeu égal avec un Mephisto jouant à sa vitesse d'origine ? Stockfish est limité à un nombre fixe de positions par coup, et on cherche le point d'équilibre, palier par palier. Face au Genius 68030 London, ce point se situe vers 1 000 positions par coup. Chaque doublement lui vaut environ 184 points.
équilibre : ≈ 1 000 positions / coup+184 points par doublement
Septembre 2026
Les machines dédiées accélérées : le matériel seul
C'est l'expérience inverse : on garde le programme d'origine intact et on le fait tourner beaucoup plus vite. Accélérer l'émulation ne suffit pas, car l'horloge interne de la machine accélère aussi, et la machine joue les mêmes coups, simplement plus tôt. Il faut lui donner davantage de temps dans son propre temps. Le facteur d'accélération maximal a été mesuré pour chacune des 33 machines de la liste. Il dépend du coût de l'émulation, pas de la force de la machine.
Le cas le plus frappant est le Saitek RISC 2500. Son processeur ARM de 14 MHz s'émule à près de trente fois sa vitesse, soit l'équivalent d'un RISC 2500 à plus de 300 MHz. Le Genius 68030 London, lui, plafonne vers ×7. D'origine, le London devance le RISC 2500 de 116 points ; accéléré, le RISC 2500 dispose de deux doublements de vitesse d'avance. Il pourrait approcher les 2500 Elo : les parties le diront.
33 machines mesuréesSuper VIP ×59RISC 2500 ×29 : 405 MHz maxLondon ×7
Septembre 2026
Les machines dédiées bavardes dans Banksia
Dans une interface moderne, une machine émulée ne donnait jusqu'ici que son coup. Désormais, les 33 machines de la liste envoient leurs informations de réflexion comme n'importe quel moteur UCI : profondeur, score et variante principale. Selon la machine, ces informations sont lues directement dans la mémoire du programme, ou sur l'afficheur, en parcourant ses pages d'information comme le ferait un joueur. Le Mondial 68000 XL, par exemple, affiche sa variante coup par coup ; le relais la parcourt et contrôle chaque coup sur l'échiquier.
Chaque machine existe en deux versions : à sa vitesse d'origine, et accélérée au maximum stable mesuré sur le PC. Le nom de la version accélérée porte sa fréquence en MHz. Le niveau de jeu est réglé automatiquement : la machine analyse, et le relais l'arrête au temps prévu par coup. Un script déclare l'ensemble dans Banksia en une fois.
33 machinesprofondeur · score · varianteversion d'origine + version accélérée
Septembre 2026 · en cours
Stockfish embarqué dans une machine d'échecs
C'est le dernier chantier et peut-être le plus étonnant. Stockfish 11, dernière version à évaluation classique, a été compilé pour tourner « à nu » dans deux machines de la famille 68000 créées dans MAME, l'une à 68020, l'autre à 68040. Ces machines n'ont ni clavier, ni afficheur, ni échiquier : un simple port série, par lequel Stockfish parle UCI. On peut ainsi faire jouer le Stockfish de 2020 sur des processeurs de la génération des Mephisto Berlin Pro et Genius.
Mise à jour du 2 octobre : la force est mesurée. Stockfish 11 atteint 2354 Elo sur 68020, soit 39 points de plus que le Mephisto Berlin Pro 68020, et 2537 sur 68040. Une troisième machine, à processeur ARM9 à 30 MHz, le porte à 2689. Fruit 2.1 a suivi le même chemin, et Crafty 19.15 et Cray Blitz 49h ont rejoint la machine ARM. Détails dans l'article consacré.
Octobre 2026
Les programmes DOS sur leur PC d'origine
Chess Genius 1 à 5, Fritz 1 à 3, MChess 1.71 et Pro 6, Rebel 6, 9 et 12 : les programmes qui ont fait l'histoire des échecs sur PC tournent dans leur version d'origine, sur un 486DX à 33 MHz ou un Pentium à 90 MHz entièrement émulés par MAME. Ils n'ont que leur propre interface. Un relais tape donc les coups au clavier émulé, lit l'échiquier et la ligne d'analyse à l'écran, et gère la pendule. Chacun devient un moteur UCI ordinaire dans Banksia.
13 programmes486DX 33 MHz · Pentium 90 MHzcotes à mesurer
Fritz 1-3, Genius 1-5, MChess et Rebel comme moteurs UCI
Octobre 2026
Les premières machines accélérées mesurées
Les premières cotes des machines accélérées sont tombées. Le Fidelity Par Excellence, un 65C02 de 1986, passe de 5 à 73 MHz et gagne 356 points. Le Saitek RISC 2500, qui fait tourner The King 1.99 de Johan de Koning, passe de 14 à 400 MHz et gagne 222 points : il dépasse le Mephisto Berlin Pro 68020 et talonne le Genius 68030 London. Le programme le plus ancien, qui calcule le moins profond, est celui qui profite le plus de la vitesse.
Par Excellence : 1740 → 2096 (257 parties)RISC 2500 : 2213 → 2435 (100 parties)
Fidelity Par Excellence 73 MHz · Saitek RISC 2500 à 400 MHz
Octobre 2026
Les TASC ChessMachine redeviennent des moteurs
La carte enfichable qui a remporté le championnat du monde de Madrid en 1992 rejoint le laboratoire. Son processeur ARM2 fonctionne en adressage 26 bits, que QEMU ne sait pas émuler : un émulateur propre à la carte a été écrit, puis vérifié octet par octet contre MAME. The King 2.54 et Gideon 3.1 jouent à 14 et à 32 MHz, avec le livre d'ouvertures d'origine, et leurs nœuds par seconde s'affichent dans Banksia. Chacun existe aussi en version accélérée sur le Ryzen, Gideon à 150 MHz et The King à 140 MHz.
6 configurations0 divergence avec MAMElivre d'origine : ≈ 47 000 positions
TASC ChessMachine : The King et Gideon redeviennent des moteurs
Ce qui relie ces travaux
Tous ces chantiers répondent à la même question : que valaient vraiment ces programmes, et d'où vient leur force ? Pour y répondre, il fallait d'abord les faire jouer dans un même cadre, puis les mesurer avec la même règle. Les machines dédiées sont passées par l'émulation, les moteurs ChessBase par les adaptateurs UCI, les programmes DOS et la ChessMachine par l'émulation de leur PC ou de leur carte, et le Mac par le réseau. Une échelle unique, calibrée sur le CCRL, relie le tout. Il devient alors possible de séparer ce qui revient au logiciel de ce qui revient au matériel, dans un sens comme dans l'autre : Stockfish ralenti jusqu'à la force d'un Mephisto, des Mephisto accélérés à des centaines de MHz, et enfin Stockfish lui-même logé dans un processeur de Mephisto.
À venir
Les cotes des programmes DOS sur 486 et Pentium, des six ChessMachine, celles des autres machines accélérées, et l'échelle « Stockfish dans un Mephisto » étendue au RISC 2500, au Berlin 68000 et au Designer 2100.
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 29 septembre 2026, mis à jour le 12 octobre 2026 · mesures sur Ryzen 9 7950X3D
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19 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire · tests de positions · 167 machines
Les tests BT, mesurés en série
Six mille cent quarante et une positions, mille cinq cent trente-cinq heures de calcul,
et pas une seule pièce posée à la main. Reste à savoir si ces chiffres valent
quelque chose : sur les vingt et une machines que je peux comparer à des valeurs
déjà publiées, l’écart médian est de zéro point Elo.
167machinestestées
6 141positionsmesurées
1 535 hde calculsoit 64 jours
0écart médianavec le publié
Ce que le test mesure
Les tests BT-2450 et BT-2630 sont deux séries de trente positions, chacune avec un
coup et un seul à trouver. On ne demande pas au programme de résoudre vite : on lui
donne quinze minutes par position et on note l’instant où il a affiché le bon coup en
tête de sa variante et ne l’a plus abandonné jusqu’à la fin. Une position
non résolue compte pour les 900 secondes entières. Puis :
BT-Elo = base − (somme des 30 temps en secondes) / 30
avec 2450 pour le premier test, 2630 pour le second. Un programme qui trouve tout
instantanément plafonne à la base ; un programme qui ne trouve rien tombe à
base − 900. La nuance du et ne l’a plus abandonné est ce qui rend le test
honnête — et, on va le voir, ce qui le rend pénible à mesurer à la main.
Rien n’a été fait à la main
Toute la campagne tient dans un fichier de commandes et un script Python de 584 lignes.
Le fichier de commandes porte les réglages : les listes de moteurs, les deux fichiers
de positions, les 900 secondes, le nombre de moteurs à tester en parallèle. Le script fait
le reste, et le reste est plus long qu’il n’y paraît.
Il recrute les participants tout seul. Il prend les moteurs des listes
d’adversaires du classement, et, si on le lui demande, tous les moteurs du dossier des
machines : chaque uci.bat — machines CB-Emu d’origine et accélérées,
programmes DOS, cartes ChessMachine — plus les moteurs Windows. Un même moteur présent
dans plusieurs listes n’est pris qu’une fois. Cent soixante-sept machines se sont
présentées d’elles-mêmes.
Il parle UCI directement. cutechess-cli sait organiser des
parties, pas passer des tests de positions : le script ouvre donc lui-même un processus
par moteur, lui envoie position fen … puis go movetime 900000, et
lit les lignes info au vol. Un seul processus par moteur pour les deux tests, ce qui
évite 167 démarrages de machine supplémentaires.
Il surveille le bon coup à chaque instant. C’est le cœur du dispositif.
À chaque ligne d’analyse, il compare le premier coup de la variante à la solution, et tient
à jour l’instant du dernier passage à la solution. Si le moteur trouve le coup à
la quatrième seconde, le perd à la trentième et le retrouve à la deux-centième,
le temps retenu est 200 s, pas 4 s. Ce suivi réclame de ne rien manquer pendant quinze
minutes, position après position.
Il pose les positions sur les vraies machines. Les machines d’échecs
émulées n’ont pas de commande position : le relais tape la position sur
l’échiquier avec les touches de la machine, ce qui prend de dix à quarante secondes, la
vérifie, et annonce seulement alors info string position en place. Le
chronomètre ne part qu’à ce signal : le temps de pose n’entre ni dans la réflexion
ni dans les temps notés. Pour les programmes DOS, c’est le même principe en plus
acrobatique : le relais entre dans le mode de mise en place du programme, tape la position,
puis la relit à l’écran pour vérifier qu’elle y est bien.
Il ne refait jamais deux fois le même travail. Vingt-trois des trente
positions sont communes aux deux tests. Dès qu’une position a été jouée dans un
test, son résultat est recopié dans l’autre : 9 929 cases de résultat pour
seulement 6 141 mesures réelles. Et chaque position est écrite dans un fichier CSV
dès qu’elle est faite, si bien qu’on peut couper la campagne n’importe quand et la
relancer : elle reprend où elle en était. Elle a été coupée plusieurs fois.
Il tourne à quatorze de front, un moteur par cœur, et recalcule le bilan
après chaque position : à tout moment, on sait où en est la campagne sans rien
interrompre.
Ce que la même expérience aurait coûté à la main
Le calcul est instructif, et il n’est pas flatteur pour la méthode manuelle.
Chaque position demande d’abord d’être posée. Sur une machine dédiée, cela veut
dire entrer une vingtaine de pièces case par case avec les touches, puis vérifier :
comptons trois minutes, ce qui est optimiste pour qui ne veut pas se tromper. Sur un programme
DOS, il faut ouvrir le mode de mise en place, placer les pièces, régler le trait, le
même ordre de grandeur.
Ensuite il faut regarder. Et là se trouve le piège : comme la règle demande
l’instant du dernier passage à la solution, on ne peut pas revenir dans un quart
d’heure voir le résultat. Il faut surveiller la ligne d’analyse en continu pendant les
quinze minutes, et noter chaque fois qu’elle change d’avis — un moteur UCI moderne
change de variante plusieurs dizaines de fois par position. Quinze minutes de surveillance,
donc, même quand la réponse tombe en quatre secondes.
Le compte
6 141 positions × (3 min de mise en place + 15 min de surveillance)
= 1 842 heures, soit 230 journées de huit heures
sans un jour de congé, sans une erreur de recopie, et sans jamais regarder ailleurs.
Les mêmes mesures ont pris 1 535 heures de machine — mais
quatorze de front, et pendant que je dormais : moins de cinq jours
de temps réel.
Autrement dit : ce n’est pas un gain de temps, c’est un changement de nature.
L’expérience n’aurait pas été plus longue à la main ; elle n’aurait pas
eu lieu.
Deux positions que le script a obligé à corriger
Automatiser impose une rigueur dont on se passe sans y penser quand on travaille à la main.
Le script doit reconnaître le bon coup dans la sortie du moteur : il lui faut donc la
solution en notation UCI, case de départ et case d’arrivée, et non en notation
algébrique. En écrivant ce champ pour les soixante positions, deux d’entre elles ont
refusé de se laisser convertir.
BT-2450, position 04
5r1k/1P4pp/3P1p2/4p3/1P5P/3q2P1/Q2b2K1/B3R3
Le fichier qui circule depuis 1998 donne les Noirs au trait, avec bm Qf7.
Or la seule dame noire est en d3, et d3–f7 n’est pas un coup de dame. Ce sont les
Blancs qui sont au trait : la solution est Da2–f7, un coup de dame
le long de la diagonale a2–g8.
BT-2450, position 15
4k1rr/ppp5/3b1p1p/4pP1P/3pP2N/3P3P/PPP5/2KR2R1
Le fichier accorde aux Noirs le droit de roquer des deux côtés (kq).
Les Noirs n’ont pas de tour en a8 : seul le petit roque existe. Un moteur strict
refuse la position telle quelle.
Un humain lit par-dessus ces deux détails sans même les voir. Un script, non : il
rejette la position ou cherche un coup qui n’existe pas. Les deux fichiers corrigés sont
dans le téléchargement ci-dessous, à côté des fichiers d’origine.
Le contrôle : mes chiffres contre ceux qui sont publiés
Tout cela ne vaut rien si les nombres sont faux. Heureusement, ces deux tests sont mesurés
depuis trente ans sur des machines réelles, et le wiki de
schach-computer.info
en publie des tableaux. Vingt-trois machines de mon laboratoire y figurent sous un nom
identifiable, ce qui donne, en comptant les machines présentes dans les deux tests,
vingt-trois paires de valeurs — dont vingt et une où la mesure du laboratoire est
terminée et où la machine du site est bien la même que la mienne.
Je n’ai rien ajusté : pas de recalage, pas de facteur, pas de moyenne pondérée.
Ce sont les chiffres bruts des deux côtés.
-80
-60
-40
-20
0
+20
+40
+60
+80
Écart entre ma mesure et la valeur publiée, en points Elo
Novag Super Forte C v3.6
2450
-66
Mephisto MM IV (v7.10)
2450
-49
Mephisto Amsterdam
2450
-35
Saitek Sparc (rev.518)
2630
-25
Fidelity Designer Mach IV
2630
-8
Mephisto Mondial 68000 XL
2450
-5
Fidelity Elite Avantgarde V9
2630
-2
Fidelity Designer Mach III
2450
-2
Fidelity Elite Avantgarde V9
2450
-1
Mephisto Berlin 68000 v0.03
2630
+0
Novag Super VIP v3.7
2450
+0
Mephisto Genius 68030 London
2630
+1
Mephisto Modena (set 3)
2450
+1
Mephisto MM V (v5.1)
2450
+2
Mephisto RISC II
2630
+3
Novag Sapphire
2630
+6
Novag Sapphire
2450
+7
Fidelity Designer Mach III
2630
+9
Novag Constellation Forte A
2450
+12
Fidelity Designer Mach IV
2450
+19
Saitek RISC 2500 v1.04
2630
+28
Saitek Simultano (ver. B)
2450
-145
Saitek Turbo King II (D+)
2450
-81
Les 21 paires dont la mesure est terminée, classées par écart croissant, plus les 2 mesures inachevées en gris. La bande claire marque ±10 points. Vert : écart inférieur à 30 points ; rouge : supérieur. À gauche de chaque nom, le test concerné.
Sur les 21 paires complètes
Écart médian : 0 point. Écart moyen :
−5 points. Écart absolu médian : 6 points.
Huit machines sur vingt et une tombent à deux points ou moins —
2075 contre 2075 pour le Berlin, 1660 contre 1660 pour le Super VIP, 2279 contre 2280 pour le
London, 1757 contre 1758 pour le Modena. Quatorze sur vingt et une tiennent dans
±10 points, dix-huit dans ±30.
Pour une mesure de temps faite trente ans plus tard, sur du matériel émulé, par un
autre opérateur, avec un autre chronomètre et un autre jugement de ce qu’est
« avoir trouvé le coup », c’est une concordance que je n’attendais pas
aussi franche. Elle valide deux choses d’un coup : que l’émulation restitue bien la
vitesse des machines d’origine, et que ma règle de chronométrage est celle que les
testeurs d’époque appliquaient.
MachineTestschach-computer.infoLaboratoireÉcart
Novag Super Forte C v3.6245019071841-66
Mephisto MM IV (v7.10)245017781729-49
Mephisto Amsterdam245017311696-35
Saitek RISC 2500 v1.04263022402268+28
Saitek Sparc (rev.518)263021872162-25
Fidelity Designer Mach IV245020652084+19
Novag Constellation Forte A245017121724+12
Fidelity Designer Mach III263019481957+9
Fidelity Designer Mach IV263020702062-8
Novag Sapphire245020512058+7
Novag Sapphire263020742080+6
Mephisto Mondial 68000 XL245017421737-5
Mephisto RISC II263022032206+3
Fidelity Elite Avantgarde V9263021082106-2
Fidelity Designer Mach III245019701968-2
Mephisto MM V (v5.1)245018931895+2
Mephisto Genius 68030 London263022792280+1
Fidelity Elite Avantgarde V9245021322131-1
Mephisto Modena (set 3)245017571758+1
Mephisto Berlin 68000 v0.03263020752075+0
Novag Super VIP v3.7245016601660+0
Saitek Simultano (ver. B)mesure interrompue : la machine ne rend pas son coup245017451600-145
Saitek Turbo King II (D+)mesure en cours, 28 positions sur 30245018651784-81
Et les trois écarts qui dépassent trente points sont instructifs, parce qu’aucun
n’est mystérieux. Le Novag Super Forte C : le site ne précise pas la version du
programme, et il en existe plusieurs, de force différente. Le Mephisto MM IV : le site
publie aussi une variante Turbo à 16 MHz, à 1860, ce qui montre que la fréquence
exacte compte beaucoup ici. Le Mephisto Amsterdam : à 35 points, c’est le seul des
trois qui reste à expliquer. Les deux lignes en gris, elles, ne sont pas des désaccords
mais des mesures inachevées : le Turbo King II n’a que 28 positions sur 30, et le
Simultano s’est arrêté parce qu’il ne rend pas son coup.
C’est précisément pour cela que je ne publie pas encore le classement complet.
Les positions, à télécharger
Les soixante positions des deux tests, en EPD et en PGN, avec le champ UCI qui permet de les
passer automatiquement, les deux corrections décrites plus haut, et les fichiers d’origine
pour comparaison.
ZIP10 Ko
positions_bt.zip — tout :
BT2450.epd · BT2630.epd · BT2450.pgn · BT2630.pgn · les deux fichiers
tels qu’ils circulent · un LISEZMOI qui détaille la règle de mesure
PGN6 Ko
BT2450.pgn ·
BT2630.pgn
Les deux tests en PGN, directement : une partie par position, le coup solution joué.
Les fichiers EPD ne sont pas acceptés en dépôt direct sur le site ; ils sont
dans l’archive ci-dessus.
Et maintenant, le tri
La campagne est terminée. Avant de publier les résultats, il fallait écarter
ceux qui ne veulent rien dire : une machine qui cesse de répondre, une position
que le programme refuse, et surtout une version dite accélérée qui tourne en
réalité à sa fréquence d’origine. Neuf mesures sur trois cent
quarante-deux sont sorties pour ces trois raisons ; le tableau ci-dessous les nomme
une par une, avec le chiffre qui les condamne.
Les trois cent trente-trois autres sont là, filtrables test par test,
famille par famille, et position par position.
Toutes les mesures, filtrables
Le tableau qui suit porte les 329 mesures retenues des deux tests,
après retrait des treize dont les chiffres ne veulent rien dire. Il fonctionne comme
le filtre d’un tableur : on choisit un test, on coche les catégories qui
intéressent, et le classement se recalcule sur la seule sélection retenue.
Le menu Position est le plus intéressant. En le quittant pour l’une des
trente positions, les colonnes changent : on ne lit plus un classement général
mais le temps que chaque machine a mis sur cette position-là, classé du plus
rapide au plus lent. Croisé avec les cases à cocher, cela répond à des
questions très précises : qui trouve BT2450.15 le plus vite parmi
les machines dédiées non accélérées ? et parmi les
programmes DOS ? et chez les adaptés ?
Les machines accélérées ne sont pas désignées comme telles
mais par la fréquence qu’elles tournent réellement, celle
que le relais annonce à l’interface : un Mephisto Nigel Short à
89 MHz au lieu de ses 4,9 MHz, un Novag Super VIP à 430 MHz au lieu de
9,8. Cette fréquence est 80 % du maximum que cette machine atteint sur le
PC du laboratoire, mesuré machine par machine ; la colonne MHz la donne.
Elles forment leur propre famille, Dédiées accélérées :
une seule case à cocher suffit pour les isoler, ou pour ne garder que les
machines d’origine.
Test
BT-2450
BT-2630
Position
Nom
tout réinitialiser
Le numéro de la première colonne est le rang dans la
sélection affichée : sans aucun filtre, c’est le rang
général. Un clic sur un en-tête trie sur cette colonne, un second clic
inverse le sens ; les deux petits entonnoirs ouvrent la liste à cocher des familles
et des types. La mention 26/30 après un nom signale les rares
machines auxquelles toutes les positions n’ont pas été posées :
les manquantes comptent 900 secondes, comme une position non résolue, donc leur
BT-Elo est un minorant. J’ai vérifié ce que cette convention coûte en
estimant les positions manquantes d’après les machines de force voisine :
l’écart va de zéro à trente points Elo, et reste sous dix points
pour les deux Tandy, les plus incomplètes.
Les treize mesures écartées
Quatre raisons, et quatre seulement, font sortir une machine du tableau. Elles sont
listées ici nommément : une mesure jetée en silence est une mesure
qu’on ne peut pas vérifier.
Mephisto Roma 68000, Amsterdam et Dallas 68000, versions
accélérées — accélération inexistante, et
pour une raison qui se lit dans les fichiers : la vitesse maximale de ces trois
pilotes n’a jamais été mesurée sur ce PC. Sans facteur dans la
table, le relais lance la machine à ses 12 MHz d’origine — et ne
lui donne aucune fréquence dans son nom, ce qui est le vrai signe. Les temps le
confirment : 1,00× sur les dix positions comparables du Roma, les cinq
de l’Amsterdam, les trois du Dallas, et des temps identiques à la seconde
sur l’ensemble des trente. (six mesures)
Saitek Simultano (ver. B), d’origine et à 50 MHz —
le programme cesse de renvoyer un coup en cours de route : 18 positions posées
sur 30 pour la version accélérée au BT-2450, 5 seulement pour
l’originale au BT-2630. (deux mesures)
Saitek President, d’origine et à 395 MHz — temps non
réalistes. La machine ne résout aucune des trente positions du
BT-2450, ni à 20 MHz ni à 395, et les deux versions affichent les
mêmes 900 secondes sur les trente. À 395 MHz elle devrait figurer
parmi les plus rapides des machines dédiées ; quelle qu’en soit la
cause, ce n’est pas une mesure. (quatre mesures)
Sargon III 286 16 MHz QEMU — refuse la position : la saisie
échoue dès le premier coup, une position posée sur trente.
(une mesure)
Le cas des accélérations mortes mérite un mot, parce qu’il
montre ce qu’un filtrage attrape. Des trente-trois couples
origine / accélérée que le BT-2450 permet encore de comparer,
trente donnent un gain franc : de 2,3× pour le Saitek Sparc
à plus de 15× pour le Mephisto Berlin 68000. Trois donnent
exactement 1,00×. Entre 1,00 et 2,30 il n’y a rien : ce
n’est pas une accélération faible qu’on aurait arbitrée au
seuil, c’est une accélération absente.
Laboratoire chess.lumn.eu — 13 octobre 2026
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19 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire CB-Emu · synthèse · octobre 2026
Un représentant par famille : Rebel, Fritz, Chess Genius, MChess sur 486 et Pentium
Le laboratoire a mesuré, sur 486DX 33 MHz et sur Pentium 90, plusieurs versions de chacune des quatre grandes familles de programmes DOS. Pour y voir clair, cet article choisit un représentant par famille — la version la plus à même de porter les couleurs de sa lignée sur les deux machines — et confronte ces quatre champions. La hiérarchie qui en sort, et surtout la façon dont elle se recompose au passage au Pentium, en dit long sur ces moteurs.
Comment le représentant est choisi
Trois critères, dans l'ordre : disposer des deux machines (486 et Pentium), car on veut comparer le comportement à l'horloge ; la régularité (une version haute sur les deux processeurs vaut mieux qu'une version qui s'effondre d'un côté) ; et à égalité, le poids historique de la version. Les cotes sont celles du classement du laboratoire (Ordo), toutes gauntlets confondus. Une exception assumée : la famille Rebel, dont la version la plus forte sur Pentium (Rebel 12) n'a pas encore joué sur 486, est représentée par Rebel 9 sur 486 et Rebel 12 sur Pentium — la meilleure version de la lignée sur chaque machine.
Chess Genius — représentant : Chess Genius 4
Cinq versions mesurées, très resserrées. Sur 486, elles vont de 2332 (CG1) à 2400 (CG5) ; sur Pentium, de 2533 (CG5) à 2579 (CG4). Curiosité : Chess Genius 5 est la meilleure sur 486 mais la moins bonne sur Pentium — une inversion qui la disqualifie comme représentant « régulier ». Chess Genius 3, le programme qui battit Kasparov en partie rapide en 1994, brille sur Pentium (2577) mais n'est que quatrième sur 486. Chess Genius 4, lui, est deuxième sur 486 (2374) et premier sur Pentium (2579) : la version la plus régulièrement haute, et donc le meilleur porte-drapeau d'une famille qui domine de la tête et des épaules — toutes ces machines sont signées Richard Lang, l'auteur des Mephiso et l'héritier direct de Psion.
Version486Pentium 90
Chess Genius 123322536
Chess Genius 223712557
Chess Genius 3 (bat Kasparov, 1994)23432577
Chess Genius 4 — représentant23742579
Chess Genius 524002533
Rebel — représentants : Rebel 9 sur 486, Rebel 12 sur Pentium
Trois versions sont désormais au banc, toutes en cotes Ordo : Rebel 6 et Rebel 9 sur les deux machines, Rebel 12 sur Pentium seulement (son gauntlet 486 reste à jouer). Sur Pentium les trois se tiennent en soixante points — Rebel 12 en tête (2474), devant Rebel 6 (2444) et Rebel 9 (2413). Sur 486, c'est Rebel 9 (2236) qui devance nettement Rebel 6 (2181). La famille est donc représentée par sa meilleure version sur chaque machine : Rebel 9 sur 486, Rebel 12 sur Pentium. Le gain d'horloge se lit alors entre deux versions différentes (+238 de l'une à l'autre) ; à version égale, il reste le plus fort de l'étude — Rebel 6 gagne +263 au passage au Pentium, Rebel 9 +177. La famille est l'œuvre d'Ed Schröder.
Version486Pentium 90
Rebel 621812444
Rebel 9 — représentant sur 48622362413
Rebel 12 / Century — représentant sur Pentium— (à jouer)2474
Fritz — représentant : Fritz 3
Les trois premiers Fritz couvrent les deux machines. Fritz 1 et Fritz 2 restent au coude à coude (autour de 2120-2170 sur 486, 2238-2267 sur Pentium) ; Fritz 3 se détache nettement — 2254 sur 486, 2404 sur Pentium — et c'est aussi la version la plus jouée et la plus titrée (championne du monde des micros en 1995). Représentant sans discussion. La famille est signée Frans Morsch.
Version486Pentium 90
Fritz 121232267
Fritz 221722238
Fritz 3 — représentant22542404
MChess — représentant : MChess Pro 6
Deux versions, et une inversion instructive : MChess Pro 6 est la meilleure sur 486 (2283 contre 2193), mais MChess 1.71 est la meilleure sur Pentium (2377 contre 2329). Autrement dit, le vaisseau amiral de Marty Hirsch, Pro 6, ne profite presque pas de l'horloge (+46), tandis que la vieille 1.71 s'envole (+184). Comme porte-drapeau de la famille je retiens Pro 6 — c'est la version phare et la plus forte sur 486 — mais en gardant à l'esprit que, sur Pentium, c'est 1.71 qu'il faudrait aligner. Ce paradoxe (la version la plus lourde profite le moins de la vitesse) est le plus net de toute l'étude.
Version486Pentium 90
MChess Pro 6 — représentant22832329
MChess 1.7121932377
Le championnat des familles
Voici les quatre représentants face à face, sur chaque machine :
2100
2200
2300
2400
2500
2600
486DX 33 MHz
Pentium 90 MHz
2374
2579
Chess Genius 4
+205 au Pentium
2236
2474
Rebel 9 · Rebel 12
+238 (Rebel 9 → Rebel 12)
2254
2404
Fritz 3
+150 au Pentium
2283
2329
MChess Pro 6
+46 au Pentium
Cote de chaque représentant sur 486DX 33 MHz (or) et Pentium 90 (rouge), avec le gain au Pentium (pour Rebel, entre Rebel 9 et Rebel 12).
RangSur 486DX 33 MHzEloSur Pentium 90Elo
1Chess Genius 42374Chess Genius 42579
2MChess Pro 62283Rebel 122474
3Fritz 32254Fritz 32404
4Rebel 92236MChess Pro 62329
Ce que dit le passage au Pentium
Trois enseignements se dégagent.
Chess Genius règne sur les deux machines. Le programme de Richard Lang, héritier direct de Psion et des Mephisto, est le plus fort des quatre sur 486 comme sur Pentium. Sur l'échelle du laboratoire, il est le seul des quatre à dépasser 2500 une fois libéré des contraintes du 486.
Le Pentium rebat les cartes derrière lui. Sur 486, l'ordre est Chess Genius, MChess, Fritz, Rebel. Sur Pentium, il devient Chess Genius, Rebel, Fritz, MChess. Rebel bondit de la dernière à la deuxième place — Rebel 9 à 2236 sur 486, Rebel 12 à 2474 sur Pentium, et Rebel 6 à lui seul gagne +263 d'une machine à l'autre —, tandis que MChess Pro 6 tombe de la deuxième à la dernière (+46). La vitesse d'horloge n'est pas un multiplicateur neutre : elle récompense les programmes dont la recherche « passe à l'échelle » et pénalise ceux qui plafonnent.
Le gain d'horloge est un trait de famille. À version égale, Rebel 6 +263 (et Rebel 9 +177), Chess Genius 4 +205, Fritz 3 +150, MChess Pro 6 +46 : un rapport de un à six entre le meilleur et le pire. Chez MChess, c'est même la version la plus ancienne (1.71) qui profite le mieux du Pentium — un signe que l'architecture de recherche compte au moins autant que la force brute du programme.
En une phrase : sur le matériel de 1994, ces quatre familles se tiennent en moins de 200 points ; sur le Pentium de 1995, Chess Genius creuse l'écart, Rebel le suit de près, et MChess décroche — non par faiblesse de jeu, mais par incapacité à convertir les cycles supplémentaires en profondeur de recherche.
Sources
Performance Elo, tournois maison (cotes Ordo de toutes les versions, 486 et Pentium 90)
Articles du laboratoire : Fritz 1-3 sur Pentium ; Rebel 6, 9 et 12 sur 486 et Pentium ; Chess Genius 1-5 ; MChess 1.71 et Pro 6
Laboratoire CB-Emu · chess.lumn.eu · synthèse des gauntlets 486DX 33 MHz et Pentium 90 (émulés par QEMU), cotes Ordo.
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18 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire · ChessMachine · octobre 2026
The King 2.54 sur ChessMachine : 14, 32 et 140 MHz au banc
Le programme de Johan de Koning, dernier logiciel publié pour la carte TASC, a joué 458 parties de laboratoire à trois horloges. Il en ressort une cote de 2338 pour la carte de base, 154 points au-dessus du Saitek RISC 2500 qui tourne à la même fréquence, une version à 140 MHz qui dépasse le RISC 2500 à 400 MHz, et une victoire avec les Noirs contre un moteur à 2726.
2338The King 2.54 à 14 MHz · 150 parties · ± 16
2398The King 2.54 à 32 MHz · 153 parties · ± 16
2478The King 2.54 à 140 MHz · 155 parties · ± 16
+154sur le Saitek RISC 2500 d’origine, même ARM2, même horloge
De quoi on parle
The King 2.54, du 3 décembre 1995, est la dernière version du programme de Johan de Koning pour la TASC ChessMachine, et la plus forte. C’est aussi le même moteur, à quelques années près, que celui des échiquiers TASC R30 et R40, du Saitek RISC 2500, puis des Chessmaster de 1994 à 2019. L’article précédent décrivait l’émulation de la carte ; celui-ci donne les résultats de ses trois gauntlets, les met en face des autres programmes de de Koning que le laboratoire a déjà mesurés, et commente une partie par version. L’article jumeau fait de même pour Gideon 3.1, l’autre programme de la carte.
Les trois versions partagent tout, sauf l’horloge : le même code, le même livre STANDARD.OBK, 512 Ko de mémoire. Les deux premières sont les cartes vendues à l’époque, à 14 et à 32 MHz ; la troisième est une version accélérée à 140 MHz, l’émulateur étant simplement cadencé dix fois plus vite. Les trois ont pris la même échelle d’adversaires, celle des programmes DOS, qui part du MChess 1.71 sur 486 et monte jusqu’aux moteurs Windows de 2800 : dix parties par adversaire à 60 coups en 15 minutes, arrêt quand deux adversaires ont pris plus de 75 % des points, puis complément à 150 parties. La cote est celle de la liste Performance Elo, recalculée par Ordo avec toutes les parties du laboratoire.
Trois horloges, trois cotes
Version
Parties
Score
Elo labo
Wiki-Elo
BT-2450
BT-2630
Prof.
The King 2.54 ChessMachine 14 MHz
150
63 · 42 %
2338 ± 16
2333
2260 · 25/30
2265 · 19/30
5,9
The King 2.54 ChessMachine 32 MHz
153
69,5 · 45 %
2398 ± 16
2377
2311 · 27/30
2325 · 23/30
6,6
The King 2.54 ChessMachine 140 MHz
155
79,5 · 51 %
2478 ± 16
—
2391 · 29/30
2440 · 25/30
8,0
Elo labo : liste Performance Elo du 17 octobre 2026. Wiki-Elo : liste de schach-computer.info, colonne « actif », décembre 2025. BT : tests BT-2450 et BT-2630 du laboratoire, 15 minutes par position, avec le nombre de positions résolues. Prof. : profondeur moyenne annoncée par le programme sur ses coups de plus de 8 secondes.
De 14 à 32 MHz, +60 points. La Wiki-Elo-Liste donnait +44. C’est trois fois moins que ce que la même multiplication d’horloge rapporte à Gideon (+170). La question posée dans l’article précédent a donc sa réponse : l’écart entre les deux programmes n’était pas un artefact des listes, il est dans le code. The King à 14 MHz joue déjà presque aussi bien qu’à 32 ; Gideon, non.
De 32 à 140 MHz, +80 points. Ici l’accélération paie plus que pour Gideon (+59 pour 32 à 150 MHz), et la profondeur suit : 5,9, 6,6 puis 8,0 demi-coups. The King convertit la vitesse en force de façon plus régulière, et les tests BT confirment : +80 points de BT-2450 et +115 de BT-2630 entre 32 et 140 MHz.
Les cotes du laboratoire et la Wiki-Elo-Liste coïncident à 5 points près à 14 MHz et à 21 points à 32 MHz, alors que l’échelle du laboratoire est d’ordinaire 60 à 90 points plus basse dans cette zone. Autrement dit, The King 2.54 émulé est, relativement à ses voisins, un peu plus fort que dans la liste allemande. Le livre AEGON joué par le relais n’y est peut-être pas pour rien.
Mêmes adversaires, trois horlogesSur les adversaires communs : Mephisto Berlin Pro : 58 % → 77 % → 90 % ; Chess Genius 1 486 : 54 % → 59 % → 80 % ; Fritz 3 486 : 33 % → 73 % → 77 % ; Mephisto Genius 68030 : 58 % → 68 % → 85 % ; Stockfish 11 68040 : 10 % → 36 % → 32 % ; Rebel 6.0 : 0 % → 0 % → 25 % ; Yace : 5 % → 0 % → 15 %. Et contre le Saitek RISC 2500 à 400 MHz, coté 2440 : 7 sur 13 pour la carte à 14 MHz, 4,5 sur 11 à 32 MHz, 7 sur 11 à 140 MHz. La carte d’origine, à 14 MHz, fait jeu égal avec son ancêtre poussé à 400 MHz.
La lignée de Koning sur la liste du laboratoire
Johan de Koning a écrit The King pour la ChessMachine, l’a porté pour Saitek dans le RISC 2500 (ARM2 à 14,2 MHz, 1992), l’a mis dans les échiquiers TASC R30 (The King 2.20, ARM2 à 30 MHz, 1993) et R40 (ARM6 à 40 MHz), et enfin sur PC, où il a fait toute la série Chessmaster. Le laboratoire a mesuré, dans les mêmes conditions, cinq machines ou programmes de cette famille avant les trois ChessMachine. Le graphique les met côte à côte ; les R30 et R40, que le laboratoire n’a pas encore, sont situés plus bas d’après la Wiki-Elo-Liste.
Saitek RISC 2500 v1.04ARM2 14,2 MHz · 561 p.
2184
The King 2.54 ChessMachine 14 MHzARM2 14 MHz · 150 p.
2338
The King 2.54 ChessMachine 32 MHzARM2 32 MHz · 153 p.
2398
Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHzARM2 400 MHz, accélérée · 380 p.
2440
The King 2.54 ChessMachine 140 MHzARM 140 MHz, accélérée · 155 p.
2478
The King 3.33, 1 threadRyzen 9 7950X3D · 227 p.
2841
The King 3.23, 1 threadRyzen 9 7950X3D · 214 p.
2854
The King 3.50, 1 threadRyzen 9 7950X3D · 424 p.
2873
The King 3.50, 8 threadsRyzen 9 7950X3D · 128 p.
3051
Cotes de la liste Performance Elo du laboratoire, 17 octobre 2026. En rouge, les trois ChessMachine de cet article.
Le RISC 2500 et la ChessMachine à 14 MHz ont le même processeur à la même fréquence, et 154 points les séparent. Trois ans de développement entre les deux versions du programme (1992 contre décembre 1995), 512 Ko de mémoire contre 128, et le livre de TASC contre celui de Saitek : c’est ce que valent ces trois choses ensemble. La différence est nette au BT-2450 (2260 contre 2237) mais presque nulle au BT-2630 (2265 contre 2268) : le progrès entre les deux versions est dans le jeu, pas dans la résolution de positions.
140 MHz du programme de 1995 valent plus que 400 MHz de celui de 1992 : 2478 contre 2440, et 7 sur 11 dans leurs rencontres directes. C’est la meilleure illustration qu’on puisse donner de ce qu’apporte une version de programme face à une horloge.
Les R30 et R40, même programme à une version près, se placent entre les deux. La Wiki-Elo-Liste donne 2353 au R30 et 2375 au R40, contre 2333 et 2377 aux ChessMachine à 14 et 32 MHz dans la même liste : la carte à 32 MHz avec The King 2.54 vaut un R40, et celle à 14 MHz rend 20 points au R30, qui tourne deux fois plus vite avec une version plus ancienne. Dans l’échelle du laboratoire, où les deux ChessMachine font 2338 et 2398, un R30 émulé devrait donc se situer vers 2360 et un R40 vers 2390. Ce sera à mesurer : les deux échiquiers manquent encore au laboratoire.
Entre la carte de 1995 et The King 3.50 sur un cœur du Ryzen, il y a 535 points et vingt-cinq ans. Sur huit cœurs, 713. La ChessMachine à 140 MHz n’a pas pris un demi-point aux trois The King de PC : ils n’étaient pas sur sa liste, mais Fritz 5.32, Hiarcs 7 et Nimzo 8, qui jouent dans la même cour, lui ont fait 30 à 0.
Les tests BT
Les tests BT-2450 et BT-2630 ont été passés par les trois versions dans les mêmes conditions que tout le laboratoire : quinze minutes par position, et le temps retenu est celui où le bon coup est trouvé pour ne plus être lâché.
The King joue mieux qu’il ne résout. À 14 MHz, son BT-2630 est à 2265, soit 73 points sous sa cote de parties ; à 32 MHz, 2325 contre 2398. Pour Gideon, c’est l’inverse. Les deux programmes de la carte sont construits différemment : Gideon est un chercheur tactique, The King un joueur de parties, avec une évaluation plus riche et une recherche moins profonde à horloge égale (5,9 demi-coups contre 6,7 à 14 MHz).
L’accélération débloque des positions. De 14 à 140 MHz, The King passe de 25 à 29 positions résolues au BT-2450 et de 19 à 25 au BT-2630. Pour Gideon, les mêmes multiplications d’horloge n’en débloquaient qu’une par test.
Le contrôle externe est bon. schach-computer.info publie 2261 au BT-2630 pour The King 2.54 à 14 MHz avec 1 Mo, en mode normal ; le laboratoire mesure 2265 avec 512 Ko. Quatre points.
Trois parties remarquables
Une par version, dont deux avec les Noirs. Les évaluations entre crochets sont celles de Stockfish 17 à la profondeur 20 ; les évaluations « annoncées » sont celles que les programmes ont envoyées pendant la partie. Les diagrammes sont donnés après le coup indiqué dans leur légende.
14 MHz : le pion c3 planté au 10e coup, promu au 52e
Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHz – The King 2.54 ChessMachine 14 MHz · gauntlet du 17 octobre 2026 · française d’échange · 0-1 en 57 coups
Le même programme, à trois ans d’écart et à vingt-huit fois l’horloge près : le RISC 2500 accéléré à 400 MHz contre la carte de base à 14 MHz. Le résultat de la série, 7 sur 13 pour la carte, est déjà une surprise ; cette partie-ci est une des plus folles des trois gauntlets, et elle se termine par un mat de dame et cavalier contre un roi qui a essayé de s’enfuir par la colonne h.
1.e4 e6 2.d4 d5 3.exd5 exd5 4.Cf3 Cf6 5.Fd3 c5 6.O-O c4 7.Fe2 Fd6 8.b3 Fe6 8…Fe6 ? Il fallait prendre en b3. Le RISC 2500 va gagner le pion c4, mais The King obtient un pion c3 enfoncé dans le camp blanc qui va vivre quarante coups. 9.bxc4 dxc4 10.Ca3 c3 Le pion est planté. Il ne bougera plus qu’au 47e coup.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 10…c3 : un pion de moins pour les Noirs, mais un clou en c3 qui gêne le cavalier a3 et la tour a1 jusqu’à la fin.
11.Dd3 O-O 12.Cg5 Cc6 13.Cxe6 fxe6 14.Cb5 a6 15.Cxd6 Dxd6 Les Blancs ont échangé le fou d6 ; la paire de cavaliers noirs s’installe en d5 et b4. 16.Fe3 Cd5 17.Fg4 Tae8 18.Tfb1 Ccb4 19.De2 e5 20.dxe5 Dxe5 20…Dxe5 ? laisse échapper l’avantage ; 20…Txe5 le gardait. Les deux programmes voient six demi-coups et ne sont sûrs de rien. 21.Ff3 21.Ff3 ? Le RISC 2500 met son fou en prise d’une tour, pensant qu’elle ne prendra pas. 21…Txf3 Elle prend. 21…Txf3 : la qualité pour le pion f3, l’ouverture du roi blanc et un cavalier d5 intouchable. Stockfish préférait 21…b5, mais le coup joué garde l’avantage, et il a du panache pour une carte à 14 MHz.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 21…Txf3 : une tour pour un fou, et le roque blanc en ruine.
22.gxf3 Df5 23.Tc1 Dg6+ 23…Dg6+ ? est une imprécision, 23…Te6 était plus fort. 24.Rh1 Rh8 ?? Annoncé +0,41 par The King. Stockfish voit +2,19 pour les Blancs après 25.a3 : le roi noir se met lui-même dans la boîte. 25.a4 ?? Le RISC 2500 rend la politesse ; et 25…a5 ?? 26.Ta3 ?? aussi. Trois coups, trois fautes, c’est le niveau des deux programmes dans cette position confuse. 25…a5 26.Ta3 b6 27.Dd1 Rg8 28.Dg1 Df7 29.Dg4 h5 La dame blanche cherche la colonne g ; The King répond par 29…h5 !, et le pion h devient l’arme de la partie. 30.Dg3 Cxe3 31.fxe3 Txe3 32.Dg2 Txf3 30…Cxe3 31.fxe3 Txe3 32.Dg2 Txf3 : The King ramasse les pions de l’aile roi. 33.Tg1 ?? Annoncé −0,09 par le RISC 2500. 33…h4 ! La position blanche s’effondre : −5,3. 34.Tb3 ?? 34…h3 ! Le pion h3 attaque la dame, qui n’a plus de bonne case. Stockfish : −13,75. Le RISC 2500 annonce −0,56 ; il n’a encore rien vu.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 34…h3 : le pion h3 chasse la dame, la tour f3 et le cavalier b4 attaquent, le pion c3 attend son heure.
35.De2 Te3 36.Txg7+ 35…Te3 : la tour menace la dame. 36.Txg7+ est un coup de désespoir, pour échanger les dames et rester avec une tour contre tour, cavalier et deux pions. 36…Rxg7 37.Dg4+ Dg6 38.Dxg6+ Rxg6 39.Rg1 Rf5 40.Rf2 Re4 41.Rg1 Rf3 Le roi noir monte : f5, e4, f3. Le RISC 2500 annonce −8,53 et commence à voir le mat. 42.Tb1 Cxc2 42…Cxc2 : le cavalier prend le pion qui bloquait c3. La promotion est en vue. 43.Tf1+ Re2 44.Tf2+ Rd1 45.Tf7 Cd4 46.Tf4 Ce2+ 47.Rf2 c2 47…c2 : le pion planté au 10e coup avance enfin. 48.Tc4 Tc3 48…Tc3 ! La tour se donne pour forcer la promotion : 49.Txc3 Cxc3 et rien n’arrête le pion.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 48…Tc3 : la tour est offerte. Si 49.Txc3 Cxc3, le pion c2 fait dame.
49.Txc3 Cxc3 50.Rg3 Re2 51.Rxh3 Rf3 52.Rh4 c1=D 52…c1=D. Il reste au roi blanc à s’enfuir vers h7 ; The King annonce le mat en 6 au 54e coup et le conduit avec dame et cavalier. 53.Rh5 Dg1 54.Rh6 Cd5 55.h4 Ce7 56.h5 Cf5+ 57.Rh7 Dg7#
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh1157…Dg7 mat. Le cavalier f5 contrôle h6 et g7 ; la dame conclut.
Une partie à vingt fautes, dont la moitié pour le vainqueur. Mais sur les trois idées qui comptaient, le pion c3, la qualité en f3 et la marche du pion h, c’est la carte à 14 MHz qui a eu raison, et le 400 MHz qui n’a rien vu venir.
32 MHz : un fou pris au piège par 13.b4
The King 2.54 ChessMachine 32 MHz – Stockfish 11 68040 40 MHz · gauntlet du 17 octobre 2026 · gambit dame accepté · 1-0 en 69 coups
Stockfish 11 sur 68040 à 40 MHz est coté 2546, 148 points au-dessus de la carte à 32 MHz. La carte lui a pris 4 points sur 11, le meilleur score des trois versions contre lui. Cette partie-là est la plus nette : une faute positionnelle de Stockfish au 12e coup, un fou perdu, et une finale conduite sans la moindre hésitation jusqu’au mat dans le coin.
1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cf3 d5 4.Cc3 dxc4 5.e3 a6 6.Fxc4 b5 7.Fd3 Fb7 8.O-O c5 9.b3 Cbd7 Un gambit dame accepté classique, avec le fou en d3 et les pions b5 et c5 des Noirs. 10.Fd2 10.Fd2 est passif, 10.Fb2 était naturel. Stockfish prend l’avantage : −0,88. 10…cxd4 11.exd4 Fa3 11…Fa3 vise la case b2, mais le fou est seul là-bas. 12.Tb1 De7 12…De7 ?? annoncé +0,64 par Stockfish à la profondeur 10. Il fallait rapatrier le fou par 12…Fe7. The King répond aussitôt par le coup qui le piège. 13.b4
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 13.b4 : le fou a3 n’a plus de case. The King annonce +0,23 à la profondeur 5 : il ne voit pas encore qu’il gagne une pièce, mais Stockfish, lui, voit déjà −1,36 après son 13e coup.
13…Fxf3 Stockfish donne le fou b7 pour le cavalier f3 : il cherche l’activité, il ne trouve que l’échange. 14.Dxf3 O-O 15.Cd1 15.Cd1 ! Le cavalier part vers e3 et c4, d’où il prendra le fou a3. Stockfish préférait 15.Ce4 ; le plan de The King est plus lent et tout aussi sûr. 15…a5 16.bxa5 b4 17.Ce3 Txa5 18.Cc4 Td5 18…Td5 ? aggrave les choses : il fallait 18…Dd8. Suit 19.Cxa3 bxa3 20.Fb4, et le fou blanc attaque la tour f8. 19.Cxa3 bxa3 20.Fb4 Dd8 21.Fxf8 Cxf8 La poussière retombe : The King a une tour contre un cavalier, et le pion noir a3 va tomber. Stockfish annonce −1,84.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 21…Cxf8 : la qualité de plus pour les Blancs. Il reste quarante-huit coups de technique.
22.Tfd1 Txd4 22…Txd4 reprend un pion mais ouvre la colonne d ; après 23.Fe2 e5 24.Txd4 Dxd4 25.Dxa3, le pion a3 est tombé et The King annonce +0,22 : il sous-estime encore sa position d’au moins trois pions. 23.Fe2 e5 24.Txd4 Dxd4 25.Dxa3 Ce4 26.De3 Cc3 27.Tb2 Cxe2+ 28.Txe2 Da1+ 29.Te1 Dxa2 30.Dxe5 De6 31.Dxe6 Cxe6 Les dames s’échangent en e6, le cavalier noir reprend. Tour et trois pions contre cavalier et trois pions : gagné, à condition d’être précis. 32.Te4 g5 33.h4 h6 34.Rf1 Rg7 35.Re2 Rg6 36.Re3 Le roi blanc monte par e3, e4 et d5 pendant que le cavalier noir tourne en rond entre f5, d6 et g7. 36…Cg7 37.hxg5 hxg5 38.Te5 Cf5+ 39.Re4 Cd6+ 40.Rd5 Cf5 41.g4 Cg7 42.Rd6 f5 43.f3 Rf6 44.Te7 44.Te7 ! La tour coupe le roi et attaque le cavalier. Stockfish préférait 44.Rd5, mais ce coup gagne aussi et plus vite.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 44.Te7 : le cavalier g7 et le pion f5 sont attaqués, le roi noir ne peut pas tenir les deux.
44…fxg4 45.fxg4 Cf5+ 46.gxf5 Rxf5 45…Cf5+ 46.gxf5 Rxf5 : Stockfish donne son cavalier pour deux pions. Il reste tour contre pion g5, et Stockfish annonce −53, c’est-à-dire un mat qu’il voit de loin. 47.Rd5 Rf4 48.Te4+ Rf5 49.Rd4 Rf6 50.Re3 Rf5 51.Rf3 g4+ 52.Txg4 Le pion g tombe au 52e coup. Tour et roi contre roi : The King annonce +2,66, ce qui est sa façon de dire qu’il est en train de gagner sans savoir encore comment mater. 52…Re5 53.Tg5+ Rd4 54.Rf4 Rd3 55.Td5+ Rc4 56.Re4 Rc3 57.Td4 Rc2 58.Td3 Rc1 59.Rd5 Rb2 60.Re5 Rb1 61.Tc3 Ra1 62.Rd5 Rb1 63.Re4 Ra2 64.Rd3 Rb2 65.Rc4 La technique de mat est un peu longue, roi noir repoussé de case en case vers le coin a1, mais elle ne rate rien : The King annonce le mat en 6 au 65e coup. 65…Ra2 66.Tc2+ Ra1 67.Rb3 Rb1 68.Tc3 Ra1 69.Tc1#
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh1169.Tc1 mat.
The King a annoncé +0,23 au moment de gagner une pièce et +2,66 avec une tour de plus contre roi nu. Son évaluation est modeste ; sa recherche a trouvé 13.b4, 15.Cd1 et 44.Te7, et c’est ce qui compte.
140 MHz : Yace et le cavalier en a1
Yace Paderborn – The King 2.54 ChessMachine 140 MHz · gauntlet du 17 octobre 2026 · sicilienne · 0-1 en 82 coups
Yace, le programme de Dieter Bürßner, est coté 2726 sur le Ryzen : 248 points de plus que la carte à 140 MHz, et le plus fort adversaire battu par une ChessMachine dans ces six gauntlets. C’est une partie sans dames à partir du 8e coup, où le programme de PC se laisse étouffer à l’aile dame, et où la carte convertit, en quatre-vingts coups, un avantage positionnel en deux pions passés.
1.e4 c5 2.Cf3 e6 3.Cc3 d6 4.d4 cxd4 5.Dxd4 Cf6 6.e5 Cc6 7.Fb5 dxe5 8.Dxd8+ Rxd8 Dans cette variante de la sicilienne, les dames disparaissent dès le 8e coup : le roi noir reste au centre, en c7, et la partie se joue sur les colonnes. 9.Fg5 Fd6 10.O-O-O Rc7 11.Fh4 Fd7 12.Fa4 a6 13.Rb1 13.Rb1 ? Yace perd un temps. Il annonce +0,19 ; Stockfish voit déjà les Noirs mieux après 13…Fb4 (−0,8). 13…Fb4 14.Ce2 b5 14.Ce2 ? Le cavalier quitte le centre, et 14…b5 ! gagne le fou a4 un temps de plus : −1,66. Yace annonce +0,01 ; The King, +0,52.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 14…b5 : les pions a et b noirs vont pousser, et les pièces blanches reculer. Deux programmes de la liste voient la position très différemment : Yace +0,01, The King +0,52, Stockfish 17 −1,7.
15.Fb3 Ce4 16.c3 Fc5 17.Thf1 f6 18.Fc2 Cd6 18…Cd6 : les cavaliers noirs s’installent, le fou c5 regarde f2. 19.Cc1 a5 20.Cb3 Fb6 21.Td2 a4 20.Cb3 a4 ! chasse le cavalier, qui n’a plus que a1 ou c1. 22.Ca1 22.Ca1. Un cavalier de 2726 Elo dans le coin. Yace annonce −0,51 ; il sait que ça va mal.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 22.Ca1 : le cavalier blanc est dans le coin, le fou h4 hors jeu, et les Noirs ont toute l’aile dame.
22…b4 23.cxb4 Cxb4 24.Tfd1 Cd5 25.Tc1 Rb7 26.a3 e4 26…e4 : The King prend le centre. Stockfish préférait 26…Fb5, mais la pression est la même. 27.Cd4 Ta5 28.Tdd1 g5 28…g5 chasse le fou h4 ; 29…e5 prend encore du terrain. Yace, à −0,7, se bat pour la nulle. 29.Fg3 e5 30.Cab3 Taa8 31.Ce2 Fe6 32.Cd2 e3 32…e3 : le pion passe. Yace s’en sort par un échange de pièces, 34.Fxe5 fxe5 35.Cxg5 exf2, et le pion f2 noir s’installe à une case de la promotion pour trente coups. 33.Ce4 Cf5 34.Fxe5 fxe5 35.Cxg5 exf2 36.Cxe6 Cfe3 36…Cfe3 est une imprécision (36…Cde3 gagnait plus vite) : l’avantage retombe à −0,9. Mais il reste le pion f2, qui condamne la tour blanche à la garde de f1.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 36…Cfe3 : le pion f2 noir tient la tour d1 et le fou blanc en respect. Il ne sera pris qu’au 68e coup, contre le fou.
37.Fe4 Ta5 38.Cc3 Tc8 39.Cxd5 39.Cxd5 ? Yace échange dans une finale perdue ; 39.Td2 tenait. Puis 41.Fxh7 ? perd encore un temps pour un pion sans importance. 39…Txc1+ 40.Txc1 Cxd5 41.Fxh7 Cf6 42.Fc2 e4 43.g3 e3 44.Cf4 Fc7 45.Ce2 Fe5 44.Cf4 et 45.Ce2 : le cavalier blanc cherche une case, et 45…Fe5 le lui refuse. Stockfish : −4,9. 46.Fd3 Td5 47.Rc2 Tc5+ 48.Cc3 Cd5 49.Ff1 Fxc3 50.Rd3 Fd4 51.Tc4 Txc4 52.Rxc4 Fxb2 53.Rxd5 Fxa3 49…Fxc3 50.Rd3 Fd4 : les Noirs liquident vers une finale de fous de couleurs opposées. 51.Tc4 ? accélère la fin : 51…Txc4 52.Rxc4 Fxb2 53.Rxd5 Fxa3, et le cavalier est rendu contre les deux pions de l’aile dame.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 53…Fxa3 : fous de couleurs opposées, mais les Noirs ont les pions e3, f2 et a4 contre g3 et h2. Yace annonce −1,66 ; Stockfish, −7,6.
54.h3 Fd6 55.Rc4 Fxg3 55…Fxg3 ? (55…a3 gagnait plus simplement) et le roi blanc va chercher le pion a4. The King se laisse prendre deux pions à l’aile dame, parce qu’il a vu que ses deux pions passés suffisent. 56.Rb4 Rc6 57.Fc4 Rd6 58.Rxa4 Re5 59.Rb3 Rf4 59…Rf4 ! Le roi noir rejoint ses pions. Yace annonce −3,28, puis −4,71, puis −5,16 : il voit la promotion arriver. 60.Fe2 Fh4 60…Fh4 : le fou garde e1 et f2. Il ne reste au roi blanc qu’à regarder. 61.Rc4 Rg3 62.Rd3 Fg5 63.Ff1 Rf3 64.h4 Ff4 64…Ff4 : le pion e3 est protégé, et f1=D est imparable. 65.Fe2+ Rg2 66.Re4 Fh6 67.Rf5 f1=D+ 67…f1=D+. Yace annonce le mat en 36. Le pion planté au 35e coup est devenu dame ; il est pris aussitôt, mais le pion e3 suit. 68.Fxf1+
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 67…f1=D+ 68.Fxf1+ : le fou blanc a dû donner sa vie pour la première dame ; la seconde, e1=D, n’est plus qu’une question de coups.
68…Rxf1 69.Rg6 Ff8 70.Rf7 Fc5 71.Re6 e2 72.Rd5 Ff2 73.h5 e1=D 73…e1=D. Dame et fou contre roi et un pion h5 : le reste est une chasse de vingt coups, un peu longue, The King n’étant pas un spécialiste du mat de dame. 74.Rd6 Dd1+ 75.Rc7 Dxh5 76.Rd6 Dg6+ 77.Rd5 Re2 78.Rc4 Dd3+ 79.Rb4 Fb6 80.Ra4 Db1 81.Ra3 Fc5+ 82.Ra4 Db4# Mat.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh1182…Db4 mat. Le fou c5 et la dame referment la nasse sur a4.
Yace a joué cette partie avec 2726 points de cote et un cavalier en a1. The King, lui, a eu un plan dès le 13e coup, les pions a et b, et il ne l’a plus lâché. Un point et demi sur dix contre Yace, ce n’est pas beaucoup ; mais c’est un point et demi qu’aucune autre machine dédiée du laboratoire n’a pris.
Le détail des trois gauntlets
The King 2.54 ChessMachine 14 MHz — liste des programmes DOS, départ MChess 1.71 486
Adversaire
Cote
Score
%
+ = −
MChess 1.71 486DX 33MHz
2193
8,5 / 12
71 %
+7 =3 −2
Fruit 2.1 68040 40MHz
2240
8 / 13
62 %
+6 =4 −3
Fruit 2.1 ARM9 30MHz
2310
8 / 13
62 %
+7 =2 −4
Fritz 3 486DX 33MHz
2252
3 / 9
33 %
+3 =0 −6
Mephisto Berlin Pro 68020
2315
7,5 / 13
58 %
+6 =3 −4
Chess Genius 1 486DX 33MHz
2338
7 / 13
54 %
+6 =2 −5
Stockfish 11 68020 16MHz
2383
5 / 12
42 %
+4 =2 −6
Mephisto Genius 68030 London
2363
7,5 / 13
58 %
+7 =1 −5
Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHz
2440
7 / 13
54 %
+6 =2 −5
Rebel 6.0
2674
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Stockfish 11 68040 40MHz
2546
1 / 10
10 %
+0 =2 −8
Yace Paderborn
2726
0,5 / 10
5 %
+0 =1 −9
Fritz 5.32 UCI py
2773
0 / 9
0 %
+0 =0 −9
Total
63 / 150
42 %
The King 2.54 ChessMachine 32 MHz — même liste
Adversaire
Cote
Score
%
+ = −
MChess 1.71 486DX 33MHz
2193
8,5 / 11
77 %
+8 =1 −2
Fruit 2.1 68040 40MHz
2240
6,5 / 12
54 %
+5 =3 −4
Fruit 2.1 ARM9 30MHz
2310
6,5 / 12
54 %
+6 =1 −5
Fritz 3 486DX 33MHz
2252
8 / 11
73 %
+7 =2 −2
Chess Genius 1 486DX 33MHz
2338
6,5 / 11
59 %
+5 =3 −3
Mephisto Berlin Pro 68020
2315
8,5 / 11
77 %
+8 =1 −2
Stockfish 11 68020 16MHz
2383
8,5 / 11
77 %
+8 =1 −2
Mephisto Genius 68030 London
2363
7,5 / 11
68 %
+7 =1 −3
Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHz
2440
4,5 / 11
41 %
+3 =3 −5
Rebel 6.0
2674
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Stockfish 11 68040 40MHz
2546
4 / 11
36 %
+3 =2 −6
Yace Paderborn
2726
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Fritz 5.32 UCI py
2773
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Hiarcs 7 UCI py
2782
0,5 / 10
5 %
+0 =1 −9
Nimzo 8 UCI py
2744
0 / 1
0 %
+0 =0 −1
Total
69,5 / 153
45 %
The King 2.54 ChessMachine 140 MHz — même liste
Adversaire
Cote
Score
%
+ = −
MChess 1.71 486DX 33MHz
2193
8 / 11
73 %
+7 =2 −2
Fruit 2.1 68040 40MHz
2240
8,5 / 10
85 %
+8 =1 −1
Fruit 2.1 ARM9 30MHz
2310
8 / 10
80 %
+8 =0 −2
Fritz 3 486DX 33MHz
2252
8,5 / 11
77 %
+7 =3 −1
Mephisto Berlin Pro 68020
2315
9 / 10
90 %
+8 =2 −0
Chess Genius 1 486DX 33MHz
2338
8 / 10
80 %
+7 =2 −1
Stockfish 11 68020 16MHz
2383
6,5 / 11
59 %
+5 =3 −3
Mephisto Genius 68030 London
2363
8,5 / 10
85 %
+8 =1 −1
Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHz
2440
7 / 11
64 %
+5 =4 −2
Rebel 6.0
2674
2,5 / 10
25 %
+1 =3 −6
Stockfish 11 68040 40MHz
2546
3,5 / 11
32 %
+2 =3 −6
Yace Paderborn
2726
1,5 / 10
15 %
+1 =1 −8
Fritz 5.32 UCI py
2773
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Hiarcs 7 UCI py
2782
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Nimzo 8 UCI py
2744
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Total
79,5 / 155
51 %
Cotes des adversaires : listes du laboratoire au 17 octobre 2026. Les séries de plus de dix parties viennent du complément à 150 parties, qui redistribue les places libres vers les adversaires à 20–80 %.
Ce qu’il reste à faire
Brancher les TASC R30 et R40 en UCI, pour avoir les versions intermédiaires de The King dans les mêmes conditions que la ChessMachine et le RISC 2500.
Opposer directement The King 2.54 à 14 MHz et le RISC 2500 à 14,2 MHz, pour isoler ce que les trois ans de développement et les 512 Ko ont apporté.
Pousser la carte au-delà de 140 MHz, puisque The King, contrairement à Gideon, convertit encore la vitesse en points.
Sources
PGN des trois gauntlets, laboratoire chess.lumn.eu, 16–18 octobre 2026 ; cotes de la liste Performance Elo du 17 octobre 2026.
Les tests BT, mesurés en série, chess.lumn.eu, octobre 2026.
TASC ChessMachine : The King et Gideon redeviennent des moteurs, chess.lumn.eu, octobre 2026.
Saitek RISC 2500 à 400 MHz, chess.lumn.eu, octobre 2026.
Wiki-Elo-Liste et Tasc ChessMachine, schach-computer.info.
Analyses : Stockfish 17.1, profondeur 20, un cœur par partie.
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 18 octobre 2026
Post Views: 18 [...]
18 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire · ChessMachine · octobre 2026
Gideon 3.1 sur ChessMachine : 14, 32 et 150 MHz au banc
Le champion du monde de Madrid 1992 a joué 484 parties de laboratoire à trois horloges différentes. Résultat : trois cotes, un écart de 170 points entre les deux cartes d’origine, une accélération qui rapporte moins que prévu, et trois parties à savourer, dont une victoire sur Stockfish.
2158Gideon 3.1 à 14 MHz · 183 parties · ± 15
2328Gideon 3.1 à 32 MHz · 151 parties · ± 16
2387Gideon 3.1 à 150 MHz · 150 parties · ± 16
+170de 14 à 32 MHz, l’écart « qui intriguait » est confirmé
De quoi on parle
Gideon 3.1 est le programme d’Ed Schröder qui a remporté le championnat du monde des ordinateurs d’échecs à Madrid, en novembre 1992, sur une carte TASC ChessMachine à 32 MHz. L’article précédent racontait comment la carte, son processeur ARM2 et son livre d’ouvertures ont été émulés et branchés en UCI. Il se terminait sur une promesse : les gauntlets diraient si l’émulation retrouve l’ordre des listes publiées, et si l’écart de 141 points que la Wiki-Elo-Liste donne entre les cartes à 14 et à 32 MHz est réel. Les gauntlets sont finis. Voici ce qu’ils disent.
Trois versions ont joué : les deux cartes d’origine, à 14 et à 32 MHz, et une version accélérée à 150 MHz, dans l’esprit des machines CB-Emu « turbo » du laboratoire. Même programme, même livre (STANDARD.OBK, celui des tournois AEGON), même mémoire de 512 Ko : seule l’horloge change. Chaque version a affronté une échelle d’adversaires à cote fixe, dix parties par adversaire à 60 coups en 15 minutes, jusqu’à ce que deux adversaires lui aient pris plus de 75 % des points, puis un complément jusqu’à 150 parties. La cote est celle de la liste Performance Elo du site, recalculée par Ordo avec l’ensemble des parties du laboratoire.
Trois horloges, trois cotes
Version
Parties
Score
Elo labo
Wiki-Elo
BT-2450
BT-2630
Prof.
Gideon 3.1 ChessMachine 14 MHz
183
99 · 54 %
2158 ± 15
2246
2191 · 25/30
2220 · 20/30
6,7
Gideon 3.1 ChessMachine 32 MHz
151
58 · 38 %
2328 ± 16
2387
2251 · 26/30
2280 · 21/30
7,5
Gideon 3.1 ChessMachine 150 MHz
150
66 · 44 %
2387 ± 16
—
2295 · 26/30
2325 · 21/30
9,2
Elo labo : liste Performance Elo du 17 octobre 2026. Wiki-Elo : liste de schach-computer.info, colonne « actif », décembre 2025. BT : tests BT-2450 et BT-2630 du laboratoire, 15 minutes par position, avec le nombre de positions résolues. Prof. : profondeur moyenne annoncée par le programme sur ses coups de plus de 8 secondes.
Le score brut ne veut rien dire tout seul : la carte à 14 MHz a 54 % parce qu’elle a joué des adversaires plus faibles, pris dans une liste qui commence au Saitek Maestro D++. Les deux autres ont pris la liste des programmes DOS, qui démarre au MChess 1.71 sur 486 et monte jusqu’aux moteurs Windows de 2800. C’est la cote qui compare, et elle dit ceci :
De 14 à 32 MHz, +170 points. La Wiki-Elo-Liste en donnait 141, le laboratoire en mesure un peu plus. Multiplier l’horloge par 2,3 vaut ici un bon demi-coup de profondeur (6,7 à 7,5) et beaucoup plus de points qu’on n’en attend d’ordinaire d’un seul doublement. Le programme de 1992 est manifestement bridé à 14 MHz.
De 32 à 150 MHz, +59 points seulement. Là, c’est l’inverse : multiplier l’horloge par 4,7 rapporte 1,7 demi-coup de profondeur (7,5 à 9,2) mais à peine 60 points. Les tests BT disent la même chose, avec +45 points de BT-Elo sur les deux tests et pas une position résolue de plus. Deux explications se présentent, et elles ne s’excluent pas : au-delà de 32 MHz, Gideon atteint des profondeurs où son évaluation et sa sélectivité d’époque comptent plus que la vitesse ; et la fréquence de 150 MHz, mesurée programme seul, n’est peut-être pas tenue quand quatorze émulations tournent de front sur le Ryzen. Le relais le signale quand c’est le cas ; ce point sera vérifié avant de pousser l’accélération plus loin.
L’échelle du laboratoire est plus basse que la Wiki-Elo-Liste de 60 à 90 points dans cette zone, ce qu’on savait déjà par le Mephisto RISC II et le Saitek RISC 2500. L’ordre, lui, est respecté.
Mêmes adversaires, trois horlogesSur les six adversaires communs aux trois gauntlets, la progression est régulière : MChess 1.71 486 : 55 % → 64 % → 85 % ; Fruit 2.1 68040 : 0 % → 46 % → 71 % ; Fritz 3 486 : 25 % → 64 % → 72 % ; Mephisto Berlin Pro : 40 % → 62 % → 82 % ; Fruit 2.1 ARM9 : 10 % → 36 % → 42 % ; Chess Genius 1 486 : 50 % (3 parties) → 54 % → 67 %. La carte à 14 MHz n’a pas pris un demi-point à Fruit sur 68040 ; celle à 150 MHz lui en prend sept sur dix.
La lignée Schröder sur la liste du laboratoire
Gideon n’est pas un programme isolé : c’est le Rebel d’Ed Schröder, compilé pour l’ARM2 de la ChessMachine après être passé par le 65C02 de la Final ChessCard. Le même code, à quelques années près, tourne dans le Mephisto RISC II, dans les Rebel 6, 9 et 12 pour DOS, dans Rebel 6.0 pour Windows, et aujourd’hui dans Rebel 16 sur huit cœurs. La liste du laboratoire les a tous, mesurés dans les mêmes conditions, ce qui donne une vue assez unique d’un programme à travers trente ans de matériel.
Gideon 3.1 ChessMachine 14 MHzARM2 14 MHz · 183 p.
2158
Rebel 6 486DX 33 MHzPC émulé · 211 p.
2207
Mephisto RISC IIARM2 14 MHz + 65SC02 · 658 p.
2231
Rebel 9 486DX 33 MHzPC émulé · 150 p.
2241
Gideon 3.1 ChessMachine 32 MHzARM2 32 MHz · 151 p.
2328
Gideon 3.1 ChessMachine 150 MHzARM 150 MHz, accélérée · 150 p.
2387
Rebel 9 Pentium 90 MHzPC émulé · 150 p.
2417
Rebel 6 Pentium 90 MHzPC émulé · 156 p.
2447
Rebel 12 Pentium 90 MHzPC émulé · 135 p.
2477
Rebel 6.0 (Windows), 1 threadRyzen 9 7950X3D · 620 p.
2674
Rebel-Extreme 1.1, 8 threadsRyzen 9 7950X3D · 70 p.
3585
Rebel 16.3, 8 threadsRyzen 9 7950X3D · 251 p.
3797
Cotes de la liste Performance Elo du laboratoire, 17 octobre 2026. En rouge, les trois ChessMachine de cet article.
Quelques lectures de ce graphique :
La carte à 32 MHz de 1992 vaut un Rebel 9 sur Pentium 90 de 1997 à 90 points près, et dépasse nettement les Rebel 6 et 9 sur 486. Au championnat de Madrid, la ChessMachine était bien ce qu’on disait d’elle : un PC de course dans une carte.
Le Mephisto RISC II fait tourner exactement le même Gideon 3.1 à la même fréquence et sort 73 points au-dessus de la ChessMachine à 14 MHz, avec des barres d’erreur de ± 8 et ± 15. Sur les tests BT, en revanche, les deux sont au coude à coude (2206 contre 2220 au BT-2630). Les candidats à l’explication : le livre, puisque le RISC II joue celui de sa ROM et la ChessMachine le STANDARD.OBK de TASC ; la mémoire, 1 Mo dans le Mephisto d’après sa fiche contre 512 Ko ici ; et la gestion du temps, Gideon ne consommant sur la carte que 73 % du temps qu’on lui donne, ce que le relais compense par un facteur fixe qui n’est peut-être pas celui du logiciel TASC. C’est le prochain point à creuser, avec un match direct entre les deux.
Rebel 6.0 pour Windows, sur un seul cœur du Ryzen, a battu les deux ChessMachine rapides 19,5 à 0,5 : 9,5-0,5 contre la carte à 32 MHz, 10-0 contre celle à 150 MHz. Le grand-père contre le petit-fils, et 300 points d’écart.
Les tests BT
Les tests BT-2450 et BT-2630 ont été passés par les trois versions, quinze minutes par position, en mesurant l’instant où le bon coup est trouvé et gardé. Pour Gideon, les deux tests racontent une histoire cohérente avec les parties : 2191 et 2220 à 14 MHz, 2251 et 2280 à 32 MHz, 2295 et 2325 à 150 MHz. Deux remarques :
Gideon résout mieux qu’il ne joue. À 14 MHz, son BT-Elo (2220 au BT-2630) est 60 points au-dessus de sa cote de parties (2158). Pour The King, c’est l’inverse, on le verra dans l’article voisin. Les deux programmes n’ont pas le même rapport entre tactique pure et jeu complet.
Les positions non résolues sont toujours les mêmes, quelle que soit l’horloge : 5 positions manquées sur 30 au BT-2450 à 14 MHz, 4 à 32 et à 150 MHz ; 10, 9 et 9 au BT-2630. Une fréquence multipliée par dix ne débloque qu’une position par test. Ce sont des positions où ce n’est pas la profondeur qui manque, mais l’idée.
Pour mémoire, schach-computer.info publie 2203 au BT-2630 pour le Mephisto RISC II, même programme à la même fréquence ; le laboratoire mesure 2206 pour le RISC II et 2220 pour la ChessMachine à 14 MHz. Les trois chiffres sont à l’intérieur du bruit du test.
Trois parties remarquables
Une par version. Les commentaires suivent la partie coup après coup ; les évaluations entre crochets sont celles de Stockfish 17 à la profondeur 20, les évaluations « annoncées » celles que Gideon a lui-même envoyées pendant la partie. Les diagrammes sont donnés après le coup indiqué dans leur légende.
14 MHz : le pion qui enterre une aile
Gideon 3.1 ChessMachine 14 MHz – Mephisto Berlin Pro 68020 · gauntlet du 18 octobre 2026 · partie du pion dame · 1-0 en 44 coups
Le Mephisto Berlin Pro, c’est le programme de Richard Lang sur 68020, coté 2315 au laboratoire, soit 157 points de plus que la petite carte à 14 MHz. Ce qui suit est une leçon de jeu positionnel donnée par le plus faible des deux.
1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cf3 d5 4.e3 Ce4 Un cavalier en e4 dès le 4e coup, c’est un peu tôt ; Gideon le laisse là et gagne du terrain à l’aile dame. 5.Cbd2 Fb4 6.a3 Fd6 7.c5 Le pion c5 ôte la case d6 au fou et fixe le pion b7. Berlin Pro ne s’en inquiète pas : il annonce −0,24. 7…Fe7 8.Cxe4 dxe4 Gideon échange le cavalier avancé et récupère sa structure. Stockfish voit déjà +1,0. 9.Cd2 f5 10.b4 a5 11.Fb2 O-O 12.b5 b6 L’erreur décisive, jugée −0,69 par le Berlin Pro à la profondeur 4. Il fallait 12…e5 pour ouvrir le centre tant qu’il en est temps. 13.c6
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 13.c6 : le cavalier b8 et la tour a8 sont murés. Le cavalier ne bougera qu’au 32e coup, pour être pris ; la tour au 37e, pour permettre le mat. Gideon annonce +0,49 à la profondeur 6 ; Stockfish, +3,4.
13…Tf7 Berlin Pro aurait pu rendre la pièce par 13…Cxc6 14.bxc6 Dd5 et vivre avec un pion de moins ; il préfère garder le matériel et perdre la partie. 14.Fc4 Fd6 15.Fb3 Dh4 La dame vient chercher le roi. C’est tout ce qui reste aux Noirs : une attaque à trois pièces contre une aile roi intacte. 16.Cc4 f4 17.exf4 Dxf4 18.De2 Df5 19.Ce5 Stockfish préférait 19.Cxd6, mais Gideon aime son cavalier central et il a raison de ne pas se presser. 19…Fxe5 20.dxe5 Dg5 21.O-O Tf4 22.Tad1 Tg4 Les tours se massent sur la colonne f ; 22…Tg4 vise g2. 23.f4 Un coup fort. Gideon ferme la colonne et lance son propre pion, qui va devenir le héros de la partie. 23…Dh4 24.f5 Annoncé +0,88. Le pion f menace de s’ouvrir le chemin vers e6, puis e7. 24…Rf7 25.Fxe6+ Le fou se sacrifie pour que le pion passe. Stockfish préférait 25.fxe6+ tout de suite, mais le résultat est le même : la 7e rangée va tomber. 25…Fxe6 26.fxe6+ Re8
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 26…Re8 : deux pions blancs en c6 et e6, à une case de la promotion chacun, et le roi noir rejeté en e8. Berlin Pro annonce −3,00 ; il a compris, trop tard.
27.g3 Gideon pousse g3 pour chasser la dame de h4 ; Stockfish aurait joué 27.e7 tout de suite. 27…Dg5 28.Df2 Tf4 29.Dxf4 Dxf4 30.Txf4 Les Noirs rendent la tour pour liquider les dames. Il reste à Gideon une tour et un fou de plus. 30…a4 31.Tf7 e3 32.Txc7 Cxc6 La tour entre en c7 et prend le pion ; le cavalier noir sort enfin de sa boîte, pour être échangé contre le pion c6 qui l’y avait enfermé. 33.bxc6 e2 34.Te1 Rf8 35.Txe2 Le dernier espoir noir, un pion en e2, est cueilli par la tour. Gideon annonce +6,49. 35…h5 36.Tf2+ Rg8 37.Tff7 Te8 37…Te8 ?? Il fallait 37…Rh8. Gideon annonce maintenant le mat en 7, à la profondeur 6, et le joue coup pour coup.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 37…Te8 : les deux tours blanches sur la 7e. Gideon annonce mat en 7.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh1144.Tg8 mat. Le cavalier b8 n’a bougé que pour être pris ; le fou c8 n’a joué qu’un coup, pour être pris lui aussi.
38.Txg7+ Rh8 39.Fc3 Txe6 40.Th7+ Rg8 41.Tcg7+ Rf8 42.Fb4+ Td6 43.Fxd6+ Re8 44.Tg8#
Pas un coup brillant dans cette partie, et c’est précisément ce qui la rend remarquable : une carte à 14 MHz qui voit six demi-coups a joué un plan, l’a tenu quarante coups, et n’a laissé au programme 157 points plus fort que le choix de la façon de perdre.
32 MHz : le livre savait, le programme non
Gideon 3.1 ChessMachine 32 MHz – Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHz · gauntlet du 16 octobre 2026 · gambit de Belgrade · 1-0 en 26 coups
Le Saitek RISC 2500 accéléré à 400 MHz est coté 2440 : c’est le programme de Johan de Koning, l’autre auteur de la ChessMachine, avec douze fois l’horloge de la carte de Gideon. Il va perdre en 26 coups, et l’histoire tient en une remarque sur les temps de réflexion : Gideon a joué ses douze premiers coups en 0 seconde.
1.e4 e5 2.Cc3 Cc6 3.Cf3 Cf6 4.d4 exd4 5.Cd5 Le gambit de Belgrade. Gideon est dans son livre et le restera jusqu’au 12e coup. 5…Cxe4 La réponse la plus ambitieuse ; 5…Cb4 est plus sûre. 6.De2 f5 7.Cg5 d3 7…d3 rend le pion pour gêner le développement blanc. Tout cela est de la théorie des années 1980. 8.cxd3 Cd4 9.Dh5+ g6 10.Dh4 La position critique. La théorie recommande 10…c6, qui chasse le cavalier d5 et tient tout.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 10.Dh4 : le RISC 2500 a 400 MHz pour trouver 10…c6. Il va préférer prendre la tour.
10…Cc2+ 11.Rd1 Cxa1 La faute. Le RISC 2500 annonce +2,43 à la profondeur 8 : il compte la tour gagnée. Stockfish compte autre chose et affiche +4,0 pour les Blancs. Le cavalier a1 ne rejouera plus de la partie. 12.dxe4 Toujours dans le livre. Le STANDARD.OBK de Cock de Gorter connaît ce piège jusqu’ici.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 12.dxe4 : Gideon sort du livre. Il a une pièce de moins pour un pion, le roi en d1, et il annonce −1,29 à la profondeur 6. Il se croit perdu ; il est gagnant.
12…Fg7 13.exf5 12…Fg7 est déjà une faute (12…c6 tenait encore un peu), et 13.exf5 ouvre la colonne f. 13…d6 14.Fd3 Gideon annonce encore −1,12 après 14.Fd3. Son évaluation ne sait pas que le cavalier a1 est mort ; sa recherche, elle, trouve les bons coups. 14…c6 15.f6 Le coup juste. Le pion attaque le fou et dégage f5 pour les pièces. Annoncé +0,34 : c’est le premier coup que Gideon juge en sa faveur. 15…Rf8
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 15…Rf8 ?? (15…Ff5 prolongeait) : la case g7 va sauter.
16.fxg7+ Rxg7 Le roi noir reprend en g7 ; le RISC 2500 annonce maintenant −10,09. Il a vu. 17.Dd4+ Dame en d4 avec échec, et le fou c4 arrive sur la diagonale du roi. 17…Rg8 18.Fc4 Fg4+ 18…Fg4+ est un échec de désespoir : la dame prend le fou. 19.Dxg4 De8 20.Cf6+ Fourchette roi-dame. Gideon annonce +6,82 ; Stockfish annonce un mat.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 20.Cf6+ : la dame e8 est perdue.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh1126.Dxg5 mat. Le cavalier noir n’a jamais quitté a1.
20…Rf8 21.Cxe8 Txe8 22.Dd7 Le reste est une chasse au roi : dame en d7, puis d8, la tour tombe, et le cavalier revient donner l’échec décisif en e6. 22…Te7 23.Dd8+ Rg7 24.Dxe7+ Rh6 25.Ce6+ g5 26.Dxg5#
Ce que cette partie montre, c’est le dispositif ChessMachine tel qu’il était vendu : un livre d’ouvertures profond sur le PC, un programme tactique sur la carte. Le livre a mené Gideon dans une position que son évaluation ne comprenait pas, mais que sa recherche a su gagner. Et le RISC 2500, douze fois plus rapide, a fait exactement ce que la théorie dit de ne pas faire.
150 MHz : Stockfish tombe dans une finale de fous
Gideon 3.1 ChessMachine 150 MHz – Stockfish 11 68040 40 MHz · gauntlet du 16 octobre 2026 · gambit dame refusé · 1-0 en 76 coups
Stockfish 11 sur 68040 à 40 MHz est coté 2546 : c’est l’adversaire le plus fort qu’un Gideon ait battu dans ces trois gauntlets, et le seul point et demi pris à ce Stockfish en dix parties. La partie est longue, et c’est une partie de 2026 : Stockfish y joue mieux que Gideon pendant quarante coups, puis commet une faute de finale que la vieille carte exploite avec une précision parfaite.
1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cf3 d5 4.Fg5 Fe7 5.Cc3 h6 6.Fxf6 Fxf6 7.e3 O-O 8.Tc1 c6 9.Fd3 c5 Les deux programmes sortent du livre dans une structure symétrique de gambit dame d’échange. 10.cxd5 cxd4 11.Cxd4 exd5 12.O-O Cc6 13.Da4 13.Da4 ? Stockfish préférait 13.Cxc6. Les Noirs prennent l’initiative : −0,5. 13…Cxd4 14.exd4 Fe6 15.Ce2 Dd6 16.Tfe1 Fg5 Stockfish, à 40 MHz et 11 demi-coups, manœuvre sa dame et ses pions h et g avec une aisance que Gideon n’a pas. Il annonce +0,55 pour lui. 17.Tc2 Tfc8 18.Txc8+ Txc8 19.Dxa7 Db4 20.Tb1 g6 21.h3 h5 22.b3 22.b3 ? affaiblit tout : 22…Dd2 ! et les Noirs ont presque un pion de mieux, −1,9. 22…Dd2
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 22…Dd2 : le meilleur moment de Stockfish. Il annonce +7,02 pour lui à la profondeur 12, un chiffre sans rapport avec ce que voit Stockfish 17 (−1,9) : à 40 MHz, le Stockfish de 2020 ne va pas assez profond pour tenir ses propres évaluations.
23.Fb5 b6 23…b6 ? relâche la pression ; 23…Rg7 gardait l’avantage. Les dames se tournent autour, les pions a et b disparaissent, et la position s’égalise. 24.a4 Dc2 25.Ta1 Dxb3 26.Dxb6 Db4 27.a5 Fd8 28.Da6 Db2 29.Td1 Dc2 29…Dc2 ? Stockfish quitte la bonne case ; 29…Fc7 maintenait l’équilibre. Gideon reprend l’initiative : +0,4. 30.Tc1 Df5 31.Ta1 Fh4 32.f3 Fd7 31…Fh4 et 32…Fd7 sont deux demi-fautes de plus : Stockfish, qui se voyait gagnant dix coups plus tôt, annonce −1,41 et tente de compliquer. 33.f4 De4 34.Fxd7 Gideon rate le plus fort (34.Rh2) et laisse les Noirs revenir à égalité. Les dames s’échangent, il reste fou et tour de chaque côté, pion passé a5 contre pion d5. 34…Tc2 35.Da8+ Rg7 36.De8 Dxe8 37.Fxe8 Txe2 38.Fc6 Te1+ 38…Te1+ ?? La faute. Après 38…Tc2 la finale tient. Là, les tours s’échangent et le pion a devient intenable pour le fou noir.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 38…Te1+ : Stockfish annonce −0,84 ; il n’a pas vu que le fou va devoir se donner pour le pion a.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 44.Fxd5 : Gideon a pris le pion d5 et garde son pion a. Stockfish annonce −1,61 ; Stockfish 17 à la profondeur 20 dit +5,2.
39.Txe1 Fxe1 40.a6 Le pion avance et le fou noir doit courir derrière en prenant les pions du centre au passage. 40…Fc3 41.Rf1 Fxd4 42.Re2 h4 43.Rd3 Fa7 44.Fxd5 g5 45.fxg5 f6 44…g5 ? et 45…f6 ? : Stockfish liquide ses pions pour chercher une forteresse qui n’existe pas. 46.Rc4 fxg5 47.Rb5 Rf6 48.Rc6 Re5 49.Rb7 Ff2 50.Ff3 Rf4 51.a7 Fxa7 52.Rxa7 Le roi blanc est allé chercher la promotion, le fou noir est tombé pour le pion a, et Gideon a un fou pour rien avec deux pions chacun.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 52.Rxa7 : fou et deux pions contre deux pions. Gideon annonce seulement +0,46 à la profondeur 14 : il ne sait pas encore qu’il gagne, mais il va jouer tous les bons coups.
52…Re5 53.Ra6 Rd4 54.Rb5 Re3 55.Rc4 Rf4 56.Rd5 Rf5 Les deux rois reviennent ; le roi noir essaie de bloquer en f4-f5, le roi blanc contourne par d5 et d6. 57.Rd6 Rf6 58.Fg4 Rf7 59.Re5 Rg8 60.Rf6 Rh8 61.Rxg5 Rg8 62.Rxh4 Les deux pions noirs tombent. Gideon annonce +2,89 ; Stockfish, −64, c’est-à-dire mat vu de loin. 62…Rf7 63.Rg5 Re7 64.Fe2 Re6 65.g4 Rf7 66.Rh6 Rf6 67.g5+ Rf5 68.g6 Re4 69.g7 Rf5 70.g8=D La promotion. Il reste à mater avec dame et fou contre roi nu, ce qui n’est pas toujours simple pour un programme de 1992.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh11Après 70.g8=D : dame et fou contre roi.
aa88bb77cc66dd55ee44ff33gg22hh1176.Ff3 mat. Le fou de cases blanches donne le mat dans le coin que la dame a fermé.
70…Re5 71.Rg5 Re4 72.Dd8 Gideon annonce le mat en 5 au 72e coup et le conduit sans détour : la dame prend g3, le roi est chassé en h1, et c’est le fou qui conclut. 72…Re3 73.Dd3+ Rf2 74.Rf4 Rg2 75.Dg3+ Rh1 76.Ff3#
Le score de Gideon à 150 MHz contre ce Stockfish reste 1,5 sur 10. Mais cette partie a quelque chose de la ChessMachine de Madrid : un programme qui ne comprend pas toujours ce qui se passe, qui le dit dans ses évaluations, et qui gagne quand même parce que, le moment venu, il ne rate pas un coup.
Le détail des trois gauntlets
Gideon 3.1 ChessMachine 14 MHz — liste « Psion », départ Saitek Maestro D++
Adversaire
Cote
Score
%
+ = −
Saitek Maestro D++
1913
9 / 10
90 %
+9 =0 −1
Saitek President
1920
9,5 / 10
95 %
+9 =1 −0
Mephisto Nigel Short
1956
9 / 10
90 %
+8 =2 −0
Mephisto Mondial 68000 XL
1964
8,5 / 10
85 %
+8 =1 −1
Novag Zircon II
1966
8,5 / 10
85 %
+8 =1 −1
Fidelity Designer Mach III
2029
7 / 10
70 %
+6 =2 −2
Fidelity Designer Mach IV
2079
6 / 10
60 %
+5 =2 −3
Novag Sapphire
2101
4,5 / 10
45 %
+4 =1 −5
Mephisto Berlin 68000 v0.03
2120
4 / 10
40 %
+3 =2 −5
Fidelity Elite Avantgarde V9
2125
6 / 10
60 %
+5 =2 −3
Saitek Sparc (rev.518)
2165
4 / 10
40 %
+3 =2 −5
Rebel 6 486DX 33MHz
2180
2,5 / 10
25 %
+1 =3 −6
MChess 1.71 486DX 33MHz
2193
5,5 / 10
55 %
+5 =1 −4
Mephisto RISC II
2228
6 / 10
60 %
+5 =2 −3
Fruit 2.1 68040 40MHz
2240
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Fritz 3 486DX 33MHz
2252
2,5 / 10
25 %
+2 =1 −7
Fruit 2.1 ARM9 30MHz
2310
1 / 10
10 %
+1 =0 −9
Chess Genius 1 486DX 33MHz
2338
1,5 / 3
50 %
+1 =1 −1
Mephisto Berlin Pro 68020
2315
4 / 10
40 %
+4 =0 −6
Total
99 / 183
54 %
Gideon 3.1 ChessMachine 32 MHz — liste des programmes DOS, départ MChess 1.71 486
Adversaire
Cote
Score
%
+ = −
MChess 1.71 486DX 33MHz
2193
7 / 11
64 %
+6 =2 −3
Fruit 2.1 68040 40MHz
2240
5,5 / 12
46 %
+5 =1 −6
Fruit 2.1 ARM9 30MHz
2310
4 / 11
36 %
+2 =4 −5
Fritz 3 486DX 33MHz
2252
7 / 11
64 %
+5 =4 −2
Mephisto Berlin Pro 68020
2315
7,5 / 12
62 %
+6 =3 −3
Chess Genius 1 486DX 33MHz
2338
6,5 / 12
54 %
+6 =1 −5
Stockfish 11 68020 16MHz
2383
7,5 / 11
68 %
+7 =1 −3
Mephisto Genius 68030 London
2363
4,5 / 11
41 %
+2 =5 −4
Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHz
2440
7,5 / 12
62 %
+7 =1 −4
Rebel 6.0
2674
0,5 / 10
5 %
+0 =1 −9
Stockfish 11 68040 40MHz
2546
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Yace Paderborn
2726
0,5 / 10
5 %
+0 =1 −9
Fritz 5.32 UCI py
2773
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Hiarcs 7 UCI py
2782
0 / 8
0 %
+0 =0 −8
Total
58 / 151
38 %
Gideon 3.1 ChessMachine 150 MHz — liste des programmes DOS, départ MChess 1.71 486
Adversaire
Cote
Score
%
+ = −
MChess 1.71 486DX 33MHz
2193
8,5 / 10
85 %
+7 =3 −0
Fruit 2.1 68040 40MHz
2240
8,5 / 12
71 %
+8 =1 −3
Fruit 2.1 ARM9 30MHz
2310
5 / 12
42 %
+4 =2 −6
Fritz 3 486DX 33MHz
2252
6,5 / 9
72 %
+5 =3 −1
Mephisto Berlin Pro 68020
2315
9 / 11
82 %
+7 =4 −0
Chess Genius 1 486DX 33MHz
2338
8 / 12
67 %
+7 =2 −3
Stockfish 11 68020 16MHz
2383
5,5 / 12
46 %
+5 =1 −6
Mephisto Genius 68030 London
2363
9 / 10
90 %
+8 =2 −0
Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHz
2440
4,5 / 12
38 %
+4 =1 −7
Rebel 6.0
2674
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Stockfish 11 68040 40MHz
2546
1,5 / 10
15 %
+1 =1 −8
Yace Paderborn
2726
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Fritz 5.32 UCI py
2773
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Hiarcs 7 UCI py
2782
0 / 10
0 %
+0 =0 −10
Total
66 / 150
44 %
Cotes des adversaires : listes du laboratoire au 17 octobre 2026. Les séries de plus de dix parties viennent du complément à 150 parties, qui redistribue les places libres vers les adversaires à 20–80 %.
Ce qu’il reste à faire
Vérifier que la version à 150 MHz tient bien sa fréquence sous charge, et sinon la mesurer seule : le petit gain de 32 à 150 MHz mérite d’être confirmé avant d’être interprété.
Opposer directement la ChessMachine à 14 MHz et le Mephisto RISC II, même programme, même horloge, pour isoler l’effet du livre et de la mémoire.
Faire la même mesure pour The King 2.54 : c’est l’objet de l’article voisin, et la comparaison des deux programmes de la carte y est détaillée.
Sources
PGN des trois gauntlets, laboratoire chess.lumn.eu, 15–18 octobre 2026 ; cotes de la liste Performance Elo du 17 octobre 2026.
Les tests BT, mesurés en série, chess.lumn.eu, octobre 2026.
TASC ChessMachine : The King et Gideon redeviennent des moteurs, chess.lumn.eu, octobre 2026.
Wiki-Elo-Liste et Tasc ChessMachine, schach-computer.info.
Analyses : Stockfish 17.1, profondeur 20, un cœur par partie.
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 18 octobre 2026
Post Views: 44 [...]
17 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire CB-Emu · programmes DOS · octobre 2026
Rebel 6, 9 et 12 sur 486 et Pentium 90 : la lignée d'Ed Schröder au banc
Les Rebel DOS d'Ed Schröder rejoignent le laboratoire, branchés en UCI sur un 486DX 33 MHz et un Pentium 90 émulés. Trois versions, 6, 9 et 12, sont désormais mesurées sur Pentium, et deux d'entre elles aussi sur 486. Deux faits dominent : sur Pentium les trois Rebel se tiennent en soixante points (2411 à 2470), et le passage 486→Pentium rapporte à Rebel 6 un spectaculaire +260 Elo.
2180 → 2440Rebel 6 · 486 puis Pentium · +260
2234 → 2411Rebel 9 · 486 puis Pentium · +177
2470Rebel 12 · Pentium 90 · le plus fort des trois
Cotes Ordo et performances de gauntlet
Rebel 6 (486 et Pentium) et Rebel 9 (486) ont leur cote Ordo, calculée sur l'ensemble du classement. Rebel 9 et Rebel 12 sur Pentium viennent d'être joués : les chiffres donnés (2411 et 2470) sont des performances de gauntlet contre les adversaires à cote fixe, en attendant leur intégration à Ordo — l'ordre peut encore bouger de quelques points. Il reste à mesurer Rebel 12 sur 486. À ne pas confondre avec Rebel 6.0 natif (portage UCI à pleine vitesse, 2674), qui sert ici d'adversaire plafond.
Rebel, en bref
Rebel est l'œuvre du Néerlandais Ed Schröder, l'un des programmeurs d'échecs les plus titrés des années 1980-1990 (plusieurs modules Mephisto à base de 6502 lui sont dus avant la série Rebel sous DOS). Rebel s'est fait connaître du grand public en 1998 en tenant tête à Viswanathan Anand en parties rapides. La lignée DOS va de Rebel 6 (milieu des années 1990) à Rebel 9 puis Rebel 12 / Century, avant de devenir gratuite sous le nom de ProDeo.
Les résultats
Version · machineEloBasePartiesScore
Rebel 12 — Pentium 902470perf13552,6 %
Rebel 6 — Pentium 902440Ordo15648,1 %
Rebel 9 — Pentium 902411perf15057,0 %
Rebel 9 — 486DX 33 MHz2234Ordo15036,3 %
Rebel 6 — 486DX 33 MHz2180Ordo15052,3 %
Trois enseignements. Sur Pentium, les trois versions se serrent en soixante points — Rebel 12 (2470) devant Rebel 6 (2440) et Rebel 9 (2411) — alors que leurs scores bruts varient beaucoup (de 48 à 57 %) : Rebel 9 marque le plus (57 %) mais contre un plateau plus tendre, Rebel 12 marque moins (52,6 %) mais contre la moyenne d'adversaires la plus relevée (2456). Ensuite, le Pentium dope toute la lignée : Rebel 6 gagne +260 sur son double 486, Rebel 9 +177 — le plus fort effet d'horloge de toute l'étude des familles. Enfin, Rebel 9 reste un cas à part : sur 486 comme sur Pentium, il adore le Genius 68030 London (12/14 sur Pentium !) mais souffre contre d'autres profils (4/14 contre Fruit 2.1 ARM9).
Rebel 6 sur 486 : face aux machines dédiées
Le gauntlet de Rebel 6 sur 486 s'est joué contre le plateau des machines dédiées émulées (CB-Emu), à cote fixe.
AdversaireCoteRebel 6 (486)
Nimzo 8 UCI py27440,5 / 10Rebel 6.026740,5 / 10Mephisto Genius 68030 London23636 / 11Mephisto Berlin Pro 6802023155 / 11Mephisto RISC II22284,5 / 11Saitek RISC 2500 v1.0421806 / 11Saitek Sparc (rev.518)21656 / 11Fidelity Elite Avantgarde V921255,5 / 11Mephisto Berlin 68000 v0.0321208 / 11Novag Sapphire21018,5 / 10Fidelity Designer Mach IV20794 / 11Fidelity Designer Mach III20297 / 11Novag Zircon II19668 / 11Mephisto Mondial 68000 XL19649 / 10
À 52 % sur ce plateau, Rebel 6 (486) se tient dans le peloton des bons dédiés de 2000-2200 : il tient tête au Genius 68030 London (6/11) et au Berlin Pro (5/11), mais bute curieusement sur le Fidelity Designer Mach IV (4/11), coté pourtant plus bas.
Les trois Rebel sur Pentium 90
Sur Pentium, les trois versions ont partagé l'essentiel de leur plateau « moderne » (moteurs embarqués, Chess Genius émulés, Fritz, MChess, et le haut de tableau des moteurs PC). Scores côte à côte ; un tiret quand la rencontre n'a pas eu lieu.
AdversaireCoteRebel 6Rebel 9Rebel 12
Hiarcs 7 UCI py27820 / 10—0,5 / 9Fritz 5.32 UCI py27730 / 10—0,5 / 10Nimzo 8 UCI py27441 / 10——Yace Paderborn27261,5 / 100 / 30,5 / 10Rebel 6.026740,5 / 100 / 101 / 10Stockfish 11 68040 40MHz25465 / 113 / 104 / 10Saitek RISC 2500 400 MHz244010 / 109,5 / 156,5 / 10Stockfish 11 68020 16MHz23835,5 / 115,5 / 156,5 / 10Mephisto Genius 68030 London23633,5 / 1112 / 147 / 10Chess Genius 1 486DX23388 / 118,5 / 105 / 10Mephisto Berlin Pro 6802023159 / 1010,5 / 158,5 / 10Fruit 2.1 ARM9 30MHz23106,5 / 114 / 147,5 / 10Fritz 3 486DX 33MHz22527,5 / 1011,5 / 155,5 / 6Fruit 2.1 68040 40MHz22407 / 1110 / 148 / 10MChess 1.71 486DX219310 / 1011 / 1510 / 10
La lecture confirme le classement : Rebel 12 est le plus régulier contre le haut de tableau — il prend 7/10 au Genius London, 6,5/10 au Stockfish embarqué sur 68020, 4/10 au Stockfish 68040, et grappille même un demi-point à Hiarcs 7 et Fritz 5.32 (2770+), là où Rebel 6 faisait 0. Rebel 9, lui, écrase le Genius (12/14) et les Fritz/Fruit émulés mais plafonne ailleurs. Rebel 6 reste le plus « propre » contre les cotes moyennes (10/10 au RISC 2500 accéléré et à MChess 1.71).
Quatre parties remarquables
Une victoire par version et par machine, toutes conclues par un mat sur l'échiquier. Diagrammes du point de vue du camp de Rebel ; notation française.
Rebel 6 (486) — le Genius 68030 étranglé
Mephisto Genius 68030 London (blancs) — Rebel 6 486DX 33 MHz (noirs) · Caro-Kann · 0–1 en 35 coups
Rebel 6, sur un simple 486, bat la plus forte machine dédiée de la liste par une lente asphyxie. Après l'échange des dames (19.Dxg5 hxg5), il installe ses cavaliers sur les cases faibles du roque blanc et ouvre la colonne h.
Après 27…Txh3+ : la colonne h cède, les cavaliers noirs sont partout.
35…Tg1# : tour et cavaliers tissent le filet de mat.
27…Txh3+ 28.Rg1 Cxe2+ 29.Txe2 Cf3+ 30.Rg2 g4, et le cavalier f3 cloue le roi blanc ; 33…Th2+ 34.Rf1 Th1+ 35.Rg2 Tg1#.
1. e4 c6 2. Cf3 d5 3. Cc3 Fg4 4. h3 Fxf3 5. Dxf3 e6 6. d3 d4 7. Cd1 Cd7 8. c3 Ce5 9. Dg3 Cg6 10. Fg5 Fe7 11. Fd2 c5 12. Fe2 Tc8 13. O-O b5 14. Tc1 Fh4 15. Df3 Fg5 16. Fxg5 Dxg5 17. Tc2 C8e7 18. Dg3 h6 19. Dxg5 hxg5 20. cxd4 cxd4 21. Txc8+ Cxc8 22. Te1 Cf4 23. b4 Ce7 24. Rh2 Cc6 25. a3 Ce5 26. Cb2 Re7 27. g3 Txh3+ 28. Rg1 Cxe2+ 29. Txe2 Cf3+ 30. Rg2 g4 31. Te1 Cxe1+ 32. Rg1 Cf3+ 33. Rg2 Th2+ 34. Rf1 Th1+ 35. Rg2 Tg1#
Rebel 6 (Pentium) — la gourmandise de Stockfish punie
Rebel 6 Pentium 90 (blancs) — Stockfish 11 sur 68020 16 MHz (noirs) · Partie du fou dame · 1–0 en 50 coups
Stockfish, même bridé, prend un pion empoisonné : 5…Db6 6.dxc5 Dxb2 ?, et la dame part à la chasse pendant que le roi reste au centre. Rebel ouvre les lignes : 13.Dh5+ ! g6 14.Cxg6 ! hxg6 15.Dxh8.
Après 15.Dxh8 : une pièce sacrifiée contre la tour et l'attaque — Rebel ressort devant (+4), roi noir à l'air.
50.Ta7# : la longue conversion s'achève au mat.
Sur Pentium, Rebel voit assez loin pour que le pion b2 soit un cadeau empoisonné ; la partie se termine cinquante coups plus loin sur 50.Ta7#.
1. d4 d5 2. Cf3 Cf6 3. Ff4 c5 4. e3 Cc6 5. Cbd2 Db6 6. dxc5 Dxb2 7. Fd3 Dc3 8. Fb5 Cd7 9. Tb1 f6 10. Cd4 e5 11. Cxc6 a6 12. Cxe5 axb5 13. Dh5+ g6 14. Cxg6 hxg6 15. Dxh8 Txa2 16. Dg8 Cxc5 17. Fd6 Ce6 18. Dxg6+ Rd8 19. Fxf8 Cxf8 20. Dg8 Re8 21. Dxd5 Txc2 22. Dxb5+ Fd7 23. Dh5+ Re7 24. Td1 Fc6 25. Df5 Fxg2 26. Tg1 Fc6 27. Tg7+ Rd6 28. Df4+ Rc5 29. Dc7 Ce6 30. De7+ Rb6 31. Dxe6 Ra7 32. Db3 Dxb3 33. Cxb3 Fe8 34. Ca5 Fb5 35. Td6 Fa6 36. Cc6+ Txc6 37. Txc6 f5 38. Txa6+ Rxa6 39. h4 b5 40. h5 b4 41. h6 b3 42. Re2 b2 43. Tg1 Rb5 44. h7 f4 45. h8=D fxe3 46. De5+ Rc6 47. Tg7 b1=D 48. Tc7+ Rb6 49. Dc5+ Ra6 50. Ta7#
Rebel 9 (486) — tempête sur le roi du Genius
Rebel 9 486DX 33 MHz (blancs) — Mephisto Genius 68030 London (noirs) · Caro-Kann, variante d'avance · 1–0 en 48 coups
Le style tranchant de Rebel 9, celui qui lui vaut ses cartons contre le Genius : une attaque à l'ancienne. Rebel pousse tout son flanc roi (5.g4, 7.h4, 9.f4) puis sacrifie pour ouvrir le roi : 11.f5, 13.e6 ! fxe6 14.Cxe6 !.
Après 14.Cxe6 : les pions f et e sacrifiés, le roi noir en f7 est à nu.
48.Dh6# : la dame conclut la chasse au roi.
Le Genius rend du matériel mais son roi est traqué jusqu'au bout : 46.Th1+ Th2 47.Txh2+ Cxh2 48.Dh6#.
1. e4 c6 2. d4 d5 3. e5 Ff5 4. Cc3 e6 5. g4 Fg6 6. Cge2 c5 7. h4 cxd4 8. Cxd4 h5 9. f4 hxg4 10. Fb5+ Cd7 11. f5 Txh4 12. Tf1 exf5 13. e6 fxe6 14. Cxe6 De7 15. De2 Rf7 16. Fxd7 Dxd7 17. Cg5+ Rf6 18. Fe3 Fb4 19. O-O-O Fxc3 20. bxc3 Da4 21. Txd5 Da3+ 22. Rb1 g3 23. Dd3 Ch6 24. Fc1 Dxc1+ 25. Rxc1 Rxg5 26. Dxg3+ Cg4 27. Td7 Tg8 28. Txb7 Th2 29. Df4+ Rh5 30. Txa7 Te8 31. Txg7 Tf8 32. Tg1 Th4 33. Te1 Tf6 34. Tg8 Tf7 35. Td1 Th2 36. c4 Th7 37. c5 Th4 38. Tg1 Th3 39. c6 Th2 40. c7 Txc7 41. Dxc7 Tf2 42. Dd6 Tg2 43. Dxg6+ Rh4 44. Dh6+ Rg3 45. De3+ Rh4 46. Th1+ Th2 47. Txh2+ Cxh2 48. Dh6#
Rebel 12 (Pentium) — sacrifice de qualité à l'espagnole
Rebel 12 Pentium 90 (blancs) — Mephisto Genius 68030 London (noirs) · Partie espagnole · 1–0 en 35 coups
La nouvelle venue montre d'emblée un jeu d'attaque mûri. Dans une espagnole, Rebel 12 installe la pression sur le roque noir et frappe par un sacrifice de qualité : 20.Txf6 ! gxf6 21.Dg4+, qui éventre l'abri du roi.
20.Txf6 ! : la tour se donne pour ouvrir la colonne g et les diagonales sur le roi noir.
35.Dxg7# : après un second sacrifice (32.Th8+ !), la dame mate.
La suite est d'une grande netteté : 23.Dxf6+ Rh7 24.Cd5 ! Txd5 25.exd5, puis l'attaque culmine sur un deuxième sacrifice, 32.Th8+ ! Rxh8 33.Dxf7, et 34.Fd4+ Tg7 35.Dxg7#. Deux pièces offertes pour mater la meilleure machine dédiée de la liste : Rebel 12, sur Pentium, joue le plus tranchant de toute la lignée.
1. e4 e5 2. Cf3 Cc6 3. Fb5 Fb4 4. c3 Fa5 5. Ca3 Fb6 6. Cc4 Cf6 7. d3 d6 8. a4 a6 9. Cxb6 cxb6 10. Fc4 O-O 11. O-O h6 12. h3 Fd7 13. Fe3 Ca5 14. Cd2 b5 15. axb5 Cxc4 16. Cxc4 Fxb5 17. Cb6 Tb8 18. f4 Dc7 19. fxe5 dxe5 20. Txf6 gxf6 21. Dg4+ Rh8 22. Dh4 Tfd8 23. Dxf6+ Rh7 24. Cd5 Txd5 25. exd5 Fxd3 26. Dxh6+ Rg8 27. Ta4 f5 28. Th4 Dg7 29. De6+ Df7 30. Dxe5 Dg7 31. De6+ Df7 32. Th8+ Rxh8 33. Dxf7 Tg8 34. Fd4+ Tg7 35. Dxg7#
Ce qu'il reste à faire
Il manque encore Rebel 12 sur 486 pour boucler la grille 486/Pentium des trois versions, et l'intégration à Ordo des performances Pentium de Rebel 9 et 12. Le duel direct Rebel 6 / 9 / 12, en tournoi toutes rondes, dira enfin comment la lignée se départage à matériel strictement égal.
Sources
Performance Elo, tournois maison (cotes, performances et fiches des Rebel, parties des gauntlets)
Ed Schröder / Rebel — Chess Programming Wiki
Laboratoire CB-Emu · chess.lumn.eu · gauntlets en échelle (486DX 33 MHz et Pentium 90 émulés par QEMU, cadence 60 coups en 15 minutes). Rebel 9 et 12 Pentium : performances de gauntlet, intégration Ordo en cours.
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17 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire CB-Emu · programmes DOS · octobre 2026
Fritz 1, 2 et 3 sur Pentium 90 : les trois premiers Fritz passent au 486 rapide… puis au Pentium
Après le 486DX 33 MHz, les trois premiers Fritz rejouent sur un Pentium 90 émulé par QEMU, branchés en UCI. Chacun a fait son gauntlet « en échelle » à la cadence du laboratoire. Le classement les sépare nettement : Fritz 3 se détache, tandis que Fritz 1 et Fritz 2 restent au coude à coude — Fritz 1 passant même très légèrement devant, à la faveur d'un plateau d'adversaires plus relevé.
2264Fritz 1 P90 · 172 parties · +142 sur le 486/33
2235Fritz 2 P90 · 150 parties · +64 sur le 486/33
2402Fritz 3 P90 · 152 parties · +150 sur le 486/33
Des émulations, pas des moteurs natifs
Ces trois Fritz sont les programmes DOS d'origine (1991-1994), avec leur interface, leur échiquier et leur livre, qui tournent sur un PC Pentium 90 émulé par QEMU. Un relais tape au clavier les coups de l'adversaire, lit à l'écran le coup joué par Fritz et gère la pendule ; vu de l'extérieur, chaque Fritz se présente comme un moteur UCI ordinaire. La vitesse de la machine émulée est étalonnée pour coïncider avec celle d'un vrai Pentium 90 MHz : QEMU compte les instructions exécutées et le relais ne rend la main qu'une fois le temps réel rejoint. Le 486 émulé antérieur, lui, passait par MAME, qui ne tenait que 0,72 fois la vitesse réelle ; le passage à QEMU permet enfin le temps réel sur Pentium.
Le protocole
Les trois Fritz ont été mesurés de la même façon, chacun par un gauntlet « en échelle » sous cutechess-cli :
Adversaires : les machines dédiées et les moteurs embarqués émulés de la liste, à cote fixe, puis des moteurs PC classés quand la force l'exige. Les plateaux ne sont pas identiques d'un Fritz à l'autre : Fritz 1 a hérité du haut de tableau le plus relevé.
Échelle : dix parties contre chaque adversaire, en remontant la liste jusqu'à deux adversaires de suite à 10 % ou moins, puis compléments.
Cadence : 60 coups en 15 minutes, renouvelable (~15 s/coup). Quatre parties à la fois.
Cote : calculée par Ordo avec l'ensemble des parties du laboratoire, comme pour tous les moteurs du classement.
Les résultats
Moteur (Pentium 90)Elo P90PartiesScoreElo 486/33Gain
Fritz 3 Pentium 90240215247,0 %2252+150
Fritz 1 Pentium 90226417226,2 %2122+142
Fritz 2 Pentium 90223515038,7 %2171+64
Trois enseignements. D'abord, Fritz 3 se détache, à 2402, soit 138 points devant Fritz 1 et 167 devant Fritz 2. Ensuite, Fritz 1 et Fritz 2 sont au coude à coude (2264 contre 2235, dans la marge d'erreur), Fritz 1 passant même devant : son score brut est pourtant le plus faible des trois (26 %), mais il a affronté un haut de tableau autrement plus dur — six moteurs PC au-dessus de 2700 (Nimzo 8, Fritz 5.32, Hiarcs 7, Zarkov, WildCat, Yace), tous à 0 ou presque. La cote d'Ordo, elle, tient compte de la force des adversaires : perdre contre du 2700 ne coûte pas ce que coûte perdre contre du 2300. Enfin, le Pentium profite surtout à Fritz 1 et Fritz 3 (+142 et +150 sur le 486/33), beaucoup moins à Fritz 2 (+64).
Face aux adversaires
Les trois Fritz ont partagé l'essentiel de leur plateau. Le tableau donne, pour chaque adversaire, la cote du laboratoire et le score de chaque Fritz (un tiret quand la rencontre n'a pas eu lieu).
AdversaireCoteFritz 1Fritz 2Fritz 3
Fritz 5.32 UCI py27730 / 10—0 / 10Hiarcs 7 UCI py27820 / 10—0,5 / 10Zarkov 6.5027710 / 10——Shredder 5.32 UCI py27700 / 2——Nimzo 8 UCI py27440 / 10——WildCat 8 UCI27410,5 / 10——Yace Paderborn27260 / 10—0 / 10Rebel 6.026740 / 100 / 100 / 10Stockfish 11 68040 40MHz25463 / 10—1,5 / 10Saitek RISC 2500 400 MHz24403,5 / 103,5 / 109 / 11Stockfish 11 68020 16MHz23833,5 / 100 / 107 / 11Mephisto Genius 68030 London23634 / 101,5 / 107 / 11Chess Genius 1 486DX23383,5 / 106 / 208 / 12Mephisto Berlin Pro 6802023154,5 / 109,5 / 206,5 / 12Fruit 2.1 ARM9 30MHz23104 / 108 / 208 / 11Fritz 3 486DX 33MHz22525 / 108 / 208 / 11Fruit 2.1 68040 40MHz22406 / 109 / 109 / 11MChess 1.71 486DX21937,5 / 1012,5 / 207 / 12
La lecture est limpide : Fritz 3 marque partout davantage, bat le Saitek RISC 2500 accéléré (9/11) et le Stockfish 11 embarqué sur 68020 (7/11), et tient tête au Genius 68030 London (7/11). Les trois butent de la même façon sur le mur des moteurs PC : Rebel 6.0, et pour Fritz 1 les six programmes au-dessus de 2700, ne laissent rien.
Et la liste suédoise ?
La SSDF n'a mesuré que Fritz 3 sur Pentium 90, à 2370. Le laboratoire le place à 2402, soit 32 points au-dessus — l'écart habituel, léger et dans le même sens que sur le 486. Pour Fritz 1 et Fritz 2, la SSDF ne donne pas de cote Pentium ; la comparaison s'arrête là.
Trois parties remarquables
Une partie par version, toutes des victoires, toutes conclues par un mat sur l'échiquier — le laboratoire joue jusqu'au mat, sans abandon. Les diagrammes montrent les positions clés ; la notation est en français.
Fritz 1 — la défense Damiano, punie en 18 coups
Fritz 1 Pentium 90 (blancs) — Fritz 3 486DX 33 MHz (noirs) · Défense Damiano · 1–0 en 18 coups
La plus belle ironie du gauntlet : Fritz 1, le plus faible des trois, mate Fritz 3, le plus fort, dans une ligne réfutée depuis 1512. Après 1.e4 e5 2.Cf3, Fritz 3 joue 2…f6 ?, la défense Damiano — un coup que tout livre d'ouverture condamne. Fritz 1 trouve la réfutation classique : 3.Cxe5 ! fxe5 4.Dh5+, et le roi noir, privé de roque, est traîné vers le centre puis vers l'aile roi. 4…Re7 5.Dxe5+ Rf7 6.Fc4+ Rg6 7.Df5+ Rh6 : en sept coups, le roi est déjà en h6.
Après 7.Df5+ Rh6 : le roi noir est sorti de force jusqu'en h6, les Blancs vont ouvrir les lignes.
18.Dg3# : le roi noir est maté en f4, au milieu de l'échiquier, au 18e coup.
La suite 8.d3+ g5 9.h4 ouvre tout ; après 15.g5+ Fxg5 16.hxg5+ Rxg5 17.Dg7+ Rf4 18.Dg3#, le roi est maté en plein centre. Que le meilleur des trois Fritz se laisse prendre à un piège de cinq siècles en dit long sur les livres et l'évaluation de ces tout premiers programmes : la force de calcul brute ne protège pas d'un trou théorique.
1. e4 e5 2. Cf3 f6 3. Cxe5 fxe5 4. Dh5+ Re7 5. Dxe5+ Rf7 6. Fc4+ Rg6 7. Df5+ Rh6 8. d3+ g5 9. h4 Fb4+ 10. c3 De7 11. Fxg5+ Rg7 12. Fxe7 Fxe7 13. Df7+ Rh6 14. g4 d6 15. g5+ Fxg5 16. hxg5+ Rxg5 17. Dg7+ Rf4 18. Dg3#
Fritz 2 — le scalp du Genius 68030 London
Mephisto Genius 68030 London (blancs) — Fritz 2 Pentium 90 (noirs) · Défense hollandaise · 0–1 en 48 coups
C'est le meilleur résultat de Fritz 2 du gauntlet : une victoire sur la plus forte machine dédiée de la liste (Genius 68030 London, 2363), contre laquelle il n'a pris que 1,5 sur 10. Dans une hollandaise, le milieu de partie reste équilibré — au 20e coup le matériel est strictement égal. Tout se joue dans une finale longue : la majorité de pions de Fritz 2 à l'aile dame produit un pion passé en b, et la machine ne parvient pas à l'arrêter.
48…Th4# : Fritz 2 laisse les Blancs promouvoir (48.b8=D) et mate dans la foulée.
La fin est jolie : le Genius tente une chasse au roi noir (34.Td8+ … 37.g4+), mais le roi s'échappe vers le centre ; pendant ce temps le pion b file. Au bout du compte, 47…Txg4 48.b8=D Th4# : Fritz 2 ignore la toute nouvelle dame blanche et mate à l'horizontale. Battre un 2363 à la pendule, sur un simple avantage structurel converti en finale, est exactement ce qu'on attend d'un programme déjà « positionnel » pour son époque.
1. d4 f5 2. c4 Cf6 3. g3 e6 4. Fg2 Fe7 5. Cf3 O-O 6. O-O d6 7. Cc3 De8 8. Dc2 b6 9. Cb5 Ca6 10. Ce5 d5 11. Da4 c5 12. cxd5 Cxd5 13. Db3 Fb7 14. Td1 cxd4 15. Cxd4 Cc5 16. Dc4 Tc8 17. Cxe6 Cxe6 18. Fxd5 Txc4 19. Fxe6+ Rh8 20. Fxc4 Fc5 21. Cf3 Fxf3 22. exf3 h6 23. Ff4 Dc6 24. Fd5 Df6 25. Td2 Te8 26. Fc4 g5 27. Fc7 Tc8 28. Td7 Fxf2+ 29. Rh1 Dxb2 30. Tf1 Fd4 31. Fa6 Te8 32. Fd3 Dc3 33. Fxf5 Te1 34. Td8+ Rg7 35. Td7+ Rf6 36. Td6+ Rxf5 37. g4+ Re5 38. Tc6+ Rd5 39. Txc3 Txf1+ 40. Rg2 Tg1+ 41. Rh3 Fxc3 42. Fb8 Fe5 43. Fxe5 Rxe5 44. a4 a6 45. a5 Rf4 46. axb6 Rxf3 47. b7 Txg4 48. b8=D Th4#
Fritz 3 — une pièce arrachée à Stockfish
Fritz 3 Pentium 90 (blancs) — Stockfish 11 sur 68020 16 MHz (noirs) · Ouverture du fou · 1–0 en 44 coups
Fritz 3 bat ici un moteur moderne — Stockfish 11 — handicapé il est vrai par son processeur, un 68020 à 16 MHz. Le cœur de la partie est un coup tactique net. Après 16…Ce3, qui attaque la dame blanche, Fritz 3 joue 17.Cd5 ! 17…Cxd1 (Stockfish prend la dame) 18.Fxh6 ! — au lieu de reprendre le cavalier, Fritz 3 s'empare de la dame noire en h6.
Après 18.Fxh6 : les deux dames tombent, mais 19.dxc5 va gagner le fou — Fritz 3 ressort une pièce et un pion devant.
44.Ta8# : le pion c promu et la tour concluent sur la colonne a.
Après 18…O-O 19.dxc5 (qui gagne le fou) gxh6 20.Txd1, la poussière retombe : Fritz 3 a une pièce et un pion de plus. La conversion est méthodique — le pion c devient passé (32.c6, 36.c7), le fou et la tour l'escortent, et 44.Ta8# clôt la partie. Contre le meilleur algorithme de recherche de la liste, c'est la vitesse qui a manqué à Stockfish, pas l'inverse.
1. e4 e5 2. Fc4 c6 3. Cc3 d5 4. exd5 b5 5. Fb3 b4 6. Cb1 e4 7. dxc6 Cxc6 8. Ce2 Fc5 9. O-O Cf6 10. a3 bxa3 11. bxa3 Dd6 12. Cbc3 Cg4 13. g3 Dh6 14. h4 Cce5 15. d4 e3 16. fxe3 Cxe3 17. Cd5 Cxd1 18. Fxh6 O-O 19. dxc5 gxh6 20. Tfxd1 Rg7 21. Cd4 Fd7 22. Te1 f6 23. Cc7 Tac8 24. Cce6+ Fxe6 25. Cxe6+ Rg6 26. Cxf8+ Txf8 27. Ted1 Tc8 28. Td5 a5 29. Tf1 a4 30. Fxa4 h5 31. Td6 Cg4 32. c6 Tb8 33. c4 h6 34. Fc2+ Rf7 35. Td7+ Rf8 36. c7 Tc8 37. Td8+ Re7 38. Txc8 Rd7 39. Ff5+ Rd6 40. Td8+ Rxc7 41. Tc8+ Rb6 42. Tb1+ Ra7 43. Fe4 f5 44. Ta8#
Ce qu'il reste à faire
Le duel direct des trois Fritz, en tournoi toutes rondes des moteurs émulés, dira s'ils se départagent entre eux comme la cote le suggère. Et la version accélérée — au-delà du Pentium — reste à mesurer, pour isoler ce que la seule horloge apporte encore.
Sources
Performance Elo, tournois maison (cotes et fiches des trois Fritz, parties des gauntlets)
Fritz (chess), Wikipedia ; la liste SSDF du 6 janvier 1996 pour la cote Pentium de Fritz 3
Laboratoire CB-Emu · chess.lumn.eu · gauntlets en échelle (Pentium 90 émulé par QEMU, cadence 60 coups en 15 minutes), diagrammes générés sur les parties réelles.
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13 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire · programmes DOS · 1 503 parties
Chess Genius UCI
Les cinq Chess Genius de Richard Lang, la série DOS commencée en 1992, tournent dans leur version
d’origine sur deux PC entièrement émulés — un 486DX à 33 MHz et un Pentium à 90 MHz —
et jouent comme des moteurs UCI ordinaires. Dix gauntlets, 1 503 parties classées. Le résultat tient
en une phrase : le matériel vaut trois fois plus que cinq années de développement.
+189points Elo gagnés en passant du 486DX 33 MHz au Pentium 90 MHz, à programme identique
11points Elo séparent les quatre versions en comparaison contrôlée sur Pentium, contre les mêmes adversaires
+2demi-coups de profondeur apportés par le Pentium, de 6,0 à 8,0 en moyenne
1 503parties jouées, dix gauntlets de 150 parties, cadence 60 coups en 15 minutes
Deux PC, le même programme
Chess Genius n’a jamais été un moteur UCI. C’est un programme DOS avec sa propre interface, son
propre échiquier à l’écran et son propre clavier. Pour le faire jouer dans Banksia, un relais tape les
coups au clavier émulé, lit l’échiquier et la ligne d’analyse à l’écran, et tient la pendule ;
le détail de ce montage est dans
l’article
consacré aux programmes DOS.
Les deux PC sont émulés intégralement. Le 486DX à 33 MHz tourne sous MAME ; le Pentium à 90 MHz
tourne sous QEMU en mode -icount, où le temps vu par le programme est compté en
instructions exécutées puis converti en secondes d’un vrai Pentium 90, programme par programme. Aucun
des deux ne joue plus vite que sa fréquence : c’est le temps d’époque qui est respecté, pas le temps
réel du Ryzen qui héberge tout cela.
Chaque version affronte une échelle d’adversaires, dix parties contre chacun, en montant jusqu’à ce
qu’elle s’effondre, puis le lot est complété à 150 parties. Les cotes données ici sont celles du
classement maison, calculées
par Ordo sur l’ensemble du PGN du laboratoire — pas sur le gauntlet seul.
Ce que coûte le matériel
Les cinq versions ont tourné sur les deux machines. L’écart est le même programme, le même livre
d’ouvertures, la même cadence : seule la fréquence change.
486DX 33 MHzPentium 90 MHz2300235024002450250025502600Genius 123392533+194Genius 223692552+183Genius 323412574+233Genius 423712575+204Genius 523982530+132cote Ordo du classement maison
Cotes Ordo du classement maison, après recalibration de l’échelle. Les cinq versions sont désormais mesurées sur les deux machines.
La moyenne des cinq écarts est de +189 points, entre +132 pour la version 5 et
+233 pour la version 3. Trois mesures indépendantes disent la même chose :
Manière de mesurerÉcart 486 → PentiumSur quoi
Cotes Ordo du classement+189les 1 503 parties, ajustement global
Score contre les adversaires communs+139 à +163versions 2, 3 et 4 ; 12 à 14 adversaires identiques, 150 parties de chaque côté
Duel direct, même programme+209Genius 1 Pentium contre Genius 1 486DX : 10 sur 13
Le duel direct est le plus propre dans son principe et le moins solide dans ses chiffres : treize
parties ne valent pas mieux que ±150 points. Les deux autres se recoupent autour de
150 à 190 points, et c’est la fourchette à retenir.
D’où vient le gain : deux demi-coups
Le relais lit la ligne d’analyse à l’écran à chaque coup. Sur environ 170 000 coups annoncés,
la profondeur moyenne se mesure directement.
02468Genius 1 — 486DX 33 MHz6,20Genius 2 — 486DX 33 MHz6,05Genius 3 — 486DX 33 MHz6,01Genius 4 — 486DX 33 MHz5,85Genius 5 — 486DX 33 MHz5,74Genius 1 — Pentium 90 MHz7,89Genius 2 — Pentium 90 MHz8,10Genius 3 — Pentium 90 MHz7,88Genius 4 — Pentium 90 MHz8,08profondeur moyenne annoncee, en demi-coups
Profondeur moyenne lue dans la ligne d’analyse, en demi-coups, hors annonces de mat.
Le 486DX tient entre 5,7 et 6,2 demi-coups, le Pentium entre 7,9 et 8,1. Le gain est de
deux demi-coups pleins, et au neuvième décile il passe de 8 ou 9 à 11. Deux demi-coups,
pour un programme de cette génération, c’est l’ordre de grandeur de 150 à 200 points : les deux
mesures sont cohérentes.
Un détail de pendule qui mérite une explication
Sur le 486, Chess Genius consomme 13,5 à 13,7 secondes de pendule par coup. Sur le Pentium, seulement
7,5 à 8,3 — alors que ses adversaires en dépensent 15 des deux côtés. Ce n’est pas qu’il
réfléchit moins : il réfléchit bien ses quinze secondes de Pentium 90, mais QEMU les produit en
moins de temps réel, et c’est le temps réel que compte cutechess. Conséquence visible : une partie
dure 29 à 34 minutes sur le 486 contre 23 à 25 sur le Pentium, et le Pentium laisse environ 300 secondes
de pendule inutilisées par partie. Le quota de réflexion, lui, est respecté.
Ce que valent cinq générations
La question intéressante n’est pas celle du matériel, elle est connue. C’est celle-ci :
entre Chess Genius 1 et Chess Genius 5, que Richard Lang a écrits à six ans d’intervalle, combien de
points y a-t-il ?
Version486DX 33 MHzPentium 90 MHzÉcartProfondeur 486
Chess Genius 12339 ±122533 ±16+1946,20
Chess Genius 22369 ±162552 ±16+1836,05
Chess Genius 32341 ±162574 ±16+2336,01
Chess Genius 42371 ±162575 ±16+2045,85
Chess Genius 52398 ±162530 ±16+1325,74
Sur le 486DX, les cinq versions tiennent dans 60 points, et l’ordre n’est pas
chronologique : la version 3 reste quasi à la cote de la version 1, et les versions 2 et 4 se tiennent en deux points. Seule la version 5 se détache, de 27 points sur la deuxième
— moins que la marge d’erreur de deux mesures à 150 parties.
La mesure la plus propre du lot
Les quatre gauntlets du Pentium ont affronté exactement les quatorze mêmes adversaires,
150 parties chacun. C’est une comparaison contrôlée, sans correction à faire :
Version sur Pentium 90Score sur les 14 mêmes adversairesPart
Chess Genius 194,0 / 15062,7 %
Chess Genius 288,5 / 14063,2 %
Chess Genius 396,5 / 15064,3 %
Chess Genius 496,0 / 15064,0 %
Un point et demi de pourcentage sépare le premier du dernier, soit onze points Elo.
L’incertitude d’un score sur 150 parties est de l’ordre de ±28 points. Les quatre versions sont donc
indiscernables : cinq années de développement, et rien de mesurable à cette
cadence.
Et la version la plus forte cherche le moins profond
C’est le détail qui éclaire le reste. Sur le 486DX, la profondeur moyenne baisse de version en
version : 6,20 demi-coups pour la 1, puis 6,05, 6,01, 5,85, et 5,74 pour la 5 — qui est la mieux
classée des cinq. Richard Lang n’a pas rendu son programme plus rapide : il l’a rendu plus sélectif
et mieux informé, en échangeant de la largeur de recherche contre de la connaissance.
Une réserve : les cinq échelles ne sont pas identiques sur le 486, et la profondeur dépend des
positions rencontrées. La tendance est nette et constante sur cinq mesures, mais ce n’est pas une
expérience contrôlée, contrairement au tableau ci-dessus.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Ils ne disent pas que Chess Genius 5 ne vaut pas mieux que Chess Genius 1. Ils disent qu’à 60 coups
en 15 minutes, sur un 486 ou un Pentium de 1994, la différence ne se voit pas en 150 parties. Les
programmes de Richard Lang étaient conçus pour des cadences plus longues et du matériel plus rapide,
et c’est là, peut-être, que les versions se séparent. Le laboratoire ne l’a pas encore mesuré.
Les cinq visages de Chess Genius
Chaque version a sa propre interface, et l’écran est exactement ce que le relais lit pour en tirer
le coup, la profondeur, le score et la variante. Les images ci-dessous sont les captures du relais
lui-même, pendant une réflexion, sur le Pentium 90 émulé. Les cinq captures sont prises
dans la même position, après les dix-huit demi-coups qui sortent du livre : les cinq versions
annoncent la même profondeur et des scores qui tiennent en six centièmes, mais chacune
examine un coup différent au moment de la capture.
Chess Genius 1 — écran 640 × 350. L’en-tête dit encore « Computer », le dernier menu est « Disk/Printer », les coups sont en notation algébrique longue. Le relais lit les deux lignes du bas : Searching: 10 b2-b3 (10/40) et Score: 0.69.
Chess Genius 2 — l’écran passe en 640 × 480 et l’en-tête prend le nom du programme, « Genius 2 ». Les menus sont ceux de la version 1. Coup en cours d’examen : d4xc5, score 0.66.
Chess Genius 3 — deux menus apparaissent, « File » et « Database » ; les coups passent en notation figurine et une ligne d’ouverture s’ajoute en bas (A00 — Irregular Opening). Coup en cours d’examen : c3-a4, score 0.69.
Chess Genius 4 — interface inchangée depuis la 3. Coup en cours d’examen : f3-g5, score 0.63.
Chess Genius 5 — toujours la même interface. Coup en cours d’examen : c3-d5, score 0.63. C’est cet écran qui sert d’image à la une.
Neuf parties remarquables
Une partie remarquable tirée de neuf des dix gauntlets. Le critère est simple : l’écart de cote
franchi, le renversement d’évaluation, et la lisibilité du plan. Les évaluations en style machine
à écrire sont celles de Chess Genius lui-même, lues à l’écran coup par coup : elles disent ce
que le programme croyait, pas ce qui était vrai.
Sur 486DX à 33 MHz
Chess Genius 1 sur 486DX · Richard Lang contre Richard Lang
Chess Genius 1 bat le Mephisto Genius 68030 London
Mephisto Genius 68030 London — Chess Genius 1 486DX 33 MHz2339 contre 2363Partie anglaise (A22) · 98 demi-coups · 19 min 43 s · 0-1
Le même auteur des deux côtés. Chess Genius 1 est le premier programme PC de Richard Lang,
sorti en 1992 ; le Mephisto Genius 68030 London est sa machine dédiée, championne du monde,
à 2363 au laboratoire. Le programme PC sur un 486 de bureau bat la machine de tournoi.
après 27...d5 : le centre s’ouvre, l’évaluation double
après 35...Rhg3+ : deux tours sur la troisième rangée, le roi blanc n’a plus de case
Rien ne se passe pendant dix-neuf coups : l’évaluation du Genius ne quitte pas
0.00. Puis 20...Bh3 pose le fou sur une case que le London ne peut pas prendre, et
23...f6 24...g5 prennent l’espace sans rien lâcher.
27...d5 ouvre le centre au moment où les pièces blanches sont les plus passives :
l’évaluation passe de +0.66 à +1.54. 28.Bxf5 Rxe2 donne la colonne e,
30.g4 Rxh3 prend un pion gratuit et y reste, et après 32.Qf1 Ree3 les deux tours noires
sont sur la troisième rangée.
La suite est un filet : 33...Reg3+ 34.Kf2 Rf3+ 35.Kg2 Rhg3+ 36.Kh2 Bc7 — les deux tours
poussent le roi blanc dans une boîte et le fou vient fermer la dernière diagonale. Il faut donner la dame,
37.Qxf3 Rxf3+, et le Genius annonce le mat en quinze dès le quarante-troisième coup. Il le donne
au quarante-neuvième, 49...Qf3#.
La partie entière
1.c4 e5 2.Nc3 Nf6 3.Nf3 Nc6 4.g3 Bb4 5.Bg2 O-O 6.O-O Re8 7.Nd5 Nxd5 8.cxd5 Nd4 9.Nxd4 exd4 10.e3 c5 11.a3 Ba5 12.exd4 cxd4 13.d6 Qf6 14.d3 Qxd6 15.Bf4 Qe7 16.Qh5 Bb6 17.Be4 g6 18.Qf3 d6 19.Bh6 Rb8 20.Qf4 Bh3 21.Rfc1 Qe6 22.Qf3 Bg4 23.Qf4 f6 24.Rc2 g5 25.Qc1 Bf5 26.Re2 Qf7 27.f4 d5 28.Bxf5 Rxe2 29.h3 Re3 30.g4 Rxh3 31.fxg5 Re8 32.Qf1 Ree3 33.Rc1 Reg3+ 34.Kf2 Rf3+ 35.Kg2 Rhg3+ 36.Kh2 Bc7 37.Qxf3 Rxf3+ 38.Kg2 Rg3+ 39.Kf1 fxg5 40.Rc2 Rxg4 41.Rf2 Rf4 42.Rxf4 Bxf4 43.Bc8 Bg3+ 44.Kg2 Qf2+ 45.Kh3 Bd6 46.Be6+ Kh8 47.Bg7+ Kxg7 48.Kg4 Qf4+ 49.Kh3 Qf3# 0-1
Chess Genius 2 sur 486DX · une tour pour un cavalier
Chess Genius 2 sacrifie l’échange au onzième coup
Chess Genius 2 486DX 33 MHz — Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHz2369 contre 2440Ruy Lopez, variante Berlinoise (C67) · 113 demi-coups · 26 min 16 s · 1-0
La Berlinoise, où les Noirs prennent en e4 et rendent la position très concrète tout de
suite. Chess Genius 2 la traite comme une partie de 1870.
après 11.Rxe4+ : la tour pour le cavalier, et le roi noir cloudé en f8
après 50.Bxc7 : tout est pris, le Genius annonce +19
7.Nxd4 Bc5 8.Nxc6 Bxf2+ 9.Kf1 : le fou noir se pose en f2 avec
échec et le Genius refuse de le prendre, parce que le reprendre coûterait la pièce gagnée en c6. Le roi
attendra.
11.Rxe4+ est le coup de la partie : une tour pour un cavalier, et après dxe4 12.Qxe4+
Kf8 le roi noir a perdu le droit de rentrer. 13.Qb4+ Qd6 14.Qxd6+ cxd6 échange les dames
— un programme qui voit six demi-coups a tout intérêt à les échanger — et 15.Kxf2
ramène enfin le fou, et le Genius lit +1.27.
Ensuite les deux cavaliers mangent le flanc dame : 19.Bxb4, 21.Na3, 22.Nab5,
26.Nxd6, 31.Nxc8. 33.Rxa8 Rxa8 liquide les tours. Le pion c décide :
38.c5, 41.c6, 46.c7, et 48.Ne7 oblige Rxc7 49.Nxf5+ 50.Bxc7 :
+19.15. Mat annoncé en onze au cinquante et unième, donné au cinquante-septième.
La partie entière
1.e4 e5 2.Nf3 Nc6 3.Bb5 Nf6 4.O-O Nxe4 5.d4 exd4 6.Re1 d5 7.Nxd4 Bc5 8.Nxc6 Bxf2+ 9.Kf1 Qd7 10.Qd3 a6 11.Rxe4+ dxe4 12.Qxe4+ Kf8 13.Qb4+ Qd6 14.Qxd6+ cxd6 15.Kxf2 axb5 16.Nd4 b4 17.Bd2 Ra4 18.b3 Ra5 19.Bxb4 Rd5 20.c3 Ke7 21.Na3 Be6 22.Nab5 Rd8 23.c4 Rh5 24.Rd1 Bg4 25.Re1+ Kf6 26.Nxd6 Ra8 27.Kg3 Bc8 28.Re8 Rg5+ 29.Kf4 Rxg2 30.Nf3 Rgxa2 31.Nxc8 Kg6 32.Ne7+ Kh5 33.Rxa8 Rxa8 34.Nf5 g6 35.Nd6 f5 36.Bc5 Rb8 37.Bd4 h6 38.c5 Rf8 39.h4 Rd8 40.Nxb7 Rb8 41.c6 g5+ 42.hxg5 hxg5+ 43.Nxg5 Rc8 44.Na5 Kg6 45.Be5 Kh6 46.c7 Kg6 47.Nc6 Kh6 48.Ne7 Rxc7 49.Nxf5+ Kh5 50.Bxc7 Kg6 51.b4 Kf6 52.b5 Kg6 53.b6 Kf6 54.Be5+ Kg6 55.b7 Kh5 56.b8=Q Kg6 57.Qe8# 1-0
Chess Genius 3 sur 486DX · la plus grosse surprise
Chess Genius 3 bat Stockfish 11
Chess Genius 3 486DX 33 MHz — Stockfish 11 68040 40 MHz2341 contre 2546 — 205 points d’écartRuy Lopez, attaque Marshall (C89) · 119 demi-coups · 27 min 34 s · 1-0
C’est l’un des plus gros écarts franchis sur 486DX :
205 points. En face, Stockfish 11 compilé pour tourner « à nu » dans un 68040 à 40 MHz
émulé sous MAME — un moteur de 2020 sur un processeur de 1990, qui annonce 8,5 demi-coups
en moyenne, soit deux et demi de plus que le Genius.
après 11.Rxe5 : la Marshall, mais un pion de moins et rien en retour
après 38...gxf6 : cinq pions contre cinq, évaluation +0,63. La partie se gagne ici
après 52.h8=Q : le pion h est allé au bout pendant que le roi noir regardait
La Marshall, d’abord, et elle ne rapporte rien aux Noirs : après
9.exd5 Nxd5 10.Nxe5 Nxe5 11.Rxe5 c6, Stockfish a bien le développement promis par la variante,
mais il est simplement un pion de moins et le Genius lit +1.15. Suit un plan que rien ne
détourne : simplifier. 15.Rxe8+, 22.Qxg4 — les dames quittent l’échiquier au
vingt-deuxième coup — 24.Bxg6+, 28.Rxe7, 31.Nb4 Bxb4 32.Bxb4. Chaque échange
retire à Stockfish une pièce de plus avec laquelle compliquer.
33.d5 cxd5 34.cxd5 crée le pion passe, et 35.d6 le pousse si loin que les Noirs doivent aller
le chercher avec le roi : 35...Kf7 36.f3 Ke6 37.Bc3 Kxd6. Le pion tombe, mais 38.Bxf6 gxf6
laisse exactement ce que le Genius voulait : un finale de pions purs, cinq contre cinq, et une
évaluation de +0.63 seulement. C’est là que la partie se joue.
40.fxg4 fxg4 41.Ke3, et l’évaluation saute à +2.30 ; 43.Kxg4, elle passe
à +6.03. Le roi blanc mange sur la colonne g pendant que le roi noir n’a aucune case
d’entrée. 45.h4 a4 46.bxa4 bxa4 47.a3 ferme le flanc dame, et le pion h part seul :
51.h7, 52.h8=Q. Les Noirs promeuvent en cavalier par désespoir (57...a1=N). Mat au
soixantième.
Ce que cela dit du matériel : à cette cadence, Stockfish 11 sur 68040 voit huit demi-coups et demi.
Un finale à cinq pions contre cinq demande davantage, ou bien de la connaissance de finale dans
l’évaluation. Chess Genius 3 en a, Stockfish la remplace d’habitude par de la profondeur —
et ici il n’en a pas.
La partie entière
1.e4 e5 2.Nf3 Nc6 3.Bb5 a6 4.Ba4 Nf6 5.O-O Be7 6.Re1 b5 7.Bb3 O-O 8.c3 d5 9.exd5 Nxd5 10.Nxe5 Nxe5 11.Rxe5 c6 12.d4 Bf6 13.Re1 Bf5 14.Qf3 Re8 15.Rxe8+ Qxe8 16.Bd2 Be4 17.Qg4 Bg6 18.Na3 h5 19.Qf3 Qd7 20.Re1 Kh7 21.Bc2 Qg4 22.Qxg4 hxg4 23.Be4 Ra7 24.Bxg6+ Kxg6 25.g3 Be7 26.Nc2 Bd6 27.Kg2 Re7 28.Rxe7 Bxe7 29.b3 f5 30.c4 Nf6 31.Nb4 Bxb4 32.Bxb4 Nd7 33.d5 cxd5 34.cxd5 Nf6 35.d6 Kf7 36.f3 Ke6 37.Bc3 Kxd6 38.Bxf6 gxf6 39.Kf2 Kc5 40.fxg4 fxg4 41.Ke3 a5 42.Kf4 Kd4 43.Kxg4 Ke5 44.Kh5 Kf5 45.h4 a4 46.bxa4 bxa4 47.a3 Ke6 48.Kg6 Kd5 49.h5 Kc4 50.h6 Kb3 51.h7 f5 52.h8=Q Kxa3 53.Qc3+ Ka2 54.Kxf5 Kb1 55.Qd2 a3 56.Ke4 a2 57.Kd3 a1=N 58.Kc3 Nc2 59.Qxc2+ Ka1 60.Qb2# 1-0
Chess Genius 4 sur 486DX · le sacrifice que Stockfish n’aurait pas dû faire
Chess Genius 4 encaisse un cavalier et ne lâche plus rien
Stockfish 11 68040 40 MHz — Chess Genius 4 486DX 33 MHz2371 contre 2546 — 175 points d’écartRuy Lopez, système anti-Marshall (C88) · 148 demi-coups · 38 min 57 s · 0-1
Même adversaire, même écart, histoire inverse : ici c’est Stockfish qui attaque, et
c’est précisément ce qui le perd.
après 14.Qh5+ : le cavalier est parti, l’attaque ne vient pas
après 41...Rxg3 : la colonne g s’ouvre, il reste une pièce d’écart
8.Bd5 Nxd5 9.exd5 Nb4 : Stockfish rend la paire de fous pour un peu
d’espace. Puis 12.dxe5 dxe5 13.Nxe5 fxe5 14.Qh5+ — un cavalier pour une attaque qui
n’existe pas. L’évaluation du Genius passe de +1.03 à +1.81 dans la foulée, et
pendant les soixante coups qui suivent elle ne redescendra jamais sous +1.18.
Stockfish fait ce qu’il peut : il échange pour réduire. 21.Qh5+ Kg8 22.Nxf6+ gxf6 23.Rxe5 fxe5
24.Bxd8 Nf4 25.Qg4+ Qg6 26.Qxg6+ hxg6 : les dames partent au vingt-sixième, les rois sont nus,
et il manque toujours une pièce. Le reste est de la technique sans faute : 38...e4,
39...e3, 40...exf2, 41...Rxg3 pour ouvrir une colonne ; 50...bxc4 51.bxc4
Nxc4 pour liquider le flanc dame ; 64...Rb3+ et l’évaluation bondit à +6.15.
Mat au soixante-quatorzième, 74...Ra6#.
Soixante coups de conversion sans une seule imprécision assez grande pour faire reculer
l’évaluation : pour un programme qui ne voit que six demi-coups, c’est le vrai exploit de
cette partie.
La partie entière
1.e4 e5 2.Nf3 Nc6 3.Bb5 a6 4.Ba4 Nf6 5.O-O Be7 6.Re1 b5 7.Bb3 d6 8.Bd5 Nxd5 9.exd5 Nb4 10.Nc3 Bb7 11.d4 f6 12.dxe5 dxe5 13.Nxe5 fxe5 14.Qh5+ Kf8 15.Qf5+ Bf6 16.Be3 Nxd5 17.Rad1 Qd6 18.Qf3 Rd8 19.Ne4 Qc6 20.Bg5 Kf7 21.Qh5+ Kg8 22.Nxf6+ gxf6 23.Rxe5 fxe5 24.Bxd8 Nf4 25.Qg4+ Qg6 26.Qxg6+ hxg6 27.Bxc7 Rh5 28.g3 Ne6 29.Bb6 Be4 30.c3 Ng5 31.h4 Nf7 32.Bc5 Bc6 33.b3 g5 34.Be7 gxh4 35.Bxh4 Kg7 36.Kf1 Rf5 37.Be7 Rf3 38.Bb4 e4 39.Ke2 e3 40.Rf1 exf2 41.Rxf2 Rxg3 42.Bc5 Bd5 43.Kd1 Kg6 44.Bd4 Bf3+ 45.Kc1 Kf5 46.a4 Nd6 47.Rh2 Ke6 48.axb5 axb5 49.Bf2 Rg6 50.c4 bxc4 51.bxc4 Nxc4 52.Kc2 Be4+ 53.Kb3 Ne5 54.Bb6 Kd5 55.Be3 Rg3 56.Rd2+ Kc6 57.Re2 Bf5 58.Ka2 Nc4 59.Bc1 Kd5 60.Re1 Be4 61.Rd1+ Kc5 62.Rd8 Bd5 63.Rc8+ Kd4 64.Kb1 Rb3+ 65.Ka2 Nd6 66.Rh8 Rc3+ 67.Kb1 Be4+ 68.Ka2 Rxc1 69.Rd8 Rc6 70.Kb2 Rb6+ 71.Ka1 Kc3 72.Ra8 Bxa8 73.Ka2 Be4 74.Ka1 Ra6# 0-1
Chess Genius 5 sur 486DX · la plus spectaculaire
Chess Genius 5 était perdu, et gagne en quatre coups
Saitek RISC 2500 v1.04 400 MHz — Chess Genius 5 486DX 33 MHz2398 contre 2440Défense Philidor (C41) · 108 demi-coups · 24 min 37 s · 0-1
En face, la machine dédiée la plus forte du laboratoire : un Saitek RISC 2500 dont le
processeur ARM de 14 MHz est poussé à 400 MHz. Et pendant trente coups, c’est elle qui joue mieux.
après 43...Ng4 : évaluation −2,84, et pourtant c’est le début du renversement
après 47...Nf4 : le cavalier est arrivé, le Genius annonce +20
La Philidor reste calme jusqu’au trentième. Puis 30.c5 Rc7 31.c6 et
l’évaluation du Genius commence à glisser : -0.12, -0.51, -0.81,
-1.33. 35.Qb8 a5 36.Rxa5, 38.Ra8, 41.Qxd6 : le RISC 2500 a un pion passé
en c6, une tour en a8 et vient de prendre en d6. Au quarante-troisième coup, Chess Genius 5 annonce
-2.84. C’est perdu.
Suivent quatre coups qui renversent tout, et c’est une promenade de cavalier :
43...Ng4 44.Nf3 Nxe3 (-0.87) 45.Nxe5 Rxe5 (+1.00). Trois demi-coups,
quatre pions d’écart récupérés. Puis 46...Nxg2 47.Kh1 Nf4, et le Genius annonce
+20.06 : le cavalier a fait g4–e3–g2–f4 et la position blanche ne tient plus.
Le RISC 2500 s’effondre d’un coup : 48.Rh8+?? Kxh8 49.Qd8+ Kh7 50.Qh4+ Qxh4 — il
donne la dame pour sortir des menaces, et il n’en sort pas. 54...Qg2#.
La partie entière
1.e4 e5 2.Nf3 d6 3.d4 Nf6 4.Nc3 Nbd7 5.Bd3 Be7 6.Be3 O-O 7.O-O Ng4 8.Nd5 Nxe3 9.fxe3 c6 10.Nxe7+ Qxe7 11.c4 Nf6 12.Qc2 Bg4 13.Rae1 Rae8 14.Qa4 a6 15.Qb3 c5 16.Bc2 Qc7 17.Qc3 b5 18.b3 b4 19.Qb2 Bc8 20.Nd2 Qc6 21.d5 Qd7 22.a3 bxa3 23.Qxa3 Qg4 24.b4 cxb4 25.Qxb4 Rd8 26.Ra1 Qg5 27.Ra3 Ng4 28.Nf3 Qh6 29.Qc3 Rd7 30.c5 Rc7 31.c6 Re8 32.Rc1 Qg6 33.Qb4 Ree7 34.Re1 Kh8 35.Qb8 a5 36.Rxa5 h6 37.Qb4 h5 38.Ra8 Kh7 39.Bd3 h4 40.h3 Nf6 41.Qxd6 Bxh3 42.Re2 Qg3 43.Nxh4 Ng4 44.Nf3 Nxe3 45.Nxe5 Rxe5 46.Qxc7 Nxg2 47.Kh1 Nf4 48.Rh8+ Kxh8 49.Qd8+ Kh7 50.Qh4+ Qxh4 51.c7 Nxe2 52.Bxe2 Qxe4+ 53.Bf3 Qxf3+ 54.Kh2 Qg2# 0-1
Sur Pentium à 90 MHz
Chess Genius 1 sur Pentium 90 · cent un coups sans un seul coup tactique
Chess Genius 1 étouffe Fritz 5.32
Chess Genius 1 Pentium 90 MHz — Fritz 5.32 UCI py2533 contre 2773 — 240 points d’écartRuy Lopez (C85) · 201 demi-coups · 39 min 06 s · 1-0
Un programme de 1992 contre un programme de 1997 tournant sur un Ryzen. La plus longue des
neuf parties, et celle où il ne se passe jamais rien de spectaculaire.
après 46.a7 : le pion est au bout, une tour noire ne bougera plus
après 90.Ne6+ : le cavalier se donne pour libérer les deux pions
6.Bxc6 dxc6 : le Genius donne la paire de fous et rend à Fritz des pions
doublés en c6 et c7. Pendant huit coups l’évaluation reste à 0.00. Puis elle monte, et
c’est tout ce qu’elle fera pendant quatre-vingts coups : +1.03 au vingt-deuxième,
+2.03 au quarante-troisième, +3.00 au soixante-douzième, +5.00 au
quatre-vingt-septième. Pas une seule fois elle ne redescend.
Le plan tient en trois idées. Les dames partent tôt : 21.hxg4 cxd3 22.Qxd3 Qxd3 23.cxd3.
Le pion a avance jusqu’à la septième et y reste : 42.b4, 43.bxa5, 45.a6,
46.a7 — dès lors une tour noire est condamnée à le surveiller. Et le cavalier vaut mieux que
le fou avec des pions sur les deux ailes : 55.d4 exd4 56.Rxg5 fxg5 57.Nxd4.
La fin est le seul moment brillant : 85.e5, 86.e6+, 87.e7, puis
90.Ne6+ Rxe6 91.fxe6 — la tour contre le cavalier, pour débloquer les deux pions passés.
Deux dames au quatre-vingt-dix-neuvième et au centième, mat au cent-et-unième.
La partie entière
1.e4 e5 2.Nf3 Nc6 3.Bb5 a6 4.Ba4 Nf6 5.O-O Be7 6.Bxc6 dxc6 7.d3 Bd6 8.Nc3 O-O 9.Bg5 h6 10.Bh4 Re8 11.h3 b6 12.Nd2 Bc5 13.Nc4 Bd4 14.Ne2 Bc5 15.Nc1 b5 16.Nb3 bxc4 17.Nxc5 g5 18.Bg3 Qd4 19.Na4 g4 20.Bh4 Nh5 21.hxg4 cxd3 22.Qxd3 Qxd3 23.cxd3 Bxg4 24.f3 Bc8 25.g3 Re6 26.Nc5 Rd6 27.b3 Kf8 28.Rac1 Rb8 29.Kf2 Rb5 30.Rc2 Nf6 31.Bxf6 Rxf6 32.Ke3 a5 33.Rh1 Rg6 34.g4 Rb4 35.Na4 Bd7 36.Rh5 f6 37.Rc5 Rb5 38.Rh2 Be8 39.Rc4 Ke7 40.Nc3 Rb8 41.Ra4 Ra8 42.b4 Rb8 43.bxa5 c5 44.Ra3 Ra8 45.a6 Bc6 46.a7 Kd6 47.Ra5 Kd7 48.a4 Bb7 49.Rxc5 c6 50.Ra5 Kc7 51.Rb2 Rg5 52.Ne2 h5 53.gxh5 Rxh5 54.Kd2 Rg5 55.d4 exd4 56.Rxg5 fxg5 57.Nxd4 Rxa7 58.Ne6+ Kd6 59.Nxg5 Ba8 60.Ra2 Ra5 61.f4 c5 62.Kc3 Ke7 63.Kb3 Bc6 64.Rh2 Bxa4+ 65.Kc4 Bd1 66.Rb2 Bg4 67.Kd5 Bc8 68.Rb6 c4+ 69.Kxc4 Ra4+ 70.Rb4 Ra3 71.Kd5 Ra5+ 72.Kd4 Bd7 73.Nf3 Kf6 74.Nh4 Kf7 75.Rb7 Ke8 76.f5 Ra4+ 77.Kd5 Ra5+ 78.Kd6 Ra6+ 79.Ke5 Bc6 80.Rb8+ Kf7 81.Nf3 Bd7 82.Kf4 Ke7 83.Ne5 Ba4 84.Ng6+ Kd7 85.e5 Bc6 86.e6+ Kd6 87.e7 Bd7 88.Rd8 Kc7 89.Nf8 Ba4 90.Ne6+ Rxe6 91.fxe6 Bb5 92.Ke5 Bc6 93.Kd4 Be8 94.Kc5 Ba4 95.Ra8 Bb5 96.Ra7+ Kb8 97.Rd7 Bxd7 98.exd7 Kb7 99.e8=Q Ka7 100.d8=Q Kb7 101.Qb6# 1-0
Chess Genius 2 sur Pentium 90 · un fou sur h6
Chess Genius 2 sacrifie sur h6 contre Fritz 5.32
Chess Genius 2 Pentium 90 MHz — Fritz 5.32 UCI py2552 contre 2773 — 221 points d’écartGambit dame, Semi-Slave (D15) · 139 demi-coups · 26 min 49 s · 1-0
La contrepartie de la partie précédente : même adversaire, même écart de cote, et
cette fois une attaque directe sur le roi.
après 24.Bxh6 : le fou se donne pour ouvrir la colonne h
après 52.f7 : deux pions passés et une tour, c’est fini
Jusqu’au vingt-deuxième coup la position est équilibrée : le Genius lit
+0.48. C’est 22...f5 qui ouvre la porte. 23.exf6 Nxf6 24.Bxh6 — le fou
se donne pour arracher le pion h, gxh6 25.Qxh6+ Nh7 26.Ng5 Rd7, et 27.Bg6 vient chercher le
seul défenseur : 28.Bxh7 Rxh7.
Alors tout tombe en même temps : 29.Rxc5 Rxh6 30.Rxc7 Rxg5 31.Rxb7. Cinq prises en trois
coups, et ce qui reste est un finale de tours avec deux pions d’avance pour les Blancs.
Les deux pions font le travail. 39.Rf5 Rxf5 40.exf5 puis 41.f6 et 50.h5+ les
mettent en mouvement ; 52.f7 donne +5.60 ; 55.Rg6+ Kh4 56.h6 enferme
le roi noir ; 58.h7 et 63.f8=Q finissent. Mat annoncé en treize au soixante-cinquième,
donné au soixante-dixième, 70.Rf2#.
La partie entière
1.d4 d5 2.c4 c6 3.Nf3 Nf6 4.Nc3 e6 5.e3 Nbd7 6.Bd3 dxc4 7.Bxc4 b5 8.Bd3 Bb7 9.e4 b4 10.Na4 Qa5 11.e5 Nd5 12.O-O c5 13.Nxc5 Bxc5 14.dxc5 Nxc5 15.Bc2 Qc7 16.Re1 O-O 17.Qd4 Rac8 18.Bd2 Rfd8 19.Qh4 h6 20.Qg4 Kh8 21.Rac1 a5 22.Qh3 f5 23.exf6 Nxf6 24.Bxh6 gxh6 25.Qxh6+ Nh7 26.Ng5 Rd7 27.Bg6 Rg8 28.Bxh7 Rxh7 29.Rxc5 Rxh6 30.Rxc7 Rxg5 31.Rxb7 Rd5 32.h3 Kg8 33.Re2 e5 34.Kh2 Kf8 35.f3 Re6 36.h4 e4 37.fxe4 Rde5 38.Rf2+ Kg8 39.Rf5 Rxf5 40.exf5 Re5 41.f6 Re2 42.Ra7 Rxb2 43.Rxa5 Kf7 44.Ra6 Kg6 45.Kh3 Rc2 46.g4 Rc3+ 47.Kg2 Rc4 48.Kg3 b3 49.axb3 Rb4 50.h5+ Kg5 51.Kh2 Rxb3 52.f7 Rb2+ 53.Kg3 Rb3+ 54.Kf2 Rb8 55.Rg6+ Kh4 56.h6 Rf8 57.Rg7 Ra8 58.h7 Ra2+ 59.Ke3 Ra3+ 60.Kd4 Ra8 61.Rg8 Ra4+ 62.Kc5 Kg3 63.f8=Q Ra5+ 64.Kd4 Ra1 65.Qb8+ Kg2 66.Qb2+ Kg3 67.Qxa1 Kf4 68.Qg1 Kf3 69.Rf8+ Ke2 70.Rf2# 1-0
Chess Genius 3 sur Pentium 90 · le fou contre le cavalier, pendant quarante coups
Chess Genius 3 bat Hiarcs 7
Chess Genius 3 Pentium 90 MHz — Hiarcs 7 UCI py2574 contre 2782 — 208 points d’écartGambit dame, Semi-Slave (D49) · 181 demi-coups · 41 min 02 s · 1-0
Le plus gros écart franchi par la famille Pentium. Et une démonstration de manuel :
quarante coups de fou contre cavalier.
après 48.Bxg7 : fou contre cavalier, pions sur les deux ailes
après 81.a6 : le cavalier a dû se donner, le pion passe
L’ouverture est une bagarre : huit pièces quittent l’échiquier en six coups,
de 11.Nxb5 à 17.Nxe6 fxe6. Après 18.O-O la position est égale et le Genius lit
0.00 pendant quinze coups. Les tours s’en vont par paires : 27.Rxc8 Rxc8 28.Rb1 h6
29.Rb8 Rxb8 30.Qxb8+.
Le roi noir est alors découvert, et le Genius le pousse dehors : 32.g4 Qf7 33.Qa6 Qg6 34.Qa7 h5
35.g5+ Ke5 36.Qc5 Qe8 37.f4+ — +1.34. Les dames partent au quarante-quatrième,
44.Qg3+ Qxg3+ 45.Bxg3+, et il reste un fou contre un cavalier avec des pions sur les deux ailes.
C’est là que la partie devient instructive. Le cavalier de Hiarcs n’a aucune case :
50...Nf4 51...Nd3 52...Nc1 53...Ne2 54...Ng1 55...Ne2+ 57...Ng1 58...Ne2+ — huit coups
d’errance pendant que le fou tient tout et que le roi blanc avance. L’évaluation reste collée entre
+1.2 et +1.5 pendant vingt coups, puis 65...h4 66...h3 68.Kxh3 làche la
digue : +2.42.
Le pion a finit : 72.a4, 76.a5, 81.a6 Nxc7 82.Kxc7, 83.a7,
84.a8=Q. Mat au quatre-vingt-onzième.
La partie entière
1.d4 d5 2.c4 e6 3.Nc3 Nf6 4.Nf3 c6 5.e3 Nbd7 6.Bd3 dxc4 7.Bxc4 b5 8.Bd3 a6 9.e4 c5 10.e5 cxd4 11.Nxb5 Nxe5 12.Nxe5 axb5 13.Bxb5+ Bd7 14.Nxd7 Qa5+ 15.Bd2 Qxb5 16.Nxf8 Qxb2 17.Nxe6 fxe6 18.O-O O-O 19.Qe2 Rae8 20.Rfb1 Qc2 21.Rc1 Qf5 22.f3 d3 23.Qe3 Nd5 24.Qd4 Qg6 25.Kh1 Rd8 26.Qe5 Rc8 27.Rxc8 Rxc8 28.Rb1 h6 29.Rb8 Rxb8 30.Qxb8+ Kf7 31.Qb7+ Kf6 32.g4 Qf7 33.Qa6 Qg6 34.Qa7 h5 35.g5+ Ke5 36.Qc5 Qe8 37.f4+ Kf5 38.Qc4 Kg6 39.Qxd3+ Kf7 40.f5 Qa4 41.fxe6+ Kxe6 42.Kg1 Kd6 43.Be1 Qg4+ 44.Qg3+ Qxg3+ 45.Bxg3+ Kc6 46.g6 Ne7 47.Be5 Nxg6 48.Bxg7 Kb5 49.Kf2 Ka4 50.Bb2 Nf4 51.Kg3 Nd3 52.Bc3 Nc1 53.Kh4 Ne2 54.Bb2 Ng1 55.Kg3 Ne2+ 56.Kh3 Kb5 57.Kh4 Ng1 58.Kg3 Ne2+ 59.Kf3 Ng1+ 60.Kf2 Nh3+ 61.Kg3 Ng5 62.Bc1 Ne6 63.Be3 Ng7 64.Kf4 Kb4 65.Kg5 h4 66.Bc1 h3 67.Kg4 Ne8 68.Kxh3 Kc5 69.Kg4 Kd5 70.Bg5 Nd6 71.h4 Ke6 72.a4 Nc4 73.Bf4 Kf7 74.Kf5 Na5 75.Bc7 Nc6 76.a5 Ne7+ 77.Ke5 Kg6 78.Kd6 Nf5+ 79.Kc6 Ne7+ 80.Kb7 Nd5 81.a6 Nxc7 82.Kxc7 Kh5 83.a7 Kxh4 84.a8=Q Kg3 85.Qe4 Kh3 86.Qg6 Kh4 87.Kd6 Kh3 88.Ke5 Kh2 89.Kf4 Kh1 90.Kf3 Kh2 91.Qg2# 1-0
Chess Genius 4 sur Pentium 90 · encore un finale de pions
Chess Genius 4 bat Stockfish 11 au roi et aux pions
Chess Genius 4 Pentium 90 MHz — Stockfish 11 68040 40 MHz2575 contre 2546Défense Nimzo-indienne (E32) · 139 demi-coups · 30 min 58 s · 1-0
La deuxième partie de ce lot où un Chess Genius bat Stockfish 11 dans un finale de pions
purs. Deux fois le même schéma, contre le même adversaire : ce n’est plus un accident.
après 48.e5 : la phalange de pions est en place, le roi noir est trop loin
après 62.f7 : le pion f va au bout, celui de Stockfish n’ira pas
Stockfish pousse sur l’aile roi — 11...g5, 12...Nh5,
13...f5 — et le Genius recule sans se plaindre. Du dix-septième au quarantième coup son
évaluation est nulle ou négative : il se croit légèrement moins bien.
29.d5 exd5 30.Nd4 puis 31.Nxf5+ Kg6 32.Ne7+ Kf7 33.Nxd5 rendent un cavalier pour deux
pions et surtout forcent la liquidation : 34.Qxa5 Rxa5, les dames partent ;
36...Nxg3 37.hxg3, les cavaliers ; 38.Rc1 Rc5 39.Rxc5 dxc5, les tours. Il reste huit
pions contre huit et deux rois, et Chess Genius 4 lit 0.00.
Puis le roi se met en marche et les pions se mettent en ligne : 40.Kf2, 42.e4,
44.f4, 46.f5, 47.f6, 48.e5 — +1.18. Stockfish lance son
propre pion c, et c’est exactement ce qu’il ne faut pas : 50...c4 51.Ke3 c3 52.Kd3 c2 53.Kxc2,
le roi blanc le cueille en route. 58.Kf4 donne +9.57, 62.f7 et 63.f8=Q
concluent. Mat au soixante-dixième.
La partie entière
1.d4 Nf6 2.c4 e6 3.Nc3 Bb4 4.Qc2 O-O 5.a3 Bxc3+ 6.Qxc3 d6 7.Bg5 Nbd7 8.e3 b6 9.Nf3 Bb7 10.Bd3 h6 11.Bh4 g5 12.Bg3 Nh5 13.O-O f5 14.Be2 Ndf6 15.Nd2 a5 16.Bf3 Bxf3 17.Nxf3 Ne4 18.Qc2 Qf6 19.b4 Kg7 20.b5 a4 21.Rab1 Qg6 22.Rfd1 Qf6 23.Rb4 Qd8 24.Re1 Nhf6 25.Rxa4 Rxa4 26.Qxa4 Qa8 27.Qb4 Qa7 28.Ra1 Ra8 29.d5 exd5 30.Nd4 Qa5 31.Nxf5+ Kg6 32.Ne7+ Kf7 33.Nxd5 Nxd5 34.Qxa5 Rxa5 35.cxd5 Rxb5 36.f3 Nxg3 37.hxg3 Rxd5 38.Rc1 Rc5 39.Rxc5 dxc5 40.Kf2 g4 41.a4 Ke6 42.e4 Ke5 43.Ke3 Kd6 44.f4 Ke6 45.Kd2 Kd7 46.f5 Kd6 47.f6 Kd7 48.e5 Ke6 49.Ke3 Kf7 50.Kf4 c4 51.Ke3 c3 52.Kd3 c2 53.Kxc2 Ke6 54.Kd3 Kf7 55.Ke4 Ke6 56.Kf4 c6 57.Ke4 h5 58.Kf4 c5 59.Ke4 Kd7 60.Kd5 Kd8 61.Ke6 Kc7 62.f7 c4 63.f8=Q c3 64.Qb4 c2 65.Qc3+ Kb7 66.Kd7 b5 67.Qxc2 b4 68.Qc7+ Ka6 69.Kc6 b3 70.Qb6# 1-0
Ce que les neuf parties ont en commun
Deux choses reviennent, et aucune des deux n’était attendue.
Les finales de pions. Deux des neuf parties se décident dans un finale de pions purs,
et ce sont exactement les deux victoires contre Stockfish 11 sur 68040 — un moteur de 2020 classé
2546 au laboratoire. À cette cadence, sur ce processeur, Stockfish annonce huit demi-coups et demi, et
un finale à cinq ou huit pions de chaque côté en demande bien davantage. Chess Genius, lui, a de la
connaissance de finale écrite dans son évaluation : c’est précisément ce que les moteurs
modernes ont remplacé par de la profondeur, et qu’ils n’ont plus quand on leur retire le matériel.
C’est une interprétation, pas une mesure : deux parties ne prouvent rien, elles indiquent où
regarder.
Les dames partent tôt. Dans sept des neuf parties, les deux dames avaient quitté
l’échiquier avant le quarante-cinquième coup, et dans quatre d’entre elles au plus tard au
vingt-sixième. Pour un programme qui voit six à huit demi-coups, simplifier n’est pas de la
timidité : c’est la seule façon de ramener la position dans son horizon.
Ce qui reste à explorer
Chess Genius 5 sur Pentium 90, le dernier gauntlet de la série, a désormais tourné : la grille est complète — cinq versions sur deux matériels, dix mesures. Et la cinquième version confirme les quatre premières : à 2530 sur Pentium 90 elle est la plus faible des cinq, alors qu’elle est la mieux classée sur 486DX — c’est elle qui profite le moins du matériel (+132, contre +183 à +233 pour les autres).
Deux autres questions restent ouvertes. La première : les versions se séparent-elles à cadence
longue ? Il faudrait rejouer la grille à 40 coups en deux heures pour le savoir, soit une quinzaine
de jours de machine. La seconde : que donnerait Chess Genius 5 sur un processeur de 2026, puisque le
programme tourne encore ? Le laboratoire sait déjà le faire pour les moteurs ChessBase ; pour un
programme DOS, il faudrait un PC émulé accéléré, et c’est un autre chantier.
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 16 octobre 2026 ·
1 503 parties, cadence 60/900 · 486DX 33 MHz sous MAME, Pentium 90 MHz sous QEMU,
hôte Ryzen 9 7950X3D
Post Views: 78 [...]
12 October, 2026Chess Engines / SoftLaboratoire · moteurs ChessBase adaptés
Fritz 8 contre Fritz 8 : le natif et l’adapté face à face dans ChessBase
Le même moteur, le même fichier, la même interface, le même PC. Une seule différence : l’un est chargé par ChessBase comme en 2002, l’autre passe par le pont eng2uci et se présente en moteur UCI. Après 700 parties sur 840, l’écart tient en trois points — et c’est l’adapté qui est devant.
Pourquoi ce test
Depuis l’été, le laboratoire fait rejouer les grands moteurs ChessBase de 1997 à 2005 hors de leur logiciel d’origine, grâce à deux ponts maison (voir Chessbase engines sous autres GUI). La question qui accompagne chaque moteur adapté est toujours la même : joue-t-il exactement comme l’original, ou le pont lui fait-il perdre des points ?
Jusqu’ici, la réponse passait par deux mesures séparées. La version native de Fritz 8 ne sait tourner que dans l’interface ChessBase ; la version adaptée a été mesurée dans Banksia et cutechess. Au classement du laboratoire, les deux cotes sont proches mais pas identiques :
Moteur (classement du 16 octobre 2026)
Elo
Parties
±
Fritz 8 — natif
2902
90
20
Fritz 8 UCI py — adapté
2898
189
15
Quatre points d’écart, c’est moins de une fois et demie l’incertitude combinée des deux mesures (± 25) : statistiquement, rien ne permet de les distinguer. Mais les deux cotes viennent de deux interfaces différentes, qui ne pilotent pas les moteurs de la même façon. Le plus sûr moyen de lever le doute est de mettre les deux versions dans le même tournoi, dans la même interface : celle de ChessBase, la seule où le natif peut jouer.
Comment l’adapté entre dans ChessBase
Un moteur ChessBase de cette époque n’est pas un programme. Fritz 8.eng est un module (une bibliothèque Windows 32 bits) que seul le logiciel ChessBase sait charger : il lui donne la position par une structure interne, lance la recherche par une fonction (Eng9), et reçoit en retour des messages codés — la profondeur atteinte, le score, la ligne principale, le coup choisi — par l’intermédiaire d’un petit relais, Chess32.dll. Le moteur ne parle pas UCI, et aucune interface moderne ne peut le brancher tel quel.
Le pont : prendre la place de ChessBase
eng2uci.py joue le rôle du logiciel d’origine. Exécuté par un Python 32 bits, il charge le même fichier Fritz 8.eng en mémoire et lui parle exactement comme ChessBase le faisait :
il reconnaît le moteur à la taille de son fichier (471 040 octets pour Fritz 8), qui lui donne les adresses internes propres à cette édition ;
il neutralise, en mémoire seulement, les cinq contrôles anti-copie de la fonction d’initialisation ;
il écrit la position dans la structure du moteur (64 cases, trait, roques, prise en passant) et rejoue l’historique de la partie, comme le faisait ChessBase : sans cet historique, les premières versions du pont perdaient 100 à 220 Elo ;
il lit le coup et le score dans le message de rapport du moteur (et non dans sa table de tri interne, qui donnait de fausses promotions en cavalier), puis les retraduit en UCI.
L’exécutable : se faire accepter par ChessBase
Il restait un obstacle propre à ChessBase. Banksia ou cutechess acceptent de lancer Python avec le script en argument ; ChessBase, lui, ne crée un moteur UCI qu’à partir d’un fichier .exe. Le pont a donc été emballé dans un exécutable autonome, eng2uci.exe, en quatre points :
Un exécutable qui embarque Python. PyInstaller compile un seul fichier eng2uci.exe qui contient l’interpréteur Python 32 bits et ses bibliothèques : ChessBase lance un .exe ordinaire, sans rien savoir de Python.
Une enveloppe légère. L’exe ne contient pas le pont lui-même : il trouve le .eng de son dossier, puis charge eng2uci.py au démarrage. Une correction du pont ne demande donc pas de recompiler. Revers de la méthode : PyInstaller ne voit pas les modules dont le pont a besoin (ctypes, en particulier) ; l’enveloppe les déclare elle-même, sans quoi l’exe s’arrête sur « No module named ctypes ».
Un nom distinct. L’enveloppe ajoute « py » au nom que le moteur annonce. Dans ChessBase, le moteur apparaît donc comme Fritz 8 py, à côté du natif Fritz 8 : sans cela, les deux porteraient le même nom dans la liste des moteurs, dans les tableaux de tournoi et dans les parties enregistrées.
Une installation en un clic. Le script install_eng2uci_exe.bat, lancé dans le dossier du moteur, vérifie le Python 32 bits et les fichiers (eng2uci.py, le .eng, Chess32.dll), installe PyInstaller, compile l’exe puis le teste : à la commande uci, il doit répondre son nom puis uciok. Il ne reste qu’à faire, dans ChessBase, Moteurs → Créer un moteur UCI et désigner eng2uci.exe.
Ce qui est comparé
Dans ce tournoi, ChessBase fait tourner deux fois le même programme Fritz 8 : une fois en le chargeant lui-même, comme en 2002, une fois à travers eng2uci.exe, qui le charge à sa place et le présente en UCI. L’interface, la machine, la cadence et les adversaires sont les mêmes. Un écart systématique entre les deux ne pourrait donc venir que du pont.
Le tournoi
Sept moteurs de force voisine, tous en un seul processeur, jouent un tournoi toutes rondes dans l’interface ChessBase, sur le PC MSI du laboratoire : Fritz 8 natif, Fritz 8 adapté, et cinq adversaires qui servent de témoins : Junior 8 et Hiarcs 8, natifs ChessBase eux aussi, et trois moteurs UCI, ProDeo 2.0, List 5.12 et SOS 5 for Arena. Le programme prévoit 40 parties par paire, soit 840 parties. Le tableau ci-dessous est celui du 12 octobre 2026, après 700 parties : chaque paire en a joué 33 ou 34, et chaque moteur 200.
#
Moteur
1
2
3
4
5
6
7
Points
1
ProDeo 2.0
—
18,5 – 14,5
15 – 18
19,5 – 14,5
19,5 – 14,5
24,5 – 8,5
23 – 10
120 / 200
2
Fritz 8 py
14,5 – 18,5
—
17,5 – 16,5
18,5 – 14,5
22,5 – 10,5
20,5 – 12,5
21 – 13
114,5 / 200
3
Fritz 8
18 – 15
16,5 – 17,5
—
16 – 17
19,5 – 14,5
20 – 13
21,5 – 11,5
111,5 / 200
4
Junior 8
14,5 – 19,5
14,5 – 18,5
17 – 16
—
18 – 15
20,5 – 13,5
20,5 – 12,5
105 / 200
5
Hiarcs 8
14,5 – 19,5
10,5 – 22,5
14,5 – 19,5
15 – 18
—
14 – 19
17,5 – 16,5
86 / 201
6
SOS 5 for Arena
10 – 23
13 – 21
11,5 – 21,5
12,5 – 20,5
16,5 – 17,5
21,5 – 11,5
—
85 / 200
7
List 5.12
8,5 – 24,5
12,5 – 20,5
13 – 20
13,5 – 20,5
19 – 14
11,5 – 21,5
—
78 / 199
Lecture : score du moteur de la ligne contre celui de la colonne. Les deux Fritz sont surlignés.
Les deux versions se suivent à la deuxième et à la troisième place, séparées par trois points : 114,5 pour l’adapté, 111,5 pour le natif, chacun sur 200 parties. Entre le relevé du 6 octobre et celui-ci, l’ordre des deux s’est inversé — c’est exactement ce qu’on attend de deux mesures qui ne diffèrent que par le hasard. ProDeo 2.0 reste en tête avec 120 points, comme au classement du laboratoire, et Junior 8 suit à 105.
Natif contre adapté, adversaire par adversaire
Adversaire
Elo
Fritz 8 natif
Fritz 8 adapté
écart
ProDeo 2.0
2926
18 / 33 (54,5 %)
14,5 / 33 (43,9 %)
−10,6 pt
Hiarcs 8
2838
19,5 / 34 (57,4 %)
22,5 / 33 (68,2 %)
+10,8 pt
Junior 8
2872
16 / 33 (48,5 %)
18,5 / 33 (56,1 %)
+7,6 pt
SOS 5 for Arena
2814
21,5 / 33 (65,2 %)
21 / 34 (61,8 %)
−3,4 pt
List 5.12
2795
20 / 33 (60,6 %)
20,5 / 33 (62,1 %)
+1,5 pt
Total, adversaires communs
—
95 / 166 (57,2 %)
97 / 166 (58,4 %)
+1,2 pt
Face à face
—
16,5 / 34
17,5 / 34
—
Total du tournoi
—
111,5 / 200
114,5 / 200
—
Elo : cotes du classement du laboratoire au 16 octobre 2026.
Contre les cinq adversaires communs, l’adapté marque deux points de plus ; dans le face-à-face, il mène 17,5 à 16,5. Le détail est plus instructif que le total : les écarts vont dans les deux sens et ils sont gros. L’adapté domine Hiarcs 8 de onze points de pourcentage et se fait battre par ProDeo 2.0 de presque autant. Sur 33 parties, dix points de pourcentage valent trois parties et demie, soit un écart-type et demi de ce que le hasard produit tout seul. Aucune de ces lignes ne dit quoi que ce soit sur le pont ; c’est leur somme qui compte, et elle est nulle.
Ce que le pont coûte vraiment
Le score ne dit pas où un pont pourrait coûter des points. Le PGN de ChessBase, lui, enregistre pour chaque partie la vitesse de recherche et la profondeur moyenne de chaque moteur, et pour chaque coup le temps consommé, la profondeur et l’évaluation. Sur 700 parties et près de 28 000 coups des deux Fritz, le coût du pont se mesure là où il se produirait.
Grandeur mesurée
Fritz 8 natif
Fritz 8 adapté
écart
Vitesse de recherche
3 371 kN/s
3 352 kN/s
−0,6 %
Profondeur moyenne par partie
14,70 demi-coups
14,57
−0,14
Profondeur annoncée, coup par coup
13,60
13,30
−0,31
Temps par coup, hors livre
16,4 s
16,7 s
+0,29 s
Coups de plus de 60 secondes
0,2 %
0,2 %
—
Chutes de pendule, plantages, coups illégaux
0
0
—
La vitesse est l’essentiel : 0,6 % de nœuds en moins, soit 19 kN/s sur 3 371. L’écart n’est pas distinguable du bruit et il serait de toute façon sans conséquence : il faut doubler la vitesse d’un moteur pour lui gagner une cinquantaine d’Elo, donc 0,6 % en valent moins d’un demi.
Les deux mesures de profondeur vont dans le même sens, un peu moins d’un tiers de demi-coup en moins pour l’adapté, et la mesure coup par coup est assez fournie pour être statistiquement nette. Un tiers de demi-coup vaudrait en principe une quinzaine d’Elo, ce qui ne se retrouve pas du tout dans les scores. C’est que la profondeur annoncée n’est pas la profondeur réelle : ce nombre est déclaré par le moteur et traverse le pont avant d’arriver dans le PGN, et l’écart tient plus probablement à la façon de le compter qu’à la recherche elle-même. L’en-tête de ChessBase, qui mesure la même chose autrement, ne trouve que 0,14.
L’évaluation passe intacte
Un pont pourrait aussi abîmer le score rendu par le moteur : un signe inversé, une échelle faussée, un mat mal traduit. Le test est direct, puisque dans les 34 parties du face-à-face les deux versions évaluent tour à tour des positions presque identiques. Sur 2 303 couples de demi-coups consécutifs, leurs évaluations se suivent avec une corrélation de +0,985, pour un écart absolu moyen de 12 centièmes de pion et une médiane de 6. Les distributions sont superposables : médiane nulle des deux côtés, quartiles −31 et +56 pour le natif, −31 et +59 pour l’adapté, écart-type 187 contre 184. Le pont transmet l’évaluation sans la déformer.
Un style un peu plus prudent
Une différence apparaît quand même, et elle n’est pas dans la force : l’adapté fait plus de nulles. 38,5 % contre 33,5 % pour le natif, et c’est le taux le plus élevé des sept moteurs du tournoi, le natif n’étant que deuxième. Dans le face-à-face, 21 des 34 parties sont nulles, soit 62 %. Ses parties sont aussi plus courtes : 148 demi-coups en moyenne contre 153,5.
Là encore, cinq points de pourcentage sur 200 parties ne sont pas significatifs. Les ouvertures, elles, sont les mêmes : même livre Perfect 2023, et des répartitions par famille ECO qui se tiennent à quelques points, 23 % contre 25,5 % d’ouvertures semi-ouvertes, 33,5 % contre 38 % d’ouvertures ouvertes. Rien qui ressemble à un répertoire différent.
En Elo
Pour traduire ces scores en Elo, on calcule les cotes des sept moteurs à partir des seules parties du tournoi, par maximum de vraisemblance, puis on place l’échelle sur le classement du laboratoire : la moyenne des sept cotes du tournoi est égale à la moyenne de leurs sept cotes au classement.
Fritz 8 adapté2907
Fritz 8 natif2898
Écart adapté − natif+9 ± 35
L’incertitude donnée ici est celle de l’écart, calculée directement sur les 200 parties de chaque version : +9 Elo, à plus ou moins 35 pour un écart-type, soit un intervalle à 95 % allant de −60 à +79. Le calcul plus simple de la performance donne la même image : 2898 pour le natif et 2909 pour l’adapté sur le tournoi entier, 2900 contre 2909 sur les seuls adversaires communs. Quel que soit le chemin, l’écart reste trois à quatre fois plus petit que l’incertitude.
Fritz 8 natif
Fritz 8 adapté (UCI py)
2860
2880
2900
2920
2940
Elo (barres : ± 1 σ)
Classement du laboratoire
Ryzen 9 7950X3D, deux interfaces
Classement : Fritz 8 natif 2902 +- 20
2902
Classement : Fritz 8 adapté 2898 +- 15
2898
écart adapté − natif : −4 Elo
Tournoi ChessBase
PC MSI, 700 parties sur 840
Tournoi : Fritz 8 natif 2898 +- 25
2898
Tournoi : Fritz 8 adapté 2907 +- 25
2907
écart adapté − natif : +9 Elo
Les deux mesures, côte à côte. En haut, les cotes du classement du laboratoire, obtenues dans deux interfaces différentes. En bas, celles du tournoi, où les deux versions jouent dans ChessBase.
Les cotes du tournoi ne sont pas à comparer une à une avec celles du classement : elles reposent sur 200 parties par moteur, sur une autre machine. Ce qui compte est l’écart entre les deux Fritz, mesuré dans les mêmes conditions. Au classement, l’écart de −4 mêlait l’effet éventuel du pont et celui du changement d’interface ; ici, seul le pont reste, et il a changé de signe entre 459 et 700 parties.
Ce changement de signe est la leçon la plus utile de l’exercice. Pour établir qu’un pont coûte dix points Elo — une perte déjà négligeable en pratique — il faudrait de l’ordre de neuf mille parties par version. Avec 200, on ne peut pas prouver l’égalité ; on peut seulement affirmer, et c’est déjà beaucoup, qu’une perte supérieure à une soixantaine d’Elo est exclue. Les mesures techniques, elles, sont bien plus serrées que le score : elles portent sur 28 000 coups et non sur 200 résultats, et elles disent toutes la même chose.
Ce qu’on peut conclure
Dans l’interface ChessBase, à conditions identiques, Fritz 8 adapté joue comme Fritz 8 natif. Sur 200 parties chacun : 114,5 points contre 111,5, soit +9 Elo pour l’adapté à plus ou moins 35. Et sous le score, trois mesures convergentes sur 28 000 coups : 0,6 % de vitesse de recherche en moins, un tiers de demi-coup de profondeur annoncée en moins, une évaluation identique à 12 centièmes de pion près. Le pont eng2uci et son exécutable rendent le moteur d’origine sans perte mesurable.
Et pour le classement ?
Ce tournoi tourne sur le PC MSI, plus lent que le Ryzen qui sert aux mesures du laboratoire. Tous les moteurs y sont ralentis de la même façon et leurs écarts relatifs ne bougent pas : calculées sur ces seules parties, les sept cotes s’écartent de celles du classement de 7 Elo en moyenne, et l’échelle n’est pas tassée — dispersion de 47 Elo contre 45 au classement. Deux moteurs s’écartent plus que les autres : Hiarcs 8 rend 18 Elo par rapport à sa cote, Fritz 8 adapté en gagne 10. Les parties pourront rejoindre le classement, l’adapté sous son nom habituel de Fritz 8 UCI py.
La suite
Le tournoi continue jusqu’à ses 840 parties, soit 240 par moteur. Les 140 dernières ramèneront l’incertitude sur l’écart d’environ 35 à 32 Elo — un gain si faible qu’il ne changera pas la conclusion. La question du pont est tranchée autant qu’elle peut l’être par des parties ; ce qui reste à faire est de vérifier la même chose sur les autres moteurs adaptés, Junior, Hiarcs et les Shredder, dont les ponts ne sont pas identiques.
Laboratoire chess.lumn.eu · tournoi toutes rondes dans l’interface ChessBase, PC MSI, état au 12 octobre 2026 (700 parties sur 840, 200 par moteur) · mesures de profondeur, de vitesse, de temps et d’évaluation extraites des annotations du PGN · cotes de référence : classement du laboratoire au 16 octobre 2026.
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12 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsProgrammes DOS en UCI
MChess : deux programmes, deux PC
MChess 1.71 et MChess Pro 6 de Marty Hirsch, branchés en UCI et mesurés sur un 486DX à 33 MHz puis sur un Pentium 90 émulé. 607 parties, quatre cotes — et un résultat qui ne va pas dans le sens attendu.
1.71 · 486DX 332193
1.71 · Pentium 902374
Pro 6 · 486DX 332281
Pro 6 · Pentium 902325
Parties607
Deux programmes de Marty Hirsch
MChess est un programme MS-DOS avec sa propre interface graphique, écrit par Marty Hirsch. La branche 1.x date du début des années 1990 — la version 1.32 circule en juillet 1991, la 1.71 suit peu après. La branche Pro culmine en octobre 1995 avec le Pro 5, champion du monde des micro-ordinateurs à Paderborn devant Chess Genius ; le Pro 6 paraît un an plus tard, en octobre 1996.
Entre les deux versions testées ici, il y a donc environ cinq ans, un titre mondial, l'apparition de la reconnaissance de motifs, de l'apprentissage du livre et d'une évaluation positionnelle nettement plus fournie. On s'attend à un écart net en faveur du Pro 6. Ce n'est pas ce que donne la mesure.
Ce que le relais voit
Les deux programmes tournent sans modification, dans un PC émulé, pilotés au clavier par le relais UCI : il lit l'écran, saisit les coups de l'adversaire, met le programme en analyse et lui arrache son coup au budget de la pendule. Voici l'écran du Pro 6 tel que le relais le trouve au démarrage.
MChess Pro 6 au démarrage, tel que le relais le découvre. En bas : la table de hachage d'un mégaoctet, l'apprentissage et l'apprentissage du livre activés, le niveau à 5 secondes par coup. À droite, les deux pendules et la zone d'analyse que le relais lit coup après coup.
Tout est là : la table de hachage d'un mégaoctet — 10 240 Ko, 1 048 576 positions —, l'apprentissage et l'apprentissage du livre, le niveau par défaut à 5 secondes par coup, l'évaluation à 0,00 et les deux pendules. C'est cette ligne de statut que le relais lit pour suivre la partie. Cet écran est celui du démarrage : juste après, le relais passe dans les menus et coupe les deux apprentissages, met le niveau sur Infinite et active Easier play — pas de réflexion sur le temps de l'adversaire. Les mêmes frappes sont envoyées sur le 486 et sur le Pentium : les deux configurations sont identiques par construction.
Après le réglage du relais : le niveau est passé à Infinite, en bas à droite. Le programme calcule sans limite et c'est le relais qui lui prend son coup au budget de la pendule.
Après le réglage, le niveau est passé à Infinite : le programme calcule sans limite et c'est le relais qui l'interrompt, exactement comme pour les machines dédiées du laboratoire. Les 5 secondes par coup du niveau par défaut ne servent donc jamais. L'apprentissage annoncé à l'écran ne sert pas davantage : outre qu'il est coupé, les deux émulateurs jettent leurs écritures disque à la fin de chaque partie — QEMU tourne en snapshot, MAME avec un fichier de différence temporaire. Chaque partie repart d'un disque neuf.
La capture du MChess 1.71 manque encore — son écran est différent de celui du Pro 6, et le script de capture du laboratoire n'a été écrit que pour ce dernier. À ajouter ici quand elle sera faite.
Quatre configurations, quatre cotes
ConfigurationPartiesScore%Cote moyenne des adversairesPerformanceCote au classementMChess 1.71 — 486DX 33 MHz15085,557,0 %221522552193MChess 1.71 — Pentium 90 MHz15067,545,0 %243023762374MChess Pro 6 — 486DX 33 MHz15063,542,3 %235322842281MChess Pro 6 — Pentium 90 MHz15753,534,1 %248523272325
2150
2200
2250
2300
2350
2400
MChess 1.71
2193
2374
+181
MChess Pro 6
2281
2325
+44
486DX 33 MHz
Pentium 90 MHz (QEMU)
cote Elo du classement
Le 486 à 33 MHz et le Pentium à 90 MHz, c'est un facteur 2,7 sur l'horloge et bien davantage sur le travail réel — le Pentium peut exécuter deux instructions par cycle là où le 486 en exécute au mieux une. Le gain mesuré, lui, n'a rien de commun d'un programme à l'autre : +181 points pour le 1.71, +44 pour le Pro 6.
Et sur le Pentium, le programme du début des années 1990 passe devant celui de 1996 : 2374 contre 2325.
Le paradoxe du Pentium
La première explication qui vient à l'esprit — le Pro 6 ne profite pas du Pentium parce qu'il cherche moins loin — est fausse. Les lignes d'analyse remontées par les deux programmes donnent la profondeur atteinte à chaque coup :
ConfigurationProfondeur moyenneMédiane s/coupTotal sur 60 coupsCoups > 60 sMChess 1.71 — 486DX 33 MHz5,016,0 s882 s3MChess 1.71 — Pentium 90 MHz6,97,5 s606 s21MChess Pro 6 — 486DX 33 MHz6,116,0 s875 s29MChess Pro 6 — Pentium 90 MHz8,114,0 s801 s36
Le Pro 6 cherche plus profond que le 1.71 sur les deux machines, et le passage au Pentium lui apporte les mêmes deux demi-coups qu'à son aîné. Côté recherche, tout est normal.
Ce qui n'est pas normal, c'est la consommation. Le 1.71 sur Pentium ne dépense que 606 secondes des 900 de la cadence, contre 882 sur le 486 : il rend ses coups avant d'avoir épuisé son budget, et il gagne quand même 123 points. Le Pro 6, lui, dépense 801 secondes — et ne gagne presque rien.
Le signe le plus net vient d'une confrontation directe. MChess 1.71 sur 486 figure au tableau des deux versions du Pro 6 :
Pro 6 sur 486 contre 1.71 sur 486 : 8,5 / 11, soit 77 %
Pro 6 sur Pentium contre le même 1.71 sur 486 : 5,5 / 10, soit 55 %
Le même programme, contre le même adversaire, fait moins bien sur la machine la plus rapide. Sur une vingtaine de parties l'écart n'est pas démonstratif à lui seul, mais il va dans le même sens que les +44 points.
Restait une piste matérielle. Le Pro 6 sur Pentium produit 36 coups de plus de 60 secondes, avec une pointe à 452 secondes, là où il n'en produit que 29 sur le 486 et où le 1.71 sur 486 n'en produit que 3. Des décrochages de cette ampleur ressembleraient à des blocages de l'émulation plutôt qu'à de la réflexion. La vérification ne le confirme pas : dans ce gauntlet, le Pro 6 sur Pentium marque 33,6 % dans les parties sans coup long et 36,2 % dans celles qui en contiennent un. C'est l'inverse de ce qu'un blocage produirait. Ces coups longs existent, ils ne coûtent rien au score.
Les explications techniques, une par une. La profondeur de recherche : écartée, le tableau ci-dessus la donne normale. Les blocages : écartés, ils n'ont pas d'effet sur le score. La persistance de l'apprentissage d'une partie sur l'autre : impossible, les deux émulateurs jettent leurs écritures disque. Des réglages qui différeraient entre les deux matériels : impossible, le relais impose les mêmes frappes de part et d'autre. Restait l'étalonnage de QEMU, c'est-à-dire la conversion du budget de la pendule en temps virtuel, propre à chaque programme. Il a été remesuré : le Pro 6 reçoit 95,6 % de son quota de réflexion et le 1.71 en reçoit 101,9 %. L'écart de 6,4 % va dans le bon sens mais il vaut environ six points Elo, soit un vingtième de ce qu'il faudrait expliquer. Aucune de ces pistes ne rend compte de l'écart.
Le tournoi dit la même chose
Un gauntlet mesure chaque configuration contre son propre lot d'adversaires : une cote ajustée peut toujours cacher un biais d'appariement. Un tournoi toutes rondes entre programmes émulés lève le doute, parce que tous les participants rencontrent exactement le même champ. Sur 2 253 parties, 48 participants, double ronde, douze programmes figurent à la fois en 486 à 33 MHz et en Pentium à 90 MHz. Les pourcentages ci-dessous sont donc directement comparables entre eux, sans ajustement d'aucune sorte, et le gain est exprimé en points Elo.
Programme486DX 33 MHzPentium 90 MHzGainRebel 630,3 %63,3 %+239Rebel 929,8 %61,3 %+229Chess Genius 545,2 %73,4 %+210Fritz 114,9 %36,7 %+208MChess 1.7125,0 %50,0 %+191Fritz 333,9 %53,2 %+139Chess Genius 247,3 %66,5 %+138Chess Genius 350,0 %66,0 %+115Chess Genius 447,9 %63,8 %+113Chess Genius 147,9 %61,7 %+98MChess Pro 634,0 %41,8 %+58Fritz 230,3 %30,9 %+4
Le gain médian est de +138 points, et il n'est pas acquis d'avance : Rebel 6 et 9 doublent leur score, Chess Genius 5 passe de 45 à 73 %. Mais deux programmes se détachent par le bas, loin du peloton : MChess Pro 6 à +58 et Fritz 2 à +4, alors que le suivant, Chess Genius 1, est à +98. L'anomalie du Pro 6 n'est donc pas un accident d'appariement de son gauntlet : elle se reproduit sur un jeu de parties entièrement différent, et elle n'est pas isolée.
Cela déplace la question plutôt que de la résoudre. Ce n'est pas une affaire de génération : Fritz 2 est de 1992 et ne gagne rien, MChess 1.71 est de 1991 et gagne 191 points. Ce n'est pas la recherche : le Pro 6 gagne bien ses deux demi-coups de profondeur en passant au Pentium. Il reste donc deux programmes qui voient plus loin sans jouer mieux, et une explication qui n'est pas encore trouvée.
Le mur des moteurs natifs
Les quatre configurations rencontrent deux familles d'adversaires : des machines dédiées et des moteurs émulés d'un côté, des moteurs PC natifs tournant sur le Ryzen de l'autre. Le contraste est brutal.
Famille d'adversairesCote moyennePartiesScoreAttenduPerformanceMachines dédiées et moteurs émulés227747955,4 %51,7 %2321Moteurs PC natifs (Ryzen)27291283,5 %8,7 %2149
Contre les adversaires émulés cotés 2277 en moyenne, les MChess font 55,4 % — une performance de 2321, c'est-à-dire exactement leur niveau. Contre les moteurs natifs cotés 2729, ils font 3,5 % là où leur cote leur promettrait 9 %. La performance correspondante tombe à 2149 : 172 points de moins.
Ce n'est pas une particularité de MChess. Le même décrochage apparaît sur tous les programmes DOS du laboratoire mesurés contre des moteurs natifs, et il ne s'explique ni par les pendules ni par des incidents techniques : ces parties se terminent par mat, régulièrement. C'est une non-transitivité réelle de l'échelle, et elle mérite son propre article.
Quatre parties
Une par configuration. Les évaluations citées sont celles de Stockfish 16, en pions, du point de vue de MChess.
1. MChess 1.71 sur 486 — un gambit mené jusqu'au mat
MChess 1.71 486DX 33 MHz – Fidelity Designer Mach IV, 1–0, 23 coups. Gambit écossais.
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.d4 exd4 4.Fc4 Fb4+ 5.c3 dxc3 6.O-O cxb2 7.Fxb2 : deux pions donnés pour le développement, et un fou braqué sur la grande diagonale. Le Mach IV prend tout, ce qui est son droit, et se retrouve avec huit coups de retard.
7...Cf6 8.a3 Fe7 9.e5 Ch5 10.Dd5 Tf8 — la tour retourne en f8 pour défendre f7, aveu que les noirs n'ont plus rien à proposer. 11.Cc3 f6 12.Tfe1 Cf4 13.De4 fxe5 14.Dxh7 : l'évaluation est à +3,4 et les blancs n'ont toujours pas récupéré un seul pion.
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Position après 14.Dxh7, les noirs jouent. Les blancs ont donné deux pions et n'ont rien repris : la dame est en h7, la tour en e1 face au roi noir, et le cavalier f3 n'attend que d'entrer en e5 (flèche).
14...Ff6 15.Cd5 Cxd5 16.Dh5+ Re7, et voici le coup de la partie.
17.Cxe5! L'évaluation saute de +3,4 à +16,2 : Stockfish annonce le mat à partir d'ici. Le cavalier s'offre pour ouvrir la colonne e sur le roi noir, qui n'a plus de case.
17...Cxe5 18.Txe5+! Fxe5 19.Dxe5+ Rf7 20.Dh5+ g6 21.Fxd5+ Re8 22.Dxg6+ Re7 23.Te1#. Deux pions, un cavalier et une tour donnés ; le Mach IV n'a pas commis une seule faute grossière — son plus mauvais coup coûte 0,18 — il a simplement été joué.
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23.Te1# — le roi noir est mat en e7 : la tour tient la colonne e, le fou d5 couvre la fuite, et la dame g6 interdit le reste.
MChess 1.71 486DX 33 MHz – Fidelity Designer Mach IV1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.d4 exd4 4.Fc4 Fb4+ 5.c3 dxc3 6.O-O cxb2 7.Fxb2 Cf6 8.a3 Fe7 9.e5 Ch5 10.Dd5 Tf8 11.Cc3 f6 12.Tfe1 Cf4 13.De4 fxe5 14.Dxh7 Ff6 15.Cd5 Cxd5 16.Dh5+ Re7 17.Cxe5 Cxe5 18.Txe5+ Fxe5 19.Dxe5+ Rf7 20.Dh5+ g6 21.Fxd5+ Re8 22.Dxg6+ Re7 23.Te1# 1–0
2. MChess 1.71 sur Pentium — contre le plus fort de tous
MChess 1.71 Pentium 90 MHz QEMU – Saitek RISC 2500 à 400 MHz, 1–0, 45 coups. Espagnole, défense berlinoise.
Le Saitek RISC 2500 poussé à 400 MHz est coté 2440 : c'est l'adversaire le plus fort battu par l'une des quatre configurations. MChess le bat 6,5 à 4,5 sur l'ensemble du match, et cette partie-là est la plus nette.
Après 1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5 Cf6 4.O-O Cxe4 5.d4 exd4 6.Te1 d5 7.Cxd4 Df6 8.f3 Fc5 9.Fxc6+ bxc6 10.c3 Ff5 11.b4 Fb6 12.Fe3 Fxd4 13.Fxd4 De6 14.fxe4 Fxe4, les blancs ont gagné une pièce contre deux pions et l'évaluation est déjà à +4.
Suit une longue phase de manœuvre — vingt coups où MChess ne lâche rien et améliore pièce après pièce, pendant que le Saitek cherche du contre-jeu sur l'aile dame. Au 35e coup la dame blanche arrive en a5 et l'affaire est réglée.
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Position après 35.Da5, les noirs jouent. La dame blanche s'est installée en a5 et prépare l'entrée en d8 (flèche) ; le pion a6 n'attend que la case a7.
36.Dd8+ Ra7 37.Dd7+ Ra8 38.Dc8+ Ra7 39.Dxc5+ Db6, et le coup décisif : 40.Fb8+! Le fou se donne pour attirer le roi en b8 et dégager la case a7 au pion. 40...Rxb8 41.a7+ Dxa7 42.Txa7 Te1+ 43.Cxe1 Fxg2+ 44.Rxg2 d4 45.Dc7#.
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Position après 40.Fb8+ : le fou se donne pour attirer le roi en b8 et libérer a7 au pion (flèche). 40…Rxb8 41.a7+ est forcé.
MChess 1.71 Pentium 90 MHz QEMU – Saitek RISC 2500 à 400 MHz1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5 Cf6 4.O-O Cxe4 5.d4 exd4 6.Te1 d5 7.Cxd4 Df6 8.f3 Fc5 9.Fxc6+ bxc6 10.c3 Ff5 11.b4 Fb6 12.Fe3 Fxd4 13.Fxd4 De6 14.fxe4 Fxe4 15.Fc5 Dg6 16.De2 O-O-O 17.Fxa7 Fd3 18.Dd2 The8 19.a4 Txe1+ 20.Dxe1 Fe4 21.Df1 Fd3 22.Dc1 Te8 23.Cd2 Te2 24.Ff2 Df6 25.Fg3 c5 26.Rh1 De7 27.a5 Rb8 28.bxc5 Dxc5 29.Cf3 Fe4 30.a6 Ra8 31.Df1 Dxc3 32.Fe5 Dd3 33.Dc1 Dc2 34.Da3 c5 35.Da5 Db2 36.Dd8+ Ra7 37.Dd7+ Ra8 38.Dc8+ Ra7 39.Dxc5+ Db6 40.Fb8+ Rxb8 41.a7+ Dxa7 42.Txa7 Te1+ 43.Cxe1 Fxg2+ 44.Rxg2 d4 45.Dc7# 1–0
3 et 4. Le Pro 6 contre le Genius 68030, deux fois
MChess Pro 6 – Mephisto Genius 68030 London, 1–0 sur les deux machines. Partie du fou, même ligne.
Ces deux parties méritent d'être lues ensemble. Le Pro 6, sur le 486 puis sur le Pentium, joue exactement la même chose contre le même adversaire pendant onze coups :
1.e4 e5 2.Fc4 Cf6 3.d4 exd4 4.Cf3 Cxe4 5.Dxd4 Cf6 6.Cc3 Cc6 7.Dh4 Fe7 8.Fg5 O-O 9.O-O-O d6 10.Fd3 h6, et dans les deux parties, 11.Fxh6!
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Position après 11.Fxh6, dans les deux parties. Le fou se donne contre le pion h6 : après la reprise, la colonne h s'ouvre à la dame et la diagonale b1-h7 au fou d3 (flèches). Les blancs ont une pièce de moins et trois pièces braquées sur le roi.
Le fou se donne contre le pion h6 pour ouvrir la colonne h et la diagonale sur le roi. Après 11...gxh6 12.Dxh6, les blancs ont une pièce de moins et trois pièces braquées sur le roque noir. L'évaluation est à +1,9 — le sacrifice n'est pas un gain forcé, c'est un investissement.
C'est ici que les deux parties se séparent, et c'est le Genius qui choisit différemment.
Sur le Pentium, il joue 12...Te8, et Stockfish annonce déjà le mat. 13.Cg5 Fe6 14.Fh7+ Rh8 15.Ff5+ Rg8 16.Fxe6 Tf8 17.Cd5 fxe6 18.Dg6+ Rh8 19.Cxf6 Tf7 20.Cxf7#. Vingt coups.
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Version Pentium : 20.Cxf7# — neuf coups plus tôt. Le cavalier mate en f7, soutenu par la dame g6 ; le roi h8 n'a aucune case.
Sur le 486, il joue 12...Fe6, qui tient mieux : il faut à MChess neuf coups de plus. 13.Cg5 Dd7 14.Cce4 Ff5 15.Cxf6+ Fxf6 16.Dxf6 Ce7 17.The1 Fxd3 18.Txd3 Cg6 19.Ce6! fxe6 20.Dxg6+ Dg7 21.Dxe6+ Df7 — et là le mat est annoncé — 22.Tg3+ Rh8 23.Te4 Dh7 24.Th3 Dxh3 25.Dxh3+ Rg7 26.Dg3+ Rf6 27.Df3+ Rg7 28.Tg4+ Rh7 29.Dh3#.
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Version 486 : 29.Dh3# — le roi noir, poussé de g7 à h7, est mat ; la tour g4 et la dame h3 se partagent les cases.
Les deux parties disent la même chose : le sacrifice en h6 fait partie du bagage du Pro 6, il le trouve sur les deux machines, et le Genius 68030 — coté 2363, plus fort que le Pro 6 sur le papier — n'a de réponse ni dans un cas ni dans l'autre. Le Pro 6 marque 7,5 sur 11 contre lui depuis le 486 et 5,5 sur 10 depuis le Pentium.
MChess Pro 6 Pentium 90 MHz QEMU – Mephisto Genius 68030 London1.e4 e5 2.Fc4 Cf6 3.d4 exd4 4.Cf3 Cxe4 5.Dxd4 Cf6 6.Cc3 Cc6 7.Dh4 Fe7 8.Fg5 O-O 9.O-O-O d6 10.Fd3 h6 11.Fxh6 gxh6 12.Dxh6 Te8 13.Cg5 Fe6 14.Fh7+ Rh8 15.Ff5+ Rg8 16.Fxe6 Tf8 17.Cd5 fxe6 18.Dg6+ Rh8 19.Cxf6 Tf7 20.Cxf7# 1–0
MChess Pro 6 486DX 33 MHz – Mephisto Genius 68030 London1.e4 e5 2.Fc4 Cf6 3.d4 exd4 4.Cf3 Cxe4 5.Dxd4 Cf6 6.Cc3 Cc6 7.Dh4 Fe7 8.Fg5 O-O 9.O-O-O d6 10.Fd3 h6 11.Fxh6 gxh6 12.Dxh6 Fe6 13.Cg5 Dd7 14.Cce4 Ff5 15.Cxf6+ Fxf6 16.Dxf6 Ce7 17.The1 Fxd3 18.Txd3 Cg6 19.Ce6 fxe6 20.Dxg6+ Dg7 21.Dxe6+ Df7 22.Tg3+ Rh8 23.Te4 Dh7 24.Th3 Dxh3 25.Dxh3+ Rg7 26.Dg3+ Rf6 27.Df3+ Rg7 28.Tg4+ Rh7 29.Dh3# 1–0
Ce qu'on en retient
Trois choses. D'abord, les deux MChess se tiennent dans un mouchoir : 2193 à 2374, soit la zone des bonnes machines dédiées du début des années 1990, ce qui est cohérent avec ce qu'on attend de programmes PC de cette génération sur ce matériel.
Ensuite, le Pentium profite beaucoup au 1.71 et presque pas au Pro 6. Le résultat tient : il se reproduit sur un tournoi toutes rondes de 2 253 parties où tous les participants affrontent le même champ, et Fritz 2 y présente la même anomalie, en plus marquée encore. Les explications techniques auxquelles on pense d'abord — profondeur insuffisante, blocages de l'émulation, apprentissage qui persiste, réglages divergents, étalonnage faussé — ont été testées une par une et ne rendent pas compte de l'écart. Il faut donc prendre le +44 du Pro 6 pour ce qu'il est, un résultat, sans savoir encore pourquoi deux de ces programmes ne tirent presque rien d'un matériel 2,7 fois plus rapide alors qu'ils cherchent visiblement plus profond.
Enfin, le mur des moteurs natifs est ici parfaitement visible : 55,4 % contre des adversaires émulés à 2277, 3,5 % contre des moteurs natifs à 2729. Cent soixante-douze points d'écart entre les deux performances du même programme, dans les mêmes conditions de pendule, sur des parties qui se terminent par mat. C'est le sujet le plus intéressant que cette série ait fait remonter.
Mesures : gauntlets de classement du laboratoire, 150 à 157 parties par configuration, cadence 60 coups en 15 minutes, livre d'ouvertures Perfect 2023.
Cotes : classement du site, ajustement Ordo sur l'ensemble des parties du laboratoire.
Analyses des parties : Stockfish 16.
Histoire des versions : Chess Programming Wiki, pages MChess et WMCCC 1995.
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12 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsMachines virtuelles accélérées
Psion Chess 2.13 : un 286 à 1800 MHz
Le programme de Richard Lang de 1987 tourne ici sur un PC 286 émulé cent douze fois trop rapide. Même binaire, même pendule, 232 points Elo de plus — et une leçon assez nette sur ce que la vitesse pure finit par ne plus rapporter.
286 à 16 MHz1924
286 à 1800 MHz2157
Écart+232
Rapport d'horloge×112,5
Parties mesurées283 + 173
Le même programme, deux horloges
Psion Chess 2.13 est un programme DOS de 1987. Il ne sait rien de l'ordinateur sur lequel il tourne : il demande l'heure au BIOS, remplit sa table de transposition et calcule. C'est tout l'intérêt de l'émulation — pour l'accélérer, il n'y a rien à modifier dans le programme, il suffit de changer la vitesse de la machine sous lui.
Le PC 286 est émulé par QEMU, qui compte le temps en instructions plutôt qu'en secondes réelles : l'option -icount attribue à chaque instruction une durée virtuelle fixe. À 16 MHz, c'est 256 nanosecondes par instruction, soit 3,8 millions d'instructions par seconde — exactement le débit d'un vrai 80286 à 16 MHz pour ce programme, dont le coût moyen mesuré sur le 286 de MAME est de 4,19 cycles par instruction. Pour la version accélérée, la même instruction ne coûte plus que 2 nanosecondes, avec un facteur de bridage de 0,86 pour tomber juste : 429 millions d'instructions par seconde au lieu de 3,8 millions.
La pendule, elle, ne change pas : 60 coups en 15 minutes de temps réel, comme pour tout le laboratoire. Les deux versions ont consommé la même chose — 15 secondes par coup en médiane à 16 MHz, 16 secondes à 1800 MHz. Même temps de réflexion, cent douze fois plus de travail accompli dedans. C'est la seule variable qui change entre les deux colonnes de cet article.
Les mêmes adversaires, deux fois
Les deux versions n'ont pas affronté le même plateau : le gauntlet de classement place chaque moteur face à des adversaires de son niveau, et le Psion accéléré est monté de deux étages dans l'échelle. Onze adversaires se retrouvent pourtant dans les deux listes, et ce sont eux qui donnent la mesure propre.
AdversaireCote16 MHz%1800 MHz%Écart (pts de %)Fruit 2.1 ARM9 30 MHz23100 / 30 %2,5 / 1025 %+25Fruit 2.1 68040 40 MHz22401 / 1010 %4,5 / 1045 %+35MChess 1.71 486DX 33 MHz21931 / 1010 %4 / 1040 %+30Mephisto RISC II22284 / 1040 %3,5 / 1035 %−5Rebel 6 486DX 33 MHz21803 / 1030 %7 / 1070 %+40Saitek Sparc (rev. 518)21652 / 1020 %7 / 1070 %+50Fidelity Elite Avantgarde V921252 / 1020 %5 / 1050 %+30Mephisto Berlin 6800021201,5 / 1015 %5 / 1050 %+35Novag Sapphire21013,5 / 1035 %5,5 / 1055 %+20Fidelity Designer Mach IV20793,5 / 1035 %8,5 / 1085 %+50Fidelity Designer Mach III20292 / 1020 %7,5 / 1075 %+55Total (11 adversaires communs)23,5 / 10323 %60 / 11055 %+32
286 à 16 MHz (vitesse d'époque)
286 à 1800 MHz
0 %
25 %
50 %
75 %
100 %
cote
score du Psion contre l'adversaire
Fruit 2.1 ARM9 30 MHz (2310) : 16 MHz 0/3 (0 %), 1800 MHz 2,5/10 (25 %)
Fruit 2.1 ARM9 30 MHz
2310
Fruit 2.1 68040 40 MHz (2240) : 16 MHz 1/10 (10 %), 1800 MHz 4,5/10 (45 %)
Fruit 2.1 68040 40 MHz
2240
MChess 1.71 486DX 33 MHz (2193) : 16 MHz 1/10 (10 %), 1800 MHz 4/10 (40 %)
MChess 1.71 486DX 33 MHz
2193
Mephisto RISC II (2228) : 16 MHz 4/10 (40 %), 1800 MHz 3,5/10 (35 %)
Mephisto RISC II
2228
Rebel 6 486DX 33 MHz (2180) : 16 MHz 3/10 (30 %), 1800 MHz 7/10 (70 %)
Rebel 6 486DX 33 MHz
2180
Saitek Sparc (rev. 518) (2165) : 16 MHz 2/10 (20 %), 1800 MHz 7/10 (70 %)
Saitek Sparc (rev. 518)
2165
Fidelity Elite Avantgarde V9 (2125) : 16 MHz 2/10 (20 %), 1800 MHz 5/10 (50 %)
Fidelity Elite Avantgarde V9
2125
Mephisto Berlin 68000 (2120) : 16 MHz 1,5/10 (15 %), 1800 MHz 5/10 (50 %)
Mephisto Berlin 68000
2120
Novag Sapphire (2101) : 16 MHz 3,5/10 (35 %), 1800 MHz 5,5/10 (55 %)
Novag Sapphire
2101
Fidelity Designer Mach IV (2079) : 16 MHz 3,5/10 (35 %), 1800 MHz 8,5/10 (85 %)
Fidelity Designer Mach IV
2079
Fidelity Designer Mach III (2029) : 16 MHz 2/10 (20 %), 1800 MHz 7,5/10 (75 %)
Fidelity Designer Mach III
2029
Sur ces onze adversaires et 213 parties, le score passe de 22,8 % à 54,5 %. Traduit en points Elo, cela fait +243 — en bon accord avec les +232 que donne le classement complet, calculé sur l'ensemble des 456 parties avec toutes les autres connexions du plateau.
Deux lignes méritent une réserve. Le 0/3 contre Fruit 2.1 sur ARM9 ne vaut rien statistiquement : trois parties. Et le Mephisto RISC II est le seul adversaire contre lequel l'accélération n'a rien apporté — 40 % à 16 MHz, 35 % à 1800 MHz. Sur dix parties l'écart n'est pas significatif, mais c'est la seule ligne du tableau qui descend, et elle mérite d'être refaite sur un échantillon plus large.
Ce que coûte un doublement
Le laboratoire compte maintenant plusieurs machines mesurées à deux vitesses. En rapportant le gain au nombre de doublements d'horloge, on obtient un prix du doublement — et il n'est pas constant.
MachineHorlogeRapportCoteGainElo par doublementSaitek Turbo 16K12 MHz → 125 MHz×10,41437 → 1724+28785Fidelity Par Excellence (B)5 MHz → 73 MHz×14,61739 → 2090+35191Novag Constellation Forte A5 MHz → 91 MHz×18,21803 → 2057+25461Saitek RISC 2500 v1.0414 MHz → 400 MHz×28,62180 → 2440+26054Psion Chess 2.13 (286)16 MHz → 1800 MHz×112,51924 → 2157+23234
La tendance est claire dès qu'on dépasse le facteur vingt : au-delà, chaque doublement rapporte de moins en moins. Les deux premières lignes sont à distance de bruit l'une de l'autre et la cote de base du Turbo 16K est à prendre avec des pincettes — 8 % sur 358 parties, c'est un plancher où l'échelle Elo se comprime. Mais entre le Forte A à ×18 et le Psion à ×112, il n'y a plus d'ambiguïté : 34 points par doublement contre 61.
L'explication la plus simple est la bonne. Psion 2.13 est un programme de 1987 à recherche sélective : il élague beaucoup, voit loin dans quelques variantes et ignore le reste. Donner cent fois plus de temps à un tel programme approfondit les lignes qu'il regarde déjà, mais ne l'amène pas à regarder ailleurs. Les erreurs qui lui restent ne sont pas des erreurs de profondeur, et aucune quantité de mégahertz ne les corrigera.
Ce que la vitesse change dans les parties
Les parties s'allongent : 58 coups en médiane à 16 MHz, 66 à 1800 MHz. Le programme accéléré ne gagne pas plus vite, il perd moins vite — il tient des positions que la version d'époque lâchait au trentième coup.
Le mode de décision ne change pas : presque tout se termine par mat, 249 parties sur 283 pour la version lente, 156 sur 173 pour l'accélérée. Ces programmes et ces machines n'abandonnent pas, ils jouent jusqu'au bout.
Et il y a ce que l'accélération ne change pas du tout : sur ses 56 victoires, le Psion accéléré n'en a pas une seule remportée depuis un déficit matériel durable. Pas un sacrifice spéculatif tenu plus de quatre coups. Il gagne du matériel, puis il le convertit. C'est un matérialiste, et le rester à 1800 MHz en dit plus long sur la fonction d'évaluation de 1987 que sur la machine qui l'exécute.
Là où le gain est le plus visible, c'est contre les machines dédiées des années 1990 — Designer Mach III de 20 à 75 %, Mach IV de 35 à 85 %, Saitek Sparc de 20 à 70 % — plus que contre les programmes DOS, qui résistent mieux. Et il bat désormais des choses qui n'existaient pas quand il a été écrit : Stockfish 11 porté sur un 68020, Fruit 2.1 sur 68040, Rebel 6 sur 486.
Trois parties
Les trois qui suivent viennent toutes de la version à 1800 MHz. Les évaluations citées sont celles de Stockfish 16 à profondeur 22, en pions ; un signe positif est à l'avantage de Psion.
1. Contre Stockfish 11 sur 68020
Psion Chess 2.13 (1800 MHz) – Stockfish 11 68020 16 MHz, 1–0, 50 coups. Gambit dame refusé, variante d'échange.
L'adversaire le plus fort que le Psion accéléré ait battu : un Stockfish 11 compilé pour un 68020 à 16 MHz, coté 2383. La partie se décide en deux coups.
Après 1.d4 d5 2.c4 e6 3.Cc3 Cf6 4.Fg5 Fe7 5.e3 O-O 6.Tc1 Cc6, les noirs bouchent leur pion c, ce qui n'est pas la meilleure idée dans cette structure. Suit 7.Cf3 Te8 8.Fd3 h6 9.Fxf6 Fxf6 10.O-O b6 11.cxd5 exd5 12.Db3 Ce7 13.Dc2 c5 14.dxc5 bxc5 15.Tfd1, et la position est strictement égale : +0,07.
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Position après 15…a6, les blancs jouent. Le cavalier c3 va se poser en e4 (flèche rouge) : si le pion d5 le prend, c'est le fou d3 qui occupera e4 et ouvrira la diagonale e4-a8 sur la tour (flèche grise). La tour a8 n'est défendue que par la dame d8, et le fou c8 est sur le chemin.
15...a6 est le coup qui perd la partie. Il ne fait rien, et il laisse la tour a8 défendue par la seule dame le long de la huitième rangée — où le fou c8 fait obstacle. Stockfish donne +1,80 aux blancs après le coup suivant, contre +0,67 à la deuxième meilleure option : l'écart est déjà décisif.
16.Ce4! Le cavalier s'offre au pion d5. S'il est pris, c'est le fou d3 qui vient occuper la case e4 — et de là, la grande diagonale e4-a8 s'ouvre sur la tour.
16...dxe4 17.Fxe4 et la tour est perdue. 17...Db6 18.Fxa8.
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Position après 18.Fxa8. Les blancs ont gagné une tour contre un cavalier ; il reste à ne rien lâcher.
Le reste est de la technique, et Psion la fait proprement. 18...Ff5 19.Fe4 Fxe4 20.Dxe4 Dxb2 21.Da4 Db5 22.Dxb5 axb5 23.Txc5 : les dames partent, ce qui est exactement ce qu'il faut faire avec une tour de plus. Les noirs s'agitent encore — 32...Txe4 33.Txa5 Txg4+ — mais 35.Txa4 Cxa4 36.Ce5 liquide les dernières pièces.
39...Ce5 40.Cxe5 fxe5 et le pion h se met en route, escorté par son roi : 41.Rg4 Rf8 42.h4 Re8 43.Rh5 Rd8 44.Rxh6 Rc8 45.h5 Rd8 46.Rg5 Rc8 47.Tg7 Rb8 48.h6 e4 49.h7 e3 50.h8=D#. Le roi blanc a traversé l'échiquier de g1 à g5 en passant par h3, g4, h5 et h6 : une marche de roi de huit coups menée sans faute par un programme de 1987.
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50.h8=D# — le roi noir en b8 est mat : la nouvelle dame tient la huitième rangée, la tour g7 la septième.
1.d4 d5 2.c4 e6 3.Cc3 Cf6 4.Fg5 Fe7 5.e3 O-O 6.Tc1 Cc6 7.Cf3 Te8 8.Fd3 h6 9.Fxf6 Fxf6 10.O-O b6 11.cxd5 exd5 12.Db3 Ce7 13.Dc2 c5 14.dxc5 bxc5 15.Tfd1 a6 16.Ce4 dxe4 17.Fxe4 Db6 18.Fxa8 Ff5 19.Fe4 Fxe4 20.Dxe4 Dxb2 21.Da4 Db5 22.Dxb5 axb5 23.Txc5 b4 24.g4 Ta8 25.Tc2 g6 26.e4 Fc3 27.Td7 Te8 28.a3 Cc8 29.axb4 Fxb4 30.Rg2 Cb6 31.Tb7 Fa5 32.Tc5 Txe4 33.Txa5 Txg4+ 34.Rh3 Ta4 35.Txa4 Cxa4 36.Ce5 f6 37.Cxg6 Cc5 38.Ta7 Cd3 39.f3 Ce5 40.Cxe5 fxe5 41.Rg4 Rf8 42.h4 Re8 43.Rh5 Rd8 44.Rxh6 Rc8 45.h5 Rd8 46.Rg5 Rc8 47.Tg7 Rb8 48.h6 e4 49.h7 e3 50.h8=D# 1–0
2. Contre Fritz 3 sur 486
Fritz 3 486DX 33 MHz – Psion Chess 2.13 (1800 MHz), 0–1, 58 coups. Ouverture Dunst.
Fritz 3 est de 1994 et tourne sur un 486DX à 33 MHz, coté 2252. Il ouvre par 1.Cc3, ce que le laboratoire voit rarement. Psion répond classiquement : 1...e5 2.Cf3 Cc6 3.e4 Cf6 4.Fb5 Fb4 5.O-O O-O 6.d3 d6 7.Fg5 Fxc3 8.bxc3 De7.
Suit une longue manœuvre. Fritz double ses tours sur la colonne b et pousse une tour en b7 ; Psion prend la colonne f et ouvre le jeu par 18...f5. Au trentième coup, l'évaluation est à +0,90 pour les noirs : un petit avantage, rien de plus.
31.g3 affaiblit les cases blanches autour du roi, et 31...Dh3 vient s'y installer.
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Position après 32.Df2, les noirs jouent. Les cases blanches autour du roi blanc sont à l'abandon : la dame noire est en h3, et le cavalier va venir en g3 par h5 (flèches grises). Stockfish donne ici −6,24 contre −1,33 après 32.Rg1.
32.Df2 est l'erreur décisive. Stockfish donne −1,33 après 32.Rg1 et −6,24 après 32.Df2 : cinq points perdus d'un seul coup. Psion ne laisse pas passer.
32...Ch5 33.g4 Txg4! La tour prend le pion et s'offre sur la colonne g, face au roi blanc en g1.
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Position après 33…Txg4, les blancs jouent. La tour s'est posée sur la colonne g, face au roi blanc en g1 : seul le cavalier g3, à elle, fait écran (flèche rouge). En le déplaçant, les noirs découvrent l'échec.
34.Tf8 Cg3+ 35.Rg1 Ce4+ — et voilà le point de la combinaison : en quittant g3, le cavalier découvre l'échec de la tour g4 sur la colonne g, et se pose en e4 où il attaque la dame f2. Les blancs doivent parer l'échec, ce qui veut dire prendre la tour : 36.fxg4 Cxf2 37.Fxf2. Une tour contre une dame.
La conversion est longue mais nette : 37...e4 38.dxe4 Dxc3 39.Tf7 Dxc4 40.Te7 Fxe4, puis la poussée du pion c, 48...c4 49.Te3 Fxf3 50.Rxf3 c3 51.Re4 c2 52.Tc3 Dd2 53.Tc4 c1=D 54.Txc1 Dxc1. Le roi blanc part alors chercher les pions noirs — 55.Rf5 De3 56.Rg4 Rg6 57.Rxh4 — et ne revient pas : 57...Rf5 58.h3 Dg5#.
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58…Dg5# — le roi blanc, parti chercher les pions noirs, est mat en h4 : la dame tient g5, g4, h5 et h6, et son propre pion h3 lui bouche la dernière case.
1.Cc3 e5 2.Cf3 Cc6 3.e4 Cf6 4.Fb5 Fb4 5.O-O O-O 6.d3 d6 7.Fg5 Fxc3 8.bxc3 De7 9.Tb1 a6 10.Fxc6 bxc6 11.c4 c5 12.c3 De6 13.Dc2 h6 14.Fh4 Fd7 15.Tb7 Tfc8 16.Tfb1 Ch5 17.Rf1 Fc6 18.T7b2 f5 19.exf5 Dxf5 20.Ce1 Tf8 21.Rg1 Cf4 22.f3 Tf7 23.Ff2 Te8 24.Fe3 a5 25.Dd2 De6 26.Tb8 Txb8 27.Txb8+ Rh7 28.a3 a4 29.Rh1 Tf6 30.Dc2 Tg6 31.g3 Dh3 32.Df2 Ch5 33.g4 Txg4 34.Tf8 Cg3+ 35.Rg1 Ce4+ 36.fxg4 Cxf2 37.Fxf2 e4 38.dxe4 Dxc3 39.Tf7 Dxc4 40.Te7 Fxe4 41.Fg3 Fd5 42.Txc7 Dxg4 43.Te7 h5 44.Rf2 h4 45.Fxd6 Dd4+ 46.Te3 Df6+ 47.Cf3 Dxd6 48.Td3 c4 49.Te3 Fxf3 50.Rxf3 c3 51.Re4 c2 52.Tc3 Dd2 53.Tc4 c1=D 54.Txc1 Dxc1 55.Rf5 De3 56.Rg4 Rg6 57.Rxh4 Rf5 58.h3 Dg5# 0–1
3. Contre le Mephisto Berlin Pro
Psion Chess 2.13 (1800 MHz) – Mephisto Berlin Pro 68020, 1–0, 73 coups. Défense Alekhine.
Celle-ci est la plus instructive des trois, parce que Psion y est d'abord moins bien. Le Berlin Pro est une machine dédiée à 68020, cotée 2315, et elle sort mieux de l'ouverture.
1.e4 Cf6 2.e5 Cd5 3.d4 d6 4.Cf3 g6 5.c4 Cb6 6.Cc3 Fg7 7.Ff4 Cc6 8.h3 Ff5 9.a3 O-O 10.b4 dxe5 : les blancs ont poussé leurs pions à l'aile dame sans rien consolider, et le pion e5 tombe.
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Position après 10…dxe5, les blancs jouent. Psion a poussé ses pions à l'aile dame sans rien consolider ; le pion e5 tombe et l'évaluation est à −2,10. C'est le moment le plus difficile de la partie.
L'évaluation est à −2,10 : deux pions d'équivalent, contre une machine plus forte. Ce qui suit est la chose la plus utile que Psion fasse dans cette partie — il liquide. 11.dxe5 Dxd1+ 12.Txd1 Tfd8 13.Txd8+ Txd8 14.b5 Cd4 15.Cxd4 Txd4 16.Fe3 Fxe5 17.Fxd4 Fxd4 18.Cd5 Cxd5 19.cxd5 : les dames, deux paires de tours et deux cavaliers quittent l'échiquier en neuf coups. Il reste une finale de fous et de pions, matériellement équilibrée, où l'avantage positionnel noir ne vaut plus grand-chose.
Au trentième coup, l'évaluation est à zéro. Psion a effacé son retard en simplifiant.
Puis vient une manœuvre de quarante coups. Le roi blanc entre dans la position — d2, d3, d4, c5, d6 — la tour va et vient sur la septième rangée, et le Berlin Pro épuise peu à peu ses coups utiles. Au passage, 24.bxc6 est une prise en passant, ce qui n'est pas si courant chez les programmes de cette génération. 48...d4 est le relâchement qui donne la partie.
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Position après 52…Rg7, les blancs jouent. Cinquante coups de finale plus tard, le roi blanc est entré en c5, la tour tient la cinquième rangée et le pion a va partir. Psion joue 53.Tb5, premier choix de Stockfish.
Au cinquante-troisième coup, Psion joue 53.Tb5 — le premier choix de Stockfish 16 à profondeur 22, à +4,83. Ensuite tout s'enchaîne : 53...h5 54.gxh5 g4 55.hxg4 Rh6 56.a5 d3 57.Fxd3, et le pion a court. 60.a6 Fc4 61.a7 Fxb5 62.a8=D Fxd3+ 63.Rxd3 Rxg4 64.h6 Rxf5 65.h7, une deuxième dame à 72.h8=D+, et mat au coup suivant.
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73.Dxh6# — deux dames nées des pions a et h finissent le travail ; le roi noir est mat en h3.
Soixante-treize coups, dont cinquante de finale, sans une faute qui coûte. Ce n'est pas brillant, c'est de l'endurance — et c'est précisément ce que l'accélération achète.
1.e4 Cf6 2.e5 Cd5 3.d4 d6 4.Cf3 g6 5.c4 Cb6 6.Cc3 Fg7 7.Ff4 Cc6 8.h3 Ff5 9.a3 O-O 10.b4 dxe5 11.dxe5 Dxd1+ 12.Txd1 Tfd8 13.Txd8+ Txd8 14.b5 Cd4 15.Cxd4 Txd4 16.Fe3 Fxe5 17.Fxd4 Fxd4 18.Cd5 Cxd5 19.cxd5 Fe4 20.d6 exd6 21.f3 Fd5 22.Fd3 Fb2 23.a4 c5 24.bxc6 bxc6 25.Rd2 Fa2 26.Te1 Fe5 27.g4 c5 28.Tf1 d5 29.f4 Fd6 30.f5 c4 31.Fc2 Rg7 32.Ta1 c3+ 33.Rd3 Fc4+ 34.Rd4 Fe7 35.Tb1 Ff6+ 36.Rc5 g5 37.Tb7 a6 38.Tc7 Fe5 39.Te7 Rf6 40.Tb7 h6 41.Td7 Rg7 42.Te7 Ff6 43.Tc7 Rf8 44.Tc8+ Re7 45.Tc6 a5 46.Tc7+ Rf8 47.Rd6 Fa2 48.Fd3 d4 49.Fc2 Rg7 50.Rc5 Rg8 51.Ta7 Rh7 52.Txa5 Rg7 53.Tb5 h5 54.gxh5 g4 55.hxg4 Rh6 56.a5 d3 57.Fxd3 Fe7+ 58.Rd4 Ff6+ 59.Re4 Rg5 60.a6 Fc4 61.a7 Fxb5 62.a8=D Fxd3+ 63.Rxd3 Rxg4 64.h6 Rxf5 65.h7 Fg7 66.Dg8 Ff6 67.Dxf7 Rg5 68.Re4 c2 69.Dg8+ Rh4 70.Rf5 Rh3 71.Rxf6 c1=D 72.h8=D+ Dh6+ 73.Dxh6# 1–0
Ce que ça dit du programme
À 2157, le Psion 2.13 accéléré se situe autour du niveau d'un Mephisto RISC II ou d'un Saitek Sparc, soit des machines de 1992-1993. Un programme de 1987 poussé cent douze fois au-delà de son matériel d'origine rattrape donc environ six ans de progrès — et s'arrête là, alors qu'il reste de la marge d'horloge.
C'est la conclusion la moins spectaculaire et la plus solide de cette mesure : la vitesse achète de la profondeur, la profondeur achète de l'endurance, et l'endurance s'épuise. Ce qui sépare Psion 2.13 des programmes de la fin des années 1990 n'est pas une question de mégahertz.
Mesures : gauntlets de classement du laboratoire, 283 parties à 16 MHz et 173 à 1800 MHz, cadence 60 coups en 15 minutes, livre d'ouvertures Perfect 2023 limité à 10 coups.
Cotes : classement du site, ajustement Ordo sur l'ensemble des parties du laboratoire.
Analyses des parties : Stockfish 16, profondeur 22 pour les positions citées.
Émulation : QEMU avec -icount, étalonnage du 80286 en cycles par instruction mesuré sur le pilote 286 de MAME.
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10 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire CB-Emu · Programmes DOS
Psion Chess 2.13 sur un 286 à 16 MHz : l'ancêtre de Chess Genius entre au laboratoire
Le programme avec lequel Richard Lang a gagné son titre mondial de 1987, dans sa version MS-DOS, rejoué sur un PC 286 émulé et branché en UCI. Le relais lit son échiquier CGA monochrome, tape ses coups au curseur et le fait jouer sans intervention : 283 parties de gauntlet, et une performance à 1924 contre un plateau d'adversaires qui, pour l'essentiel, n'existaient pas encore.
Richard Lang avant Mephisto
Avant d'être l'auteur des Mephisto et de Chess Genius, Richard Lang a écrit Cyrus, puis, vers 1983, un nouveau programme en assembleur 68000 : Psion. Sinclair Research le commercialise d'abord pour le Sinclair QL ; Psion le vend ensuite sous sa propre marque pour l'Apple Macintosh et l'Atari ST, et le porte sur les PC MS-DOS.
Au championnat du monde des micro-ordinateurs, il partage la victoire en 1984. Puis, à partir de 1985, Lang travaille avec Hegener & Glaser et Ossi Weiner : les programmes des Mephisto dérivent de Psion. Psion deviendra ensuite Chess Genius. Au total, dix titres mondiaux consécutifs de 1984 à 1995, et, en 1994, une victoire de Genius sur Garry Kasparov en partie rapide à l'Intel Grand Prix de Londres.
Le laboratoire mesure déjà quatre descendants de ce programme : le Mephisto Berlin 68000, le Berlin Pro 68020, le Genius 68030 London et Chess Genius 1 sur 486. Il manquait la souche. Les deux versions MS-DOS en ma possession sont la 1.01 (1985) et la 2.13 (1987) ; c'est la seconde qui vient de faire son gauntlet.
Ce que le relais voit
Vu de l'arbitre, Psion est un moteur UCI ordinaire : il annonce son nom, accepte une position et un temps de réflexion, et renvoie son coup. Cutechess ne voit aucune différence avec Stockfish. Derrière cette façade, il n'y a pourtant rien à quoi se brancher : Psion ne parle qu'à son écran et à son clavier. Le relais fait donc ce que ferait un joueur humain, mais sans relâche — toutes les trois dixièmes de seconde, il photographie l'écran, le lit, et tape des touches.
12345
L'échiquier : 64 cases de 40 × 36 points, lues par comparaison de motifs. C'est la position de référence — le relais ne fait jamais confiance à sa propre liste de coups sans la vérifier contre l'écran.
Les deux pendules, qui disent lequel des deux camps réfléchit.
La liste des coups, dans la notation de Psion (B8xB2, D1-E2) : case de départ, tiret ou croix, case d'arrivée.
La ligne d'état : LEVEL E Infinite ANALYSIS ON, qui confirme les réglages.
La ligne d'analyse : l'évaluation et la variante principale. Psion n'y affiche pas de profondeur de recherche ; dans les parties enregistrées, ses coups ne portent donc que leur temps.
Psion Chess 2.13 au milieu d'une partie, tel que le relais le photographie : image CGA de 640 × 400 points, en noir et blanc.
Les deux dessins que Psion ne montre jamais
En CGA monochrome, une pièce n'a pas une couleur : elle a deux dessins, selon la case. Une pièce blanche sur case foncée est une silhouette pleine ; la même pièce blanche sur case claire n'est que son contour. Pour les noirs, c'est l'inverse.
Le piège est dans la position de départ. La dame blanche y est en d1, case claire ; elle n'y apparaît jamais sur case foncée. La dame noire est en d8, case foncée ; jamais sur case claire. Idem pour les deux rois. Un relais qui apprend les dessins à partir de la position initiale, comme il le fait pour tous les autres programmes, ignore donc quatre dessins sur trente-deux — et ce sont précisément ceux qui comptent. Une dame promue sur la « mauvaise » couleur était lue comme un fou ; une dame adverse arrivant sur cette couleur était lue comme une reprise immédiate, et le relais perdait le fil de la partie.
La solution n'est pas d'aller chercher les dessins manquants dans le programme, mais de les déduire de ceux qu'on a. La silhouette d'une pièce, c'est tout ce que le fond de la case ne relie pas au bord. Une fois cette silhouette isolée, le dessin de l'autre couleur de case s'en déduit mécaniquement.
DAME BLANCHEDAME NOIREvue en d1 (case claire)déduite, case foncéevue en d8 (case foncée)déduite, case claire
À gauche de chaque flèche, le dessin que Psion montre dans la position de départ ; à droite, celui que le relais en déduit. Vérifié sur de vraies cases de Psion 2.13 et 1.01 : la dame est alors reconnue à 0,97, contre 0,83 pour le fou qu'on lisait avant.
Ce correctif est postérieur au gauntlet présenté ici. Sur les 283 parties jouées, 35 portent la trace du défaut — une promotion lue autrement qu'en dame — et sont écartées du calcul. Les 248 autres n'ont pas rencontré le cas et sont valides.
Le faire jouer tout seul
Psion se pilote au clavier, une lettre par commande. Le relais n'en utilise qu'une poignée : C pour que le programme prenne le camp au trait, M pour qu'il joue tout de suite, T pour reprendre un coup, $ pour une nouvelle partie. Au lancement, il règle une fois pour toutes le niveau sur Infini et laisse le relais arbitrer le temps.
Reste à jouer les coups, et c'est là que c'est amusant : Psion ne lit pas de notation. Il a un curseur qu'on déplace à la flèche et qu'on valide à Entrée, une fois sur la case de départ, une fois sur la case d'arrivée. Le curseur bute sur les bords de l'échiquier, ce qui donne au relais un point de repère sûr : sept fois gauche et sept fois bas le ramènent en a1, où qu'il soit. Le coup e2-e4 s'écrit donc, en touches : sept gauches, sept bas, quatre droites, un haut, Entrée, deux hauts, Entrée. Une vingtaine de touches par coup, et autant pour relire l'échiquier derrière.
Le PC, lui, est émulé par QEMU, qui démarre MS-DOS et lance le programme. Deux réglages suffisent à le rendre honnête. Le premier fixe sa vitesse : l'émulateur est bridé pour exécuter exactement le nombre d'instructions par seconde qu'un 286 à 16 MHz exécuterait — ni plus, ni moins. Le second cale son horloge sur l'horloge réelle, pour qu'une seconde du 286 soit une vraie seconde : sans cela le PC émulé file quinze à trente-cinq fois trop vite, les pendules s'affolent et le relais arrête la réflexion bien trop tard.
Pour les curieux. Le bridage passe par le compteur d'instructions de QEMU, réglé à 256 nanosecondes par instruction. Pour savoir combien de cycles de 286 cela représente, on a chronométré Psion sur le cœur 80286 de MAME : 4,191 cycles par instruction. Le produit donne un 286 à 16,4 MHz, ramené à 16,0 par un facteur appliqué aux horloges.
Amsterdam, Dallas, Roma : la version dédiée du même programme
Pendant que Psion se vendait en disquette, le même programme partait vivre une seconde vie dans des boîtiers en bois. La filiation est serrée :
Mephisto Amsterdam (1985) : le premier module Mephisto portant le programme de Lang issu de Psion, un 68000 à 12 MHz. Au championnat du monde de 1985, à Amsterdam justement, la version de tournoi sur 68020 finit première, et les deux versions 68000 deuxième et troisième.
Mephisto Dallas (fin 1986) : la suite directe de l'Amsterdam, vendue en 68000 à 12 MHz et en 68020 à 14 MHz. Mephisto remporte le championnat du monde 1986 de Dallas, et place trois machines dans les cinq premières.
Mephisto Roma (1987) : le successeur du Dallas, contemporain exact de la version MS-DOS dont parle cet article.
Et le laboratoire a déjà mesuré le Dallas sans le savoir. D'après le wiki schach-computer.info, le Mephisto Mondial 68000 XL est un clone à 100 % du Dallas 68000 : même matériel, même version du programme, dans un boîtier de table. C'est une source unique et je la donne comme telle, mais si elle dit vrai, la rencontre du gauntlet entre Psion 2.13 et le Mondial 68000 XL est en réalité Psion sur 286 contre le Dallas de Lang sur 68000. Le 68000 l'emporte, 6 à 3 sur neuf parties.
Le Dallas existe par ailleurs au laboratoire sous la forme d'un portage UCI qui tourne à pleine vitesse, coté 2226. Quand Psion 2.13 aura sa propre version accélérée, les deux se rencontreront à armes égales : le même programme, dans ses deux incarnations de 1986 et 1987, libéré de son matériel d'époque. C'est la comparaison que j'attends le plus.
Le gauntlet : 283 parties, une performance à 1924
Le gauntlet s'est déroulé du 6 au 8 octobre 2026, à la cadence du laboratoire : 60 coups en 15 minutes, soit une quinzaine de secondes par coup. Psion joue au niveau Infini et c'est le relais qui l'arrête, à la seconde près. Il a affronté 29 adversaires, du Fidelity Designer 2000 (1689) jusqu'à Fruit 2.1 sur ARM9 (2310), en remontant l'échelle des cotes.
Performance1924 ± 13
Parties retenues248 sur 283
Score111 / 248 = 44,8 %
Moyenne des adversaires1963
Cette performance le placerait vers la 163e place des 184 moteurs classés. Ce n'est pas encore une cote Ordo : celle-ci viendra quand ces parties entreront dans le classement général.
Le graphique compare, adversaire par adversaire, le score réalisé et celui qu'on attendrait d'un moteur coté 1924. Les adversaires sont rangés du plus fort au plus faible.
score réalisé
attendu pour un moteur à 1924
0 %
25 %
50 %
75 %
100 %
cote
score de Psion contre l'adversaire
Fruit 2.1 ARM9 30 MHz (2310) : 0/3, soit 0 % — attendu 11 %
Fruit 2.1 ARM9 30 MHz
2310
Fruit 2.1 68040 40 MHz (2240) : 0/9, soit 0 % — attendu 12 %
Fruit 2.1 68040 40 MHz
2240
MChess 1.71 486DX 33 MHz (2193) : 1/10, soit 10 % — attendu 14 %
MChess 1.71 486DX 33 MHz
2193
Mephisto RISC II (2228) : 3/8, soit 38 % — attendu 15 %
Mephisto RISC II
2228
Rebel 6 486DX 33 MHz (2180) : 3/9, soit 33 % — attendu 17 %
Rebel 6 486DX 33 MHz
2180
Saitek Sparc (rev.518) (2165) : 2/9, soit 22 % — attendu 19 %
Saitek Sparc (rev.518)
2165
Fidelity Elite Avantgarde V9 (2125) : 0/8, soit 0 % — attendu 25 %
Fidelity Elite Avantgarde V9
2125
Mephisto Berlin 68000 v0.03 (2120) : 1,5/10, soit 15 % — attendu 25 %
Mephisto Berlin 68000 v0.03
2120
Novag Sapphire (2101) : 2,5/9, soit 28 % — attendu 26 %
Novag Sapphire
2101
Fidelity Designer Mach IV (2079) : 3,5/10, soit 35 % — attendu 29 %
Fidelity Designer Mach IV
2079
Fidelity Designer Mach III (2029) : 2/10, soit 20 % — attendu 36 %
Fidelity Designer Mach III
2029
Novag Zircon II (1966) : 1,5/8, soit 19 % — attendu 45 %
Novag Zircon II
1966
Mephisto Mondial 68000 XL (1964) : 3/9, soit 33 % — attendu 45 %
Mephisto Mondial 68000 XL
1964
Mephisto Nigel Short (1956) : 5/9, soit 56 % — attendu 46 %
Mephisto Nigel Short
1956
Saitek President (1920) : 9/9, soit 100 % — attendu 49 %
Saitek President
1920
Saitek Maestro D++ (1913) : 1,5/8, soit 19 % — attendu 53 %
Saitek Maestro D++
1913
Novag Super Expert C v3.6 (1886) : 4/8, soit 50 % — attendu 56 %
Novag Super Expert C v3.6
1886
Novag Super Forte C v3.6 (1884) : 4/9, soit 44 % — attendu 57 %
Novag Super Forte C v3.6
1884
Saitek Corona II (ver. D+) (1856) : 6,5/9, soit 72 % — attendu 61 %
Saitek Corona II (ver. D+)
1856
Mephisto Modena (set 3) (1838) : 5/8, soit 62 % — attendu 62 %
Mephisto Modena (set 3)
1838
Mephisto MM V (v5.1) (1834) : 6,5/9, soit 72 % — attendu 63 %
Mephisto MM V (v5.1)
1834
Saitek Turbo King II (D+) (1818) : 8/10, soit 80 % — attendu 65 %
Saitek Turbo King II (D+)
1818
Novag Constellation Forte A (1803) : 3/6, soit 50 % — attendu 68 %
Novag Constellation Forte A
1803
Mephisto MM IV (v7.10) (1802) : 5/9, soit 56 % — attendu 68 %
Mephisto MM IV (v7.10)
1802
Fidelity Designer 2100 (1794) : 7/9, soit 78 % — attendu 68 %
Fidelity Designer 2100
1794
Saitek Simultano (ver. B) (1757) : 5,5/8, soit 69 % — attendu 73 %
Saitek Simultano (ver. B)
1757
Fidelity Par Excellence (B) (1739) : 6/8, soit 75 % — attendu 75 %
Fidelity Par Excellence (B)
1739
Saitek Prisma (1724) : 5/8, soit 62 % — attendu 77 %
Saitek Prisma
1724
Fidelity Designer 2000 (1689) : 7/9, soit 78 % — attendu 80 %
Fidelity Designer 2000
1689
AdversaireCoteScore%AttenduÉcartFruit 2.1 ARM9 30 MHz23100 / 30 %10 %-10Fruit 2.1 68040 40 MHz22400 / 90 %14 %-14MChess 1.71 486DX 33 MHz21931 / 1010 %18 %-8Mephisto RISC II22283 / 838 %15 %+23Rebel 6 486DX 33 MHz21803 / 933 %19 %+14Saitek Sparc (rev.518)21652 / 922 %20 %+2Fidelity Elite Avantgarde V921250 / 80 %24 %-24Mephisto Berlin 68000 v0.0321201,5 / 1015 %24 %-9Novag Sapphire21012,5 / 928 %27 %+1Fidelity Designer Mach IV20793,5 / 1035 %29 %+6Fidelity Designer Mach III20292 / 1020 %35 %-15Novag Zircon II19661,5 / 819 %44 %-25Mephisto Mondial 68000 XL19643 / 933 %44 %-11Mephisto Nigel Short19565 / 956 %45 %+11Saitek President19209 / 9100 %51 %+49Saitek Maestro D++19131,5 / 819 %52 %-33Novag Super Expert C v3.618864 / 850 %55 %-5Novag Super Forte C v3.618844 / 944 %56 %-12Saitek Corona II (ver. D+)18566,5 / 972 %60 %+12Mephisto Modena (set 3)18385 / 862 %62 %0Mephisto MM V (v5.1)18346,5 / 972 %63 %+9Saitek Turbo King II (D+)18188 / 1080 %65 %+15Novag Constellation Forte A18033 / 650 %67 %-17Mephisto MM IV (v7.10)18025 / 956 %67 %-11Fidelity Designer 210017947 / 978 %68 %+10Saitek Simultano (ver. B)17575,5 / 869 %72 %-3Fidelity Par Excellence (B)17396 / 875 %74 %+1Saitek Prisma17245 / 862 %76 %-14Fidelity Designer 200016897 / 978 %79 %-1Total (29 adversaires)1963111 / 24844,8 %46,1 %—
Cotes des adversaires : liste du laboratoire au 9 octobre 2026. Les parties écartées pour défaut de lecture ne sont pas comptées, d'où des séries de 6 à 10 parties.
Deux lignes sortent du lot, dans les deux sens : 9 sur 9 contre le Saitek President (1920), pas un demi-point lâché ; et 1,5 sur 8 contre le Saitek Maestro D++ (1913), l'écart négatif le plus net du gauntlet. Pour le reste, la progression est celle qu'on attend : 50 à 80 % des points sous 1860, autour de 50 % entre 1880 et 1960, puis la chute au-dessus de 2000. À partir de 2193 — MChess 1.71 et les deux Fruit — il ne prend plus qu'un point sur vingt-deux.
Deux chiffres sur la manière. Sur les 248 parties, les 206 parties décisives se sont toutes terminées par un mat sur l'échiquier : ni abandon, ni perte au temps. Psion marque 59,5 points sur 119 avec les blancs et 51,5 sur 129 avec les noirs, et les parties durent 55 coups en médiane.
1924 contre qui, au juste ?
Ce chiffre de 1924 mérite qu'on regarde contre quoi il a été obtenu, parce que le plateau est trompeur. Sur les 29 adversaires de ce gauntlet, quatre seulement avaient un programme existant en 1987. Tous les autres sont postérieurs — une vingtaine datent de 1989 ou après, dont cinq des années 1993-1994, et deux ne sont même pas des machines mais des logiciels pour PC : Rebel 6 (1994) et Fruit 2.1 (2005).
Autrement dit, Psion a passé l'essentiel de son gauntlet à jouer contre son propre avenir.
Les quatre contemporainsAnnéeProcesseurAuteurCotePsion
Mephisto Mondial 68000 XLclone du Dallas 68000198668000 à 12 MHzRichard Lang19643 / 9
Novag Constellation Forte A1985 ou 198665C02 à 5 MHzDavid Kittinger18033 / 6
Mephisto MM IV198765C02 à 4,9 MHzEd Schröder18025 / 9
Fidelity Par Excellence19866502 à 5 MHzDan et Kathe Spracklen17396 / 8
Le Saitek Turbo King II est un cas limite : la première version du Turbo King date d'octobre 1987, mais je n'ai pas pu dater la révision « II » que j'ai mesurée. Les Novag Super Expert et Super Forte ont eu une version A en 1987, mais ce sont les versions C de 1990 qui ont joué ici.
Trois de ces quatre machines sont cotées entre 1739 et 1803 — cent trente à deux cents points sous Psion. La quatrième, le clone du Dallas, est au-dessus, à 1964, et bat Psion 6 à 3. Et ce n'est pas un hasard : c'est le même programme, du même auteur, sur un processeur 16/32 bits.
Le championnat du monde de 1987, à Rome, raconte exactement la même chose. Dans l'épreuve logicielle, Psion gagne, avec 5,5 points, devant Cyrus 68K, Plymate et le programme d'Ed Schröder. Dans l'épreuve commerciale, c'est le Mephisto Roma qui l'emporte — c'est-à-dire, de nouveau, le programme de Lang. En 1987, la seule chose qui battait Psion, c'était Psion sur un meilleur processeur.
Voilà ce qu'il faut lire dans les 1924 points : non pas une machine de milieu de tableau, mais un programme qui, l'année de sa sortie, n'avait au-dessus de lui que sa propre version dédiée.
Un 286 à 16 MHz : la machine
Un mot sur le matériel choisi. Intel n'a jamais vendu de 286 au-delà de 12,5 MHz ; ce sont AMD, Harris et quelques autres qui ont poussé l'architecture à 16, 20 puis 25 MHz. Un 286 à 16 MHz n'est donc pas le PC moyen de 1987 — l'IBM PC AT de 1984 tournait à 6 MHz, puis 8 — mais le haut du panier des compatibles de la fin des années 1980. C'est, disons, le meilleur PC que ce programme ait pu rencontrer de son vivant.
En face, les machines dédiées de la même époque sont des 8 bits à 5 MHz ou des 68000 à 12 MHz. Le 286 exécute 3,9 millions d'instructions par seconde, bien plus qu'un 65C02 à 4,9 MHz, et il travaille sur 16 bits avec toute la mémoire d'un PC plutôt qu'avec les 32 Ko de ROM d'un module. Cela lui vaut cent à cent trente points sur les meilleurs 8 bits de son temps — et pas un de plus face au 68000, qui lui reprend tout. Entre un PC rapide et un processeur plus large, le programme de Lang a choisi : il est parti chez Mephisto.
La lignée, mesurée
Avec Psion 2.13, le laboratoire tient cinq points de la même filiation, du programme de 1987 à son aboutissement sur 486 :
ProgrammeMatérielCote
Psion Chess 2.13 (1987)286 à 16 MHz émulé1924*
Mephisto Berlin 68000 (1992)68000 à 12,3 MHz2120
Mephisto Berlin Pro 6802068EC020 à 24,6 MHz2315
Chess Genius 1486DX à 33 MHz émulé2339
Mephisto Genius 68030 London68EC030 à 33,3 MHz2363
* performance du gauntlet, pas encore une cote Ordo.
Quatre cent trente-neuf points entre la souche et l'aboutissement, dont une bonne part en vitesse d'horloge. Le seul duel direct de ce gauntlet au sein de la famille, Psion 2.13 contre le Mephisto Berlin, s'est soldé par 1,5 sur 10 pour l'ancêtre — cinq ans d'écart, et le même auteur des deux côtés.
La suite
Psion 1.01 (1985), la version précédente, avec le même relais et le même 286.
Psion 2.13 accéléré à 1800 MHz, pour mesurer ce que la seule horloge lui apporte — et surtout pour l'opposer au Dallas accéléré, déjà coté 2226. Les deux faces du même programme, sans leur matériel d'époque.
Combler 1987. Tant que l'Amsterdam et le Roma ne sont pas mesurés, l'échelle de cette année-là reste incomplète, et la place exacte de Psion parmi ses vrais contemporains avec elle.
Les tests BT-2450 et BT-2630. Avec une réserve : Psion ne sait pas roquer après une mise en place de position, ce qui lui ferme une des solutions du BT-2630.
Sources
Chess Programming Wiki — Psion et Richard Lang (assembleur 68000 vers 1983 ; Sinclair QL, Macintosh, Atari ST, MS-DOS ; de Psion aux Mephisto puis à Chess Genius ; dix titres mondiaux de 1984 à 1995)
Chess Programming Wiki — WMCCC 1987 (Rome) (Psion vainqueur de l'épreuve logicielle ; Mephisto Roma de l'épreuve commerciale), WMCCC 1985 et WMCCC 1986
Mephisto Amsterdam et Mephisto Dallas (68000 à 12 MHz et 68020 à 14 MHz)
schach-computer.info — Klone (le Mondial 68000 XL donné comme clone à 100 % du Dallas 68000 : source unique)
The Spacious Mind et schaakcomputers.nl (dates, processeurs et auteurs des machines du gauntlet)
DOS Days — Fastest CPUs (Intel s'arrête à 12,5 MHz sur 286 ; Harris jusqu'à 25 MHz)
Performance Elo, tournois maison (cotes des adversaires et fiches des moteurs)
Laboratoire CB-Emu · chess.lumn.eu · gauntlet en échelle du 6 au 8 octobre 2026 (283 parties, 248 retenues, cadence 60 coups en 15 minutes), PC 286 à 16 MHz émulé par QEMU, étalonnage de vitesse sur le cœur 80286 de MAME.
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9 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire CB-Emu · Accélération d'engine
Saitek Turbo 16K à 125 MHz : mon premier adversaire passe la surmultipliée
Un HD6301Y0 à 12 MHz en 1985, rejoué à 125 MHz sous émulation MAME : même ROM, même programme de Julio Kaplan et Craig Barnes, seule l'horloge change. Le Turbo 16K gagne 287 points Elo, passe de 15 % à 48 % des points contre les mêmes adversaires et bat sa version d'origine 9 à 1.
Le Turbo 16K, pour mémoire
Le SciSys Turbo 16K sort en 1985. C'est mon premier jeu d'échecs électronique, acheté fin 1985, et celui contre lequel j'ai joué le plus : 552 parties répertoriées (voir l'article de 2020). Son programme est signé Julio Kaplan et Craig Barnes (Heuristic Software). Tout tient dans un seul circuit : un microcontrôleur Hitachi HD6301Y0 à 12 MHz, sans quartz (un simple oscillateur LC), avec 16 Ko de ROM et 256 octets de RAM. Le même programme équipe le Companion III et l'Express 16K, cadencés à 8 MHz seulement.
Dans le classement du laboratoire, la version d'origine (Saitek Turbo 16K, HD6301Y0 à 12 MHz) se situe à :
Cote Ordo1437 ± 6
Échantillon358 parties
MatérielHD6301Y0 @ 12 MHz
C'est l'avant-dernière place des 184 moteurs classés, devant le seul Saitek Leonardo.
L'accélération : ce qui change, ce qui ne change pas
Comme pour le Par Excellence et le Forte A, rien n'est modifié dans la machine : la ROM et le code du Turbo 16K tournent tels quels dans MAME, et le relais du laboratoire les présente en UCI. Seule la fréquence du HD6301Y0 émulé change : le relais règle la vitesse de MAME à 1060 %, soit environ 127 MHz au lieu de 12 (annoncés 125 MHz), un facteur ×10,6. Le programme cherche avec la même évaluation et les mêmes règles qu'en 1985, mais dix fois plus de positions dans le même temps.
Les machines accélérées tournent à 80 % de la vitesse maximale que l'émulation tient sur le PC de mesure (Ryzen 9 7950X3D) : pour le Turbo 16K, cela donne 125 MHz. Le relais arrête la réflexion au bout d'environ 15 secondes par coup, calé sur la cadence (60 coups en 15 minutes) : 16 secondes en médiane dans ce gauntlet. Le Turbo 16K accéléré annonce alors le plus souvent une profondeur de 5 demi-coups, parfois 6. Dans les dix parties qui l'opposent à sa version d'origine, au même temps par coup, l'original s'arrête le plus souvent à 4 demi-coups : dix fois plus de vitesse, c'est un demi-coup de plus.
Résultats comparés : 12 MHz contre 125 MHz
VersionMatérielCote OrdoPartiesRang
Saitek Turbo 16KHD6301Y0 @ 12 MHz (origine)1437 ± 6358183e
Saitek Turbo 16K 125 MHzHD6301Y0 @ 125 MHz (accéléré ×10,6)1724 ± 16150178e
Soit un gain de +287 Elo pour la seule vitesse d'horloge. Le Turbo 16K accéléré se place juste derrière le Fidelity Par Excellence d'origine (1739) et devant le Saitek Prisma (1724). Face à face, le résultat est sans appel : la version accélérée bat l'originale 9 à 1 (neuf victoires, une défaite).
Cote à cote, adversaire par adversaire
En dehors de leur duel, les deux versions ont rencontré les mêmes 14 machines, 10 parties chacune. Sur ces adversaires communs, le Turbo 16K passe de 15 % à 48 % des points. Le graphique place pour chaque adversaire le score de la version d'origine (bleu) et celui de la version accélérée (rouge) ; les adversaires sont rangés du plus fort au plus faible.
Turbo 16K 12 MHz (origine)
Turbo 16K 125 MHz (accéléré)
0 %
25 %
50 %
75 %
100 %
cote
score du Turbo 16K contre l'adversaire
Saitek Corona II (ver. D+) (1856) : 12 MHz 0,5/10 (5 %), 125 MHz 4/10 (40 %)
Saitek Corona II (ver. D+)
1856
Mephisto Modena (set 3) (1838) : 12 MHz 0,5/10 (5 %), 125 MHz 4,5/10 (45 %)
Mephisto Modena (set 3)
1838
Mephisto MM V (v5.1) (1834) : 12 MHz 1/10 (10 %), 125 MHz 0,5/10 (5 %)
Mephisto MM V (v5.1)
1834
Saitek Turbo King II (D+) (1818) : 12 MHz 1/10 (10 %), 125 MHz 4/10 (40 %)
Saitek Turbo King II (D+)
1818
Novag Constellation Forte A (1803) : 12 MHz 0,5/10 (5 %), 125 MHz 4/10 (40 %)
Novag Constellation Forte A
1803
Mephisto MM IV (v7.10) (1802) : 12 MHz 0,5/10 (5 %), 125 MHz 4/10 (40 %)
Mephisto MM IV (v7.10)
1802
Fidelity Designer 2100 (1794) : 12 MHz 1,5/10 (15 %), 125 MHz 3,5/10 (35 %)
Fidelity Designer 2100
1794
Saitek Simultano (ver. B) (1757) : 12 MHz 1/10 (10 %), 125 MHz 5,5/10 (55 %)
Saitek Simultano (ver. B)
1757
Fidelity Par Excellence (B) (1739) : 12 MHz 2,5/10 (25 %), 125 MHz 2,5/10 (25 %)
Fidelity Par Excellence (B)
1739
Saitek Prisma (1724) : 12 MHz 2,5/10 (25 %), 125 MHz 3,5/10 (35 %)
Saitek Prisma
1724
Fidelity Designer 2000 (1689) : 12 MHz 0,5/10 (5 %), 125 MHz 6/10 (60 %)
Fidelity Designer 2000
1689
Novag Super VIP v3.7 (1640) : 12 MHz 1,5/10 (15 %), 125 MHz 9/10 (90 %)
Novag Super VIP v3.7
1640
Tandy Chess Champion 2150 (1577) : 12 MHz 4/10 (40 %), 125 MHz 7,5/10 (75 %)
Tandy Chess Champion 2150
1577
Saitek Leonardo (v1.4) (1237) : 12 MHz 4/10 (40 %), 125 MHz 9/10 (90 %)
Saitek Leonardo (v1.4)
1237
AdversaireCote12 MHz%125 MHz%Écart (pts de %)Saitek Corona II (ver. D+)18560,5 / 105 %4 / 1040 %+35Mephisto Modena (set 3)18380,5 / 105 %4,5 / 1045 %+40Mephisto MM V (v5.1)18341 / 1010 %0,5 / 105 %−5Saitek Turbo King II (D+)18181 / 1010 %4 / 1040 %+30Novag Constellation Forte A18030,5 / 105 %4 / 1040 %+35Mephisto MM IV (v7.10)18020,5 / 105 %4 / 1040 %+35Fidelity Designer 210017941,5 / 1015 %3,5 / 1035 %+20Saitek Simultano (ver. B)17571 / 1010 %5,5 / 1055 %+45Fidelity Par Excellence (B)17392,5 / 1025 %2,5 / 1025 %0Saitek Prisma17242,5 / 1025 %3,5 / 1035 %+10Fidelity Designer 200016890,5 / 105 %6 / 1060 %+55Novag Super VIP v3.716401,5 / 1015 %9 / 1090 %+75Tandy Chess Champion 215015774 / 1040 %7,5 / 1075 %+35Saitek Leonardo (v1.4)12374 / 1040 %9 / 1090 %+50Total (14 adversaires communs)21,5 / 14015 %67,5 / 14048 %+33
Cotes des adversaires : liste du laboratoire au 9 octobre 2026. Scores : fiches des deux moteurs dans le classement.
Quelques lignes ressortent :
Novag Super VIP : c'est le plus grand renversement, de 15 à 90 %. Le Super VIP utilise le même microcontrôleur, un HD6301Y0, à 8 MHz seulement : même avec une horloge plus rapide, le Turbo d'origine subissait le programme de David Kittinger ; à 125 MHz, il ne lui laisse qu'un point.
Fidelity Designer 2000, Saitek Simultano : de 5-10 % à 55-60 %. Deux machines que le Turbo d'origine ne battait presque jamais deviennent des adversaires à sa mesure.
Saitek Corona II, Mephisto Modena, Turbo King II, Forte A, MM IV : de 5-10 % à 40-45 %. Contre les machines cotées autour de 1800-1850, le Turbo accéléré tient désormais la partie.
Fidelity Par Excellence : la vitesse n'y change rien, 2,5 sur 10 dans les deux cas.
Mephisto MM V : c'est le seul adversaire contre lequel la version accélérée fait moins bien (un demi-point au lieu d'un point). Le MM V reste un mur, alors que le MM IV, coté près de 40 points de moins, cède 4 points sur 10.
Le parcours de l'échelle
Le gauntlet a démarré le 6 octobre à 15 h 54. Le Turbo 16K accéléré a joué 10 parties contre chaque machine, en partant du Saitek Leonardo et en remontant la liste dans l'ordre des cotes. Ce bilan porte sur les 150 parties jouées jusqu'au 9 octobre, contre 15 adversaires, jusqu'au Saitek Corona II (1856).
Le parcours se lit en trois étapes :
De 1237 à 1640 (Leonardo, Turbo 16K d'origine, Tandy 2150, Super VIP) : 34,5 points sur 40, soit 86 %. Le Turbo accéléré écrase le bas du classement.
De 1689 à 1757 (Designer 2000, Prisma, Par Excellence, Simultano) : 17,5 sur 40, soit 44 %. Le score décroche net au Prisma (3,5 sur 10) et au Par Excellence (2,5 sur 10).
De 1794 à 1856 (Designer 2100, MM IV, Forte A, Turbo King II, MM V, Modena, Corona II) : 24,5 sur 70, soit 35 %. Six adversaires sur sept lui laissent 35 à 45 % des points ; seul le MM V ne lui laisse qu'un demi-point.
Au total, 150 parties : 66 victoires, 21 nulles, 63 défaites (51 %). Le Turbo 16K marque autant avec les blancs (38 sur 75) qu'avec les noirs (38,5 sur 75). Les 129 parties décisives se sont toutes terminées par un mat sur l'échiquier ; les nulles sont pour la plupart des répétitions de position (18 sur 21). Les parties durent en médiane 60 coups.
Trois 8 bits de 1985-1986, trois accélérations
Le Turbo 16K rejoint le Par Excellence et le Forte A parmi les machines accélérées du laboratoire. Pour comparer des facteurs de vitesse différents, la dernière colonne ramène le gain à un doublement de la vitesse :
MachineOrigineAccéléréFacteurGainPar doublement
Fidelity Par Excellence (B)1739 (5 MHz)2090 (73 MHz)×14,6+351+91
Saitek Turbo 16K1437 (12 MHz)1724 (125 MHz)×10,6+287+84
Novag Constellation Forte A1803 (5 MHz)2057 (91 MHz)×18,2+254+61
Le Turbo 16K profite presque autant de la vitesse que le Par Excellence, et nettement plus que le Forte A : environ 84 points par doublement, contre 61 pour le programme de Kittinger. Mais il part de beaucoup plus bas. Même accéléré dix fois, il reste derrière le Par Excellence et le Forte A d'origine, et n'y a marqué que 2,5 et 4 points sur 10.
Trois parties spectaculaires
Les trois parties ci-dessous sont des victoires du Turbo 16K à 125 MHz, toutes conclues par un mat. Chaque coup a été vérifié avec Stockfish 16, puis les positions clés ont été analysées plus longuement (profondeur 22), pour distinguer les vraies combinaisons des simples cadeaux de l'adversaire. Les évaluations sont données en pions, du point de vue des blancs.
1. Le Turbo contre lui-même : la dame sans retraite
Saitek Turbo 16K (blancs) — Saitek Turbo 16K 125 MHz (noirs) · Catalane ouverte (par transposition) · 0–1 en 32 coups
Même programme, même livre, même évaluation : la seule différence entre les deux joueurs est la vitesse. Cette partie montre ce qu'elle change.
La position. Après une Catalane calme, la position est égale (0,0) au 16e coup. La dame blanche est partie en a4, au bord de l'échiquier. Le Turbo d'origine joue alors 16.Tc2?, un coup d'attente d'apparence anodine. Il l'évalue à 0,00, à 3 demi-coups de profondeur.
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Position après 16.Tc2, les noirs jouent 16...b5! Le pion chasse la dame a4, qui n'a plus aucune case : b3 et c4 sont tenus par le fou d5, a3 et b4 par le fou d6, a5 par la tour a8, b5 par le pion c6. Sa seule retraite, la diagonale vers c2 et d1, vient d'être bouchée par sa propre tour.
Le coup clé : 16...b5! Le pion b6 avance et attaque la dame. Elle n'a plus aucune case de fuite : 17.Db3 Fxb3, 17.Da3 Fxa3, 17.Db4 Fxb4, 17.Dxa5 Txa5, et la diagonale par laquelle elle serait revenue (c2, d1) est occupée par la tour que les blancs viennent d'y placer. Stockfish passe de 0,0 à −6,1. La version accélérée, à 5 demi-coups, annonce +7,3 pour elle : elle a vu le piège que sa version d'origine n'a pas vu.
La conclusion. Le Turbo d'origine donne sa dame contre un pion, 17.Dxb5 cxb5, et la suite n'est plus qu'une question de technique. Les noirs échangent une paire de tours, gagnent les pions b2 et a2, puis la dame et la tour entrent dans le camp blanc : 27...Ta1+ 28.Rg2 Dxe2 29.Fxd5 Df1+ 30.Rh2 exd5 31.g4 Dxf2+ 32.Rh3 Th1#.
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32...Th1# — le roi blanc, en h3, n'a plus de case : g2, h2 et g3 sont tenus par la dame f2, g4 et h4 sont occupés par ses propres pions.
1.Cf3 Cf6 2.d4 d5 3.c4 e6 4.g3 dxc4 5.Da4+ Cbd7 6.Dxc4 b6 7.Fg2 Fb7 8.Cc3 Fd6 9.O-O O-O 10.Fg5 h6 11.Fe3 De7 12.Tac1 Cd5 13.Cxd5 Fxd5 14.Da4 a5 15.h4 c6 16.Tc2 b5 17.Dxb5 cxb5 18.Ta1 Tfc8 19.Tc3 Fb4 20.Txc8+ Txc8 21.Fd2 Tc2 22.Fxb4 Dxb4 23.Ce5 Dxb2 24.Td1 Cxe5 25.dxe5 Dxe5 26.Ff3 Txa2 27.Td3 Ta1+ 28.Rg2 Dxe2 29.Fxd5 Df1+ 30.Rh2 exd5 31.g4 Dxf2+ 32.Rh3 Th1# 0–1
2. Le roque démoli en vingt coups
Saitek Turbo King II (D+) (blancs) — Saitek Turbo 16K 125 MHz (noirs) · Ouverture Réti, structure Grünfeld · 0–1 en 20 coups
Le Turbo King II, coté 1818, est un autre Saitek. Le Turbo d'origine n'y prenait qu'un point sur 10 ; le Turbo accéléré en prend 4, dont cette miniature.
Le plan. Après une ouverture qui rappelle la Grünfeld, le Turbo 16K échange son fou contre le cavalier f3 : 14...Fxf3 15.gxf3. Le roque blanc a perdu son pion g2, et la dame noire s'y engouffre : 15...Dd7 puis 16...Dh3, le meilleur coup selon Stockfish (−2,0). Le Turbo King II ne voit pas le danger : 17.Fe2?, et Stockfish annonce alors un mat forcé.
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Position après 17.Fe2, les noirs jouent 17...Fh6! Le fou va se poser en f4, d'où il soutiendra la dame en h2 (flèche grise). Les blancs n'ont aucune défense : Stockfish annonce un mat en huit coups au plus.
Le coup clé : 17...Fh6! Le fou quitte g7 pour se poser en f4 au coup suivant, d'où il soutiendra la dame en h2. Le Turbo 16K, lui, n'affiche à ce moment que +0,2 : à 4 demi-coups de profondeur il ne voit pas encore le mat, mais il a trouvé le bon coup. Le Turbo King II joue 18.Da3, et le mat n'est plus qu'à trois coups : 18...Ff4 19.Tfe1 Dxh2+ 20.Rf1 Dh1#.
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20...Dh1# — le roi blanc, en f1, est enfermé par ses propres pièces : la tour e1, le fou e2 et le pion f2. La dame noire tient g1 et g2.
Le fou e2, placé au 17e coup pour défendre, bouche finalement la dernière case du roi.
1.Cf3 g6 2.d4 Fg7 3.c4 Cf6 4.Cc3 O-O 5.e3 d5 6.cxd5 Cxd5 7.Fc4 Cxc3 8.bxc3 Cc6 9.e4 Ca5 10.Fd3 Fe6 11.Da4 Cc6 12.Tb1 Tb8 13.O-O Fg4 14.Fa3 Fxf3 15.gxf3 Dd7 16.Fc5 Dh3 17.Fe2 Fh6 18.Da3 Ff4 19.Tfe1 Dxh2+ 20.Rf1 Dh1# 0–1
3. La dame enfermée en h3
Saitek Turbo 16K 125 MHz (blancs) — Saitek Corona II (ver. D+) (noirs) · Caro-Kann, attaque Panov-Botvinnik · 1–0 en 33 coups
Le Corona II, coté 1856, est le plus fort adversaire de ce bilan. Le Turbo d'origine n'y prenait qu'un demi-point sur 10 ; le Turbo accéléré en prend 4.
La position. Après une Panov-Botvinnik, les noirs sont légèrement mieux (−0,7 à −1,2 selon Stockfish entre les 15e et 19e coups). Le Corona II envoie sa dame à l'aile roi : 18...Dg4, puis 19...Dh3. Le Turbo répond 20.f3, qui lui retire la case g4. Le Corona II attaque alors le cavalier e5 : 20...f6?, et Stockfish passe de −0,9 à +3,0.
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Position après 20...f6?, les blancs jouent 21.Cf2! Le cavalier attaque la dame h3. En quittant f7, le pion a laissé e6 sans défense : le fou c4 peut le prendre avec échec (flèche grise). La dame n'a plus que h4 et h5, et toutes deux perdent sur 22.Fxe6+.
Le coup clé : 21.Cf2! Le cavalier e4 recule en f2 et attaque la dame. En jouant 20...f6, le pion f7 a abandonné le pion e6, qu'il était seul à défendre : le fou c4 peut désormais le prendre avec échec. Sur 21...Dh5 ou 21...Dh4, 22.Fxe6+ gagne. Le Turbo 16K annonce +3,3 à 5 demi-coups : il a vu la combinaison. Le Corona II préfère rendre la dame contre un fou et un cavalier : 21...Cxc4 22.Cxh3 Cxe5.
La conclusion. Avec une dame contre deux fous, le Turbo accéléré ne relâche plus : 26.Cf4, 28.Cg6+ et 29.Dh5 amènent ses pièces devant le roi noir, puis 30.Ce5+ Rg8 31.Dxe8+ Ff8 32.Dxf8+ Rh7 33.Dg8#.
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33.Dg8# — la dame, protégée par la tour c8, mate le roi h7 : g6 est tenu par le cavalier e5, h8 par la dame, g7 et h6 sont occupés par des pions noirs.
1.e4 c6 2.d4 d5 3.exd5 cxd5 4.c4 Cf6 5.Cc3 e6 6.Cf3 Fb4 7.Fg5 O-O 8.Fd3 dxc4 9.Fxc4 h6 10.Fxf6 Dxf6 11.O-O Td8 12.Tc1 Fd7 13.Ce4 Df4 14.Db3 Cc6 15.Dd3 Fe8 16.Tc2 Tac8 17.Tfc1 Ca5 18.g3 Dg4 19.Ce5 Dh3 20.f3 f6 21.Cf2 Cxc4 22.Cxh3 Cxe5 23.Db3 Txc2 24.Txc2 Txd4 25.Tc8 Rf8 26.Cf4 Cxf3+ 27.Dxf3 Td6 28.Cg6+ Rf7 29.Dh5 Td5 30.Ce5+ Rg8 31.Dxe8+ Ff8 32.Dxf8+ Rh7 33.Dg8# 1–0
En résumé
Passer le HD6301Y0 du Turbo 16K de 12 à 125 MHz, sans toucher une ligne de son programme, lui fait gagner 290 Elo sur 150 parties : il triple son score contre les mêmes adversaires (de 15 à 48 %), bat sa version d'origine 9 à 1 et domine le Super VIP qui le battait sur le même processeur. Rapporté au facteur de vitesse, le gain est proche de celui du Par Excellence. Mais le Turbo part de si bas que, même accéléré dix fois, il reste derrière les machines de sa génération les plus fortes : le Par Excellence, le Forte A et surtout le MM V. À 5 demi-coups de profondeur, il trouve désormais des coups comme 16...b5!, 17...Fh6! ou 21.Cf2!, que Stockfish confirme.
Sources
MAME — pilote saitek/turbo16k.cpp (HD6301Y0 à 12 MHz pour le Turbo 16K, 8 MHz pour le Companion III et l'Express 16K, programme de Julio Kaplan et Craig Barnes, ROM de 16 Ko)
The Spacious Mind — SciSys Kasparov Turbo 16K (1985, 16 Ko de ROM, 256 octets de RAM)
SciSys Turbo 16K (la machine de la collection, 2020)
Novag Constellation Forte A à 91 MHz
Fidelity Par Excellence 73 MHz : le choc des cadences
Performance Elo, tournois maison (cotes et fiches des deux versions du Turbo 16K)
Laboratoire CB-Emu · chess.lumn.eu · gauntlet en échelle du 6 au 9 octobre 2026 (150 parties, cadence 60 coups en 15 minutes), parties vérifiées avec Stockfish 16.
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6 October, 2026AnthologieSargon – Dan & Kathe Spracklen
Anthologie complète de Sargon
Dan et Kathe Spracklen : un kit Z80, quinze dollars de listing, et le programme qui a appris à jouer aux échecs à toute une génération de micro-ordinateurs
Illustration originale de l’anthologie (générée par code) : la puce Z80 du Jupiter II, le ziggurat d’Akkad, et les engrenages d’une époque.
I. Dan et Kathe : deux programmeurs de San Diego
Sargon n’est pas né dans un laboratoire universitaire. Il est né chez deux salariés de San Diego, Dan Spracklen (ingénieur chez Univac) et Kathe Spracklen (Burroughs), qui voulaient comprendre ce qu’un petit ordinateur personnel pouvait faire d’autre que des jeux de cartes. Dan avait lu, des années plus tôt, un livre qui disait seulement que des programmes d’échecs existaient, sans expliquer comment en écrire un ; Kathe, elle, a rapporté d’un camarade de classe un article sur l’élagage alpha-bêta, et le couple y a passé un week-end entier. Sans ce hasard, Sargon I n’aurait pas utilisé l’alpha-bêta. La première version fixait la profondeur à deux demi-coups.
Ils décrivent eux-mêmes leur méthode dans l’entretien d’histoire orale du Computer History Museum, que nous avons déjà résumé dans notre fiche Update : Kathleen & Dan Spracklen. Dan écrit le moteur de recherche ; Kathe se spécialise dans l’évaluation positionnelle. Pendant des années, ils s’affrontent à coups de tournois internes : l’ancienne recherche avec la nouvelle évaluation contre la nouvelle recherche avec l’ancienne.
Dan et Kathe Spracklen, 1978 (document de notre fonds).
II. 1978 : le Jupiter II et la Faire de la Côte Ouest
Sargon I est écrit en langage machine Z80 sur un Jupiter II, un kit de micro-ordinateur de l’époque, sans assembleur à deux passes ni imprimante : le couple recopie les listings à la main. (Les sources divergent : l’entretien du CHM dit « Jupiter II » ; certaines pages citent « Jupiter III ». Nous retenons le témoignage direct.) Le programme remporte le premier tournoi d’échecs de micro-ordinateurs, à la West Coast Computer Faire de San José en 1978 — leur tout premier tournoi.
La conséquence est inattendue : le code est publié sous forme de listing, dans un livre édité par Hayden, pour une quinzaine de dollars. Des amateurs le recopient, l’adaptent au TRS-80, à l’Apple II, au 8080, au Nascom… Le port Apple II de Gary Shannon est resté célèbre. Sargon devient, avant d’être un produit, un texte que l’on copie.
1977Jupiter IIZ80 : premier Sargon1978Faire de la Côte Ouest1er tournoi micro · livre Hayden1979Sargon II / 2.5Apple · Chafitz MGS1980FidelityAuto Response Board · 10 ans1983Sargon IIIMacintosh · Botvinnik1989Sargon IVPC / Mac (dates à recouper)1992Sargon Vdates à recouper
III. Sargon II et l’ère des ports
Hayden commercialise ensuite Sargon II sur Apple II, à un prix de l’ordre de 29,95 dollars, avec 10 % de royalties, plus tard 15 %. « Chaque fois que nous recevions un relevé de royalties, il était plus gros, et nous en étions sans cesse stupéfaits », racontent-ils : en six mois, leur ordinateur est amorti, et Dan quitte son emploi pour s’y consacrer. Dans l’entretien, Dan cite aussi ses anciens rivaux des tournois de l’ACM, comme Robert Hyatt.
Anecdote. Pour Sargon III, Dan et Kathe repartent d’une feuille blanche, cette fois en 6502 (« nous savions maintenant que cette machine était bien plus puissante »), avec un évaluateur d’échanges complet et une recherche de quiescence.
IV. Chafitz, Applied Concepts et la « Great Game Machine »
C’est ici que Sargon quitte le micro-ordinateur. Applied Concepts, société texane, produit le « Boris », un ordinateur d’échecs dédié, puis un système modulaire de jeux (la Great Game Machine / Modular Game System), distribué par Chafitz. Les Spracklen y placent Sargon 2.5. La suite est un cas d’école de contrat qui tourne mal : les ventes sont inférieures aux promesses, Chafitz et Applied Concepts se brouillent en justice, et Applied Concepts finit par liquider ses stocks et disparaître. Dan, qui avait quitté son emploi pour ce projet, n’en retire « presque rien ».
Boris Diplomat, Chafitz Inc., Rockville (Maryland), vers 1979. Photo Joe Haupt, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.
Les ventes de Chafitz mettent aussi en avant, selon les documents d’époque, des résultats flatteurs face aux Chess Challenger de Fidelity — on cite notamment une victoire 10-0 sur le Voice Challenger. Cette rivalité va tourner à l’avantage de Fidelity : l’entreprise que Sargon affrontait va devenir son employeur.
Fidelity Chess Challenger Voice. Photo Tiia Monto, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
V. Fidelity : l’Auto Response Board et dix ans de machines dédiées
Après l’échec avec Applied Concepts, les Spracklen reprennent contact avec Fidelity. Ils volent à Miami, rencontrent le président de la société (Sidney Samole) et son ingénieur en chef (Ron Nelson), organisent un petit tournoi entre leur programme et celui de Fidelity — « notre programme a mis une raclée au leur » — et signent un contrat. Ils travaillent à San Diego, à plein temps, pour dix ans, à partir de 1980. Fidelity les laisse continuer à vendre Sargon via Hayden : « ils ne voyaient pas cela comme une concurrence ».
Le travail est radicalement différent de celui d’un micro-ordinateur : pas de système d’exploitation, pas de fenêtre ; le programme prend le contrôle sur l’interruption de mise sous tension, et il faut faire biper le haut-parleur à la bonne fréquence. Toute l’interface passe par 64 petites lampes sous les cases. Et le calendrier est impitoyable : le programme est gravé en ROM, donc « si vous avez un bug grave, vous avez perdu Noël ». Le fruit le plus connu de cette période est l’Auto Response Board (1980), plateau sensoriel dont les prix cités par les sources varient fortement (875 contre 1 995 dollars selon les lieux et les versions).
Palmarès. Ils racontent avoir gagné les trois premiers championnats du monde de micro-ordinateurs, et partagé le quatrième, avec des Chess Challenger « poussés » à la fréquence maximale — comme tout le monde, précisent-ils. La première machine était un 6502 ; plus tard, ils ont migré vers le Motorola 68000.
VI. Sargon III, le Macintosh et le moteur séparé de l’interface
Vers 1983-84, Apple propose aux Spracklen, quelques semaines avant l’annonce du Macintosh, de porter Sargon sur un système de pré-série (un développeur s’était désisté). Ils réécrivent tout en 68000, avec les entrées-sorties en Pascal : Sargon devient le premier logiciel tiers exécutable pour le Mac, juste après MacWrite et MacPaint. C’est là qu’ils conçoivent ce qu’on appellerait aujourd’hui un moteur : un code qui ne fait que jouer aux échecs, séparé de l’interface graphique, jusqu’à tenir dans 8 à 16 Ko.
Techniquement, Sargon III utilise un plateau « entrelacé » de 128 octets (l’ancêtre de la représentation 0x88 : une sortie de plateau se détecte en testant deux bits), des tables de hachage à nombres aléatoires BCH — un gain de force notable —, une profondeur de trois demi-coups, puis quatre ou cinq sur machines plus rapides. Il apporte aussi un livre d’ouvertures et une collection de parties célèbres, rejouables avec l’interface, dues à un maître nommé Boris Baczynski (transcription incertaine dans l’entretien).
VII. 1983 : Botvinnik contre Sargon
Parmi les images les plus célèbres de la période : l’ancien champion du monde Mikhaïl Botvinnik, pionnier des échecs par ordinateur, face à Sargon en 1983. L’animation ci-dessous (domaine public, CC0) rejoue la partie sur l’échiquier.
Botvinnik – Sargon, 1983, animation Wikimedia Commons (CC0). Nous n’avons pas pu recouper le détail du match avec une source primaire : à vérifier avant citation.
VIII. Mephisto, Sci Tech et la fin de l’aventure
Fidelity est ensuite rachetée par un fabricant allemand, celui dont le programme de Richard Lang, Mephisto, avait détrôné Sargon. Les Spracklen se trouvent « numéro deux » dans leur propre maison, et acceptent la proposition d’Eric Winkler (Sci Tech) : construire un moteur d’échecs entièrement en langage d’assemblage SPARC, sur des stations Sun, avec un module matériel conçu par Dr. Design. Les ingénieurs de Sun leur assurent que c’est « la seule application sur Terre écrite entièrement en assembleur SPARC ». Le programme perd la dernière ronde d’un championnat du monde après une ouverture mal comprise, à la fin du livre. Sci Tech renonce ; les Spracklen aussi. C’est la fin de leur aventure en échecs informatiques — à l’exception d’un mois mémorable avec Donald Michie, qui tentait de régler automatiquement les poids d’évaluation à partir de centaines de milliers de positions de grands maîtres. Résultat : un programme qui sacrifiait sa dame avec enthousiasme, parce que les maîtres ne le font que lorsque c’est gagnant.
Dans le laboratoire, cette lignée est bien représentée : la machine Sparc de cette lignée (à recouper), ainsi que les machines Fidelity, figurent dans notre échelle de classement.
IX. Tableau des versions
VersionAnnéePlateformeRemarque
Sargon I1978Z80 (Jupiter II)Vainqueur de la Faire de la Côte Ouest ; listing Hayden
Sargon II1979Apple II, TRS-80…≈ 29,95 $ ; royalties 10–15 %
Sargon 2.51979–80Chafitz MGS / BorisApplied Concepts
Sargon III1983Apple II (6502), Macintosh (68000)Livre d’ouvertures, parties célèbres
Sargon IV1988/89PC / MacDates divergentes selon les sources
Sargon V1991/92/95PC / MacDates divergentes selon les sources
X. Sargon aujourd’hui
Le code original de Sargon (Z80) a été porté et commenté par Bill Forster (projet « retro-sargon »), qui permet de le compiler et de l’exécuter sur du matériel moderne. C’est aujourd’hui la meilleure façon d’étudier un programme dont les auteurs eux-mêmes disent que les gains, dans les années 80, étaient durs à obtenir et de plus en plus petits.
Un livre à quinze dollars, un week-end sur l’alpha-bêta, un nom emprunté à un roi d’Akkad. Le reste — Apple, Fidelity, Macintosh, SPARC — est l’histoire de deux personnes qui n’ont pas arrêté de travailler pendant dix ans.
Sources
Computer History Museum, entretien d’histoire orale avec Dan et Kathleen Spracklen (X3108.2005) — © CHM, résumé et paraphrase ; voir notre fiche.
Chess Programming Wiki — Sargon
Wikipedia — Sargon (chess)
Spacious Mind (pages Great Game Machine / Modular Game System ; images non libres, simplement citées)
Bill Forster — retro-sargon
Images : Wikimedia Commons (Boris Diplomat, CC BY-SA 2.0, Joe Haupt ; Chess Challenger Voice, CC BY-SA 3.0, Tiia Monto ; Botvinnik vs Sargon, CC0).
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6 October, 2026AnthologieHIARCS – Mark Uniacke
Anthologie complète de HIARCS
Mark Uniacke : le gamin de Hertfordshire qui voulait battre Deep Blue à sa propre philosophie
I. Mark Uniacke : portrait d’un champion du monde à temps partiel
Il y a quelque chose de résolument britannique dans l’histoire de HIARCS. Pas la grandeur tonitruante d’une institution, pas la puissance froide d’une entreprise américaine ni l’ingéniosité mercantile d’une équipe allemande. Non — une chambre d’adolescent dans le Hertfordshire, un PDP-11 accessible par télétype, et un garçon de 15 ans qui trouve un nom pour son programme pendant un cours de physique auquel il ne prête pas attention.
Enfant, Mark Uniacke est un fort joueur d’échecs junior et remporte plusieurs titres, dont les championnats du comté de Hertfordshire des moins de 12 ans et des moins de 13 ans. Il est donc des deux côtés de l’échiquier — joueur et programmeur — ce qui lui donne d’emblée une sensibilité particulière pour ce que veut dire “comprendre” les échecs plutôt que simplement les calculer.
Pour Noël 1978, son père lui offre un Chess Challenger 10. C’était la version ‘A’, celle qui ne roque presque jamais. La publicité promettait qu’il jouerait comme un expert ou un grand-maître. Mark le bat partie après partie. Déçu ? Oui. Mais accroché à l’idée ? Totalement.
La déception du Chess Challenger 10 est fondatrice. Uniacke ne se dit pas “je suis fort” — il se dit “la machine est trop faible”. Cette différence de cadrage va tout déterminer : il trouve dans la librairie Foyles de Charing Cross Road le livre Chess Skill in Man and Machine, qui aura une grande influence sur son avenir. Il le dévore comme si sa vie en dépendait.
Ce livre — anthologie académique des premiers travaux sur l’intelligence artificielle appliquée aux échecs, avec des contributions de Shannon, Turing, Newell, Simon — devient sa bible. Il y a là-dedans un article particulier, signé Larry Harris de Dartmouth, sur la “recherche heuristique” comme alternative à l’algorithme alpha-bêta classique. Cet article va structurer l’architecture entière de HIARCS pendant les décennies suivantes.
Mark Uniacke est un informaticien britannique, auteur de HIARCS, disponible pour Pocket PC, Palm, Apple iPhone et iPod Touch, PDAs, PC et Macintosh. Ce que cette description plate ne dit pas : il le développe en grande partie seul, en dehors de son temps de travail, pendant une décennie et demie. HIARCS 10 est la première version développée à plein temps — il avait été licencié de son emploi dans les télécoms en 2003. Avant cette date, tout ce palmarès mondial a été accompli par un homme qui rentrait le soir, mangeait, et programmait.
II. La naissance de HIARCS : un cours de physique, quatre amis, et un acronyme parfait (1979–1981)
En septembre 1979, Mark commence son cours d’informatique. Son école est l’une des premières écoles polyvalentes du comté à proposer cette matière. Ils ont accès à un microordinateur “Research Machines 380Z” et à un PDP-11 via télétype. On leur apprend les vrais fondamentaux : la mémoire à tores de ferrite, le langage assembleur, la programmation BASIC — tout ce qui fait briller les yeux d’un gamin fasciné par les ordinateurs.
Son premier projet, avant même le projet officiel de classe : écrire un programme capable de jouer et gagner la finale Roi et Tour contre Roi. Il l’appelle UCT — Uniacke’s Chess Technique. Il peut occasionnellement livrer mat, mais a aussi l’habitude de déplacer la Tour hors de l’échiquier.
L’épisode de la Tour sortant du plateau est délicieux. Ce n’est pas un bug anecdotique — c’est la preuve qu’Uniacke apprend sur le tas, sans filet, à 14 ans. Et ça forge quelque chose.
La naissance du nom, pendant que M. Owen parle
Pour son projet de diplôme, il choisit d’écrire un vrai programme d’échecs. Il lui faut un nom. Il est assis dans la salle de physique lors d’un cours d’informatique avec ses amis Robert Golden, Timothy Johnson et Winston Menzies, à réfléchir aux noms des ordinateurs d’échecs commerciaux — Auto Response Board, Chess System III, Intelligent Chess, Sargon 2.5 — plutôt que d’écouter le professeur M. Owen (qui était pourtant très bon), quand soudain c’est l’illumination : Higher Intelligence Auto Response Chess System — HIARCS ! Parfait, pense-t-il. Il ne reste plus qu’à l’écrire.
L’acronyme est remarquablement ambitieux pour un garçon de 15 ans. “Higher Intelligence.” Pas “fast computing.” Pas “deep search.” Intelligence supérieure. C’est un programme philosophique, pas seulement technique — et cette ambition ne le quittera jamais.
Le premier HIARCS (mars 1981) : 550 lignes de BASIC, et une vision
Le programme consiste en 550 lignes de BASIC et est finalement nommé HIARCS 3 (appelons-le 0.3 pour éviter la confusion avec les versions commerciales une décennie plus tard). Il est terminé le 20 mars 1981. Il tourne sur un PDP-11/70 basé à Hatfield Polytechnic et prend entre 5 et 30 secondes pour chaque coup.
La force : environ 1150 Elo — comparable au Chess Challenger 10 niveau 2 ou 3. Pas impressionnant en absolu. Mais c’est un début, et surtout, l’architecture est déjà distinctive.
La fonction d’évaluation est la suivante : N5(N6) = T2 – T3 + C4 – X7 + E6 – B3 + B4, où T2 est un bonus de développement, T3 des pénalités, C4 la mobilité des deux camps, X7 les échanges tactiques menacés, E6 le compte de matériel (pion=100, cavalier=335, fou=350, tour=500, dame=900), B3 les pénalités diverses, B4 les bonus divers.
Ce qui frappe : dès 1981, Uniacke intègre la mobilité et les échanges tactiques dans son évaluation statique, sans les calculer par recherche. C’est exactement l’idée de Larry Harris — évaluer intelligemment plutôt que chercher brutalement. À 15 ans, il a déjà sa philosophie.
Le projet est couronné de succès et lui vaut un A en Computer Studies à ses examens de fin de collège.
III. La philosophie fondatrice : être intelligent plutôt que rapide
Avant de raconter les titres et les tournois, il faut comprendre ce qui fait de HIARCS un programme unique dans son écosystème — et cette compréhension vient directement des origines.
La recherche heuristique comme acte de foi
Les premières versions de HIARCS sont écrites en BASIC interprété, ce qui les rend plutôt lentes. Pour compenser ce désavantage de vitesse, HIARCS s’appuie sur l’intelligence plutôt que sur la rapidité.
Cette contrainte initiale devient une vertu. Incapable de battre les programmes brute-force par la vitesse, Uniacke développe des heuristiques de plus en plus fines pour guider la recherche vers les coups pertinents. C’est exactement la démarche de Larry Harris qu’il avait lue à 14 ans dans la librairie de Charing Cross Road.
La “tapered search” : l’originalité algorithmique de HIARCS
HIARCS recherche environ un ordre de grandeur de moins de positions par seconde que la plupart de ses concurrents — en moyenne environ 18 000 nœuds par seconde. Cependant, il compense cet apparent désavantage par une recherche intelligente et une évaluation précise. HIARCS utilise de nombreuses heuristiques d’extension de recherche sélective pour guider la recherche et intègre une “tapered search” sophistiquée pour résoudre les incertitudes tactiques tout en trouvant des lignes positionnellement bénéfiques.
La “tapered search” — ou recherche étagée — est l’innovation centrale de HIARCS. L’idée : ne pas traiter uniformément toutes les profondeurs de recherche, mais adapter la sélectivité selon la profondeur. En surface, on cherche large; en profondeur, on se concentre. Les incertitudes tactiques sont résolues par extension; les lignes positionnellement claires sont élagées rapidement.
Le style “humain” comme objectif déclaré
En 2011, Mark Uniacke déclare dans une interview vidéo que l’une de ses priorités actuelles est d’améliorer HIARCS pour qu’il joue de façon plus “semblable à l’humain” à différentes forces Elo.
C’est là que HIARCS diverge radicalement de toute la philosophie de ses contemporains. Shredder optimise sa précision positionnelle. Junior optimise ses sacrifices. Les moteurs brute-force de l’époque optimisent leur profondeur. HIARCS, lui, veut jouer comme un humain de bon niveau — attaquer, créer de la tension, jouer des positions à double tranchant. HIARCS est célèbre pour son style de jeu humain unique, renommé pour ses échecs d’attaque tranchants et sa capacité à trouver le coup ou la variation inattendue si utile pour chercher des nouveautés et de nouvelles possibilités.
IV. Les échiquiers dédiés : HIARCS sur la Phoenix Revelation (2006–2013)
Contrairement à Rebel/Gideon, HIARCS n’a pas eu une décennie entière d’échiquiers Mephisto. Mais son rapport avec le monde du matériel dédié n’est pas inexistant — il est simplement concentré dans la période moderne, avec l’un des objets les plus fascinants que le monde des échecs informatiques ait jamais produit.
La Phoenix Revelation : un chef-d’œuvre néerlandais
La Revelation est un système d’échiquier dédié de Phoenix Chess Systems, développé par son fondateur Ruud Martin. Alors qu’un prototype est présenté en 2006, la Revelation est d’abord livrée en juin 2008.
La Revelation est l’opposé du Mephisto des années 80. Là où les modules Mephisto étaient des objets industriels dans un plateau en bois satiné, la Revelation est un objet de collection pour audiophiles des échecs — un plateau électronique de haute gamme avec une carte XScale PXA255 32 bits à 500 MHz avec 32 Mo de RAM, et des moteurs en mémoire flash non-volatile. Un panneau à six boutons et OLED réalise une interface graphique pilotée par menus. Une connexion Bluetooth sans fil permet les mises à jour.
L’idée est ambitieuse : faire tourner de vrais grands moteurs d’échecs dans un objet d’une beauté artisanale, sur un plateau à pièces magnétiques. Et le moteur de référence choisi pour la Revelation ? HIARCS.
HIARCS 13.3 est publié sur la Phoenix Revelation, l’échiquier dédié de Phoenix Chess Systems. C’est une combinaison qui parle d’elle-même : le programme qui se targue de jouer humain, dans une machine qui ressemble à un objet humain. La Revelation II, livrée à partir de décembre 2013, est une version successeur développée en coopération avec Digital Game Technology (DGT), avec un processeur XScale PXA320 à 800 MHz avec 128 Mo de RAM et 1 Go de mémoire flash, et la technologie DGT de reconnaissance des pièces.
Le nœud Uniacke-Martin-DGT est l’un des partenariats les plus élégants de la fin de l’ère des moteurs classiques : un programmeur britannique qui veut jouer humain, un entrepreneur néerlandais qui veut fabriquer de beaux objets, et une technologie de plateau qui reconnaît les pièces en temps réel.
V. Les premières compétitions et titres (1989–1993)
Computer Olympiade 1989 : les débuts compétitifs
HIARCS réécrit en C concourt bientôt dans des tournois d’échecs informatiques : en 1989, à la 1ère Computer Olympiade, et au WMCCC 1991 de Vancouver.
La réécriture en C à la fin des années 80 est le pivot technique. Bye bye le BASIC interprété — place à un programme compilé, portable sur n’importe quelle plateforme, capable de calculer plusieurs ordres de grandeur plus vite. La philosophie reste identique; l’exécution devient possible.
WMCCC 1991 Vancouver : champion amateur du monde
En 1991, HIARCS remporte le titre de Champion du Monde Amateur des Microordinateurs au 11ème Championnat du Monde des Microordinateurs (WMCCC) à Vancouver.
C’est le premier titre mondial. La catégorie “amateur” distingue les participants commerciaux des programmes universitaires, mais la victoire est réelle et documentée. Uniacke n’est pas dans la salle — il programme depuis son bureau londonien. C’est Harvey Williamson, son collaborateur de longue date, qui opérera souvent HIARCS dans les compétitions au fil des années.
Computer Olympiade 1992 et WMCCC 1993 Munich : la confirmation
En 1992, HIARCS remporte la médaille d’or à la 4ème Computer Olympiade. En 1993, il remporte le Championnat du Monde des Microordinateurs à Munich.
Le WMCCC 1993 de Munich est particulièrement mémorable. Il y a une photo devenue iconique : la finale du WMCCC 1993 en playoff opposant Wundermaschine à HIARCS, avec Richard Lang, David Levy, le père de Mark et Mark lui-même qui observent. Quatre générations du jeu d’échecs informatique — Lang (Mephisto/Chess Genius), Levy (pionnier des paris sur les machines), un père fier, et un fils de 28 ans — autour d’un plateau.
La séquence 1991-1992-1993 — champion du monde amateur, médaille d’or olympiade, champion du monde — est une domination remarquable pour un programme développé en dehors des heures de bureau.
VI. HIARCS face aux champions humains (1997–2003)
HIARCS 6 et la première IM battue en condition de tournoi (1997)
En avril 1997, HIARCS 6.0 devient le premier programme PC de l’histoire à remporter un match disputé à cadence de tournoi contre un Maître International FIDE.
Le Maître International en question est Deen Hergott, IM canadien. HIARCS 6.0 bat l’IM Deen Hergott 4-2 dans un match à cadence longue, à Ottawa, Canada. C’est une première historique. Jusque-là, les programmes avaient battu des humains en blitz ou en cadence rapide, mais jamais avec le temps de réflexion complet d’un tournoi sérieux. Hergott a des heures pour réfléchir. HIARCS le bat quand même.
La même année, HIARCS 6.0 remporte l’Open de Godesberg devant des Grands Maîtres et des Maîtres Internationaux. Un open humain. Avec de vrais grands-maîtres. HIARCS les devance au classement.
Mais il y a plus marquant encore cette année-là. Garry Kasparov, en préparation pour son match retour contre Deep Blue 2, cherche des outils d’analyse. Kasparov demande spécifiquement une version expérimentale HIARCS 6.X pour sa préparation au match contre Deep Blue 2.
Et après le match, à New York en mai 1997, Kasparov fait une déclaration qui entrera dans l’histoire du jeu d’échecs informatique.
“HIARCS est bien meilleur positionnellement que Deep Blue”
Vers la fin de son match contre Deep Blue 2, Garry Kasparov déclare : “HIARCS est bien meilleur positionnellement que Deep Blue.”
La phrase est stupéfiante. Kasparov vient de perdre son match contre une machine à 50 millions de dollars construite par IBM avec une équipe de chercheurs. Et il dit que HIARCS — un programme développé par un ingénieur télécoms londonien seul à ses heures perdues, tournant sur un PC du commerce — joue un meilleur échecs positionnel.
Ce n’est pas de la flatterie marketing. C’est un jugement technique d’un des meilleurs joueurs de l’histoire sur la qualité de deux approches radicalement différentes. Deep Blue bat Kasparov parce qu’il calcule 200 millions de positions par seconde et qu’IBM a blindé ses ouvertures avec les meilleurs secondants du monde. HIARCS joue “mieux” — dans le sens d’un jeu positionnel plus cohérent, plus humain, plus compréhensible.
HIARCS 6 est utilisé extensivement par Garry Kasparov dans ses préparations pour Deep Blue. C’est le champion du monde en titre qui choisit lui-même son outil d’analyse, et il choisit HIARCS. Une photo prise lors de la présentation d’un livre d’ouvertures montre Mark Uniacke à droite, Harvey Williamson au centre, et Vishy Anand à gauche — utilisateur de HIARCS, champion du monde d’échecs.
HIARCS 3 à l’AEGON 1996 : la performance de la décennie
Le tournoi AEGON de La Haye est une institution particulière : chaque année, des programmes d’échecs affrontent des joueurs humains dans un format mixte. HIARCS 3 est le programme le mieux placé de toute l’histoire du tournoi AEGON, avec un Elo de performance de 2631.
2631 Elo de performance — soit le niveau d’un fort grand-maître — pour un programme sur PC standard. C’est l’un des premiers signaux que les moteurs commerciaux commencent à vraiment inquiéter les humains dans des conditions normales de jeu.
Le match Bareev 2003 : nulle historique contre le 8ème mondial
En janvier 2003, HIARCS dispute un match de 4 parties contre le Grand Maître Evgeny Bareev, à l’époque numéro 8 mondial. Les quatre parties se terminent nulles, résultant en un match nul.
Bareev, à son apogée, tourne autour des 2720 Elo FIDE. HIARCS X — la version utilisée en compétition, fonctionnant sur un seul PC à 2 GHz — tient la nulle. HIARCS 8 Bareev fait match nul avec le super-GM Evgeny Bareev à cadence de tournoi sur un seul PC à 2 GHz. Ce résultat est logique avec la déclaration de Kasparov : HIARCS joue positionnel, solide, et contre un adversaire de ce calibre qui joue lui aussi positionnel et solide, ça donne des parties tendues, longues, et finalement nulles.
VII. L’ère handheld : le programme de poche qui bat des grands-maîtres (2004–2009)
C’est peut-être l’aspect le plus extraordinaire de l’histoire de HIARCS. Alors que tous les moteurs sérieux se concentrent sur les PC de bureau de plus en plus puissants, Uniacke développe en parallèle des versions pour Palm OS, Pocket PC, et plus tard iPhone. Et ces versions, sur des appareils de poche à des fréquences dérisoires, commencent à battre des grands-maîtres.
Palm HIARCS vs Jan Gustafsson : 2809 Elo de performance sur Palm
Palm HIARCS 9.5a bat le GM Jan Gustafsson 3-1 dans un match sur internet, atteignant un Elo de performance de 2809.
Gustafsson est un grand-maître allemand sérieux. Le battre 3-1 depuis un Palm T3/T5 à 400 MHz est une démonstration qui fait le tour des forums spécialisés. La réaction universelle : ce n’est pas possible. Si, c’est possible.
GM Volkov, GM Bobras : les victoires s’accumulent
Palm HIARCS bat le GM Sergey Volkov 3-1 et le GM Piotr Bobras 3-1 dans deux matchs de 4 parties. Volkov et Bobras sont tous deux des grands-maîtres de rang international correct, aux alentours des 2600 Elo. Les battre 3-1 depuis un Palm PDA n’est pas de la chance. C’est de la systématisation.
L’exploit de 2009 : un téléphone bat des grands-maîtres à 2938 Elo de performance
L’événement le plus spectaculaire de toute l’histoire de HIARCS n’est pas un titre de championnat du monde. C’est une semaine d’été à Buenos Aires.
HIARCS sur Pocket PC remporte la Copa Mercosur 2009 à Buenos Aires, devant des Grands Maîtres, avec un score phénoménal de 9,5/10. C’est un Elo de performance de 2938 — le meilleur Elo de performance jamais atteint par un appareil portable dans l’histoire, et supérieur au pic Elo de Garry Kasparov !
Relisons les chiffres : 9 victoires et 1 nulle. Performance de 2938 Elo. Sur un téléphone HTC Touch HD. Calculant environ 20 000 nœuds par seconde.
Il cherche environ 20 000 nœuds par seconde, bien moins que sur un ordinateur de bureau ordinaire.
Pour situer : un PC standard de 2009 calcule 2 à 5 millions de positions par seconde. Le téléphone calcule 20 000 — soit 100 à 250 fois moins. Et pourtant, il bat des grands-maîtres en conditions normales de tournoi, avec une performance de quasi-2900 Elo.
Le pic Elo de Kasparov est de 2851 (1999). HIARCS sur téléphone fait mieux, la semaine de la Copa Mercosur 2009. Ce n’est pas de la magie — c’est la démonstration ultime que la qualité algorithmique peut compenser massivement la puissance brute.
HIARCS pour Palm devient le premier ordinateur portable de l’histoire à remporter un tournoi de GM quand il gagne le 2ème Congress Pichay Invitational aux Philippines, battant le super-GM Mark Paragua. Un téléphone qui bat un super-grand-maître dans un tournoi officiel. L’histoire du jeu d’échecs informatique a peu d’équivalents.
VIII. Le titre WCCC 2008 : une victoire par procuration, une victoire quand même
L’histoire du titre WCCC 2008 de HIARCS est entourée d’une controverse qu’Uniacke n’a pas cherchée.
Beijing 2008 : HIARCS est deuxième… puis premier
HIARCS est le meilleur programme mono-ordinateur et champion du monde d’échecs informatique au 16ème Championnat du Monde d’Échecs Informatique à Pékin, Chine.
La réalité est plus complexe. Au WCCC 2008 de Pékin, Rybka l’emporte dans l’immédiat. Mais des années plus tard, l’ICGA ouvre une enquête approfondie sur Rybka, accusée par plusieurs programmeurs de s’être approprié illégalement le code de Fruit 2.1 et d’autres programmes open-source. Après la disqualification de Rybka en juin 2011, HIARCS est classé premier au WCCC 2008.
C’est un titre rétroactif, et Uniacke le sait. Sur son site, la formulation est soigneusement précise : “champion du monde au WCCC 2008” sans ambiguïté sur la date de décision. Ce n’est pas la victoire sportive en temps réel que tout programmeur souhaite. Mais c’est la reconnaissance officielle de l’ICGA, et elle compte.
La disqualification de Rybka est l’un des épisodes les plus importants — et les plus tristes — de l’histoire récente du jeu d’échecs informatique. Elle prive aussi Rybka de son statut de programme le plus fort de l’époque, et force à reclasser l’histoire de ces années-là.
WCSC 2011 Tilburg et WCSC 2013 Yokohama : deux titres propres
HIARCS est deux fois Champion du Monde du Logiciel d’Échecs, remportant le WCSC 2011 à Tilburg et le WCSC 2013 à Yokohama.
Ces deux titres-là sont sans ambiguïté. Le World Chess Software Championship est organisé par l’ICGA pour les programmes commerciaux disponibles publiquement — c’est la compétition la plus transparente et la plus proche du monde réel. HIARCS la remporte deux fois consécutives, confirmant que son moteur est, au moins pour les logiciels commerciaux grand public, parmi les tout meilleurs.
IX. L’équipe HIARCS : Uniacke, Williamson, Hallsworth
HIARCS n’est pas qu’un homme seul. C’est une équipe de trois.
Mark Uniacke : le moteur, le code, l’âme. Tout ce qui calcule vient de lui.
Harvey Williamson : le compagnon de route, le représentant sur le terrain. Harvey Williamson opère régulièrement HIARCS dans les tournois d’échecs informatiques. C’est lui qui est dans la salle à Tilburg, à Yokohama, à Paderborn. Son rôle : co-auteur du livre d’ouvertures, opérateur en compétition, et voix publique de l’équipe sur les forums. Sa signature sur les posts de victoire — “World Computer Chess Championship 2008 HIARCS wins !” — est un morceau de la culture de la communauté.
Eric Hallsworth : le premier maître du livre d’ouvertures. Les auteurs du livre d’ouvertures de HIARCS au fil du temps ont été Eric Hallsworth, Sebastian Böhme et Harvey Williamson. Hallsworth signe aussi des articles dans Selective Search sur HIARCS, contribuant à documenter l’histoire du programme pour la postérité.
Le livre d’ouvertures HIARCS 13 est écrit par Mark Uniacke lui-même, avec le soutien du Maître International de correspondance Harvey Williamson et de l’expert en jeu d’échecs informatique Eric Hallsworth.
C’est une équipe de bénévoles passionnés. Pas de budget d’entreprise, pas de contrat de recherche universitaire. Des gens qui aiment HIARCS et lui donnent leur temps.
X. Les partenariats commerciaux : ChessBase, Applied Computer Concepts, Chess Explorer
L’histoire commerciale de HIARCS traverse plusieurs maisons.
Applied Computer Concepts (1991–1995)
Les premières versions commerciales — HIARCS 1.0 à HIARCS 5 — sont distribuées par Applied Computer Concepts, distributeur spécialisé en logiciels d’échecs. C’est une petite structure, mais elle permet à HIARCS d’exister dans les catalogues spécialisés.
ChessBase (1996–2012)
En 1996, HIARCS 4.0 devient la première version commercialisée par ChessBase, vendue dans l’interface GUI de Fritz.
Ce partenariat dure seize ans. Pendant toute cette période, HIARCS est accessible via les boîtes ChessBase, aux côtés de Fritz, Shredder et Rybka. HIARCS 12.1 et 13 sont les moteurs de Pocket Fritz par ChessBase. C’est la version mobile de ChessBase qui utilise HIARCS pour sa puissance et sa portabilité.
HIARCS Chess Explorer (2012–présent)
Depuis la version 14, publiée en août 2012, HIARCS est vendu avec sa propre interface graphique Chess Explorer, disponible sur Mac OS X et Windows.
C’est une déclaration d’indépendance. Uniacke crée son propre environnement, complet, maîtrisé de bout en bout. John Saunders, rédacteur en chef de Chess Magazine pendant de nombreuses années, déclare : “Je préfère utiliser HIARCS Chess Explorer à ChessBase.” C’est un compliment extraordinaire venant de quelqu’un qui connaît les deux outils en profondeur.
XI. Évolution des versions et classements
VersionAnnéeÉvénement cléElo estimé
HIARCS 0.3 (BASIC)1981Projet scolaire, PDP-11~1150
HIARCS 1.0 (C, MS-DOS)1991WMCCC Vancouver~1800-2000
HIARCS 2.0/2.11992-1993Computer Olympiade 92, WMCCC Munich2140 (486/66MHz)
HIARCS 3.01994AEGON 1996 : 2631 perf.2275 (Pentium/90MHz)
HIARCS 4.019961ère version ChessBase2320 (P/133MHz)
HIARCS 6.01997Utilisée par Kasparov, bat IM Hergott 4-2, n°1 SSDF2430 (PPro/200MHz)
HIARCS 7.01998N°1 SSDF et n°1 Selective Search~2500-2550
HIARCS 9.02003Version match Bareev~2650
HIARCS 10.020051ère version temps plein, +160 Elo vs H9~2700+
HIARCS 12 (X)2007-2008WCCC Beijing 2008, Palm SSDF 2706Deep : 3018 SSDF
HIARCS 132010-2011Copa Mercosur 2938 perf., WCSC Tilburg 2011~2900-2950
HIARCS 142012-2013WCSC Yokohama 2013, Chess Explorer~3050
HIARCS 152016-2022+250 Elo vs H14, plus grande progressionDeep : 3400
Quelques chiffres parlants
HIARCS 6.0 : 71 Elo d’avance sur la liste SSDF au moment de sa publication — la plus grande avance jamais constatée sur cette liste à cette époque.
HIARCS 10 : la plus grande progression de force de jeu en 12 ans, première version développée à plein temps.
HIARCS 15 : la plus grande progression Elo jamais enregistrée pour HIARCS — 250 Elo — atteignant une estimation de 3250 Elo sur processeur à 1,2 GHz et 3400 Elo en Deep.
XII. Anecdotes et faits marquants
🏫 Un A en Computer Studies : Le premier HIARCS en 550 lignes de BASIC, développé comme projet d’examen à 15 ans, obtient la meilleure note. L’élève qui préférait chercher un nom de programme que d’écouter M. Owen finit champion du monde. M. Owen avait visiblement tort d’être attentif à ses propres cours.
📚 La librairie Foyles de Charing Cross Road : Tout part de ce livre trouvé en librairie à 14 ans — Chess Skill in Man and Machine — et de l’article de Larry Harris sur la recherche heuristique. Un adolescent lit un article académique et décide que c’est ça, l’avenir. Trente ans plus tard, il a gagné des championnats du monde.
♟ “HIARCS est bien meilleur positionnellement que Deep Blue” : La phrase de Kasparov reste la citation la plus remarquable de toute l’histoire de HIARCS. Dite par le meilleur joueur du monde, sur le programme avec lequel il se préparait pour son match, au moment où Deep Blue venait de le battre. La concision de cette phrase dit tout sur deux philosophies opposées de l’intelligence artificielle.
📱 2938 Elo sur un téléphone : La performance de la Copa Mercosur 2009 dépasse le pic Elo de Kasparov (2851). Sur un HTC Touch HD calculant 20 000 nœuds par seconde — soit 100 fois moins qu’un PC standard. C’est l’équivalent de battre Usain Bolt dans une course à pied en portant des chaussures de ville.
💼 Licencié et libéré : En 2003, Uniacke est licencié de son emploi dans les télécoms. Sa réponse : faire de HIARCS son emploi à plein temps. HIARCS 10 représente la plus grande progression de force de jeu en 12 ans — c’est la première version développée à plein temps. La pire journée professionnelle de sa vie produit le meilleur bond de son programme.
🔄 La Tour hors de l’échiquier : Le premier programme d’Uniacke en 1979 — le King Rook vs King — avait l’habitude de déplacer la Tour hors du plateau. En 2009, son programme bat des grands-maîtres sur un téléphone à 2938 Elo de performance. Le chemin parcouru en 30 ans est vertigineux.
🏆 La photo de Munich 1993 : Richard Lang, David Levy, le père d’Uniacke, et Mark lui-même, entourant le plateau lors du playoff de Munich. Quatre générations du jeu d’échecs informatique — le pionnier, le théoricien, le père, et le fils — réunies autour d’un titre mondial.
🎯 “Human-like play” comme projet de vie : En 2011, alors que tous les autres programmeurs cherchent à maximiser l’Elo brut, Uniacke déclare que sa priorité est de jouer de façon plus humaine. Ce n’est pas du marketing — c’est une vision philosophique cohérente depuis 1980, depuis l’article de Larry Harris qui disait que l’intelligence, pas la force brute, était la voie.
XIII. Héritage : l’intelligence contre la puissance
L’histoire de HIARCS est celle d’un programme qui n’a jamais voulu être le plus rapide. HIARCS recherche un ordre de grandeur de moins de positions par seconde que ses concurrents — et gagne quand même des championnats du monde.
Ce choix philosophique — articulé dès 1980 dans une salle de classe du Hertfordshire, nourri par la lecture d’un article académique de Larry Harris, confirmé décennie après décennie par des résultats réels — est peut-être ce qui fait de HIARCS le programme le plus cohérent de toute l’histoire du jeu d’échecs informatique.
Il y a chez Uniacke une intégrité rare : il n’a jamais trahi son acronyme. Higher Intelligence Auto Response Chess System. Le programme a toujours cherché à répondre avec intelligence. Les champions du monde humains qui l’ont choisi comme outil de préparation — Kasparov, Anand — ne s’y sont pas trompés.
Palmarès final
1 × Champion Amateur du Monde WMCCC (Vancouver 1991)
1 × Médaille d’or Computer Olympiade (1992, partagée)
1 × Champion du Monde WMCCC toutes catégories (Munich 1993)
1 × Champion du Monde WCCC (Beijing 2008, rétroactif après disqualification Rybka)
2 × Champion du Monde WCSC (Tilburg 2011, Yokohama 2013)
N°1 liste SSDF (HIARCS 6.0, 1997 — 71 Elo d’avance)
N°1 liste SSDF handheld (toutes périodes 2005-2015)
Performance 2938 Elo sur téléphone portable (record historique absolu)
Choisi par Kasparov pour préparer son match contre Deep Blue 2
Choisi par Anand (champion du monde) comme programme d’analyse
Développé sur temps libre pendant 23 ans, puis à plein temps depuis 2003
Disponible sur toutes les plateformes de 1981 à aujourd’hui : PDP-11, Apple II, PC MS-DOS, Mac, Palm, Pocket PC, iPhone, Windows 11
Un programme nommé dans une salle de physique, par un garçon qui n’écoutait pas son professeur. Et qui, trente ans plus tard, a donné à Kasparov son outil d’analyse préféré.
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5 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire CB-Emu · accélération d'engine · octobre 2026
Novag Constellation Forte A à 91 MHz : le Kittinger de 1986 passe la surmultipliée
Un 65C02 à 5 MHz en 1986, rejoué à 91 MHz sous émulation MAME : même ROM, même livre, même programme, seule l'horloge change. Le Forte A gagne 254 points Elo, double son score contre les mêmes adversaires et bat désormais le Saitek RISC 2500 qui l'écrasait.
1803Forte A d'origine · 65C02 @ 5 MHz · 345 parties
2057Forte A @ 91 MHz · accéléré ×18,2 · 262 parties
+254de gain pour la seule vitesse d'horloge
28 → 57 %score contre les 24 mêmes adversaires
Le Forte A, pour mémoire
Le Novag Constellation Forte sort en 1986, la même année que le Fidelity Par Excellence. Son programme est signé David Kittinger, l'auteur attitré de Novag, qui écrira ensuite les Super Forte et Super Expert. À l'intérieur : un 65C02 à 5 MHz (quartz de 10 MHz), 64 Ko de ROM et 4 Ko de RAM. Il existe deux versions, A et B, identiques à l'extérieur : on ne les distingue que par leur jeu. C'est un Forte A qui est dans ma collection, identifié en 2020 grâce à la combinaison Nolot n° 9 (voir l'article de l'époque).
Dans le classement du laboratoire, la version d'origine (Novag Constellation Forte A, 65C02 à 5 MHz) se situe à 1803 ± 10, sur 345 parties.
L'accélération : ce qui change, ce qui ne change pas
Comme pour le Par Excellence, rien n'est modifié dans la machine : la ROM, le livre d'ouvertures et le code du Forte A tournent tels quels dans MAME, et le relais du laboratoire les présente en UCI. Seule la fréquence du 65C02 émulé passe de 5 à 91 MHz, soit un facteur ×18,2. Le programme cherche avec la même évaluation et les mêmes règles qu'en 1986, mais dix-huit fois plus de positions dans le même temps. Les machines accélérées tournent à 80 % de la vitesse maximale que l'émulation tient sur le PC de mesure (Ryzen 9 7950X3D) : pour le Forte A, cela donne 91 MHz. Le relais arrête la réflexion au bout d'un temps par coup calé sur la cadence (60 coups en 15 minutes) : 17 secondes en médiane dans ce gauntlet. Le Forte A annonce alors le plus souvent une profondeur de 6 demi-coups.
Résultats comparés : 5 MHz contre 91 MHz
VersionMatérielCote OrdoPartiesRang
Novag Constellation Forte A65C02 @ 5 MHz (origine)1803 ± 10345173e
Novag Constellation Forte A 91 MHz65C02 @ 91 MHz (accéléré ×18,2)2057 ± 12262157e
Soit un gain de +254 Elo pour la seule vitesse d'horloge. Le Forte A accéléré se place entre le Fidelity Designer Mach IV (2079) et Fruit 2.1 sur 68020 à 16 MHz (2043).
Cote à cote, adversaire par adversaire
Les deux versions ont rencontré les mêmes 24 machines. Sur ces adversaires communs, le Forte A passe de 28 % à 57 % des points. Les adversaires sont rangés du plus fort au plus faible.
AdversaireCote5 MHz%91 MHz%Écart
Mephisto Genius 68030 London23630 / 100 %0,5 / 105 %+5
Mephisto Berlin Pro 6802023151,5 / 1015 %3,5 / 1132 %+17
Mephisto RISC II22280 / 100 %5,5 / 1246 %+46
Saitek RISC 2500 v1.0421800,5 / 105 %7,5 / 1168 %+63
Saitek Sparc (rev.518)21650,5 / 105 %2,5 / 1123 %+18
Fidelity Elite Avantgarde V921250,5 / 105 %4,5 / 1238 %+33
Mephisto Berlin 68000 v0.0321201,5 / 1015 %4 / 1233 %+18
Novag Sapphire21011,5 / 1015 %5 / 1242 %+27
Fidelity Designer Mach IV20791 / 1010 %1,5 / 1015 %+5
Fidelity Designer Mach III20292,5 / 1025 %6 / 1250 %+25
Novag Zircon II19662 / 1020 %6 / 1250 %+30
Mephisto Mondial 68000 XL19642,5 / 1025 %4 / 1233 %+8
Mephisto Nigel Short19566 / 1060 %9 / 1090 %+30
Saitek President19204,5 / 1045 %9,5 / 1095 %+50
Saitek Maestro D++19133 / 1127 %8 / 1267 %+40
Novag Super Expert C v3.618863,5 / 1035 %8 / 1080 %+45
Novag Super Forte C v3.618844 / 1040 %8 / 1080 %+40
Saitek Corona II (ver. D+)18564 / 1040 %8,5 / 1085 %+45
Mephisto Modena (set 3)18387 / 1164 %6,5 / 1254 %−10
Mephisto MM V (v5.1)18345 / 1050 %7 / 1070 %+20
Saitek Turbo King II (D+)18185 / 1050 %9,5 / 1095 %+45
Mephisto MM IV (v7.10)18023,5 / 1132 %8,5 / 1177 %+45
Fidelity Designer 210017945,5 / 1150 %9 / 1090 %+40
Saitek Simultano (ver. B)17574 / 1136 %8 / 1080 %+44
Total (24 adversaires communs)69 / 24528 %150 / 26257 %+29
Cotes des adversaires : liste du laboratoire (classement recalibré). Scores : fiches des deux moteurs dans le classement.
Saitek RISC 2500 : c'est le plus grand renversement. Le Forte A d'origine n'y prenait qu'un demi-point sur 10 ; à 91 MHz il en prend 7,5 sur 11. Le RISC 2500 est pourtant coté 2180, plus de 100 points au-dessus du Forte A accéléré.
Saitek President, Saitek Turbo King II, Fidelity Designer 2100 : de 45-50 % à 90-95 %. Contre les machines de sa génération, le Forte A accéléré ne laisse presque plus rien.
Novag Super Expert C et Super Forte C : ce sont les successeurs du Forte A, écrits par le même David Kittinger et sur le même 65C02 à 5 MHz. Le Forte A d'origine y prenait 35 et 40 % ; accéléré, il en prend 80 % chacun : dix-huit fois plus de vitesse valent largement trois ou quatre ans d'améliorations du programme.
Fidelity Designer Mach IV : la vitesse n'y change presque rien (de 10 à 15 %). Le Mach IV reste un mur, alors que des machines mieux cotées comme le RISC 2500 cèdent.
Mephisto Modena : c'est le seul adversaire contre lequel la version accélérée fait moins bien (de 64 à 54 %), sur 11 et 12 parties.
Mephisto Genius 68030 London : de 0 à 5 %, l'écart reste hors de portée.
Le parcours de l'échelle
Le gauntlet a démarré le 3 octobre à 14 h 29 et s'est terminé le 5 octobre à 8 h 52. Le Forte A a joué 10 parties contre chaque machine, en partant du Saitek Simultano et en remontant la liste dans l'ordre des cotes du moment, puis 22 parties de complément contre treize de ces adversaires. L'échelle s'est arrêtée au sommet de la liste des machines CB-Emu, le Genius 68030 London : elle n'a jamais rencontré deux adversaires de suite à 10 % ou moins.
De 1757 à 1856 (Simultano, Designer 2100, MM IV, MM V, Turbo King II, Modena, Corona II) : 54,5 points sur 70, soit 78 %. Seul le Modena tient tête (5 sur 10).
De 1884 à 1956 (Super Forte C, Super Expert C, Maestro D++, Nigel Short, President) : 40,5 sur 50, soit 81 %. C'est la meilleure portion de l'échelle, avec 9,5 sur 10 contre le President.
De 1964 à 2165 (Zircon II, Mondial 68000 XL, Mach III, Mach IV, Sapphire, Avantgarde, Berlin 68000, Sparc) : 33 sur 80, soit 41 %. Le score décroche net à partir du Zircon II, et le Mach IV (1,5 sur 10) puis le Sparc (2,5 sur 10) sont les plus durs.
Le sommet, de 2180 à 2363 (RISC 2500, RISC II, Berlin Pro, Genius 68030) : 15 sur 40, soit 37,5 %. Le RISC 2500 (6,5 sur 10) fait remonter le score, puis le Genius 68030 ne laisse qu'un demi-point.
Au total, 262 parties : 129 victoires, 42 nulles, 91 défaites (57,3 %). Le Forte A marque autant avec les blancs (75,5 sur 133) qu'avec les noirs (74,5 sur 129). Les 220 parties décisives se sont toutes terminées par un mat sur l'échiquier ; les parties durent en médiane 60 coups.
Deux 65C02 de 1986, deux accélérations
Le Forte A et le Par Excellence sont sortis la même année, sur le même processeur. Accélérés, ils se retrouvent côte à côte dans le classement :
MachineOrigine (5 MHz)AccéléréFacteurGain
Fidelity Par Excellence (B)1739 ± 102090 ± 12 (73 MHz)×14,6+351
Novag Constellation Forte A1803 ± 102057 ± 12 (91 MHz)×18,2+254
À 5 MHz, le Forte A devance le Par Excellence de 64 points (et l'a rencontré : 4,5 sur 10). Accélérés, l'ordre s'inverse : le Par Excellence passe 33 points devant, avec un facteur de vitesse pourtant plus faible. Les deux versions accélérées ne se sont pas encore rencontrées ; le Par Excellence à 73 MHz a en revanche battu le Forte A d'origine 10 à 0. La mesure dit que le programme de Spracklen profite davantage de la vitesse que celui de Kittinger ; elle ne dit pas pourquoi.
Trois parties spectaculaires
Les trois parties ci-dessous sont des victoires du Forte A à 91 MHz, toutes conclues par un mat. Chaque coup a été vérifié avec Stockfish 16, puis les positions clés ont été analysées plus longuement (profondeur 20 à 24), pour distinguer les vraies combinaisons des simples cadeaux de l'adversaire. Les évaluations sont données en pions, du point de vue des blancs.
1. La dame qu'on ne peut pas prendre
Saitek President (blancs) — Novag Constellation Forte A 91 MHz (noirs) · Partie italienne · 0–1 en 20 coups
L'ouverture. Les deux livres mènent à une Partie italienne lente (4.c3, 5.d3, 6.O-O). À la sortie du livre, le Forte A place son fou en a7, sur la diagonale a7-g1 qui mène au roi blanc. Ce fou ne fait rien de visible pour l'instant ; il va décider de la partie.
Le plan. Le Forte A amène son cavalier vers le roque blanc : 11...Ch5, puis 12...Cf4, d'où il vise h3 et g2. Le President, lui, joue avec sa dame à l'autre bout de l'échiquier (9.Db3, 13.Db5) : Stockfish voit les noirs nettement mieux après 13.Db5 (−2,1), puis gagnants après 14.Fd5 (−5,5). Le Forte A amène sa dame à son tour : 13...Df6, 14...Dg6, et menace déjà ...Cxh3+.
Le coup clé · 15...Dg3!
La dame se pose sur g3, attaquée par le pion f2. Mais ce pion ne peut pas la prendre : il est cloué. S'il quittait f2, le fou a7 attaquerait directement le roi en g1, et un coup qui laisse son propre roi en échec est illégal. La dame est donc intouchable, et avec le cavalier f4 elle menace de démolir le roque par ...Cxh3+ ou ...Fxf2+. Stockfish évalue la position à −5,2. Le Forte A, lui, n'affiche à ce moment que +1,5 pour les noirs : à 5 demi-coups de profondeur il ne voit pas encore le mat, mais il a trouvé le bon coup.
La conclusion. Le President préfère prendre une pièce, 16.Fxc6, et Stockfish annonce alors un mat en cinq coups. Le Forte A le trouve : 16...Cxh3+ 17.Rh1 Cxf2+ (le cavalier prend le pion cloué, avec échec) 18.Txf2 Dxh4+ 19.Rg1 Dxf2+ 20.Rh2 Dh4#. Le fou a7, qui n'a pas bougé depuis le 8e coup, tient la case g1 jusqu'au bout. À noter : au 14e coup, Stockfish préférait 14...Fxh3 (−7,2) à 14...Dg6 (−4,5) ; le Forte A n'a pas choisi la suite la plus forte, mais celle qu'il a jouée gagnait aussi, et de façon nettement plus spectaculaire.
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4 Fc5 4.c3 Cf6 5.d3 d6 6.O-O a5 7.Cbd2 O-O 8.a4 Fa7 9.Db3 Tb8 10.Cg5 De7 11.h3 Ch5 12.Cgf3 Cf4 13.Db5 Df6 14.Fd5 Dg6 15.Ch4 Dg3 16.Fxc6 Cxh3+ 17.Rh1 Cxf2+ 18.Txf2 Dxh4+ 19.Rg1 Dxf2+ 20.Rh2 Dh4# 0–1
2. La tour qui se jette en h7
Novag Constellation Forte A 91 MHz (blancs) — Mephisto Mondial 68000 XL (noirs) · Ouverture Réti, système Barcza · 1–0 en 41 coups
Le Mondial 68000 XL est l'un des adversaires qui ont le mieux résisté au Forte A accéléré (4 sur 12). Cette partie est l'une de ses quatre défaites. Après une ouverture Réti, les blancs ont un pion avancé en e5 et un autre en g5, qui gênent le roi noir. Au 32e coup, le Mondial joue 32...Rh8?, un coup d'attente qui perd. Stockfish passe de 0,0 (avec 32...Cxe5) à +3,5.
Premier temps : l'attaque à la découverte. 33.Txc5! prend un pion et, surtout, dégage la diagonale du fou b3, qui attaque maintenant la dame noire en e6. Les noirs doivent d'abord sauver leur dame (33...De7), et les blancs enchaînent : 34.Txc6! élimine le cavalier, 34...Txc6 35.Txf7! prend le pion f7, protégé par le fou b3, en attaquant encore la dame. Le Forte A a rendu la qualité contre deux pions, mais ses pièces sont toutes entrées dans le camp noir et Stockfish le voit gagnant (+5).
Le sacrifice · 37.Th7+!!
Après 35...Dc5 36.Df4 h5, Stockfish trouve un seul coup qui mate, et le Forte A le joue. La tour se sacrifie en h7. Le roi n'a pas le choix : la case g8 est tenue par le fou b3, il doit prendre, 37...Rxh7, et se retrouve sur la case où la dame va l'attaquer. 38.Df7+ (la dame entre avec échec, soutenue par le fou b3) 38...Rh8 39.Dxe8+, et la tour e8, sans défense, tombe avec échec. 39...Df8 40.Dxf8+ Rh7 41.Dh6#.
Ce qui fait la beauté de la combinaison : le fou b3, placé au 32e coup, sert à chaque étape. Il attaque la dame au 33e coup, protège la tour f7 au 35e, interdit g8 au roi au 37e, soutient la dame en f7 au 38e et tient encore g8 dans le mat final.
1.Cf3 d5 2.g3 c6 3.Fg2 Cf6 4.d3 Fg4 5.O-O Cbd7 6.Cbd2 e5 7.e4 dxe4 8.dxe4 Fc5 9.h3 Fe6 10.Cg5 De7 11.Rh1 O-O 12.f4 exf4 13.gxf4 Cb6 14.Cxe6 Dxe6 15.e5 Cfd5 16.Cb3 Fe7 17.Cd4 Dd7 18.De2 c5 19.Cf3 Cb4 20.Fe3 Tfd8 21.Cg5 Fxg5 22.fxg5 Tac8 23.Tf2 C6d5 24.Taf1 Cxe3 25.Dxe3 Tf8 26.Td2 De7 27.c3 Cc6 28.Td5 b6 29.Fe4 g6 30.Fc2 Tfe8 31.Fa4 De6 32.Fb3 Rh8 33.Txc5 De7 34.Txc6 Txc6 35.Txf7 Dc5 36.Df4 h5 37.Th7+ Rxh7 38.Df7+ Rh8 39.Dxe8+ Df8 40.Dxf8+ Rh7 41.Dh6# 1–0
3. Le sacrifice de qualité et la promenade du roi
Fidelity Designer Mach III (blancs) — Novag Constellation Forte A 91 MHz (noirs) · Défense slave, variante d'échange · 0–1 en 39 coups
Le Designer Mach III, un 68000 à 16 MHz, est coté 2029 ; le Forte A d'origine n'y prenait que 25 % des points. À 91 MHz, il fait jeu égal (6 sur 12) et gagne cette partie avec une vraie combinaison. Après une Slave d'échange calme, les blancs sont légèrement mieux (+1,0). Au 19e coup, le Mach III chasse la tour noire de c5 : 19.b4?.
Le sacrifice de qualité · 19...Txc3!
Une tour vaut plus qu'un cavalier : on appelle « qualité » cette différence. Le Forte A la donne volontairement. Stockfish confirme que c'est le seul bon coup : après un retrait de la tour, les blancs seraient nettement mieux (+1,8 à +2,0) ; après 19...Txc3, ce sont les noirs (−1,7). Parce qu'après 20.Txc3, le cavalier noir bondit en e4 : 20...Ce4 attaque à la fois la tour c3 et le fou g5. Le Mach III prend le fou noir, 21.Fxe7, mais 21...Cxc3 reprend la tour, et le cavalier attaque maintenant la dame b1 et la tour d1.
La chasse au roi. Après 22.Db3 Tc8 23.Fc5 Cxd1 24.Dxd1, les noirs ont rendu la qualité avec intérêts : une tour contre un fou. Le Forte A ouvre la colonne a (24...a5, 25...axb4) et gagne un pion de plus. Au 27e coup, après 27.Fd6, Stockfish annonce un mat en dix coups à partir de 27...De2!, et le Forte A trouve la suite. La dame et la tour envahissent les deux dernières rangées, le roi blanc doit sortir de son abri et traverse tout l'échiquier jusqu'en f6, où il est maté. Tout est parti d'une tour donnée au 19e coup.
1.d4 d5 2.c4 c6 3.cxd5 cxd5 4.Ff4 Cc6 5.e3 Cf6 6.Cc3 Ff5 7.Cf3 e6 8.Fb5 Fe7 9.Fxc6+ bxc6 10.O-O O-O 11.Ch4 c5 12.Cxf5 exf5 13.dxc5 Fxc5 14.Dd3 Dd7 15.Tac1 Tac8 16.Tfd1 Tfd8 17.Fg5 Fe7 18.Db1 Tc5 19.b4 Txc3 20.Txc3 Ce4 21.Fxe7 Cxc3 22.Db3 Tc8 23.Fc5 Cxd1 24.Dxd1 a5 25.Dd4 axb4 26.f3 Db5 27.Fd6 De2 28.Da1 Tc2 29.Df1 Dxe3+ 30.Rh1 Tc1 31.h4 Txf1+ 32.Rh2 Df2 33.Fg3 Dg1+ 34.Rh3 Dh1+ 35.Fh2 Tf2 36.Rg3 Txg2+ 37.Rf4 Dxh2+ 38.Rxf5 g6+ 39.Rf6 Dd6# 0–1
En résumé
Passer le 65C02 du Forte A de 5 à 91 MHz, sans toucher une ligne de son programme, lui fait gagner 254 Elo sur 262 parties : il double son score contre les mêmes adversaires (de 28 à 57 %) et bat désormais des machines bien plus récentes, comme le Saitek RISC 2500. Le gain est toutefois moins fort que celui du Par Excellence accéléré, et quelques adversaires, le Mach IV en tête, restent hors de portée. À 6 demi-coups de profondeur, le Forte A trouve désormais des combinaisons comme 15...Dg3!, 37.Th7+!! ou 19...Txc3!, que Stockfish confirme.
Sources
Chess Programming Wiki — Novag Forte (Constellation Forte A en 1986, David Kittinger)
MAME — pilote novag/cforte.cpp (R65C02 à 5 MHz, quartz 10 MHz, 64 Ko de ROM, 4 Ko de RAM, versions A et B)
Fidelity Par Excellence 73 MHz : le choc des cadences
Performance Elo, tournois maison (cotes et fiches des deux versions du Forte A)
Laboratoire CB-Emu · chess.lumn.eu · gauntlet en échelle du 3 au 5 octobre 2026 (262 parties, cadence 60 coups en 15 minutes), parties vérifiées avec Stockfish 16.
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5 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire · émulation · octobre 2026
Fritz 1, 2 et 3 sur 486DX 33 MHz : trois générations mesurées
Les trois premiers Fritz, sortis entre 1991 et 1994, jouent de nouveau, dans leur programme DOS d’origine, sur un PC 486DX 33 MHz émulé. Chacun a joué 150 parties contre les mêmes adversaires. Fritz 3 se détache nettement ; entre Fritz 1 et Fritz 2, l’écart est plus mince que ne le disait la liste suédoise de l’époque.
2122Fritz 1 · 150 parties · ±16
2171Fritz 2 · 150 parties · ±16
2252Fritz 3 · 150 parties · ±16
+130de Fritz 1 à Fritz 3, sur le même 486DX 33 MHz
Des émulations, pas des moteurs natifs
Ces trois Fritz ne sont pas des moteurs UCI réécrits ou recompilés. C’est le programme DOS d’origine, avec son interface, son échiquier et son livre d’ouvertures, qui tourne sur un PC émulé : un 486DX à 33 MHz sous MS-DOS 6.22. Un relais tape au clavier les coups de l’adversaire, lit à l’écran le coup joué par Fritz et gère la pendule. Vu de l’extérieur, chaque Fritz se présente comme un moteur UCI ordinaire, que l’on déclare dans cutechess ou Banksia comme n’importe quel autre. La vitesse du 486 émulé est étalonnée pour correspondre à celle d’un vrai 486DX 33 MHz.
L’image en tête d’article montre Fritz 3 sur le PC émulé, dans une Sicilienne Najdorf jouée par son livre d’ouvertures : c’est l’écran que le relais lit pour connaître le coup de Fritz.
Le fil de l’histoire
Novembre 1991
Fritz 1, le premier programme de jeu de ChessBase
ChessBase demande au programmeur néerlandais Frans Morsch d’écrire un programme de jeu. Il adapte son programme Quest. Le produit sort sous le nom de Fritz, et de Knightstalker aux États-Unis. Mathias Feist participe au portage sous DOS, puis sous Windows.
1992
Fritz 2
Fritz 2 prend part au championnat du monde des ordinateurs d’échecs de Madrid, remporté par la ChessMachine avec Gideon.
Mai 1994 · Munich
Fritz 3 à égalité avec Kasparov
Au tournoi de blitz Intel Express de Munich, l’un des plus forts de l’histoire (17 grands maîtres), Fritz 3 termine premier à égalité avec Garry Kasparov. Il bat en chemin Anand, Gelfand, Kramnik, Short et Kasparov lui-même. Kasparov remporte le départage.
1995 · Hong Kong
Champion du monde
Fritz 3 remporte le championnat du monde des ordinateurs d’échecs devant une première version de Deep Blue. C’est la première fois qu’un programme tournant sur un micro-ordinateur grand public bat les gros calculateurs.
Le protocole
Les trois Fritz ont été mesurés de la même façon, chacun par un gauntlet « en échelle » sous cutechess-cli :
Adversaires : les machines dédiées émulées par CB-Emu, à cote fixe, puis, au-dessus du Mephisto Genius 68030 London, deux moteurs PC (Rebel 6.0 et Nimzo 8). Les quatorze adversaires sont les mêmes pour les trois Fritz.
Échelle : 10 parties contre chaque adversaire, en partant du Novag Zircon II et en remontant la liste, jusqu’à deux adversaires de suite à 10 % ou moins. Les adversaires entre 20 et 80 % rejouent ensuite jusqu’à 150 parties en tout.
Cadence : 60 coups en 15 minutes, renouvelable, soit 15 secondes par coup en moyenne. Quatre parties à la fois.
Livres : chacun joue le sien, celui du programme DOS pour Fritz, celui de la ROM pour les machines dédiées.
Cote : calculée par Ordo avec l’ensemble des parties du laboratoire, comme pour tous les moteurs du classement.
Les résultats
Moteur
Elo
±
Parties
Score
+ / = / −
Nulles
Fritz 3 486DX 33MHz
2252
16
150
63,0 %
83 / 23 / 44
15 %
Fritz 2 486DX 33MHz
2171
16
150
48,0 %
62 / 20 / 68
13 %
Fritz 1 486DX 33MHz
2122
16
150
42,3 %
48 / 31 / 71
21 %
Dans le classement du laboratoire, Fritz 3 se place entre Fritz 1 sur Pentium 90 (2264) et Fruit 2.1 sur 68040 à 40 MHz (2240). Fritz 2 côtoie le Saitek Sparc (2165) ; Fritz 1 est au niveau du Mephisto Berlin 68000 (2120) et de la Fidelity Elite Avantgarde V9 (2125).
Face aux mêmes adversaires
Les trois programmes ont rencontré exactement les mêmes quatorze adversaires, ce qui permet de les comparer ligne à ligne. Ils ne se sont pas encore affrontés directement : ce sera fait dans le tournoi toutes rondes des moteurs émulés, en cours.
Adversaire
Cote
Fritz 1
Fritz 2
Fritz 3
Nimzo 8 UCI py (PC)
2744
0,5/10
0/10
0/10
Rebel 6.0 (PC)
2674
0/10
0/10
0/10
Mephisto Genius 68030 London
2363
3,5/11
2,5/11
5/12
Mephisto Berlin Pro 68020
2315
2,5/11
3/11
7/11
Mephisto RISC II
2228
3/11
4,5/11
8/11
Saitek RISC 2500 v1.04
2180
6,5/11
6/11
8/11
Saitek Sparc
2165
4/11
4/11
7/11
Fidelity Elite Avantgarde V9
2125
5/11
5,5/11
8/11
Mephisto Berlin 68000
2120
3,5/11
7,5/11
8,5/10
Novag Sapphire
2101
3,5/11
7,5/11
7,5/12
Fidelity Designer Mach IV
2079
6/11
8/10
8,5/10
Fidelity Designer Mach III
2029
8,5/11
6,5/11
9/10
Novag Zircon II
1966
9/10
8,5/10
9,5/10
Mephisto Mondial 68000 XL
1964
8/10
8,5/11
8,5/11
Fritz 3 fait mieux que ses deux prédécesseurs contre presque tous les adversaires. Il bat nettement le Mephisto Berlin Pro 68020 (7 sur 11) et le Mephisto RISC II (8 sur 11), contre lesquels Fritz 1 et Fritz 2 perdent largement. Seul le Mephisto Genius 68030 London lui résiste (5 sur 12).
Fritz 2 et Fritz 1 sont proches, mais pas de la même façon. Fritz 2 l’emporte nettement contre le Mephisto Berlin 68000 et le Novag Sapphire (7,5 sur 11 contre 3,5 chacun) et contre le Mach IV. Fritz 1 fait mieux contre le Mach III (8,5 contre 6,5) et le Genius 68030.
Les moteurs PC restent hors de portée : Rebel 6.0 gagne ses 30 parties contre les trois Fritz, Nimzo 8 en gagne 29 et concède une seule nulle, à Fritz 1.
Fritz 1 fait plus de nulles (21 %) que ses successeurs (13 et 15 %).
Comparaison avec la liste suédoise
La liste de la SSDF (Swedish Chess Computer Association) mesurait à l’époque les programmes du commerce sur leur matériel, à la cadence de tournoi. Sa liste du 6 janvier 1996 donne :
Programme
Matériel SSDF
SSDF
±
Parties SSDF
Labo (486/33)
Écart
Fritz 1.0
486/33 MHz
2042
48
215
2122
+80
Fritz 2.0
486/33 MHz
2137
31
527
2171
+34
Fritz 3.0
486/50-66 MHz
2264
25
801
2252
−12
Fritz 3.0
Pentium 90 MHz
2370
33
455
—
—
2000
2100
2200
2300
2400
2122
2042
Fritz 1
labo 486/33 · SSDF 486/33
2171
2137
Fritz 2
labo 486/33 · SSDF 486/33
2252
2264
Fritz 3
labo 486/33 · SSDF 486/50-66
Laboratoire (2026, 486DX 33 MHz émulé, 150 parties)
SSDF (liste du 6 janvier 1996)
Cotes du laboratoire et de la SSDF pour les trois Fritz. Pour Fritz 3, la SSDF ne donne pas de cote sur 486/33 : la barre SSDF correspond à un 486 plus rapide, à 50 ou 66 MHz.
L’ordre des trois programmes est le même dans les deux listes. Pour savoir si les deux échelles se correspondent, on peut comparer les machines dédiées présentes des deux côtés : le Mephisto Berlin 68000 (2120 au labo, 2121 à la SSDF), le Saitek RISC 2500 (2180 et 2195) et le Mephisto Genius 68030 (2363 et 2304). Les deux échelles coïncident à quelques dizaines de points près, avec un léger avantage pour le labo.
Deux différences ressortent toutefois :
Fritz 3 est mesuré ici sur un 486 à 33 MHz, plus lent que le 486/50-66 de la SSDF, et obtient tout de même une cote quasi identique (2252 contre 2264), 12 points en dessous seulement. À matériel égal — sur un 486/33 des deux côtés — la cote SSDF serait plus basse, et le labo repasserait vraisemblablement devant.
Entre Fritz 1 et Fritz 2, la SSDF voyait 95 points d’écart ; le labo n’en trouve que 49. La cote SSDF de Fritz 1 ne reposait que sur 215 parties (±48).
Ce qui peut expliquer les écarts
La SSDF jouait à la cadence de tournoi, 40 coups en 2 heures, soit environ 3 minutes par coup. Le laboratoire joue à 15 secondes par coup. Les cotes sont relatives aux adversaires rencontrés : si les programmes PC des années 1990 souffrent moins que les machines dédiées d’une réflexion courte, ils remontent dans le classement. Les marges d’erreur (±16 ici, ±25 à ±48 à la SSDF) couvrent une partie des écarts.
À venir
Les trois Fritz existent aussi sur Pentium 90 MHz. Le Pentium émulé par MAME ne tournait qu’à la moitié de la vitesse réelle ; une nouvelle version, émulée par QEMU, tient maintenant le temps réel et sera mesurée à son tour. La SSDF donne 2370 à Fritz 3 sur Pentium 90 : ce sera le prochain point de comparaison.
Sources
The Swedish Ratinglist, version longue, 6 janvier 1996 (rec.games.chess.computer)
Thirty years! Happy Birthday Fritz (2), ChessBase
Fritz (chess), Wikipedia
Performance Elo, tournois maison : détail des parties de chaque Fritz
chess.lumn.eu · laboratoire · octobre 2026
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4 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire · émulation · octobre 2026
TASC ChessMachine : The King et Gideon redeviennent des moteurs
En 1992, une carte enfichable dans un PC devenait championne du monde des ordinateurs d’échecs à Madrid. Ses deux programmes, Gideon d’Ed Schröder et The King de Johan de Koning, jouent de nouveau, en UCI, sur leur processeur ARM d’origine émulé, à 14 et à 32 MHz.
4machines : The King 2.54 et Gideon 3.1, chacun à 14 et à 32 MHz
0divergence avec MAME, à l’octet près, au chargement comme en réflexion
≈ 47 000positions dans le livre d’ouvertures d’origine, joué comme le faisait le logiciel TASC
100 MHzpour la version accélérée de Gideon sur le Ryzen 9
Un ordinateur d’échecs dans le PC
La ChessMachine a été conçue par la société néerlandaise TASC, installée à Rotterdam. Elle se présente comme une courte carte ISA qui s’enfiche dans un PC. Le PC ne calcule rien : il affiche l’échiquier, gère la souris, les menus, les parties et le livre d’ouvertures. Le programme d’échecs, lui, est chargé depuis le disque dans la mémoire de la carte et tourne sur son propre processeur, un ARM2 de 32 bits. Les revues de l’époque parlaient d’un « ordinateur dans l’ordinateur » : un vieux PC XT jouait aussi fort qu’un PC récent.
La carte n’avait pas de ROM d’échecs. Une nouvelle version du programme arrivait sur disquette, et non par échange d’EPROM. Elle existait avec 128 Ko, 512 Ko ou 1 Mo de mémoire, et en plusieurs fréquences : 14 ou 16 MHz pour les versions courantes, 30 ou 32 MHz pour les plus rapides, plus rares. Les prix allaient de 798 à 1198 DM.
L’image en tête d’article montre le logiciel TASC d’origine (CM 3.1) sur un PC 486 émulé par MAME. En bas de l’écran, les lignes d’analyse envoyées par la carte : profondeur, évaluation, variante. C’est cet affichage qui a servi à vérifier l’émulateur du laboratoire.
Le fil de l’histoire
Les débuts
La Final ChessCard
La carte précédente de TASC, à processeur 65C02 à 5 MHz, faisait tourner Rebel d’Ed Schröder. La ChessMachine reprend l’idée avec un processeur RISC.
Mai 1991 · Vancouver
Gideon champion du monde des micro-ordinateurs
Au championnat du monde des micro-ordinateurs (WMCCC), Gideon termine premier avec 6 points sur 7, sur un ARM2. Il ne perd qu’une partie, à la dernière ronde, contre Mephisto X. The King, de Johan de Koning, est 4e ex æquo avec 5 points, après avoir battu Mephisto. Quinze programmes de sept pays participaient.
La même année, Dr John Nunn estime la ChessMachine entre 2470 et 2500 Elo en parties rapides (CSS 5/91).
23–27 novembre 1992 · Madrid
Champion du monde toutes catégories
Au championnat du monde des ordinateurs d’échecs (WCCC), ouvert à toutes les machines, la ChessMachine avec Gideon, sur un ARM2 à 32 MHz, l’emporte avec 4,5 points sur 5 parmi 22 programmes. Zugzwang, qui calculait sur 1024 transputers, finit deuxième. Suivent Cumulus 2, puis Kasparov Sparc, le dernier tournoi de Dan et Kathe Spracklen, et Fritz 2.
Le 11 décembre 1992 sort Gideon 3.1, dite « Madrid ». C’est la version émulée ici ; elle équipe aussi le Mephisto RISC 2.
1993 – 1995
The King prend le relais
The King 2.20, du 23 avril 1993, est identique à celui de l’échiquier TASC R30. The King devient champion des Pays-Bas en 1991, 1993 et 1995. Le 3 décembre 1995 sort The King 2.54, la version émulée ici, qui s’annonce elle-même « The King 2.54 Dutch Champion ». Elle n’est pas identique à la version 2.5 du R30. De 1994 à 2019, le même moteur fera tourner la série Chessmaster, puis les Millennium The King.
Les quatre machines émulées
Les deux programmes sont les dernières versions publiées pour la carte. Ils sont pris tels quels dans le logiciel CM 3.1 de TASC, avec 512 Ko de mémoire. Pour situer leur force, la liste Wiki-Elo de schach-computer.info (décembre 2025) donne :
Machine émuléeProgramme · dateProcesseurCElo actifCElo tournoi
The King 2.54 ChessMachine 14 MHzJohan de Koning · 03/12/1995ARM2 14 MHz2333—
The King 2.54 ChessMachine 32 MHzJohan de Koning · 03/12/1995ARM2 32 MHz2377—
Gideon 3.1 ChessMachine 14 MHzEd Schröder · 11/12/1992ARM2 14 MHz22462236
Gideon 3.1 ChessMachine 32 MHzEd Schröder · 11/12/1992ARM2 32 MHz23872368
Dans la même liste, la ChessMachine à 32 MHz avec Gideon 3.1 est au-dessus des TASC R40 (2375) et R30 (2353), et du Mephisto Genius 68030 (2334). À 14 MHz, Gideon 3.1 vaut le Mephisto RISC 2 (2246), qui fait tourner le même programme, et le Saitek RISC 2500 (2243). Pour The King 2.54 à 14 MHz avec 1 Mo, le test BT-2630 donne 2261 en mode normal et 2314 en mode agressif.
Un écart qui intrigue
Entre 14 et 32 MHz, Gideon 3.1 gagne 141 points dans la liste, The King 2.54 seulement 44. Les machines émulées du laboratoire permettront de vérifier cet écart dans les mêmes conditions pour les deux programmes.
Pourquoi pas QEMU
Le laboratoire préfère QEMU à MAME quand c’est possible. Ici, ça ne l’est pas. L’ARM2 de la carte fonctionne en adressage 26 bits : le compteur ordinal et les indicateurs du processeur partagent le même registre. QEMU n’émule les ARM qu’à partir de l’ARMv4, en mode 32 bits, et ne sait pas exécuter ce code.
Le laboratoire a donc écrit un émulateur propre à la carte, dans le même esprit que QEMU : rapide, sans écran, piloté directement par un relais UCI. Il comprend le processeur ARM2 complet, la mémoire et le port d’échange avec le PC. Le nombre de cycles de chaque instruction suit celui de MAME, de sorte qu’une seconde de réflexion émulée vaut une seconde de la vraie carte.
Vérification
La même séquence a été jouée dans MAME 0.264 et dans l’émulateur du laboratoire, octet par octet : chargement du BIOS de la carte, chargement du programme, attente, puis réflexion. Aucune divergence. La bibliothèque Windows donne le même état mémoire que la version Linux après trois secondes de réflexion.
Comment la carte parle à Banksia
Le relais joue le rôle du pilote PC d’origine. Il charge le BIOS de la carte, pris dans le fichier CARDIO.DRV du logiciel TASC, puis le programme d’échecs. Il dialogue ensuite avec lui par le protocole d’origine : coups, position, temps de réflexion, lignes d’analyse. Il n’y a aucune lecture d’écran.
La pendule. Comme sur la vraie carte, c’est le programme qui gère son temps. Le relais lui donne un temps visé et un temps maximum, et l’émulation est cadencée sur le temps réel. Chaque programme a sa façon d’utiliser ce temps : mesuré, The King en consomme 89 %, Gideon 73 %. Un facteur propre à chacun compense cet écart.
Le livre d’ouvertures. Sur la ChessMachine, le livre n’est pas dans la carte : c’est le logiciel PC qui le joue. Son format n’est pas documenté et a été retrouvé : un arbre de coups, chacun avec une fréquence de 0 à 3 réglée dans l’éditeur de livre de TASC. Le relais joue STANDARD.OBK, le livre de Cock de Gorter utilisé dans les tournois homme-machine AEGON, avec les mêmes fréquences. Les six livres de CM 3.1 se lisent sans un seul coup illégal.
Les nœuds par seconde. La carte n’envoyait pas de nombre de nœuds et le logiciel TASC n’en affichait pas. L’émulateur les compte : chaque entrée dans la routine de recherche du programme compte pour un nœud. Pour Gideon, c’est la routine qui fait avancer son propre compteur interne ; pour The King, ses deux fonctions de recherche.
Premières mesures
Sûreté de jeu
Dix-neuf parties de contrôle contre Stockfish, à cadence fixe ou à la pendule, n’ont donné aucun coup illégal et aucun temps dépassé. Les roques, la prise en passant, les promotions et les sous-promotions sont reconnus.
Trente positions à coup unique
Trente positions tirées de parties, où un seul coup est nettement meilleur selon Stockfish, ont été soumises aux programmes avec 5 secondes par coup :
Programme14 MHz32 MHz
The King 2.5428 / 3029 / 30
Gideon 3.127 / 3028 / 30
Ces positions sont trop faciles pour départager les fréquences. Elles servent ici de contrôle : les programmes trouvent bien les coups qu’ils doivent trouver.
Vitesse et profondeur
Dans une finale de pions, en 3 secondes, Gideon 3.1 calcule 5 111 nœuds par seconde à 14 MHz et 11 731 à 32 MHz. The King 2.54 en calcule 3 437 et 7 853. En milieu de partie, c’est environ 1 700 nœuds par seconde pour Gideon et 1 250 pour The King, à 14 MHz. Le rapport entre 32 et 14 MHz est de 2,3, celui des fréquences. Les deux programmes ne comptent pas exactement de la même façon : on compare un programme à lui-même, pas l’un à l’autre.
Gideon 3.1 : profondeur atteinte en 10 s4812162014 MHz32 MHz150 MHz400 MHzFréquence de l’ARM2 émulé (échelle logarithmique)demi-coups13151719Finale de pions78910Ouverture5678Milieu de partie
Profondeur atteinte par Gideon 3.1 en 10 secondes sur trois positions, de la carte d’origine à 14 MHz jusqu’à 400 MHz. Multiplier la fréquence par 28 rapporte trois demi-coups en ouverture et en milieu de partie, six en finale.
Gideon accéléré
Comme pour les machines dédiées de CB-Emu, Gideon existe aussi en version accélérée. La méthode est la même : on mesure la fréquence maximale que le PC tient avec huit émulations en parallèle, sur neuf tours de 60 secondes, et on en garde une part. La règle des 80 % donnait 89 MHz sur le Ryzen 9 7950X3D ; la version retenue tourne à 100 MHz et s’annonce « Gideon 3.1 ChessMachine 100 MHz ». Elle analyse en continu, et le relais l’arrête à 95 % du temps moyen permis par la pendule.
Sur la machine de développement, Gideon est resté correct jusqu’à 400 MHz : 28 sur 30 aux positions à coup unique, comme à 32 MHz.
À suivre
Les gauntlets des quatre ChessMachine et de Gideon à 100 MHz donneront leurs cotes sur l’échelle du laboratoire. On saura alors si l’émulation retrouve l’ordre de la liste Wiki-Elo, et si l’écart entre 14 et 32 MHz est vraiment trois fois plus grand pour Gideon que pour The King. The King 2.54 rejoindra aussi la comparaison des machines « King » commencée avec le Saitek RISC 2500 à 400 MHz.
Sources
Tasc ChessMachine, schach-computer.info : modèles, prix, dates des versions, BT-2630, revues CSS 3/91, 5/91 et 1/93.
Wiki-Elo-Liste, schach-computer.info, état de décembre 2025.
WCCC 1992 et WMCCC 1991, Chess Programming Wiki.
Gideon, The King et ChessMachine, Chess Programming Wiki.
Tasc B. V., spacious-mind.com : versions et modèles.
Logiciel TASC CM 3.1 : chaînes d’identification des programmes, fichiers CARDIO.DRV et OPENINGS\*.OBK.
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 4 octobre 2026
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3 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire CB-Emu · Accélération d'engine
Saitek RISC 2500 à 400 MHz : le vétéran de 1992 passe la surmultipliée
L'ARM6 du RISC 2500 tournait à 14 MHz en 1992, sous un programme signé Johan de Koning. Rejoué à 400 MHz en émulation MAME — même ROM, même livre, seule l'horloge change — il gagne 260 points Elo et vient inquiéter des machines 68030 bien plus récentes.
Le RISC 2500, pour mémoire
Le Saitek Kasparov RISC 2500 (1992) est l'un des premiers dédiés grand public à processeur RISC : un ARM6 32 bits cadencé à 14 MHz, avec une table de transposition et 128 Ko de RAM rapide. Son programme est l'œuvre de Johan de Koning — le père de The King, le moteur qui animera plus tard les Chessmaster. Autant dire un logiciel déjà très abouti pour l'époque, bien plus moderne qu'un Sargon des années 1980.
Dans le classement du laboratoire, la version d'origine se situe à :
Cote Ordo2180 ± 9
Échantillon471 parties
MatérielARM6 @ 14,2 MHz
L'accélération : ce qui change, ce qui ne change pas
Le protocole CB-Emu ne touche ni à la ROM, ni au livre, ni au programme : la carte du RISC 2500 tourne telle quelle dans MAME, pilotée en UCI. On ne modifie qu'une chose, la fréquence d'horloge de l'ARM émulé, portée de 14,2 à 400 MHz — un facteur ×28. Le moteur de Johan de Koning explore donc exactement le même arbre, avec la même évaluation, mais 28 fois plus loin dans le même temps.
Résultats : 14 MHz contre 400 MHz
VersionMatérielCote OrdoParties
Saitek RISC 2500 (origine)ARM6 @ 14,2 MHz2180 ± 9471
Saitek RISC 2500 400 MHzARM6 @ 400 MHz (×28)2440 ± 19100
Soit un gain de +260 Elo pour la seule vitesse. La version accélérée dépasse ainsi le Mephisto Berlin Pro 68020 et talonne le Mephisto Genius 68030, des machines pourtant plus récentes.
Point de repère : le wiki schach-computer.info cote le RISC 2500 d'origine à 2242 (CElo) — très proche des 2180 du laboratoire, ce qui conforte la calibration. Et il référence aussi un RISC 2500 physiquement overclocké à 40 MHz, à 2420 : la mesure émulée du laboratoire prolonge donc une réalité déjà documentée. Voir la comparaison « The King » plus bas.
Le détail du gauntlet (adversaires à cote fixe, par cote croissante) :
AdversaireCoteScore%
Mephisto RISC II222810 / 10100
Saitek RISC 2500 (origine)218022,5 / 2783
Mephisto Berlin Pro 68020231518,5 / 2671
Mephisto Genius 68030 London236314 / 2752
Rebel 6.0 (Ryzen, 1 thread)26741 / 1010
Total—66 / 10066
The King : un moteur, trente ans de machines
Le RISC 2500 ne fait pas tourner « un programme de de Koning » quelconque : il fait tourner The King 1.99, une version précise d'un moteur qui a équipé des machines dédiées de 1991 à aujourd'hui — et toute la série Chessmaster sur PC. Accélérer le RISC 2500 revient donc à poser une question très concrète : que donne The King quand on lui donne plus de vitesse ? Et comme The King a réellement tourné sur toute une gamme de matériels, on peut confronter la mesure émulée à la réalité.
Toutes ces machines sur une même échelle (le CElo du wiki schach-computer.info) :
MachineThe KingMatérielAnnéeCElo
TASC ChessMachineKing (carte PC)ARM21991—
Saitek RISC 25001.99ARM2 · 14 MHz19922242
Mephisto Montreux2.01ARM6 · 14 MHz19952259
TASC R302.2 / 2.5ARM6 · 30 MHz1993~2365
TASC R402.5ARM6 · 40 MHz19942405
RISC 2500 overclocké (réel)1.99ARM2 · 40 MHz—2420
Millennium The King Element2.5Cortex-M7 · 50 MHz20182439
Millennium The King Performance2.5Cortex-M7 · 300 MHz2019~2500
RISC 2500 émulé (laboratoire)1.99ARM2 émulé · 400 MHz2026~2502
Note d'échelle : les figures du laboratoire sont en Ordo, celles du wiki en CElo. Les deux sont ancrées par la même machine — le RISC 2500 d'origine vaut 2180 (Ordo) et 2242 (CElo), soit un écart d'environ +62. Les 2440 Ordo de la version émulée à 400 MHz correspondent donc à environ 2502 CElo.
2026-10-03T18:47:47.505246
image/svg+xml
Matplotlib v3.10.9, https://matplotlib.org/
10
14
20
30
40
50
100
200
400
Fréquence d'horloge (MHz — échelle logarithmique)
2200
2250
2300
2350
2400
2450
2500
Cote (échelle CElo)
RISC 2500 · 2242
Montreux · 2259
TASC R30 · ~2365
TASC R40 · 2405
RISC 2500 overclock 40 MHz · 2420
émulé 400 MHz · 2502
point de départ
(= RISC 2500 d'origine)
King Element (M7 50 MHz) · 2439
King Performance (M7 300 MHz) · 2500
+178 Elo
(×2,8 : 14→40 MHz)
+44 Elo
(×10 : 40→400 MHz)
The King : la force selon la fréquence d'horloge
Machines « King » réelles (cœur ARM)
RISC 2500 émulé (labo, King 1.99)
The King sur cœur ARM : la cote grimpe vite jusqu'à ~40 MHz, puis plafonne. Les points bruns sont des machines réelles ; la trajectoire rouge est le RISC 2500 émulé par le laboratoire, de son horloge d'origine à 400 MHz. Les lignes pointillées marquent le plafond atteint par The King sur matériel moderne (ARM Cortex-M7).
Trois enseignements se dégagent.
1. La courbe plafonne. Passer de 14 à 40 MHz fait gagner près de +180 Elo ; passer ensuite de 40 à 400 MHz (×10 !) n'en rapporte plus qu'une quarantaine. Au-delà de quelques dizaines de MHz, c'est la profondeur de recherche du moteur de 1992 — pas l'horloge — qui fixe le plafond.
2. L'émulation reproduit la réalité. Le RISC 2500 réellement overclocké à 40 MHz (2420) tombe pile sur le TASC R40 (2405), lui aussi à 40 MHz. Et la version émulée à 400 MHz (~2502) atterrit exactement dans la zone des King sur matériel moderne — entre le King Element (2439) et le King Performance (2500). La méthode CB-Emu ne fabrique donc pas une force artificielle : elle retrouve, par la seule horloge, le niveau que The King atteint sur du vrai silicium rapide.
3. La version du moteur compte peu, à horloge égale. À 14 MHz, le Montreux (King 2.01) ne devance le RISC 2500 (King 1.99) que de 17 points ; à 40 MHz, le RISC 2500 overclocké (King 1.99, 2420) fait jeu égal avec le TASC R40 (King 2.5, 2405). Les versions ultérieures de The King ont surtout affiné le style — la 2.5 est plus positionnelle, moins sacrificielle — plus qu'elles n'ont ajouté de la force brute. C'est d'ailleurs la 1.99, la plus ancienne et la plus mordante, que le laboratoire accélère : d'où les parties très tactiques qui suivent.
À titre de comparaison, le même gain d'accélération profite moins au RISC 2500 (+260 Elo pour ×28) qu'au Fidelity Par Excellence (+356 Elo pour ×14,6) : le Par Excellence est un Sargon de 1986, qui cherche peu et voit mal, et chaque pli supplémentaire y change tout ; The King, lui, était déjà en 1992 un moteur profond et bien élagué, plus avancé sur la courbe des rendements décroissants. Sur PC, ce même moteur a d'ailleurs continué de grimper — jusqu'à plus de 2700 points SSDF avec les dernières éditions de Chessmaster — mais en profitant surtout de processeurs des centaines de fois plus rapides que l'ARM de 1992.
Trois parties spectaculaires
Commentées simplement, coup après coup, avec un diagramme à chaque étape. Les combinaisons ont été vérifiées au moteur (Stockfish 16, profondeur 18–20) : ce ne sont pas des cadeaux de l'adversaire, mais des suites gagnantes.
1. La chasse au roi contre le Genius
Saitek RISC 2500 400 MHz (Blancs) — Mephisto Genius 68030 London (Noirs) · gauntlet CB-Emu, 2026 · Défense slave · 1–0 en 30 coups
Le plus bel exploit du test : le RISC 2500 accéléré bat la machine la mieux cotée du gauntlet (le Genius, 2363) en trente coups.
Dès l'ouverture, le Genius se jette sur les pions blancs. 6…Dxd4, 7…Dxe4+, puis 9…Dxg2 et 10…Dxh1 : en quelques coups, les Noirs raflent deux pions et une tour.
Après 10…Dxh1. Le Genius a une tour de plus — mais sa dame est prisonnière dans le coin, et son roi toujours coincé au centre. Stockfish préfère déjà les Blancs.
Le RISC 2500 ne reprend pas le matériel : il attaque. 11.O-O-O, 13.Dd8+ Rf7, 15.Df8+ Rg6 — le roi noir est débusqué. 17.Dxa8 récupère une tour au passage.
Puis la chasse s'emballe : 19.Tg1+ Rh6, 20.Ff4+ Rh5, 21.Cg3+ Rg4.
21…Rg4. Le roi noir se retrouve en plein milieu de l'échiquier, au 21ᵉ coup.
Plus aucun refuge. 22.Fxf5+ Dxf5 23.Cxf5+ Rxf5 24.Fd6 : le roi poursuit sa marche forcée. 25.Te1+ Rxd6 26.Dd8+ Rc5.
Le roi arrive en c5, à l'autre bout du plateau.
27.Te4 Rb4 28.c5+ Rxc5 29.a4 b5 30.Dd4# !
Mat. Parti de g8, le roi noir est maté en c5 : il aura traversé tout l'échiquier.
1.d4 d5 2.c4 e6 3.Nc3 c6 4.e4 dxe4 5.Nxe4 Bb4+ 6.Bd2 Qxd4 7.Bxb4 Qxe4+ 8.Be2 Na6 9.Bd6 Qxg2 10.Qd2 Qxh1 11.O-O-O e5 12.Bxe5 f6 13.Qd8+ Kf7 14.Bd6 Qe4 15.Qf8+ Kg6 16.Bd3 Bf5 17.Qxa8 Qe6 18.Ne2 Qd7 19.Rg1+ Kh6 20.Bf4+ Kh5 21.Ng3+ Kg4 22.Bxf5+ Qxf5 23.Nxf5+ Kxf5 24.Bd6 Ke6 25.Re1+ Kxd6 26.Qd8+ Kc5 27.Re4 Kb4 28.c5+ Kxc5 29.a4 b5 30.Qd4#
2. Longue manœuvre, fin tranchante
Saitek RISC 2500 400 MHz (Blancs) — Mephisto Berlin Pro 68020 (Noirs) · gauntlet CB-Emu, 2026 · Gambit Dame · 1–0 en 44 coups
Pas de feu d'artifice d'entrée : une longue manœuvre où les Blancs grignotent patiemment l'avantage, puis une conclusion d'une grande netteté.
Au 37ᵉ coup, la position craque. 37.Fxe6+ Rxe6 attire le roi noir au centre.
37…Rxe6. Le roi est sorti de son abri.
38.Td6+ ! — sacrifice de tour. 38…cxd6 39.Dxd6+ Rf5.
39…Rf5. Comme dans la partie précédente, le roi est tiré vers le centre.
40.Df8+ Df7 41.Dxf7+ Rg5 42.Fc1+ Rg4 43.Td4+ Rh3.
43…Rh3. Le roi est acculé dans le coin.
44.Th4# !
Mat, au bout de la chasse.
1.d4 Nf6 2.c4 e6 3.Nf3 d5 4.e3 b6 5.a3 Bb7 6.b4 Be7 7.Bb2 O-O 8.c5 Nc6 9.b5 Nb8 10.c6 Bc8 11.Bd3 a6 12.Qa4 Bd6 13.Nc3 Ng4 14.O-O f5 15.Ne2 Nf6 16.Rad1 Ne4 17.Rc1 Rf7 18.Rfd1 Qe7 19.Nc3 Rf6 20.Be2 Rg6 21.Rc2 Qf6 22.Nxe4 fxe4 23.Ne5 Bxe5 24.dxe5 Qg5 25.Bf1 Qg4 26.Rcd2 Rg5 27.Qb4 Kf7 28.a4 a5 29.Qa3 Rf5 30.g3 Qh5 31.Bg2 Qh6 32.Bxe4 Rh5 33.Bg2 Rxh2 34.e4 Qh5 35.exd5 exd5 36.Bxd5+ Be6 37.Bxe6+ Kxe6 38.Rd6+ cxd6 39.Qxd6+ Kf5 40.Qf8+ Qf7 41.Qxf7+ Kg5 42.Bc1+ Kg4 43.Rd4+ Kh3 44.Rh4#
3. Le duel des deux versions
Saitek RISC 2500 400 MHz (Blancs) — Saitek RISC 2500 v1.04 d'origine (Noirs) · gauntlet CB-Emu, 2026 · Anglaise · 1–0 en 47 coups
La partie symbole de l'article : le RISC 2500 accéléré affronte… le RISC 2500 d'origine. Même programme, même livre — seule l'horloge diffère (400 MHz contre 14 MHz). Sur tout le gauntlet, la version rapide a dominé sa jumelle 19 victoires, 7 nulles, 1 défaite (83 %). En voici une illustration.
Les deux moteurs se connaissent par cœur : la partie reste équilibrée jusqu'au milieu de jeu. Puis la version 400 MHz, qui voit plus loin, ouvre le centre. 24.e5 Fxf3 25.Dxf3.
Après 25.Dxf3. Le centre s'ouvre à l'avantage des Blancs.
26.Cxd6 Txd6 27.Te2, puis 28.exf6 : un pion blanc s'installe en f6, comme une lame dans la position noire.
28.exf6. Ce pion va coûter cher aux Noirs.
La version lente ne trouve pas la parade. Les Blancs se créent un second pion passé : 36.c6.
Deux pions passés, c6 et f6 : la version d'origine est débordée.
La fin est nette : 37.Tb7, 41.Tb8+, et 47.Txd8#.
Mat. La version accélérée a mené sa jumelle d'origine au tapis.
1.c4 e5 2.Nc3 Nf6 3.Nf3 Nc6 4.e4 Bb4 5.d3 d6 6.a3 Bc5 7.b4 Bb6 8.Be3 Bxe3 9.fxe3 O-O 10.Be2 Ng4 11.Qd2 Be6 12.O-O Re8 13.d4 Bd7 14.b5 Na5 15.Rab1 b6 16.Bd3 c6 17.Rfc1 exd4 18.exd4 Qe7 19.bxc6 Bxc6 20.Re1 Rac8 21.Qf4 Nf6 22.Rb4 Bb7 23.Nb5 Rcd8 24.e5 Bxf3 25.Qxf3 a6 26.Nxd6 Rxd6 27.Re2 Rdd8 28.exf6 Qd6 29.c5 bxc5 30.Qf5 g6 31.Qxc5 Qxc5 32.dxc5 Rxe2 33.Bxe2 Nc6 34.Rb6 Nd4 35.Bxa6 Ne6 36.c6 Kf8 37.Rb7 Rd1+ 38.Kf2 Rd2+ 39.Kg3 Ke8 40.Bc4 Rc2 41.Rb8+ Nd8 42.Bb5 Rc3+ 43.Kh4 Rc4+ 44.Bxc4 h6 45.g4 h5 46.g5 Kf8 47.Rxd8#
En résumé
En ne changeant que la fréquence de son ARM — de 14 à 400 MHz — le RISC 2500 de Johan de Koning gagne 260 points Elo et passe de 2180 à 2440, de quoi inquiéter des machines 68030 bien plus récentes. Le gain est réel mais mesuré : un bon programme de 1992 est déjà loin sur la courbe des rendements. Et, mis face à lui-même, le vétéran accéléré écrase sa version d'origine 83 % du temps — l'illustration la plus directe de ce que vaut, aux échecs, le simple fait de voir plus loin.
Sources
Chess Programming Wiki — RISC 2500 (ARM6 14 MHz, programme de Johan de Koning, 1992)
schachcomputer.info — liste Elo active (RISC 2500 d'origine : 2242, 673 parties)
chess.lumn.eu — Fidelity Par Excellence à 73 MHz (comparaison des gains d'accélération)
Laboratoire CB-Emu · chess.lumn.eu · gauntlet de 100 parties, parties vérifiées avec Stockfish 16 (profondeur 18–20).
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3 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire CB-Emu · Accélération d'engine
Fidelity Par Excellence à 73 MHz : le Sargon de 1986 change de braquet
Un 65C02 cadencé à 5 MHz en 1986, rejoué à 73 MHz sous émulation MAME — même ROM, même livre, même logique de jeu, seulement l'horloge qui change. Résultat : près de 350 points Elo gagnés et un adversaire qui bat désormais des machines qu'il n'aurait jamais dû approcher.
Le Par Excellence, pour mémoire
Le Fidelity Par Excellence (modèle 6083, commercialisé à partir de 1986) fait partie de la dernière génération de dédiés Fidelity bâtie autour d'un 65C02 et d'un moteur dérivé de Sargon, écrit par Dan et Kathe Spracklen — le même couple qui avait fondé la lignée Sargon puis rejoint Fidelity pour enchaîner Excellence, Par Excellence et Elite Avant Garde. Fidelity annonçait une force de 2100 USCF ; la Swedish Chess Computer Association (SSDF), plus sévère comme toujours, l'avait mesuré autour de 1835. Le tout tournait sur un 65C02 à 5 MHz, une fréquence modeste même pour l'époque — déjà dépassée en 1986 par les Mephisto et Saitek à base de 68000 ou de Rockwell 65C02 plus rapides.
Dans le classement du laboratoire, la version non accélérée (Fidelity Par Excellence (B), 65C02 5 MHz) se situe à :
Cote Ordo1739 ± 10
Échantillon333 parties
Matériel65C02 @ 5 MHz
L'accélération : ce qui change, ce qui ne change pas
Le protocole CB-Emu n'altère ni la ROM, ni le livre d'ouvertures, ni un seul octet du code du Par Excellence : la carte mère du 6083 tourne telle quelle dans MAME, pilotée en UCI par le pont dos_uci/échiquier habituel du laboratoire. La seule variable modifiée est la fréquence d'horloge du 65C02 émulé, portée de 5 à 73 MHz — soit un facteur ×14,6. Le programme explore donc la même arborescence, avec la même évaluation et la même heuristique de 1986, simplement 14,6 fois plus profondément dans le même temps de réflexion.
Pourquoi 73 MHz précisément ? C'est la fréquence calibrée pour ce modèle dans l'échelle CB-Emu du laboratoire (le facteur d'accélération diffère d'une machine à l'autre selon la marge de stabilité du cœur émulé) — un détail de calibration plus qu'un choix arbitraire.
Résultats comparés : 5 MHz contre 73 MHz
VersionMatérielCote OrdoParties
Fidelity Par Excellence (B)65C02 @ 5 MHz (origine)1739 ± 10333
Fidelity Par Excellence (B) 73 MHz65C02 @ 73 MHz (accéléré ×14,6)2090 ± 12257
Soit un gain net de +351 Elo pour la seule vitesse d'horloge. Le détail du gauntlet de la version accélérée (classement par cote d'adversaire croissante) :
AdversaireCoteScore%PerfSaitek Simultano (ver. B)17577.5 / 1075 %1948Novag Constellation Forte A180310.0 / 10100 %2332Fidelity Designer 210017948.0 / 1080 %2035Mephisto MM IV (v7.10)18028.5 / 1085 %2103Mephisto MM V (v5.1)18347.0 / 1070 %1981Saitek Turbo King II (D+)18189.5 / 1095 %2330Mephisto Modena (set 3)18387.5 / 1075 %2029Saitek Corona II (ver. D+)185610.0 / 10100 %2385Novag Super Expert C v3.618866.5 / 1159 %1950Novag Super Forte C v3.618849.0 / 1090 %2266Saitek Maestro D++19137.0 / 1070 %2060Mephisto Nigel Short19569.0 / 1090 %2338Saitek President19209.5 / 1095 %2432Novag Zircon II19666.0 / 1155 %1998Mephisto Mondial 68000 XL19647.0 / 1164 %2061Fidelity Designer Mach III20297.0 / 1164 %2126Fidelity Designer Mach IV20796.5 / 1065 %2187Novag Sapphire21013.5 / 1035 %1993Fidelity Elite Avantgarde V921253.0 / 1030 %1978Mephisto Berlin 68000 v0.0321205.5 / 1150 %2120Saitek Sparc (rev.518)21653.0 / 1030 %2018Novag Star Diamond (v1.04)22260.5 / 150 %2226Saitek RISC 2500 v1.0421804.0 / 1136 %2083Mephisto RISC II22283.5 / 1035 %2120Mephisto Berlin Pro 6802023151.5 / 1015 %2014Mephisto Genius 68030 London23630.0 / 100 %1834
Cote sur l'échelle du gauntlet : 2102 ± 25 (257 parties, adversaires à cote fixe).
La cote finale se stabilise autour de 2100 Elo — un Par Excellence qui, en passant de 5 à 73 MHz, quitte la cave des machines sous les 1800 points pour s'installer dans le peloton des meilleurs dédiés 8 et 16 bits jamais mesurés par le laboratoire, à hauteur d'un Mephisto Nigel Short ou d'un Saitek President.
Un gain hors de proportion avec la vitesse
351 points Elo pour un facteur ×14,6 en vitesse, c'est considérable — bien plus que ce qu'on observe en général sur des moteurs modernes, où chaque doublement de la vitesse de recherche ne rapporte souvent que 50 à 80 Elo (la fameuse loi des rendements décroissants de la recherche alpha-bêta profonde). L'explication la plus probable tient à la nature même du programme : un Sargon de 1986 tourne avec un élagage minimal, une évaluation sommaire et une profondeur de recherche très faible à 5 MHz — probablement 3 à 4 plis en moyenne en milieu de partie. Dans cette zone de profondeur, chaque pli supplémentaire change qualitativement la qualité du jeu (on sort du simple comptage de matériel pour commencer à voir les combinaisons à deux et trois coups) ; l'effet marginal d'un pli de plus y est donc bien plus fort que pour un moteur qui cherche déjà 20 plis. Accélérer un moteur peu profond est, en somme, un des leviers les plus rentables qui soient pour un dédié de cette génération.
Cette intuition n'est pas propre au laboratoire : la communauté des collectionneurs de dédiés pratique l'overclocking de 65C02 depuis longtemps. On trouve ainsi, sur le forum allemand schachcomputer.info, la trace d'une partie de tournoi amateur opposant un Par Excellence accéléré à 16 MHz à une Novag Super Constellation à 18 MHz — preuve que le principe (remplacer le quartz du 65C02 pour gagner en force) est une pratique documentée et appréciée chez les passionnés, bien avant que l'émulation ne permette de le faire proprement et de façon mesurable. Les forums et wikis consultés (Chess Programming Wiki, schach-computer.info) ne publient malheureusement pas de cote chiffrée pour ces versions maison à 8, 12 ou 16 MHz — l'information s'arrête à la confirmation que la pratique existe et qu'elle est prise au sérieux par les joueurs de tournois de dédiés. C'est précisément le vide que la méthode du laboratoire comble : une mesure Elo reproductible, sur 257 parties contre une échelle calibrée, plutôt qu'une poignée de parties amicales.
Trois parties spectaculaires
À 2100 Elo de performance moyenne, le Par Excellence 73 MHz ne se contente pas d'empocher des demi-points sur le temps : il produit de vraies combinaisons, vérifiées ici au moteur (Stockfish 16, profondeur 20) pour s'assurer qu'il ne s'agit pas d'un simple cadeau de l'adversaire. Voici trois parties qui illustrent bien le niveau atteint.
1. Le piège de la tour en h5
Fidelity Par Excellence (B) 73 MHz (blancs) — Saitek Corona II (ver. D+) (noirs), gauntlet CB-Emu, 2026 · Ruy Lopez (Berlin) · 1–0 en 29 coups
Après l'habituelle Berlinoise (7...Be7 8.Bf1 O-O), le Par Excellence lance 10.Rh5!? — une tour avancée sur une case a priori absurde, qui n'a l'air de rien de plus qu'une provocation. Les noirs mordent à l'hameçon : après 12...Rxe4 13.Bd3, ils poussent le gain de matériel jusqu'à 13...Rxd4, empochant un second pion avec la tour.
Position après 14...g6 — la tour noire en d4 n'a en réalité qu'une case de repli sûre (14...Dd6 sauvait la pièce) ; en jouant 14...g6 au lieu de reculer, Corona II laisse le pion c3 et le futur 15.cxd4 encaisser la tour.
15.cxd4 gxh5 16.Qxh5 et le Par Excellence a rendu l'exchange d'une tour contre un pion, mais récupère une tour pleine au passage : au compteur, il est tout simplement sorti gagnant de l'échange de tours engagé dès le 10ᵉ coup. Ce qui suit est une vraie chasse au roi : 17.Qxh7+! ouvre le roi noir, qui est traîné de f8 à travers tout l'échiquier — e7, d6, c6 — sous une pluie de coups de la dame et du fou blancs, jusqu'à la case a6.
Fait notable : au moment de 17.Qxh7+, Stockfish jugeait encore la position légèrement favorable aux noirs (-5,96). La suite forcée transforme cette évaluation en +7,00 en quelques coups — la preuve que l'attaque, menée sans temps mort, n'est pas qu'un coup de chance contre un adversaire faible mais une séquence objectivement très forte.
29.b5# — le roi noir, débusqué dès le 17ᵉ coup, est maté à l'autre bout de l'échiquier, en a6, cerné par la dame, le fou et son propre pion b6.
1.e4 e5 2.Nf3 Nc6 3.Bb5 Nf6 4.O-O Nxe4 5.Re1 Nd6 6.Nxe5 Nxe5 7.Rxe5+ Be7 8.Bf1 O-O 9.d4 Bf6 10.Rh5 Re8 11.Nc3 Ne4 12.Nxe4 Rxe4 13.Bd3 Rxd4 14.c3 g6 15.cxd4 gxh5 16.Qxh5 d5 17.Qxh7+ Kf8 18.Bh6+ Ke7 19.Re1+ Be6 20.Bf5 Kd6 21.Bf4+ Kc6 22.Bxe6 Bxd4 23.Rc1+ Bc5 24.b4 b6 25.Qxf7 a5 26.Bxc7 Qg5 27.Qd7+ Kb7 28.Bf4+ Ka6 29.b5#
2. Le double sacrifice de tour
Fidelity Par Excellence (B) 73 MHz (blancs) — Saitek Simultano (ver. B) (noirs), gauntlet CB-Emu, 2026 · Sicilienne · 1–0 en 28 coups
Partie beaucoup plus tranchante : après une Sicilienne fermée, le Par Excellence engage 20.Rf6!? — une offre de tour sur une case défendue par rien d'autre que son propre culot. Les noirs refusent de prendre immédiatement (20...c4) et le Par Excellence hausse les enchères avec 21.Rxe6!, mangeant carrément un fou. Un deuxième coup de tour suit bientôt : après 22...g6, 23.Rxg6+!! sacrifie la seconde tour pour arracher le roque noir à son abri.
Position après 23.Rxg6+ — deux tours offertes en trois coups pour détruire le rempart de pions devant le roi noir.
23...hxg6 24.Nf6+! Kh8 et la mécanique se referme : 25.Qh3 force la dame noire à intervenir (25...De1+), mais après 26.Rxe1, le roi noir n'a plus aucune case. Stockfish, qui évaluait la position à -1,66 (léger avantage noir) juste avant 20.Rf6, confirme qu'au terme de la séquence, les blancs ont un mat forcé en quatre coups — ce double sacrifice de tour n'était donc pas un pari hasardeux mais une combinaison saine de bout en bout.
28.Dxh4# — après deux tours sacrifiées, c'est finalement le cavalier (Nf6+) et le fou (Bxf8+) qui ouvrent la voie à la dame pour le mat final.
1.e4 c5 2.Nc3 Nc6 3.Nf3 e5 4.Bc4 Be7 5.d3 d6 6.Nd2 a6 7.Nf1 Nf6 8.a4 Bg4 9.f3 Be6 10.Ng3 d5 11.exd5 Nxd5 12.Nf5 Bxf5 13.Bxd5 Qb6 14.Be4 Bxe4 15.fxe4 Qa5 16.O-O O-O 17.Qg4 Nd4 18.Bh6 Ne6 19.Nd5 Bd6 20.Rf6 c4 21.Rxe6 Bc5+ 22.Kh1 g6 23.Rxg6+ hxg6 24.Nf6+ Kh8 25.Qh3 Qe1+ 26.Rxe1 Bf2 27.Bxf8+ Bh4 28.Qxh4#
3. Le retournement par les cavaliers
Saitek Simultano (ver. B) (blancs) — Fidelity Par Excellence (B) 73 MHz (noirs), gauntlet CB-Emu, 2026 · Gambit Dame refusé · 0–1 en 27 coups
La plus belle des trois, parce que le Par Excellence y joue les noirs dans une position objectivement perdante : juste avant la combinaison, Stockfish créditait les blancs de +2,67 — un net avantage. C'est pourtant là que le vétéran de 1986 sort son va-tout : 20...Nxh3+!, un premier sacrifice de cavalier qui fissure le roque blanc, suivi de 21...Ng5 et surtout du second sacrifice, 24...Nxf3+!!, qui arrache la défense du roi blanc.
Position après 24...Nxf3+ — le second cavalier se jette dans la gueule du loup pour dégager la diagonale de la dame noire vers g3 puis h2.
25.Kh1 Qxg3! (la dame s'invite à son tour, menaçant un mat immédiat) 26.Bxf7+ Kf8 27.fxg3 et c'est finalement la tour, restée patiemment postée en d2 depuis le 23ᵉ coup, qui porte le coup de grâce : 27...Rh2#. Stockfish confirme qu'après 24...Nxf3+, les noirs ont un mat forcé en cinq coups (#-5) — une position où les blancs étaient mieux quelques coups plus tôt se retrouve matée net, la signature d'une vraie combinaison et non d'un coup de chance.
27...Th2# — la tour, oubliée en d2 depuis plusieurs coups, referme le filet pendant que les deux fous et la dame blanche restent spectateurs à l'autre bout de l'échiquier.
1.d4 d5 2.c4 e6 3.Nc3 c6 4.e4 dxe4 5.Nxe4 Bb4+ 6.Bd2 Qxd4 7.Bxb4 Qxe4+ 8.Be2 Na6 9.Ba5 b6 10.Bc3 Nf6 11.Bxf6 gxf6 12.Nf3 Bb7 13.O-O Rd8 14.Qe1 Qc2 15.b3 Nc5 16.h3 Rg8 17.Nh4 Nd3 18.Qd1 Qc3 19.Qb1 Nf4 20.Bf3 Nxh3+ 21.Kh2 Ng5 22.Bh5 Qe5+ 23.g3 Rd2 24.Nf3 Nxf3+ 25.Kh1 Qxg3 26.Bxf7+ Kf8 27.fxg3 Rh2#
En résumé
Changer uniquement l'horloge d'un 65C02 de 1986, sans toucher une ligne de code, suffit à faire gagner 351 Elo au Par Excellence et à le faire jouer, de façon mesurable et reproductible sur 257 parties, des combinaisons qui tiennent la route face à Stockfish. La pratique n'est pas neuve — les collectionneurs de dédiés poussent leurs 65C02 depuis longtemps jusqu'à 16 MHz et au-delà — mais elle manquait d'une mesure Elo rigoureuse : c'est ce que ce gauntlet apporte.
Le fichier PGN complet du gauntlet (257 parties) et le détail de l'échelle d'adversaires sont disponibles sur demande pour qui voudrait rejouer ou vérifier ces parties.
Sources
Chess Programming Wiki — Par Excellence (processeur, programmeurs, cote USCF/SSDF d'origine)
schach-computer.info — Fidelity Par Excellence (fiche technique du modèle 6083)
schachcomputer.info — « Par Excellence 16 MHz – Super Constellation 18 MHz » (trace d'une partie de tournoi amateur entre dédiés accélérés)
Laboratoire CB-Emu · chess.lumn.eu · analyse générée à partir du gauntlet en échelle du 29/09–03/10/2026, vérifiée avec Stockfish 16 (profondeur 20).
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2 October, 2026Chess Engines / ÉmulationsLaboratoire · programmes DOS · octobre 2026
Fritz 1-3, Genius 1-5, MChess et Rebel comme moteurs UCI
Fritz 1 sur un 486DX à 33 MHz, déclaré dans Banksia comme n’importe quel moteur UCI, qui peut affronter en tournoi Stockfish ou les machines Mephisto. Les programmes DOS qui ont fait l’histoire des échecs sur PC, dans leur version d’origine, sur le PC d’origine : Chess Genius 1 à 5, Fritz 1 à 3, MChess 1.71 et Pro 6, Rebel 6, 9 et 12. Leurs cotes restent à mesurer.
Le programme d’époque, sur le PC d’époque
Ces programmes n’ont que leur propre interface : on y jouait les coups à la main, devant leur écran. Ici, chacun devient un moteur UCI ordinaire : on le déclare dans Banksia, Arena ou cutechess, on règle la cadence, et il joue ses parties seul. Il tourne pourtant sur un vrai 486DX à 33 MHz ou un vrai Pentium à 90 MHz, émulés, et c’est bien l’exécutable vendu à l’époque qui calcule.
Comment un programme DOS devient un moteur UCI
Le PC est émulé en entier par MAME : carte mère 486 ou Pentium, carte VGA, clavier et disque dur. Le disque dur est une image qui contient DOS et les programmes. Rien n’est recompilé, rien n’est corrigé : c’est le programme vendu à l’époque qui calcule.
Ces programmes ne parlent pas UCI. Le relais dos_uci fait donc ce que faisait l’utilisateur devant son écran :
Il joue les coups de l’adversaire en les tapant au clavier émulé, avec les touches propres à chaque programme.
Il lit l’échiquier à l’écran et reconnaît les pièces case par case, pour savoir quel coup le programme a joué.
Il lit la ligne d’analyse par reconnaissance de caractères : profondeur, évaluation, variante principale, nombre de positions. Ces informations sont transmises au GUI comme celles d’un moteur UCI ordinaire.
Il gère la pendule : le programme réfléchit en niveau infini, et le relais lui demande de jouer quand le temps alloué est écoulé.
Les programmes branchés
Programme486DX 33 MHzPentium 90 MHz
Chess Genius 1, 2, 3, 4 et 5ouioui
Fritz 1, 2 et 3ouioui
MChess 1.71ouioui
MChess Pro 6ouioui
Rebel 6 et Rebel 9ouioui
Rebel 12nonoui
Les réglages sont fixés une fois pour toutes. Les Rebel jouent en niveau infini, sans réflexion sur le temps de l’adversaire, et Rebel 9 sans apprentissage du livre. MChess Pro 6 joue sans apprentissage et en mode « Easier play », qui coupe la réflexion sur le temps de l’adversaire.
Rebel 12 exige un Pentium : sur le 486, il s’arrête dès le démarrage sur une instruction que ce processeur ne connaît pas. Chaque programme a demandé ses propres réglages de lecture : position et taille des cases, couleurs des pièces, police et place de la ligne d’analyse. Rebel 12, par exemple, perd les premières touches tapées juste après avoir joué ; le relais attend et efface avant de saisir le coup suivant.
MChess Pro 8 : abandonné
Sa protection anticopie l’empêche de démarrer sous MAME comme sous QEMU 8.2. Le contourner aurait voulu dire modifier le programme ; MChess Pro 6 le remplace.
La vitesse du PC d’époque
La fréquence du processeur émulé est réglée pour que le PC calcule à la vitesse d’un vrai 486DX à 33 MHz ou d’un vrai Pentium à 90 MHz. L’étalonnage s’appuie sur le test de vitesse intégré à Rebel 8. Le PC hôte doit encore suivre : si MAME ne tient pas le temps réel, le programme réfléchit moins longtemps que sur le vrai PC, donc plus faiblement. Sur la machine de développement, MAME fait tourner Chess Genius 5 à 1,50 fois la vitesse du 486DX 33 MHz, mais seulement à 0,41 fois celle du Pentium 90 MHz. Chaque PC du laboratoire doit donc être mesuré avant les tournois.
Ce qu’il reste à mesurer
Tous ces programmes répondent en UCI et jouent dans Banksia et cutechess. Aucun n’a encore de cote. Les repères existent dans la liste du laboratoire : Rebel 6.0 y figure à 2674 sur le Ryzen 9, le Mephisto Genius 68030 London, programme de Richard Lang comme Chess Genius, à 2363.
À suivre
Les gauntlets de Chess Genius, Fritz, MChess et Rebel sur le 486DX et le Pentium donneront leurs cotes, et leur place face aux machines dédiées et aux moteurs PC de la liste.
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 2 octobre 2026
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29 September, 2026Chess Engines / Émulations / SoftLaboratoire · moteurs embarqués · septembre 2026 · mis à jour le 2 octobre
Stockfish 11 et Fruit 2.1 dans un 68020, un 68040 et un ARM : les moteurs légendaires dans le silicium légendaire
Le plus fort moteur à évaluation classique jamais écrit, logé dans les processeurs qui ont fait la gloire des Mephisto, des Macintosh et des Amiga. Pas de système d'exploitation, pas d'écran, pas de clavier : Stockfish seul face au processeur, dans une machine qui n'a jamais existé, recréée dans l'émulateur MAME. Le portage est fait, puis étendu : une troisième machine, à processeur ARM, et un second moteur, Fruit 2.1. Les gauntlets sont joués : les six moteurs ont désormais leur cote mesurée. Deux nouveaux moteurs ont rejoint la machine ARM : Crafty 19.15 et Cray Blitz 49h. Et trois machines s'ajoutent, 486DX, Pentium et ARM9 à 300 MHz, avec Stockfish 11 et Cray Blitz 49h.
Deux légendes qui ne s'étaient jamais rencontrées
Janvier 2020
Stockfish 11
C'est le dernier Stockfish d'avant les réseaux de neurones, l'aboutissement de douze ans de travail collectif. Il descend de Glaurung, puis a été affiné par des milliers de contributeurs et des millions de parties d'essai sur le réseau Fishtest. Son évaluation est entièrement écrite à la main, terme par terme. Dès la version suivante, un réseau de neurones prenait le relais. Dans le laboratoire, lors du tournoi « Le chant du cygne de l'évaluation classique », il a écrasé l'élite de sa catégorie : 76,5 %, sans une seule défaite en 179 parties.
1984 · 1990
Motorola 68020 et 68040
Le 68020 a fait entrer la famille 68000 dans le vrai 32 bits. Il a animé le Macintosh II et l'Amiga 1200, et, dans le monde des échecs, les modules Mephisto Berlin Pro et la Fidelity Designer Mach IV. Le 68040 est l'aboutissement de la lignée : cache intégré, pipeline profond, unité de calcul flottant sur la puce. C'est le cœur des Macintosh Quadra, de l'Amiga 4000 et des stations NeXT. Pour toute une génération, ces puces ont incarné la puissance de calcul.
Trente à trente-cinq ans séparent le moteur de ces processeurs. Rien ne les destinait à se rencontrer : Stockfish est écrit pour les processeurs 64 bits actuels, qui calculent sur plusieurs cœurs à plusieurs gigahertz, avec des gigaoctets de mémoire. Le 68020 et le 68040 viennent d'une époque où quelques mégaoctets étaient un luxe et où l'on comptait en mégahertz.
Le programme le plus raffiné de l'ère classique, sur le matériel qui a porté les plus grandes machines d'échecs dédiées.
Pourquoi cette expérience
Le laboratoire poursuit depuis des mois une même question : dans les progrès des échecs par ordinateur, quelle part revient au logiciel, quelle part au matériel ? Deux expériences ont déjà attaqué le problème par les deux bouts :
le logiciel seul : Stockfish 18 bridé à un nombre fixe de positions par coup, jusqu'à faire jeu égal avec un Mephisto Genius 68030 London à sa vitesse d'origine. L'équilibre se situe vers 1 000 positions par coup seulement ;
le matériel seul : les programmes d'origine des machines dédiées, intacts, mais émulés à grande vitesse, jusqu'à plus de 300 MHz équivalents pour le Saitek RISC 2500.
Il manquait l'expérience la plus directe de toutes. On prend le moteur moderne, on ne le bride par aucun artifice et on ne lui accorde aucune vitesse moderne : on le place sur le processeur même des machines d'époque. Stockfish 11 sur un 68020, c'est le programme de 2020 dans les conditions matérielles d'un Mephisto Berlin Pro. Il se retrouve à armes égales avec le programme de Richard Lang, sur le même terrain.
Une machine qui n'a jamais existé
Les machines d'échecs du paquet CB-Emu sont des reproductions fidèles : processeur, mémoire morte, clavier, afficheur, échiquier à capteurs. Pour parler UCI, elles ont besoin d'un module qui « appuie » sur leurs touches et lit leurs diodes. Pour Stockfish, rien de tout cela n'a de sens : il ne lit pas un échiquier, il parle UCI.
D'où le parti pris du portage : créer dans MAME deux machines entièrement nouvelles, réduites à l'essentiel. On y trouve un processeur, 68020 pour l'une, 68040 pour l'autre, de la mémoire, et un port série, le même type de liaison qui servait jadis à relier un ordinateur à son terminal. Il n'y a ni clavier, ni écran, ni échiquier. Stockfish y démarre « à nu », sans système d'exploitation, et dialogue en UCI par ce port série. De l'autre côté, un relais transmet les commandes de Banksia ou de cutechess, exactement comme pour n'importe quel moteur. Une troisième machine, à processeur ARM, a rejoint les deux premières (voir plus bas).
Banksia / cutechess
interface de tournoi
Relais UCI
sur le PC
série
MAME · machine créée pour l'occasion
68020
ou 68040
Mémoire
programme
+ tables
Stockfish 11
sans système
UCI sur série
Pas de module de pilotage ni de lecture d'afficheur : le moteur lui-même parle UCI, directement depuis le processeur émulé.
Ce que ce portage a de vertigineux
Faire tourner Stockfish sur un PC est trivial. Le faire tourner sur un 68020 nu, c'est lui retirer tout ce qu'il tient pour acquis :
Plus de système d'exploitation. Ni fichiers, ni fils d'exécution, ni horloge système, ni console. Tout ce que Stockfish demandait à Windows ou à Linux doit être fourni par un code de démarrage minimal : la mémoire, le temps qui passe, l'entrée et la sortie du texte UCI.
Plus de 64 bits. Stockfish représente l'échiquier par des « bitboards » de 64 bits, un bit par case, manipulés d'un seul coup par un processeur moderne. Le 68020 et le 68040 travaillent en 32 bits : chaque opération sur l'échiquier doit être découpée en deux moitiés.
Un monde à l'envers. La famille 68000 range les octets dans l'ordre inverse de celui des PC (big-endian). Le code doit produire exactement les mêmes calculs sur une architecture qui lit la mémoire dans l'autre sens.
Un seul cœur, peu de mémoire. Les recherches parallèles de Stockfish n'ont plus d'objet ; sa table de transposition doit tenir dans la mémoire d'une machine d'époque.
Un matériel inventé. Aucune machine réelle ne correspond : il a fallu écrire la description de ces deux machines dans MAME, leur carte mémoire et leur port série, puis vérifier que le moteur y démarre et y joue.
Au bout du chemin, Stockfish 11 répond uciok depuis un processeur de 1984, reçoit une position, réfléchit et rend son coup. C'est l'algorithme de Stockfish 11 et son évaluation classique qui tournent désormais sur le silicium des années 1980.
Ce qui est fait
Six machines émulées : 68020 (avec coprocesseur 68881) à 16 MHz, 68040 à 40 MHz, ARM9 à 30 MHz, puis 486DX à 33 MHz, Pentium à 90 MHz et ARM9 à 300 MHz. Stockfish 11 et Fruit 2.1 sur les trois premières, plus Crafty 19.15 et Cray Blitz 49h sur l'ARM9 à 30 MHz ; Stockfish 11 et Cray Blitz 49h sur les trois dernières. Pas de système d'exploitation ; dialogue UCI par port série, relayé vers Banksia et cutechess. Quatorze moteurs en tout, dont six déjà classés.
Une troisième machine : l'ARM9 à 30 MHz
La famille 68000 n'a pas été la seule à équiper les machines d'échecs de haut de gamme. Au début des années 1990, les processeurs ARM ont pris le relais : ARM2 dans le Saitek RISC 2500, ARM6 à 30 MHz dans la TASC R30 dès 1993. D'où une sœur ARM des deux machines 68k, avec les mêmes périphériques, le même port série, le même protocole et le même mode de chargement du moteur. Seul le processeur change, et c'est précisément l'intérêt : comparer le même moteur sur deux familles de processeurs de la même époque.
Le processeur : un ARM9 (jeu d'instructions ARMv5TE) cadencé à 30 MHz, la fréquence de la TASC R30. L'ARM7TDMI visé au départ a été écarté : la bibliothèque standard du compilateur utilise une instruction qu'il ne connaît pas, exactement comme le coprocesseur 68881 s'était imposé pour les machines 68k.
La mémoire : 1 Mo de mémoire morte pour le moteur, 32 Mo de mémoire vive, comme les machines 68k.
L'ordre des octets : petit-boutiste, comme un PC, à l'inverse des 68020 et 68040.
L'ARMv5 apporte surtout deux instructions précieuses pour un moteur d'échecs : CLZ, qui trouve le premier bit d'un mot en une seule instruction, l'opération la plus appelée d'un moteur à bitboards, et UMULL, la multiplication longue, utile aux « nombres magiques » qui servent à calculer les coups des pièces à longue portée. Sur le papier, l'ARM9 est mieux armé que le 68020 pour ce travail.
Un second moteur : Fruit 2.1
Fruit 2.1, de Fabien Letouzey, date de 2005. C'est l'autre grand moteur à évaluation classique du laboratoire : sur PC, il figure dans la liste à 2868 Elo. Il a été embarqué sur les trois mêmes machines, avec la même méthode. Sa conception diffère de celle de Stockfish sur un point qui compte ici : Fruit ne représente pas l'échiquier par des bitboards de 64 bits mais par un simple tableau de cases. Il échappe donc au surcoût des processeurs 32 bits, et calcule plus de positions par seconde que Stockfish sur la même puce. Reste à savoir ce que ces positions valent.
Deux nouveaux venus sur l'ARM9 : Crafty 19.15 et Cray Blitz 49h
Robert Hyatt a écrit deux des programmes les plus marquants de l'histoire des échecs par ordinateur : Cray Blitz, champion du monde des ordinateurs en 1983 et 1986 sur les superordinateurs Cray, puis Crafty, son successeur libre. Les deux rejoignent la machine ARM9 à 30 MHz, avec la même méthode que Stockfish et Fruit : pas de système d'exploitation, dialogue UCI par le port série.
Crafty 19.15. Cette version ne parlait que le protocole xboard : l'UCI a été greffé dans le moteur lui-même, sans adaptateur.
Cray Blitz 49h. C'est le Fortran d'origine de Hyatt, la « septième révision majeure » datée du 9 décembre 1990. Il est compilé pour l'ARM avec des entiers de 64 bits, comme sur le Cray. Seule la fréquence de lecture de la pendule change : tous les 500 nœuds au lieu de 20 000, car 20 000 nœuds duraient une fraction de seconde sur un Cray et plus de cinq secondes à 30 MHz. Sa bibliothèque d'ouvertures est reconstruite à partir des 2 458 parties d'origine, limitées à leurs 22 premiers coups : 68 679 positions. Le niveau est réglable : pendule du GUI, secondes par coup fixes ou profondeur fixe.
Sur PC, Cray Blitz 4.9h figure dans la liste à 2543 Elo. Leurs cotes sur l'ARM9 restent à mesurer.
Trois machines de plus : 486DX, Pentium et ARM9 à 300 MHz
Même méthode, trois processeurs de plus :
486DX à 33 MHz et Pentium à 90 MHz, les processeurs des PC de l'époque (leurs programmes DOS d'origine jouent aussi en UCI : voir Fritz 1-3, Genius 1-5, MChess et Rebel comme moteurs UCI) ;
ARM9 à 300 MHz, dix fois la fréquence de l'ARM9 à 30 MHz.
Deux moteurs y sont embarqués : Stockfish 11, et Cray Blitz 49h, le programme de Robert Hyatt, champion du monde des ordinateurs en 1983 et 1986, dans sa révision du 9 décembre 1990. Leurs cotes sur ces trois machines restent à mesurer.
MAME, et QEMU pour aller plus vite
MAME émule chaque instruction fidèlement, mais il ne suit pas toujours le temps réel. Mesuré sur le PC MSI du laboratoire, il n'atteint que 0,72 fois la vitesse du 486DX 33 MHz, 0,29 fois celle du Pentium 90 MHz et 0,17 fois celle de l'ARM9 300 MHz.
Ces trois machines existent donc aussi sous QEMU, un émulateur qui traduit le code du processeur émulé en code du PC hôte et va beaucoup plus vite. Sur la machine de développement, QEMU tourne 6,5 fois plus vite que le vrai 486DX, 3,2 fois plus vite que le Pentium 90 et 1,2 fois plus vite que l'ARM9 300 MHz.
Pour que le moteur dispose du temps d'un vrai processeur, et non de celui du PC hôte, QEMU compte les instructions exécutées et en déduit l'heure de la machine. Le compte est étalonné sur MAME, machine par machine et moteur par moteur : on fait faire les mêmes recherches, aux mêmes nombres de positions, sous les deux émulateurs, et on ajuste QEMU jusqu'à ce que les durées coïncident. Après étalonnage, les durées sous QEMU et sous MAME diffèrent de moins de 1 %. Le relais retient ensuite chaque coup jusqu'à ce que le temps réel rejoigne le temps de la machine : la pendule du tournoi voit un vrai 486, un vrai Pentium ou un vrai ARM9 300 MHz.
La grande inconnue : sa force
Combien vaut Stockfish 11 privé de ses gigahertz ? Personne ne le sait. Les indices dont on dispose tirent dans des directions opposées :
Son intelligence par position calculée est immense. Stockfish 18 égale le Genius 68030 London en ne calculant qu'environ 1 000 positions par coup. Stockfish 11 n'a pas le réseau de neurones de son successeur, mais sa recherche est d'une sélectivité que les programmes de 1990 n'imaginaient pas.
Son code est écrit pour un autre monde. Chaque opération sur ses bitboards de 64 bits coûte double sur un processeur 32 bits. Son évaluation détaillée, taillée pour des processeurs modernes, pèse lourd à chaque position. Un programme conçu dès l'origine pour le 68020, comme celui du Berlin Pro, tire de chaque cycle un rendement que Stockfish n'a jamais eu besoin de chercher.
Le face-à-face est d'autant plus fascinant que les repères sont là, dans la liste du laboratoire, à vitesse d'origine :
Machine d'époqueProcesseurCote du laboratoire
Mephisto Genius 68030 London680302363
Mephisto Berlin Pro 68020680202315
Fidelity Designer Mach IV680202079
Mephisto Berlin 68000680002120
Stockfish 11 sur 68020 battra-t-il le Berlin Pro, écrit par Richard Lang pour ce même processeur ? Le 68040 le propulsera-t-il au-delà du London, le roi des machines Mephisto ? Ou bien trente ans de progrès logiciel se heurteront-ils au mur des mégahertz ? Les parties ont tranché : les cotes mesurées figurent plus bas.
Pour la première fois, le logiciel de 2020 et celui de 1990 vont s'affronter sur le même silicium.
Le protocole de mesure
La mesure suit les règles du laboratoire, pour que les chiffres se placent directement sur la liste calibrée :
les six moteurs embarqués tournent à la vitesse du processeur émulé, comme les machines d'époque auxquelles on les compare ;
cadence du laboratoire, 60 coups en 15 minutes, ouvertures du livre Perfect 2023 ;
gauntlets face aux machines dédiées de la liste, puis face aux moteurs PC classés si la force l'exige ;
calcul des cotes avec les adversaires à cote fixe, marges d'erreur à l'appui ; les parties perdues au temps et les incidents techniques sont écartés.
Les cotes mesurées
Les gauntlets sont joués, à 60 coups en 15 minutes, face aux adversaires classés de la liste. Les six moteurs embarqués ont désormais leur cote dans le classement général, calculée par Ordo avec tous les autres moteurs du laboratoire.
MoteurMachineCotePartiesErreur
Stockfish 11ARM9 · 30 MHz2824338± 11
Stockfish 1168040 · 40 MHz2546279± 11
Stockfish 1168020 + 68881 · 16 MHz2383223± 13
Fruit 2.1ARM9 · 30 MHz231036± 33
Fruit 2.168040 · 40 MHz224028± 37
Fruit 2.168020 + 68881 · 16 MHz2043179± 14
Face aux machines d'époque
Sur 68020, Stockfish 11 (2383) devance de 68 points le Mephisto Berlin Pro 68020 (2315), écrit par Richard Lang pour ce même processeur. Il dépasse même le Genius 68030 London (2363), de 20 points.
Sur 68040, Stockfish 11 (2546) passe 183 points au-dessus du London, la meilleure machine dédiée de la liste. Il rejoint Cray Blitz 4.9h (2543) sur le Ryzen 9 ; Rebel 6.0, remonté à 2674 après recalibration, le devance désormais.
Sur ARM9 à 30 MHz, Stockfish 11 (2824) est au niveau de Fruit 2.1 sur Apple M1 Max (2833) et de Gandalf 5.1 sur Ryzen 9 (2833).
Fruit 2.1 sur 68020 (2043) se place entre la Fidelity Designer Mach III (2029) et la Mach IV (2079).
Stockfish contre Fruit
Sur chaque machine, Stockfish devance Fruit : de 340 points sur 68020, 306 sur 68040 et 514 sur ARM9. Fruit calcule pourtant 1,7 à 1,9 fois plus de positions par seconde ; la profondeur de recherche de Stockfish l'emporte. D'une machine à l'autre, Stockfish gagne 163 points du 68020 au 68040, puis 278 du 68040 à l'ARM9.
À consolider
Fruit 2.1 sur 68040 et sur ARM9 n'a joué que 28 et 36 parties, avec des marges de 37 et 33 points. Les cotes de Stockfish 11, sur 223 à 338 parties, ont des marges de 11 à 13 points.
Premières mesures
Avant les gauntlets, un tournoi de contrôle a réuni les six moteurs embarqués et cinq machines CB-Emu : Genius 68030 London, Berlin Pro 68020, RISC II, RISC 2500 et Star Diamond. Chacun a joué chacun des autres en quatre parties, soit 220 parties sous Banksia. Les moteurs embarqués jouaient à 60 coups en 15 minutes ; les machines CB-Emu à leur propre niveau d'environ 15 secondes par coup.
Vitesse de calcul
Valeurs médianes relevées dans les parties de ce tournoi (positions par seconde et profondeur annoncées par les moteurs) :
MachineStockfish 11Fruit 2.1
68020 + 68881 · 16 MHz580 pos/s · prof. 101 070 pos/s · prof. 5
68040 · 40 MHz1 570 pos/s · prof. 112 730 pos/s · prof. 6
ARM9 · 30 MHz3 540 pos/s · prof. 136 550 pos/s · prof. 7
L'ARM9 à 30 MHz calcule environ 6 fois plus vite que le 68020 à 16 MHz, et le 68040 environ 2,6 à 2,7 fois plus vite, pour les deux moteurs. Fruit calcule 1,7 à 1,9 fois plus de positions que Stockfish sur la même puce, mais Stockfish va nettement plus profond dans le même temps.
Cotes provisoires
Les 52 parties perdues au temps ont été écartées, dont 31 par le Star Diamond ; il reste 168 parties. Les cinq machines CB-Emu gardent leur cote du laboratoire, et celles des six moteurs embarqués en sont déduites.
MoteurCote provisoireMarge (95 %)Score
Stockfish 11 · ARM9 30 MHz2878± 24033,5 / 36
Stockfish 11 · 68040 40 MHz2755± 19731 / 36
Stockfish 11 · 68020 16 MHz2431± 14318,5 / 33
Mephisto Genius 68030 London2363fixe16,5 / 35
Fruit 2.1 · ARM9 30 MHz2345± 13217 / 36
Mephisto Berlin Pro 680202315fixe14 / 32
Fruit 2.1 · 68040 40 MHz2309± 15211 / 28
Mephisto RISC II2266fixe14,5 / 32
Saitek RISC 25002247fixe5,5 / 32
Novag Star Diamond2226fixe4 / 7
Fruit 2.1 · 68020 16 MHz1970± 2302,5 / 29
Deux constats ressortent déjà, marges comprises. Sur le processeur même du Berlin Pro, Stockfish 11 a remporté ses quatre parties contre lui (4 / 4). Et sur chaque machine, Stockfish devance Fruit d'environ 450 à 530 points : la profondeur de recherche l'emporte sur le nombre de positions.
Chiffres provisoires
Ces cotes reposaient sur 28 à 36 parties par moteur, avec des marges de 130 à 240 points, et les machines CB-Emu y jouaient à niveau fixe. Les gauntlets les ont remplacées (voir « Les cotes mesurées ») : le tournoi de contrôle surestimait Stockfish 11 de 48 points sur 68020, 209 sur 68040 et 54 sur ARM9.
À suivre
Les gauntlets de Crafty 19.15 et de Cray Blitz 49h sur ARM9, puis de Stockfish 11 et Cray Blitz 49h sur 486DX, Pentium et ARM9 à 300 MHz, donneront leurs cotes. Fruit 2.1 sur 68040 et sur ARM9 jouera davantage de parties pour resserrer ses marges.
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · 29 septembre 2026 · mis à jour le 2 octobre 2026
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24 September, 2026Chess Engines / TournamentsLaboratoire · tournoi toutes rondes · un seul cœur
Un seul cœur, pas un de plus
Quinze moteurs qui n'ont jamais connu qu'un seul processeur, et trois ancres pour les situer :
1 090 parties à 60 coups en 15 minutes. Strelka 5.5 écrase le tournoi avec 87,5 %
et deux défaites seulement ; derrière lui, une décennie de programmation se lit dans le
classement.
Le tournoi des purs mono-threads
Le classement du laboratoire mêle des moteurs à un seul processeur et des moteurs qui en utilisent
huit. Pour les premiers, la question reste ouverte : lesquels sont réellement les plus forts,
à armes égales, un cœur contre un cœur ? Ce tournoi y répond.
Le critère d'admission est strict. Est mono-thread, au sens de ce tournoi, un
programme qui n'a jamais été proposé en version multi-processeur : on n'y trouve donc pas un
Stockfish ou un Houdini bridé à un cœur, mais des programmes conçus et diffusés pour un seul.
Quand une lignée a connu plus tard une version parallèle (Andscacs à partir de la 0.80, Gull à
partir de la 2, DiscoCheck avec son successeur Demolito), c'est la dernière version sans
parallélisme qui a été retenue.
Trois ancres
HIARCS 11.1, Shredder 10 et The King 3.50 ont été ajoutés pour ancrer
l'évaluation Elo : ce sont des références du classement, jouées des centaines de fois
(Shredder 10 compte 859 parties, HIARCS 11.1 368, The King 3.50 342). Ils ne
concourent pas au titre de meilleur mono-thread — HIARCS existe d'ailleurs en version
multi-processeur. Dans les tableaux, ils apparaissent sur fond bleu
avec la mention ancre.
Les conditions
Banksia, tournoi toutes rondes, du 22 septembre 2026 à 12 h 14 au 24 septembre en fin d'après-midi ;
60 coups en 15 minutes, un seul processeur par moteur, sans pondération ;
ouvertures tirées d'un livre sur dix coups, puis jeu libre jusqu'au mat ou à la nulle réglementaire — aucune adjudication d'abandon ;
les quinze moteurs se rencontrent huit fois chacun, quatre avec chaque couleur ; les trois ancres jouent quatre parties contre chacun, et deux entre elles ;
machine : AMD Ryzen 9 7950X3D.
Le fichier du tournoi contient 1 122 parties. Trente-deux sont des auto-parties
— un moteur contre lui-même, deux par moteur, un effet du plan d'appariement — qui
n'apportent aucune information sur la force relative : elles sont écartées de toute l'analyse
et du calcul Elo. Restent 1 090 parties.
Classement final
Cotes Ordo reprises du
classement du laboratoire,
calculé sur l'ensemble des parties maison ; points et bilan de ce seul tournoi. Le tableau suit
l'ordre des cotes Ordo.
#MoteurAnnéeElo±Points%+=−
1Strelka 5.5 x642012342111112 / 12887,5 %98282
2Komodo64 32011331012103 / 12880,5 %83405
3Andscacs 0.72201532361691 / 12871,1 %645410
4Daydreamer 2.0.0201631511875 / 12858,6 %534431
5Gull 1.2 x64v. 20113124976 / 12859,4 %446420
6DiscoCheck 5.2.1201430951869 / 12853,9 %474437
7Rybka 1.0 Beta200530651060 / 12846,9 %364844
8Spike 1.2 Turin200630441860,5 / 12847,3 %374744
9Fruit 2.3.120073020758 / 12845,3 %315443
10Gambit Fruit 1.0 b4bx200530171856 / 12843,8 %285644
11HIARCS 11.1 ancre200730171056,5 / 12844,1 %295544
12Toga II 3.1.2SE JAv. 200830071855 / 12843 %344252
13Murka 3 x64201330051754 / 12842,2 %304850
14Twisted Logic 20100815201030051754 / 12842,2 %275447
15ProDeo 3.1202129961752,5 / 12841 %196742
16Shredder 10 ancre20062979728 / 6642,4 %142824
17The King 3.50 ancrev. 200728601115 / 6622,7 %52041
18WildCat 8—26971114,5 / 12811,3 %421103
Année : publication de la version jouée ; « v. » = date approximative.
Ce que dit le classement
Un vainqueur hors norme. Strelka 5.5 marque 112 points sur 128, avec
98 victoires et deux défaites seulement, contre Daydreamer et Gull. Il bat
Komodo 3, son dauphin, 5,5 à 2,5 et fait 8 sur 8 contre Spike et contre WildCat.
Deux générations. Les six premiers sont des moteurs de 2011 à 2016, tous
au-dessus de 3089. Les moteurs de 2005 à 2008 — Rybka 1.0, Spike, Fruit 2.3.1,
Gambit Fruit, Toga II — se tiennent entre 3007 et 3065. Trois moteurs plus récents
les rejoignent dans ce peloton : Twisted Logic (2010), Murka 3 (2013) et ProDeo 3.1 (2021).
Un peloton indissociable. De Spike (60,5) à ProDeo (52,5), neuf moteurs
tiennent en huit points sur 128 parties, et leurs cotes en 69 points pour une incertitude
de ±7 à ±18 chacune : l'ordre à l'intérieur de ce groupe n'est pas établi.
Un net décroché en bas. WildCat 8 ne marque que 14,5 points, avec
103 défaites dont 101 par mat.
Les ancres tiennent leur rang. HIARCS 11.1 (3017) et Shredder 10
(2979) finissent dans le peloton, The King 3.50 (2860) juste au-dessus de WildCat.
Les chiffres du tournoi
Parties analysées1 090
Victoires des Blancs / nulles / victoires des Noirs409 / 407 / 274
Score moyen des Blancs56,2 %
Nulles : répétition / 50 coups / matériel insuffisant / pat218 / 101 / 73 / 15
Parties incidentées (perte au temps, plantage)13, dont 10 pour Daydreamer
Tableau croisé
Points marqués par le moteur de la ligne contre celui de la colonne : sur 8 parties entre
concurrents, sur 4 contre une ancre (2 entre ancres). En vert, 62,5 % ou plus ; en rouge,
37,5 % ou moins. Numéros de colonne dans l'ordre du classement.
#Moteur123456789101112131415161718Total
1Strelka 5.5 x645,55,566,56,57,5877,577,57,577448112
2Komodo64 32,55,546,577,576,56687,576,53,548103
3Andscacs 0.722,52,55,55575,55,567,56,55,56,563,53891
4Daydreamer 2.0.0242,53,54,53,574,545,54,55,56,54,52,537,575
5Gull 1.2 x641,51,534,55,55555,54,55,54,5473,52,5876
6DiscoCheck 5.2.11,5133,52,565,565,54,56,5534,51,536,569
7Rybka 1.0 Beta0,50,514,532445,54453,54,53,537,560
8Spike 1.2 Turin012,5132,54556,563,54,551,52,5760,5
9Fruit 2.3.111,52,53,532433,544,53,54,54,52,546,558
10Gambit Fruit 1.0 b4bx0,52242,52,52,534,5335,54523756
11HIARCS 11.1120,52,53,53,541,545535323,57,556,5
12Toga II 3.1.2SE JA0,501,53,52,51,5423,5536,553,533,56,555
13Murka 3 x640,50,52,52,53,5334,54,52,551,54,54,5236,554
14Twisted Logic 20100815111,51,5454,53,53,54333,54,512,5754
15ProDeo 3.111,523,513,53,533,5354,53,53,51,52,56,552,5
16Shredder 1000,50,51,50,52,50,52,51,5221232,523,528
17The King 3.5000111,5111,5010,50,511,51,50215
18WildCat 80000,501,50,511,510,51,51,511,50,5214,5
Quelques lignes ressortent. Daydreamer est, avec Strelka, le seul à marquer la moitié des points
contre Komodo (4 sur 8), et l'un des deux à battre Strelka. Spike marque 0 sur 8 contre Strelka et 1 sur 8 contre Komodo et contre
Daydreamer, mais 6,5 contre HIARCS. HIARCS, lui, ne prend qu'un demi-point sur 8 à Andscacs.
Toga II fait 0 sur 8 contre Komodo et 6,5 contre Murka.
Sous le capot
Banksia inscrit pour chaque coup l'évaluation, la profondeur, le temps et le nombre de nœuds.
Vitesse : médiane des nœuds par seconde sur les coups d'au moins une seconde. Profondeur et temps
par coup : moyenne sur les quarante premiers coups, hors livre.
MoteurM nœuds/sProfondeurTemps/coupMin/partieDemi-coups/partieBlancs / Noirs
Strelka 5.5 x643,2220,419,3 s17,617356 / 56
Komodo64 33,5721,215,0 s20,719554 / 49
Andscacs 0.721,7122,415,5 s18,517551 / 40
Daydreamer 2.0.01,7727,722,8 s22,717841,5 / 33,5
Gull 1.2 x643,8018,419,1 s24,318541 / 35
DiscoCheck 5.2.11,0621,017,8 s23,220441,5 / 27,5
Rybka 1.0 Beta0,7015,318,5 s24,419635,5 / 24,5
Spike 1.2 Turin2,6015,821,4 s22,419035 / 25,5
Fruit 2.3.13,1716,019,2 s23,619031 / 27
Gambit Fruit 1.0 b4bx2,8715,220,8 s22,117533,5 / 22,5
HIARCS 11.11,7815,717,1 s20,516834 / 22,5
Toga II 3.1.2SE JA2,6515,919,4 s21,217331 / 24
Murka 3 x645,8420,722,8 s25,818732 / 22
Twisted Logic 201008153,3521,421,6 s24,017930,5 / 23,5
ProDeo 3.13,4417,318,1 s24,220830,5 / 22
Shredder 101,9316,820,6 s24,019216 / 12
The King 3.501,1512,418,6 s18,516712 / 3
WildCat 82,6217,322,0 s20,81626,5 / 8
À lire avec prudence
Nœuds et profondeur sont annoncés par chaque moteur selon sa propre définition : ils se comparent
d'une partie à l'autre pour un même moteur, pas d'un moteur à l'autre. Rybka 1.0 est
notamment connu pour minorer les nœuds et la profondeur qu'il affiche. Le tableau le confirme :
le plus rapide annoncé, Murka (5,8 millions de nœuds par seconde), finit dans le peloton, et le
vainqueur Strelka n'annonce que 3,2 millions.
Les moteurs, un à un
Strelka 5.5 x64
Le rouleau compresseur
Jury Osipov (Russie) · 2012 · 3421 ± 11 · 112 / 128 · +98 =28 −2
Le moteur le plus discuté du lot. Ses premières versions (2007) ont été reconnues par leur auteur comme inspirées de Fruit et de Rybka, et Vasik Rajlich a qualifié Strelka 2.0 de clone de Rybka 1.0. La série 5, fermée, revendique des idées de Rybka 3, Ippolit, Houdini, Critter et Stockfish. Sur l'échiquier, la question se tranche d'elle-même : 87,5 %, deux défaites en 128 parties, exactement 56 points avec chaque couleur, et le plus faible temps de réflexion par partie du tournoi (17,6 minutes). Il gagne 5,5 à 2,5 contre Komodo et fait le plein contre Spike, WildCat et les deux ancres Shredder et The King.
Komodo64 3
Le dauphin sans rival
Don Dailey et Larry Kaufman (États-Unis) · 2011 · 3310 ± 12 · 103 / 128 · +83 =40 −5
La version d'avant le parallélisme de la lignée qui deviendra Dragon. Seul Strelka le domine (3 de ses 5 défaites) ; Daydreamer lui prend les deux autres. Il est le plus économe de tous au début de partie, 15,0 secondes par coup en moyenne sur les quarante premiers coups, et atteint pourtant l'une des profondeurs annoncées les plus élevées. 8 sur 8 contre Toga II et contre WildCat.
Andscacs 0.72
L'Andorran qui répète
Daniel José Queraltó (Andorre) · 2015 · 3236 ± 16 · 91 / 128 · +64 =54 −10
Un moteur original, écrit de zéro ; la recherche parallèle n'arrivera qu'avec la 0.80. Troisième net : 6 de ses 10 défaites lui sont infligées par Strelka et Komodo. Il fait 7,5 sur 8 contre HIARCS. Il annonce l'une des vitesses les plus basses (1,7 million de nœuds par seconde) pour l'une des profondeurs les plus grandes, preuve que ces deux chiffres ne se comparent pas d'un moteur à l'autre. Écart de couleur marqué : 51 points avec les Blancs, 40 avec les Noirs.
Daydreamer 2.0.0
Le talent instable
Aaron Becker (États-Unis) · 2016 · 3151 ± 18 · 75 / 128 · +53 =44 −31
Avec Strelka, le seul à marquer la moitié des points contre Komodo (4 sur 8), et l'un des deux à battre Strelka. Mais aussi dix des treize incidents du tournoi : cinq pertes au temps et cinq plantages. Sur les 118 parties terminées normalement, il marque 75 points, soit 63,6 %. Il annonce la profondeur moyenne la plus élevée du tournoi (27,7) et le temps par coup le plus long avec Murka. La série 2.0 a été diffusée en préversions à partir de 2016 ; son nom vient, selon son auteur, d'un ancien bogue qui lui faisait jouer des gaffes « comme s'il rêvassait ».
Gull 1.2 x64
Le mur
ThinkingALot, alias Vadim Demichev (Russie) · v. 2011 · 3124 ± 9 · 76 / 128 · +44 =64 −20
Moteur du domaine public, inspiré d'IvanHoe et de Strelka ; le parallélisme n'est venu qu'avec les versions 2 et 3. C'est l'un des deux seuls à battre Strelka, et il marque un point de plus que Daydreamer, que l'Ordo place pourtant devant lui. Son style se lit dans les chiffres : 64 nulles, dont 43 par répétition, record du tournoi. Il annonce l'une des vitesses les plus hautes (3,8 millions de nœuds par seconde) pour une profondeur modeste.
DiscoCheck 5.2.1
Le Blanc, surtout
Lucas Braesch · 2014 · 3095 ± 18 · 69 / 128 · +47 =44 −37
Moteur libre, ancêtre de Demolito qui, lui, sera parallèle. Sixième, il ferme le groupe des moteurs des années 2010. L'écart de couleur est le plus fort du tournoi : 41,5 points avec les Blancs, 27,5 avec les Noirs. Il prend 6 points sur 8 à Fruit 2.3.1 et à Rybka, 6,5 à Toga II, mais ne marque que 1 et 1,5 contre Komodo et Strelka. C'est lui qui annonce la vitesse la plus basse après Rybka (1,1 million de nœuds par seconde).
Rybka 1.0 Beta
La légende de 2005
Vasik Rajlich · 2005 · 3065 ± 10 · 60 / 128 · +36 =48 −44
Le moteur qui a dominé la fin des années 2000 est ici en tête du peloton des anciens, un demi-point derrière Spike mais devant lui à l'Ordo, qui tient compte de ses 364 parties au classement. Contre la génération suivante, la marche est haute : un demi-point sur 8 contre Strelka et contre Komodo, un point contre Andscacs. Il perd une partie au temps contre Fruit 2.3.1. Ses 0,7 million de nœuds par seconde et sa profondeur de 15,3 sont les chiffres qu'il affiche, connus pour être minorés.
Spike 1.2 Turin
Le cogneur de bas de tableau
Ralf Schäfer et Volker Böhm (Allemagne) · 2006 · 3044 ± 18 · 60,5 / 128 · +37 =47 −44
Nommé d'après les championnats du monde de Turin 2006 ; le parallélisme n'arrivera qu'avec Spike 1.4 en 2011. Premier du peloton aux points, il a le profil le plus contrasté du tournoi : 0 sur 8 contre Strelka, 1 sur 8 contre Komodo et contre Daydreamer, mais 6,5 contre HIARCS et 7 contre WildCat. Il ne bat que ceux qui sont en dessous de lui, et les bat nettement.
Fruit 2.3.1
L'étalon
Fabien Letouzey (France) · 2007 · 3020 ± 7 · 58 / 128 · +31 =54 −43
La dernière version de Fruit, publiée en août 2007, et l'un des piliers du classement avec 717 parties. Il ne gagne rien de spectaculaire : 3 de ses 31 victoires sont des pertes au temps adverses, dont celle de Rybka. Mais 54 nulles et une performance en ligne avec sa cote : un étalon qui fait ce qu'on attend de lui. À peine au-dessus de son propre descendant, Gambit Fruit, qu'il ne bat que 3,5 à 4,5.
HIARCS 11.1 UCI ancre
L'ancre anglaise
Mark Uniacke (Royaume-Uni) · 2007 · 3017 ± 10 · 56,5 / 128 · +29 =55 −44
Ancre du tournoi, avec 368 parties au classement ; HIARCS existe aussi en version multi-processeur, ce qui l'exclut du concours proprement dit. Il joue les parties les plus courtes du peloton (168 demi-coups en moyenne). Deux déroutes sévères : un demi-point sur 8 contre Andscacs, 1,5 contre Spike. Son score, 44,1 % contre un champ moyen de 3070, correspond à une performance de 3029, douze points au-dessus de sa cote.
Gambit Fruit 1.0 Beta 4bx
Le fils qui bat le père
Ryan Benitez (États-Unis) · décembre 2005 · 3017 ± 18 · 56 / 128 · +28 =56 −44
Dérivé de Fruit 2.1 et de Toga, conçu comme « un moteur libre, amusant et agressif » ; ses améliorations ont ensuite nourri les Fruit commerciaux. Le qualificatif d'agressif ne se voit pas ici : 56 nulles, 28 victoires seulement. Il bat Fruit 2.3.1 4,5 à 3,5 et Murka 5,5 à 2,5, et termine à égalité de cote avec HIARCS.
Toga II 3.1.2SE JA
Tout ou rien
lignée Toga, Thomas Gaksch (Allemagne) · v. 2008 · 3007 ± 18 · 55 / 128 · +34 =42 −52
Autre descendant de Fruit, compilé par Jim Ablett (« JA »). Le moins nul du peloton : 42 nulles seulement, et le plus de défaites parmi les quinze concurrents après WildCat (52). Aucun point contre Komodo (0 sur 8), mais 6,5 contre Murka et 5 contre Gambit Fruit. Il gagne une partie sur plantage de Daydreamer.
Murka 3 x64 UCI
Le plus rapide, pas le plus fort
Igor Korshunov (Biélorussie) · juillet 2013 · 3005 ± 17 · 54 / 128 · +30 =48 −50
L'auteur de WildCat, qui a aussi co-signé Belka avec l'auteur de Strelka. Murka annonce la vitesse la plus élevée du tournoi, 5,8 millions de nœuds par seconde, et utilise le plus de temps par partie (25,8 minutes) ; il finit pourtant dans le peloton. Il fait 4,5 contre Spike et Fruit, mais 1,5 contre Toga II et un demi-point contre Strelka et Komodo.
Twisted Logic 20100815
Le didactique
Edsel Apostol (Philippines) · 2010 · 3005 ± 17 · 54 / 128 · +27 =54 −47
Un moteur à bitboards réputé pour la clarté de son code, qui a servi de base à d'autres programmes. À égalité parfaite de points et de cote avec Murka. Ses meilleurs résultats : 5 sur 8 contre DiscoCheck, 4,5 contre Rybka. Face aux ancres, il n'a pris qu'un point sur 4 à Shredder 10 et 2,5 à The King.
ProDeo 3.1
Le roi de la nulle
Ed Schröder (Pays-Bas) · février 2021 · 2996 ± 17 · 52,5 / 128 · +19 =67 −42
L'héritier gratuit de Rebel, dans sa version « PESTO », la plus récente du tournoi. Son profil est unique : 67 nulles sur 128, 19 victoires seulement, les parties les plus longues (208 demi-coups en moyenne) et 23 nulles par la règle des cinquante coups, record du tournoi. Il finit avant-dernier des quinze concurrents, à 9 points de Murka et de Twisted Logic dans la cote.
Shredder 10 UCI ancre
L'ancre de référence
Stefan Meyer-Kahlen (Allemagne) · 2006 · 2979 ± 7 · 28 / 66 · +14 =28 −24
L'ancre la plus éprouvée du classement, 859 parties. Quatre parties contre chaque moteur. Il ne prend rien à Strelka, un demi-point à Komodo, Andscacs, Gull et Rybka, mais 3 sur 4 contre Twisted Logic et 3,5 contre WildCat. Il marque 42,4 % contre un champ moyen de 3069.
The King 3.50 ancre
L'ancre du bas
Johan de Koning (Pays-Bas) · v. 2007 · 2860 ± 11 · 15 / 66 · +5 =20 −41
Le moteur de Chessmaster, joué ici en un seul processeur. Il sert d'ancre basse : 5 victoires seulement, dont 2 contre WildCat, et une contre Daydreamer, Gambit Fruit et Spike. Zéro contre Strelka, Komodo, Fruit 2.3.1 et Shredder. Sa présence permet de mesurer l'écart jusqu'à WildCat.
WildCat 8 UCI
La lanterne rouge
Igor Korshunov (Biélorussie) · date non établie · 2697 ± 11 · 14,5 / 128 · +4 =21 −103
Champion des pays de la CEI en 2008, première version UCI de sa lignée. Largement dépassé ici : 103 défaites dont 101 par mat, aucun point contre Strelka, Komodo, Andscacs et Gull. Ses quatre victoires : deux contre The King, une contre DiscoCheck, une contre Fruit 2.3.1. Il perd aussi une partie au temps et une sur plantage. Il reste utile au tournoi comme plancher de l'échelle.
Un instantané
Ce tournoi fixe un état des lieux : à un seul cœur et à cadence longue, la hiérarchie des moteurs
qui n'ont jamais connu le parallélisme se lit presque dans l'ordre chronologique — avec
Strelka loin devant, Komodo et Andscacs derrière lui, puis un large peloton où les moteurs de 2005
à 2008 et quelques programmes plus récents sont statistiquement indiscernables. Les cotes publiées
évolueront à mesure que d'autres parties entreront dans le classement ; les 128 parties par moteur
de ce tournoi en fixent déjà l'essentiel à une vingtaine de points près.
chess.lumn.eu · laboratoire de calibration · septembre 2026
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